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28 mars 2009 6 28 /03 /mars /2009 16:23
        Parmi les grands courants des pacifismes, ceux issus directement de lectures des Évangiles (notamment du Sermon de la Montagne), courent depuis les origines de cette religion jusqu'à nos jours et inspirent non seulement des mouvements chrétiens très divers, mais influencent également les politiques mêmes des institutions religieuses et politiques.

        On peut distinguer le christianisme primitif que certains auteurs situent comme pacifiste et animé du refus de participer aux armées impériales romaines, de celui institué ensuite par l'empereur Constantin par l'édit de Milan de 313 et le concile de 314. L'Empire devient ensuite chrétien et les théologiens admirent le devoir chrétien de le défendre. St Augustin (354-430) fit de la paix le souverain bien de la Cité terrestre et céleste. Il devient la référence du monde médiéval occidental pour la doctrine de l'Église sur la guerre et la paix.
      L'Église, qui ne condamne pas la guerre en soi, s'efforce à la fois d'affirmer la prépondérance de son pouvoir sur celui des rois et des princes, et d'instaurer des périodes de Paix de Dieu ou de trêve de Dieu, au moins entre les membres de la Chrétienté (face à l'Islam notamment, et aux hérésies de toute sorte...). Par la question des croisades, l'Église introduit la notion de guerre juste, et les guerres de religion ensuite marquent définitivement la fin des restes d'un pacifisme chrétien institutionnalisé.

        C'est à la marge de l'Église que s'affirment ensuite des pacifismes chrétiens (qui se disent en tout cas chrétiens...), sans grandes influences sur le moment.
       Pierre DUBOIS (1255-1312), avocat normand, confie à Philippe le Bel, roi de France, un plan de paix perpétuelle entre tous les États chrétiens (1307).
       St Thomas (1225-1274) précise les conditions d'une guerre juste, qui interdirait les guerres féodales.
       Antonio MARINI, avocat dauphinois, suggère au roi de Bohême, Podiebrad, un Projet de paix chrétienne perpétuelle (1463), qui sera repris à plusieurs reprises par la suite en autant de tentatives de constituer un tribunal supranational d'arbitrage des conflits entre les différentes royautés.
      Inspirés à la fois par la sagesse antique et l'évangélisme chrétien, ÉRASME (1469-1536), Thomas MORE (1478-1535) proposent, à l'encontre d'un Nicolas MACHIAVEL, de réglementer la guerre ou plus de la bannir, comme moyen de résoudre des questions de frontières ou de possessions.
      
      C'est dans le sillage de la Réforme que naît un nouveau pacifisme chrétien préconisé par des Églises d'origine anabaptiste et par la Société des Amis (Quakers). Des émigrants britanniques et hollandais, entre autres, tentent d'établir dans le Nouveau Monde où ils s'exilent, des règles de  vie inspirées d'un pacifisme plus ou moins intransigeant. Dans la descendance de ce pacifisme, TOLSTOI (1828-1910) s'inscrit de manière discutable pour la théologie officielle : la renonciation à la guerre passe "en effet par une simplification outrageuse du christianisme (...) associée à un antiétatisme presque anarchiste" (Shinji KAYAMA).

        Les pacifismes chrétiens contemporains sont multiples et représentés par des organisations et des personnalités très diverses, dont certaines s'appuient sur les encycliques Pacem in Terris de 1963 ou Gandum et Spes de 1965 (Vatican 2). Des voix isolées ici et là rencontrent un certain écho dans le contexte de certaines luttes sociales ou antimilitaristes, et sous la pression d'un mouvement de sécularisation qui balaie à grande vitesse les influences morales des Églises officielles, du moins en Occident. On pense à René COSTE, à Jacques GAILLOT, à Jean et Pierre TOULAT en France par exemple. Les attitudes pacifistes vont de la résistance non-violente à certaines activités militaires (Larzac, essais nucléaires...), de la condamnation totale de la guerre à l'idée d'une limitation sélective de celle-ci. Des réflexions sur la paix doivent répondre par exemple à d'autres mouvements dans l'Église qui luttent contre la pauvreté, en Amérique Latine notamment où progresse jusque dans les années 1980  la théologie de la libération.
         
