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5 mai 2009 2 05 /05 /mai /2009 13:36
       Ecrit en 1651, en pleine guerre civile anglaise, Léviathan, doit pour Thomas HOBBES (1588-1679) répondre au problème politique de l'obéissance légitime de l'individu comme à celui de la représentation politique. Si l'on suit Pierre MANENT, le Léviathan, faisant référence au monstre marin mentionné dans la Bible (Job) et dans les poémes mythologique d'Ougarit, contient toute la pensée de Thomas HOBBES.
  "Le Léviathan expose les articulations essentielles du problème humain. L'homme est triple : il est homme, il est citoyen, il est chrétien. Ou encore : il est un corps naturel, il est membre d'un corps politique, il est membre d'un corps mystique. Cette triplicité est source de tensions et de conflits : conflit entre l'homme et le citoyen, conflit entre le citoyen et le chrétien, contre entre l'homme et le chrétien. Le Leviathan expose donc la procédure destinée à résoudre ces conflits ; résoudre ces conflits ne signifie pas les abolir, mais faire en sorte qu'ils ne soient pas ruineux pour la vie humaine."

     Le Léviathan ou Traité de la matière, de la forme et du pouvoir de la république ecclésiastique et civile, constitue un gros livre en quatre parties, De l'homme, De la République, De la République Chrétienne et Du Royaume des Ténèbres.

     Dans son Introduction, le philosophe politique indique qu'il entend présenter cet art "qui crée ce grand Léviathan qu'on appelle République ou Etat, "lequel n'est qu'un homme artificiel, quoique d'une stature et d'une force plus grandes que celles de l'homme naturel, pour la défense et protection duquel il a été conçu ; en lui la souveraineté est une âme artificielle, puisqu'elle donne la vie et le mouvement à l'ensemble du corps ; les magistrats et les autres fonctionnaires préposés aux tâches judiciaires et exécutives sont les articulations artificielles ; la récompense ou le châtiment qui, attachés au siège de la souveraineté, meuvent chaque articulation et chaque membre en vue de l'accomplissement de sa tâche, sont les nerfs, car ceux-ci jouent le même rôle dans le corps naturel ; la prospérité et la richesse de tous les membres particuliers sont la force ; la sauvegarde du peuple est son occupation ; les conseillers qui proposent à son attention toutes les choses qu'il lui faut connaître, sont sa mémoire ; l'équité et les lois lui sont une raison et une volonté artificielles ; la concorde est sa santé, les troubles civils sa maladie, et la guerre civile, sa mort. Enfin, les pactes et conventions par lesquels les parties du corps politique ont été à l'origine produites, assemblées et unifiées rassemblent au Fiat ou au Faisons l'homme que prononça Dieu lors de la création." Cette partie de l'introduction est très représentative de l'idée de correspondance entre le corps humain et le corps social, et cette phraséologie se retrouve dans tout l'ouvrage, comme pour signifier que la société ne peut être qu'un seul corps. Cette représentation du corps social est appelé à une grande fortune comme le sait.

