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21 avril 2009 2 21 /04 /avril /2009 09:04

                    Entre l'Abbé DE SAINT-PIERRE et Emmanuel KANT
 

         Entre les Mémoires de l'Abbé DE SAINT-PIERRE et Vers la paix perpétuelle d'Emmanuel KANT, se bousculent de nombreux projets de paix, dans l'ébullition du siècle des Lumières. Sans doute, beaucoup d'entre eux ne sont pas parvenus jusqu'à nous, oeuvres d'anonymes dont le nom n'apparait jamais ou écrits d'anonymes, par ailleurs personnages très connus, désireux d'échapper aux foudres royales ou ecclésiastiques, ou tout simplement désireux de s'éviter le désagrément d'être qualifié d'utopiste.

       Le thème de l'Alliance contre les Turcs demeure dans certains écrits, comme ceux de Giulio ALBERONI (1664-1752), cardinal espagnol et premier ministre, auteur d'un Scheme for reducing the turkish empire to the obedience of christian princes ; and for a partition of the conquests ; together with a scheme for a perpetual Dyet for establishing the public tranquillity.
          Johann Michael von LOEN (1694-1776), conseiller du roi de Prusse et gouverneur d'une province, inclu dans son livre Outline of statecraft (1747), un chapitre Sur la paix perpétuelle en Europe, où il suggère une Cour de Paix.
          Ange GOUDAR (1708-1791), aventurier et écrivain français, rédige un livre sur La paix de l'Europe (1757), où il préconise un Congrès des Amabassadeurs devant résoudre les conflits européens. Ce Congrès aurait à sa disposition un pouvoir de sanction en cas de violation d'accords, allant de grosses amendes à l'exclusion de la League ainsi formée.
          Johann Franz von PALTHEN (1724-1804), conseiller allemand de justice et poète, propose un Project for maintening an everlasting peace in Europe (1758). Dans ce projet, il propose l'établissement d'un Parlement ou d'un Tribunal, dont le siège se trouve naturellement dans un pays germanique. Ses membres, au nombre de 88, se composent aussi de la Russie et de la Turquie. Lui aussi propose de sévères sanctions pour manquement aux règles définies en commun.
         Von LILIENFELD, noble officier lithuanien, propose en 1767 dans A new structure of States, lui aussi, d'établir une Cour de paix, ou un tribunal pour trancher les disputes entre princes chrétiens. Son plan, très détaillé comme la plupart à cette époque, prévoit par exemple 20 nations représentées et le français comme langue officielle (le français au XVIIIème siècle est la langue dominante). Si nécessaire, pour obtenir l'accord de membres récalcitrants, des troupes du Tribunal peuvent agir par la force. A noter que ce plan prévoit une limitation des forces militaires.
        Paul Henri Thiry D'HOLBACH (1723-1789), le philosophe matérialiste français co-rédacteur de l'Encyclopédie avec DIDEROT, d'ALEMBERT et bien d'autres, propose dans La politique naturelle (1773) que la loi de la grande société du monde se dote d'un Tribunal auquel les nations doivent s'adresser pour leurs litiges. A noter que dans leur ensemble, les encyclopédistes ne font pas bon accueil au projet de paix de l'Abbé DE SAINT-PIERRE.
         Richard PRICE (1723-1791), philosophe politique irlandais, livre en 1776 ses Observations on the nature of civil liberty, the principles of government, and the justice and the policy of the war with America. Devant la guerre d'indépendance américaine, il trouve urgent de former une confédération générale, pour arbitrer les disputes, conduire une force commune pour soutenir les décisions d'un Sénat composé de représentants des différents États.
         Pierre-André GARGAZ, écrivain français, injustement accusé de meurtre et condamné à 30 ans de galère, fait publié par Benjamin FRANKLIN en 1782, un projet de Conciliateur de toutes les nations d'Europe, ou Projet de paix perpétuelle entre tous les souverains de l'Europe et leurs voisins. Il propose à chaque souverain de nommer un médiateur dans un perpétuel Congrès basé à Lyon, pour régler leurs conflits. En 1796-1797, il publie en addition à son plan une proposition de constitution d'un Collège de 5 citoyens nommés pour 40 ans pour trancher les litiges individuels et inter-étatiques.
