Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
11 avril 2009 6 11 /04 /avril /2009 09:20

        Les projets de paix de Pierre DUBOIS à Samuel RACHEL
 

     - Pierre DUBOIS, avocat de la cause royale française de Philippe Le Bel contre le pape Boniface VIII, défenseur des tournois et grand pourfendeur de l'Ordre du Temple, argumente en 1306 dans De recuperatione Terrae Sanctae, pour l'élimination de la guerre entre rois et seigneurs chrétiens, afin d'organiser une nouvelle croisade. Une raison simple, émise depuis 1095, préside dans ce texte : les chevaliers français, italiens, allemands, anglais ou espagnols ne pourront pas lutter efficacement contre les Musulmans tant que les souverains se trouvent en guerre les uns contre les autres. Il propose donc un Concile Universel en vue de donner à la France, bien sûr, le commandement de cette croisade ainsi que les territoires du Pape. Plutôt que l'idée de paix et d'unité européenne, on le comprend bien dans cette volonté d'ordonner la charité en commençant par soi-même - caractéristique de nombreux plans de paix depuis plusieurs siècles - il s'agit de l'idée de souveraineté qui commence à émerger, une souveraineté débarrassée de la tutelle de l'Église et de l'Empereur. Même si l'idée d'arbitrage est présente, le problème du choix de l'arbitre légitime aux yeux de tous contrecarre le projet lui-même. De plus, il s'agit de combattre l'Islam et de prendre Jérusalem, de combattre un ennemi extérieur plus que de se partager équitablement le fruit de rapines déguisées sous le nom du Christ.
  
    - Dante ALIGHIERI plaide dans De monarchiae (1310)  pour la restauration de l'ancien Empire romain, garant de la paix universelle. La référence à une époque magnifiée de paix romaine existe également dans de nombreux autres textes.

    - Georges de PODJEBRAD, hussite et roi de Bohême en 1458, conseillé par l'avocat Antoine MARINI, négociant français, propose un projet institutionnel qu'il fait parvenir aux principaux princes de l'époque. Sorte de traité personnalisé à l'intention de chacune des parties concernées (Bourgogne, Venise, Pologne, Hongrie, Bavière, France...), il est remis à Louis XI en 1463 sous le nom de "Traité d'alliance et confédération entre le roi Louis XI, Georges Roi de Bohême et la Seigneurie de Venise pour résister au Turc". Ce pacte fédératif repose sur le principe de non-agression entre les puissances contractantes et sur celui de l'entraide. On y trouve comme structure, une Assemblée ou Diète composée d'ambassadeurs votant à la majorité simple et dont le siège serait tout d'abord à Bâle et changerait tous les cinq ans ; une Cour de Justice ou Consistoire dont les membres et la composition sont décidés par l'assemblée et siégeant dans la même ville, une armée commune entretenue en cas de guerre, un corps de fonctionnaires et un budget commun, alimenté par une partie des dîmes ecclésiastiques... Bien entendu, un tel projet fut rejeté tant par le Pape que par Louis XI. Notons que par l'instauration de Paix ou de Trêve de de Dieu, l'Église elle-même tente de s'instaurer comme puissance régulatrice. Une sorte de compétition pour le pouvoir comme pour la paix (moyen de consolider ce pouvoir) traverse tout le Moyen-Age.

    - Erasme, dans Querela Pacis et d'autres écrits, prône vers 1514, des arbitrages par le Pape et les Évêques des querelles entre princes chrétiens. La référence au combat contre les "Turcs" n'existe pas, et ces textes se situent dans tout le courant humaniste de la Renaissance.

    - Le Pape Léon X et le cardinal WOLSEY proposent en 1518 la négociation d'une alliance défensive contre les "Turcs"...

     - François DE LA NOUE, en 1587, dans ses Discours politiques et militaires, rédige en prison une Proposition d'Union Européenne... contre les Turcs, encore. Il suggère une rencontre générale pour discuter ensemble des problèmes communs...