            De l'homme, partie subdivisée en 16 chapitres, parcoure d'abord des notions abordées couramment en philosophie depuis l'antiquité, comme si l'auteur veut fixer son vocabulaire. ainsi concernant la science, "On voit (..) que la raison ne naît pas avec nous comme la sensation et le souvenir (...) mais qu'on l'atteint par l'industrie, d'abord en attribuant correctement les dénominations, et ensuite en procédant, grâce à l'acquisition d'une méthode correcte et ordonnée, (à des assertions) pour en arriver à la connaissance de toutes les consécutions de dénominations qui concernent le sujet dont on s'occupe (...)".  Au chapitre 9, Thomas HOBBES dresse un tableau des "différents objets de connaissance".
           C'est au chapitre 13 qu'il examine la "condition naturelle des hommes en ce qui concerne leur félicité et leur misère". Il commence celui-ci de façon quasiment définitive : "La nature a fait les hommes si égaux quant aux facultés du corps et de l'esprit, que, bien qu'on puisse parfois trouver un homme manifestement plus fort, corporellement, ou d'un esprit plus prompt qu'un autre, néanmoins, tout bien considéré, la différence d'un homme à un autre n'est pas si considérable qu'un homme puisse de ce chef réclamer pour lui-même un avantage auquel un autre ne puisse prétendre aussi bien que lui. En effet, pour ce qui est de la force corporelle, l'homme le plus faible en a assez pour tuer l'homme le plus fort, soit par une machination secrète, soit en s'alliant à d'autres qui courent le même danger que lui.". Les hommes sont égaux par nature, de cette égalité procède la défiance, et de la défiance, la guerre. Hors des États civils, il y a toujours une guerre de chacun contre chacun. Cette guerre de chacun contre chacun a plusieurs conséquences, dont l'une est "que rien ne peut être injuste. Les notions de légitimité et d'illégitimité, de justice et d'injustice, n'ont pas leur place. Là où il n'est pas de pouvoir commun, il n'est pas de loi ; là où il n'est pas de loi, il n'est pas d'injustice. La violence et la ruse sont en temps de guerre les deux vertus cardinales. Justice et injustice ne sont en rien des facultés du corps ou de l'esprit." Par ailleurs, "il n'existe pas de propriété, pas d'empire sur quoi que ce soit, pas de distinction du mien et du tien ; cela seul dont il peut se saisir appartient à chaque homme, et seulement pour aussi longtemps qu'il peut le garder". Il existe par contre la possibilité d'en sortir : les passions qui "inclinent à la paix sont la crainte de la mort, le désir des choses nécessaires à une vie agréable, l'espoir de les obtenir par leur industrie." Et la raison suggère des clauses appropriées d'accord pacifique, que Thomas HOBBES appellent lois naturelles.
       Dans le chapitre 14, il distingue le droit de nature de la loi de nature : "le droit de nature (...) est la liberté qu'à chacun d'user comme il le veut de son pouvoir propre, pour la préservation de sa propre nature" tandis que "la loi de nature est un précepte, une règle générale, découverte par la raison, par laquelle il est interdit aux gens de faire ce qui mène à la destruction de leur vie ou leur enlève le moyen de la préserver (...)".