     La rédaction du Dictionnaire Critique de Théologie, dans un chapitre intitulé Théologie systématique pense que la discussion proprement théologique sur la paix se trouve à l'entrecroisement de plusieurs problématiques.
- Celle de l'anthropologie spirituelle, qui veut que si la paix règne entre Dieu et l'homme, elle doit régner également entre l'homme et lui-même. On retrouve là l'influence de certains philosophes qui ne craignent pas de s'affirmer chrétiens comme Paul RICOEUR.
- Celle de la communion, où l'Église a le devoir d'être présente dans l'histoire comme communauté pacifiée. L'idée d'une ontologie de la communion n'a qu'une faible force descriptive. Par contre, comme l'Église est la seule société à croire possible une existence fidèle aux Béatitudes, elle doit vouloir incarner concrètement la paix qu'elle annonce dans énormément de ses textes. Autant dire, qu'entre l'attitude de l'Église Catholique et les objectifs affichés de paix universelle, il existe énormément de chemin à faire...
- Celle du lieu où la béatitude des artisans de paix doit être audible. Pas seulement dans l'Église, mais également dans la Cité : les chrétiens sont citoyens. Les théologiens ont tendance à penser, même s'ils n'en donnent pas toujours les bonnes impulsions dans les lieux officiels où ils se trouvent, que les chrétiens n'auront de véritable pouvoir ou influence sur la vie de la Cité que s'ils donnent d'abord l'exemple dans les communautés où ils veulent partager leur foi. Responsabilités politiques et responsabilités ecclésiales sont indissociables. C'est d'ailleurs pourquoi l'Église ou les Églises tentent toujours d'avancer des arguments spirituels sur nombre de sujets de société (politiques familiales, recherches scientifiques), avec le souvenir des temps anciens où elles faisaient la loi terrestre, et avec des habitudes d'activités politiques (on le voit dans des pays comme l'Italie et l'Espagne) qui ne provoquent d'ailleurs pas toujours, c'est un peu une litote, des effets pacifiques.

         Il est intéressant de lire un passage du livre (Chrétiens devant la guerre et la paix) d'un partisan du pacifisme chrétien et de la non-violence, Christian MELLON, qui écrit dans une période de guerre froide prolongée :
"Qu'on le veuille ou non, la paix est une oeuvre politique, puisqu'elle concerne la manière dont les hommes organisent les rapports entre sociétés, entre États. De plus, par fidélité à certaines exigences éthiques essentielles, l'Église peut être amenée à "condamner" telle ou telle guerre, à mettre en garde contre telle ou telle politique de défense. Certains, chrétiens ou non, estiment alors que l'Église sort de son rôle, qu'elle "s'occupe de politique". Ne devrait-elle pas se contenter de prêcher l'Évangile et laisser aux politiques et aux militaires la liberté totale de définir les moyens de défense d'un peuple? (...) Nous n'aborderons pas ici la question très générale de la légitimité des prises de position de l'Église dans des domaines qui recoupent le moral et la politique. Si l'on estime que les Églises s'occupent de ce qui ne les regarde pas quand elles s'intéressent aux droits de l'homme, au mal-développement, à l'euthanasie ou aux risques de guerre nucléaire, inutile d'aller plus loin. Dans le cas contraire, on peut avancer, mais en sachant que cette question est complexe. En effet, si l'Évangile reste pour tout chrétien et pour l'Église comme corps la source d'inspiration de toute action, y compris politique, il ne se présente pas comme un livre de "recettes" qu'il suffirait d'appliquer pour résoudre les problèmes de la vie en société."

Jean DEFRASNE, Le pacifisme, PUF, collection Que sais-je?, 1983. Shinji KAYAMA, article Paix dans Dictionnaire Critique de Théologie, sous la direction de Jean-Yves LACOSTE, PUF, Quadrige, 1998. Christian MELLON, Chrétiens devant la guerre et la paix, Éditions Le Centurion-CERAS (Centre de Recherche et d'Actions Sociales, Jésuites), collection "Église et Société", 1984. Albert PAYET, Pacifisme et christianisme aux premiers siècles, Bibliothèque rationaliste,Les oeuvres représentatives, 1934.
 
PAXUS
 
Relu le 24 janvier 2019
 

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