         Johann August SCHLETTWEIN (1731-1802), dans son The most important issue for Europe, or a system of firm peace among the european states, en 1780-1784, demande la formation d'un Congrès International, celui-ci étant ouvert également aux nations non-chrétiennes, comme la Turquie, et si elle refuse d'y participer, son territoire est partagé entre les États chrétiens (!). Ce Congrès garanti l'existence de la Confédération Germanique. Il propose également que les révolutions à l'intérieur des Etats soient du ressort de ce Congrès, la Révolution française de 1789 lui donnant raison selon les éditeurs...
        Marie Jean Antoine Nicolas CARITAT, plus connu sous le nom de marquis de CONDORCET (1743-1794), dans De l'influence de la révolution américaine en Europe (1786), propose l'établissement d'un Tribunal International pour trancher les disputes entre nations, qui lui octroient le soutien d'une armée et d'une marine. Dans son projet éducatif, le philosophe politique n'oublie pas les questions de guerre et de paix. Il propose ainsi l'adoption, entre autres, d'une langue commune.
         Palier de SAINT-GERMAIN, écrivain suisse, propose lui aussi, dans un Nouvel essai sur le projet de paix perpétuelle, un Tribunal Permanent (1788). En cas de dispute entre deux nations, chacune nomme deux médiateurs parmi les Éats non impliqués, qui remettent un rapport pour permettre au Tribunal de prendre une décision. Décision à laquelle ils doivent se soumettre sous peine de paiement d'amendes fortes.
        Johann Gottfried SCHINDLER, théologien allemand, sous le pseudonyme de SCHINLY, propose dans son What advice should be given to the more important rulers to promote the welfare and hapiness of the countriers (1788), que la Russie, l'Autriche, la Prusse, l'Angleterre et la France négocient un traité de paix perpétuelle.
        Jean-Baptiste du VAL-DE-GRACE, connu sous le nom de baron de GLOOTZ (1755-1794), révolutionnaire franco-prussien, lance en 1792 une Adresse aux tyrannicides, considéré comme le premier plan des Droits de l'homme. Il propose ce plan de paix à l'Assemblée Nationale qui le refuse. Chaque peuple, avec une garantie d'autonomie culturelle, est représenté dans une Assemblée Législative d'une République mondiale de l'homme. Ses ennemis considèrent cette proposition comme une tentative de diversion et le font guillotiné un an plus tard.
        Jeremy BENTHAM (1748-1832), l'économiste utilitariste anglais, émet en 1793 un Plan for an Universal and Perpetual Peace, and Emancipate your colonies. Il reprend cette idée qui revient souvent dans ces plans de paix d'une Cour Commune de Justice pour résoudre les différends entre nations, et d'un Congrès avec force de loi., avec en dernier ressort l'utilisation de la force armée. A noter son insistance sur le soutien et la vigilance de l'opinion publique, dotée d'une liberté de la presse, qui garantit l'orientation vers la paix des décisions de la Cour et du Congrès.
        BOISSY-D'ANGLAS, membre de l'Assemblée Nationale française, qui rédige notamment avec SEYES, la Constitution de 1795, diffuse cette même année un Epitre du vieux cosmopolite Syrach à la convention nationale de la France. Il plaide pour une République mondiale des nations de l'Europe unie, pour une Constitution européenne, réservant celle-ci aux nations vraiment européennes, excluant la Russie, la Turquie et les nations semi-asiatiques. Il se fait l'avocat en même temps d'une flotte européenne pour une éventuelle guerre avec l'Amérique et l'Afrique...
         Johann Gottlied FICHTE, le philosophe allemand, propose en 1795 la formation d'une League dotée d'un Tribunal.
      
       Sans doute nombre de plans de paix, notamment dans les périodes de guerres révolutionnaires,  à l'instar de ceux produit par l'Union Soviétique en pleine guerre froide bien plus tard, entrent-ils dans une stratégie de déstabilisation et font partie tout simplement d'une vaste bataille idéologique. Mais la postérité ne retient pas les circonstances dans lesquelles ils ont été écrits. Les commentateurs, très près des textes, préfèrent largement gloser sur les aspects concrets de ces plans. Et d'ailleurs, les idées qui y sont émises n'arrêtent jamais de faire leur chemin dans les consciences. Ils parviennent, notamment dans les milieux encyclopédistes et dans les milieux intellectuels européens, même dans les États opposés à la Révolution française ou aux idéaux républicains, à former une partie de leur culture. Quand on suit l'évolution de ces plans, on glisse d'une focalisation sur l'ennemi musulman (le Turc) de la Chrétienté à une laïcisation de la conception de la paix.
       
       PAXUS
 
Relu le 23 février 2019
        
         

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