 C'est un précepte que tout homme "doit s'efforcer à la paix, aussi longtemps qu'il a un espoir de l'obtenir ; et quand il ne peut pas l'obtenir, qu'il lui est loisible de rechercher et d'utiliser tous les secours et tous les avantages de la guerre." Thomas HOBBES veut préciser encore : "la première partie de cette règle contient la première et fondamentale loi de nature, qui est de rechercher et de poursuivre la paix. La seconde récapitule l'ensemble du droit de nature, qui est le droit de se défendre par tous les moyens dont on dispose." Il en fait dériver une seconde loi : "que l'on consente, quand les autres y consentent aussi, à se dessaisir, dans toute la mesure où l'on pensera que cela est nécessaire à la paix et à sa propre défense, du droit qu'on a sur toute chose ; et qu'on se contente d'autant de liberté à l'égard des autres qu'on en concéderait aux autres à l'égard de soi-même." Thomas HOBBES insiste dans plusieurs pages ensuite sur le caractère volontaire d'établissement d'un contrat, convention, accord, même si une convention extorquée par la crainte est valide. D'ailleurs, quand il énonce le but des serments, il insiste également sur le fait que la force des mots n'étant que trop faible, "il n'existe que deux auxiliaires imaginables qui puissent leur donner de la force". Et il s'agit de la crainte des conséquences d'une violation de cet accord et de l'orgueil de ne pas paraitre le violer. Mais en fait, Thomas HOBBES ne reconnaît qu'une passion sur laquelle compter : la crainte (des pouvoirs invisibles et des pouvoirs des hommes offensés).
        Le chapitre 15 aborde les autres lois de nature qui renforce cette disposition, celle de la justice (troisième loi) par exemple. "...puisque les conventions où l'on se fait mutuellement confiance sont invalides lorsqu'il existe la crainte que l'une ou l'autre partie ne s'exécute pas (...) tant que les hommes sont dans l'état naturel de guerre (...)", il faut "qu'il existe quelque pouvoir coercitif, pour contraindre également tous les hommes à l'exécution de leurs conventions, par la terreur de quelque châtiment plus grand que l'avantage qu'il attendent de leur infraction à la convention" Il n'existe pas de tel pouvoir avant l'érection d'une République. Thomas HOBBES écrit à la suite que dès l'instauration de celle-ci, la souveraineté établie ne saurait être atteinte par aucune rébellion que ce soit.
   Le philosophe énonce ensuite les autres lois :
- la gratitude (ne pas faire regretter la bienveillance) ;
- la complaisance (l'accommodement mutuel) ;
- la facilité à pardonner ;
- la vengeance (la formule est assez ambiguë : "dans les vengeances, on ne considère pas la grandeur du mal passé, mais la grandeur du bien qui doit s'ensuivre"...) ;
- l'absence d'outrage ;
- l'absence d'orgueil ;
- l'absence d'arrogance ;
- l'équité ;
- l'usage égal des choses communes (sans restriction, si l'abondance de la chose le permet ; dans le cas contraire, proportionnellement au nombre des ayants-droits) ;
- l'usage du tirage en sort (lorsque le partage ne peut se faire) ;
- le droit d'aînesse ou le droit du premier occupant ;
- la protection des médiateurs ;
- la soumission des différends à l'arbitrage ;
- l'impossibilité de juger pour soi-même ;
- l'impartialité de ceux qui jugent.
     Ces lois de nature "obligent la conscience de tout temps, mais pour ce qui est de leur mission pratique, elles n'obligent que là où l'on dispose des garanties".
   Ces garanties, précisément, Thomas HOBBES les trouvent dans la personnification, par des représentants, de la multitude des hommes. Ces représentants peuvent être au nom de un ou plusieurs ; ce qui importe, c'est le contenu de la République.