       - Emeric CRUCE (1575-1648), prêtre et professeur de mathématiques, publie en 1623 Le Nouveau Cynée, un essai sur "les occasions et les moyens d'établir une paix générale et la liberté du commerce par tout le monde". Il propose une ligue d'États structurée autour d'un Sénat permanent des ambassadeurs et d'une Assemblée des princes qui se réunirait périodiquement ou en cas de conflit sous la présidence du Pape. Il propose également pour appuyer ce projet une libre circulation des personnes et des biens, une monnaie commune, une unification des systèmes de poids et mesures, et le siège des institutions à Venise. Ce projet, qui s'inscrit tout à fait dans la visée de la liberté du commerce, dans l'expansion d'un certain capitalisme, inclue comme membres de cette ligue d'États, le Pape, l'Empereur des Turcs, les Juifs, le Roi de Perse et de Chine, le grand duc de Moscou, et les monarchies d'Inde et d'Afrique. Autant dire qu'il n'est pas pris très au sérieux... Il est rangé traditionnellement dans les projets utopiques, comme une partie de l'oeuvre de Thomas MORE.

       - Hugo GROTIUS, dans son De jure belli ac Pacis (Le droit de la guerre et de la paix) de 1625, pense nécessaire la tenue régulière de congrès de princes chrétiens pour mettre fin à leurs disputes. Même s'il n'élabore pas de projet à proprement dit, le juriste montre bien qu'il ne peut exister de véritable droit général que si un minimum d'entente existe au préalable entre souverains européens.

       - CAMPANELLA, dans Monarchia Messiae en 1633, se fait l'avocat d'une monarchie universelle pour éliminer rivalités et famine.

      - Maximilien DE BETHUNE, duc de Sully, dresse en 1638 Le Grand Dessein. Le ministre d'Henri IV développe le projet d'une Europe remodelée en 15 États d'importance plus ou moins égale. Cet ensemble où les trois religions chrétiennes (catholicisme, luthérianisme, calvinisme) seraient également favorisées, serait présidé par un "Conseil très chrétien de l'Europe", assisté d'un Sénat permanent de 60 membres, quatre par État, chargé de régler les différents, avec au besoin l'intervention d'une armée commune. Dans ce projet SULLY fait un tableau impressionnant de cette armée. Ce Grand Dessein fait partie de multiples projets d'Empire, avec pour caractéristique qu'il ne le fait pas dépendre d'un leadership national. En cela, il s'attire la sympathie de la Reine Élisabeth d'Angleterre. Plutôt que d'être orientés contre les Turcs, beaucoup de projets, anonymes pour la plupart, circulent pour mettre fin aux guerres de religion.

     - Johann Amos COMENIUS, évêque morave, vers 1645-1666, dans son Rerum Humanarum emmendatione consultatio catholica, avocat d'un système universel d'éducation, conçoit les habitants comme citoyens du monde, qui peuvent être unis sous une même loi universelle. Déjà, l'Europe n'est plus conçue comme seule entité dans le monde et de plus en plus de projets dépassent le cadre du continent par la suite.

     - Samuel RACHEL, en 1676, dans un Essai sur la loi naturelle et internationale (Dissertationes de jure naturae et gentium) pense urgent d'établir un Congrès pour étudier et trancher les disputes internationales. Ses membres, pour avoir une portée universelle, doivent inclure tous les princes chrétiens. Là aussi, l'idée d'une force armée pour faire appliquer les décisions, est présente.
 
PAXUS
 
Relu et corrigé le 27 février 2019


     -

  
 

Partager cet article

Repost0

commentaires

Présentation

  • : LE CONFLIT
  • : Approches du conflit : philosophie, religion, psychologie, sociologie, arts, défense, anthropologie, économie, politique, sciences politiques, sciences naturelles, géopolitique, droit, biologie
  • Contact

Recherche

Liens