             De la République, divisé en 15 chapitres, expose la conception que l'on doit en avoir pour satisfaire aux lois de la nature. "La cause finale, le but, le dessein, que poursuivirent les hommes, eux qui par nature aiment la liberté et l'empire exercé sur autrui, lorsqu'ils se sont imposé ces restrictions au sein desquelles on les voit vivre dans les Républiques, c'est le souci de pourvoir à leur propre préservation, et de vivre plus heureusement par ce moyen : autrement dit, de s'arracher à ce misérable état de guerre qui est, je l'ai montré, la conséquence nécessaire des passions naturelles des hommes, quand il n'existe pas de pouvoir visible pour les tenir en respect, et de les lier, par la crainte des châtiments, tant à l'exécution de leurs conventions qu'à l'observation des lois de nature (...)".
  "La seule façon d'ériger un tel pouvoir commun, apte à défendre les gens de l'attaque des étrangers, et des torts qu'ils pourraient se faire les uns aux autres, et ainsi à les protéger de telle sorte  que par leur industrie et par la production de la terre, ils puissent se nourrir et vivre satisfaits, c'est de confier tout leur pouvoir et toute leur force à un seul homme, ou à une seule assemblée, qui puisse réduire toutes leurs volontés, par la règle de la majorité, en une seule volonté."
         Les chapitres qui suivent décrivent les Droits des Souverains d'institution, les Différentes espèces de République d'institution, et de la succession au pouvoir souverain, les Dénominations paternelle et despotique, la Liberté des Sujets, les Organisations sujettes, les Ministres publics du Pouvoir souverain, le Conseil, les Lois civiles, les Crimes, les Excuses et les Circonstances atténuantes, les Châtiments et les Récompenses, les Choses qui affaiblissent la République, ou qui tendent à sa Dissolution, la Fonction du Représentant souverain, et la Royauté naturelle de Dieu.
     Douze droits sont confiés aux souverains d'institution : 
- Les sujets ne sauraient changer la forme du gouvernement;
- On ne peut être déchu du pouvoir souverain ;
- Nul ne peut sans injustice protester contre l'institution du souverain reconnu par la majorité ;
- Les sujets ne sauraient incriminer justement les actions du souverain ;
- Rien de ce que fait le souverain ne saurait être puni par un sujet ;
- Le souverain est juge de ce qui est nécessaire pour la paix et pour la défense de ses sujets ; et juge des doctrines qu'il convient de leur enseigner ;
- Le droit d'édicter des règles que chaque sujet sache ce qui lui appartient en propre, de telle sorte que nul autre sujet ne puisse le lui enlever sans injustices ;
- Le droit de rendre la justice sous toutes ses formes et de décider de l'issue des litiges ;
- Le droit de décider la guerre ou la paix selon ce qui lui paraitra le meilleur ;
- Le droit de choisir tous conseillers et ministres tant en temps de paix que de guerre ;
- Le droit de rétribuer et de châtier et - cela lorsque aucune loi préalable n'en a déterminé la mesure - à son gré ;
- Le droit d'assigner l'honneur et le rang.
      Ces droit sont indivisibles, essentiels (au pouvoir suprême) et inséparables, et ne cessent que par la renonciation des bénéficiaires de la concession de la souveraineté. Le refus de toute rébellion est réitéré par Thomas HOBBES, dans des termes qui veulent être les plus durs : "On objectera peut-être ici que la conditions des citoyens est misérable, exposés qu'ils sont à la concupiscence et autres passions sans règle de celui ou de ceux qui ont en main un tel pouvoir illimité".  Certains mettent en cause la monarchie ou la démocratie sous laquelle ils vivent. "Or, le pouvoir sous toutes ses formes (si du moins il est d'une forme assez achevée pour que les citoyens soient protégés) est le même. (...)" "Les gens (qui protestent) "ne tiennent pas compte de ce que la condition de l'homme ne peut jamais être exempte de toute espèce d'incommodité (...)".
     C'est secondairement (dans le 3ème chapitre de cette partie) que sont examinés les "différentes espèces de républiques d'institution et de la succession au pouvoir souverain". Même s'il est évident qu'il ne peut exister que trois formes de Républiques, la Monarchie (le représentant est un seul homme), la Démocratie (Assemblée de tous ceux qui veulent prendre part à la réunion) et l'Aristocratie (Assemblée de seulement une partie d'entre eux), il ne peut exister qu'une sorte de souverain, celui qui possède les douze droits précédemment énoncés. Le philosophe examine les avantages et les inconvénients de ces "différentes espèces", en s'attachant surtout à la Monarchie (dont il détaille les difficultés de succession).
  Que les républiques soient d'acquisition (par la force) ou d'institution, peu importe (chapitre 4), et "les droits et les conséquences des dominations paternelle et despotique sont exactement les mêmes que dans le cas d'un souverain d'institution".  Pour Thomas HOBBES, la question des droits du souverain est de toute façon réglée : "La plus grave des objections est celle qu'on tire de la pratique, en demandant où et quand un tel pouvoir a été reconnu par des sujets. Mais on peut demander en retour où et quand un royaume est longtemps resté exempt de discordes et de guerres civiles.".
        Le chapitre De la liberté des sujets découle de ce qui précède : la crainte et la liberté sont compatibles. "Étant donné en effet qu'il n'existe pas au monde de République où l'on ait établi suffisamment de règles pour présider à toutes les actions et paroles des hommes (...), il s'ensuit nécessairement que dans tous les domaines d'activité que les lois ont passés sous silence, les gens ont la liberté de faire ce que leur propre raison leur indique comme leur étant le plus profitable". L'intérêt de la suite provient du fait qu'après avoir établi les règles d'une République qu'on pourrait qualifier d'absolue, Thomas HOBBES énumère une suite de libertés qui en révèlent les limites :
 - Les sujets ont la liberté de défendre leur propre corps, même contre ceux qui les attaquent légalement ;
 - Ils ne sont pas tenus de se faire mal à eux-mêmes ;
 - Ils ne sont pas tenus non plus à la guerre, à moins de s'être engagés volontairement ;
 - La grande liberté des sujets provient du silence de la loi.
  Dans quels cas les sujets sont-ils quittes de leur soumission due au souverain? La réponse est très claire : "L'obligation qu'ont les sujets envers le souverain est réputée durer aussi longtemps, et pas plus, que le pouvoir par lequel celui-ci est apte à les protéger."
         Des Organisations sujettes (politiques - au sens public - et privées), expose l'articulation entre le souverain (intouchable) et les assemblées diverses et variées qui permettent le fonctionnement politique, économiques, juridique d'un État. De même que le chapitre Des ministres publics du pouvoir souverain.
        Parmi les chapitres suivants de cette partie, il est intéressant de s'attarder sur Des chose qui affaiblissent la République ou qui tendent à sa dissolution. On y trouve : 
- L'absence d'un pouvoir absolu, bien entendu ;
- Le jugement privé touchant le bien ou le mal ;
- La conscience erronée ;
- L'allégation d'inspiration ;
- L'assujettissement du pouvoir souverain aux lois civiles ;
- L'attribution aux sujets d'une propriété absolue ;
- La division du pouvoir souverain ;
- L'imitation des  nations voisines ;
- L'imitation des Grecs et des Romains ;
- Le gouvernement mixte ;
- Le manque d'argent ;
- Les monopoles et les abus de ceux qui afferment les impôts ;
- Les hommes populaires ;
- L'importance excessive d'une ville, la multitude des corporations ;
- La liberté de mettre en discussion le pouvoir souverain.
    On voit à l'énumération de ces périls que Thomas HOBBES pointe les collecteurs d'impôts, souvent à l'origine de bien des révoltes et la liberté d'opinion (de la presse), ce qui n'en fait pas vraiment un démocrate... En fait, on retrouve tous ces éléments dans la suite de la littérature politique, notamment sur la question du partage des pouvoirs : comment distinguer entre les agents de la souveraineté et la souveraineté elle-même.
                  En balance de ces éléments, est exposée la fonction du représentant souverain. Thomas HOBBES veut répondre là aux objections nombreuses, mais surtout à la question soulevée justement par l'énumération précédente : Existe t-il réellement des principes rationnels qui fondent la souveraineté absolue ? Et là, le philosophe politique, comme acculé curieusement - ce qui montre sa probité intellectuelle - écrit : "Et même en admettant que les principes que j'expose ainsi ne soient pas effectivement des principes rationnels, je suis sûr, en tout cas, que ce sont des principes qui découlent de l'autorité de l'Écriture (...)". Et ce qui suit concerne... l'éducation du peuple pour le respect de la République !  On doit apprendre aux sujets à ne pas avoir de tendresse pour les changements de gouvernement, à ne pas suivre les hommes populaires agissant contre le souverain, à ne pas discuter du pouvoir souverain, à avoir des jours réservés pour s'instruire de leurs devoirs, à agir également chrétiennement. Et se mêle dans la suite du texte des prescriptions morales aux visées éducatives les plus claires... En fin de compte, "la confection de bonnes lois est également du ressort de la sollicitude du souverain" et cela correspond toujours "au bien du peuple".
      Le dernier chapitre porte sur la Royauté naturelle de Dieu et renforce la conception de l'auteur en donnant à la religion chrétienne valeur d'étalon de vérification des lois.

         Toute la troisième partie est consacrée à établir, en faisant l'exégèse de la Bible, les principes d'une République chrétienne. Mais loin de faire des religieux des participants actifs à la souveraineté, Thomas HOBBES, dans le chapitre Du pouvoir ecclésiastique, le définit comme le pouvoir d'enseigner. Clairement, c'est le souverain civil chrétien qui a le droit de nommer les pasteurs, et qui a même le droit de fixer la doctrine nécessaire à l'obéissance.

          La dernière partie, Du Royaume des Ténèbres, veut montrer les interprétations incorrectes des Écritures, l'Église elle-même n'en étant pas libérée. Thomas HOBBES qui fait allégeance un temps à la République de Cromwell, réfute "l'emploi abusif" des textes en faveur du pouvoir des papes. Vers la fin de cette partie, il réfute également l'enseignement des Grecs et des Juifs (inutilité des écoles)...

     Pour Pierre MANENT, l'originalité du Léviathan réside dans le fait que l'organisation politique y est pensée de bout en bout comme un artifice.
      Avec insistance, l'analogie entre corps humain et corps politique y est maniée, et on voit bien que Thomas HOBBES le fait dans un but précis : que cette analogie montre que les destinées des hommes sont liées et qu'ils doivent s'organiser de la même manière qu'est organisé un corps humain. Et que les conséquences d'une division de la souveraineté sont aussi funestes que la maladie dans un corps physique.
      Appartenant à une époque de guerre civile, le philosophe cherche les moyens de supprimer les conditions de cette forme de guerre. Il ne parle pas dans son livre des guerres entre souverains. ROUSSEAU et MONTESQUIEU contestent, jusqu'à sa conception de la nature humaine, tout le contenu du Léviathan.
   Ce qu'il faut comparer également, pourrait-on dire en deçà, c'est toute la philosophie machiavélienne et toute la philosophie hobbesienne : on voit un effort chez Thomas HOBBES pour refuser la justification des actions et des motivations du Prince de MACHIAVEL, mais en même temps, n'y-a-t-il pas une filiation, nonobstant le refus de Thomas HOBBES de faire semblant de discuter de l'histoire des Anciens ?  Une recherche historiographique est à mener. Nous y reviendrons.
     Léo STRAUSS estime qu'"en un mot, en essayant de trouver les raisons à une soumission complète à l'autorité, HOBBES rend cette soumission impossible ; en abandonnant l'autorité pour en appeler à la raison, comme le faisait SOCRATE, il est forcé d'aboutir à ce qu'il considérait chez SOCRATE comme une erreur fatale : à l'"anarchisme", HOBBES établit donc en fait une distinction entre l'État pur et simple et l'État raisonnable". Il est certain que le caractère "absolutiste" de l'État présenté par HOBBES suscite des réactions opposées chez les philosophes politiques, notamment au XVIIIème siècle.
     Pierre NAVILLE, de son côté, estime que le "XVIIIème siècle européen est la période où l'oeuvre de HOBBES trouva une résonance qui se perdit ensuite dans deux directions dont on peut reconnaitre la voie de nos jours : d'une part des progrès considérables s'accomplissent dans les sciences naturelles (...), d'autre part la religion chrétienne subit un assaut exceptionnel, suite à la rupture du protestantisme avec le catholicisme romain, qui favorisa l'implantation d'un athéisme intégral souvent assourdi dans un déisme qui oscille du scepticisme à la foi sentimentale. Les philosophies de ce temps expriment cette situation avec un verdeur inégalée jusque-là que la réputation de HOBBES vint nourrir même si ce fut souvent de façon clandestine."

Thomas HOBBES, Léviathan, 1651. Traduction de l'anglais et annotations de François TRICAUD, Editions Sirey,  collection Philosophie politique, 1990, 780 pages. Cette édition (réédition de celle de 1971), comporte, en plus du texte Léviathan, 3 autres textes dans une Appendice : Du Symbole de Nicée, De l'hérésie et De quelques objections élevées contre le Léviathan. Une traduction de 2003 est disponible sur le site de Les classiques en sciences sociales.
 
Pierre MANENT, Article HOBBES dans Dictionnaire des oeuvres politiques, PUF, 1986. Pierre NAVILLE, Thomas HOBBES, Plon, 1988. Léo STRAUSS, La philosophie politique de Hobbes, Belin, collection Littérature et politique, 1991.

                                                                       PHILIUS
 
 
Relu le 23 mars 2019
   




                             
                                 

                                
      
                                                        
     

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