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27 mai 2009 3 27 /05 /mai /2009 13:27
          L'hypothèse de Sigmund FREUD (1859-1939) d'une topique psychique prend naissance dans un contexte scientifique de recherche des localisations cérébrales des fonctions intellectuelles et motrices. Aujourd'hui encore, en plein essor de la neurologie, certains auteurs (Gérard POMMIER par exemple) rapprochent les zones du cerveau et  ces fonctions. Et même tentent de localiser l'inconscient, la conscience et le préconscient, voulant ajouter un contenu de biologie moderne à une théorie psychanalytique qui n'en a guère besoin.

          Dans Le Vocabulaire de la psychanalyse, Jean LAPLANCHE et J-B. PONTALIS définissent la topique (théorie des lieux, notion venant du grec), comme une "théorie ou point de vue qui suppose une différenciation de l'appareil psychique en un certain nombre de systèmes doués de caractères ou de fonctions différentes et disposés dans un certain ordre les uns par rapport aux autres, ce qui permet de les considérer métaphoriquement comme des lieux psychiques dont on peut donner une représentation figurée spatialement." Topique est d'ailleurs un terme, dérivé du grec topos, désignant en philosophie, de manière très ancienne, la théorie des lieux, c'est-à-dire des classes générales dans lesquelles peuvent être rangés tous les arguments ou développements. Sigmund FREUD utilise ce terme comme adjectif et comme substantif, pour définir l'appareil psychique à deux étapes essentielles de son élaboration théorique.

        Sigmund FREUD assigne à chaque lieu psychique distinct une nature et un mode distinct de fonctionnement.
Dans Étude sur l'hystérie (1895), l'Inconscient comporte une organisation en couches, "l'investigation psychanalytique se fait nécessairement par certaines voies qui supposent un certain ordre entre les groupes de représentations. L'organisation des souvenirs, rangés en véritables "archives" autour d'un "noyau pathogène", n'est pas seulement chronologique ; elle a aussi un sens logique, les associations entre les diverses représentations s'accomplissant selon divers modes. D'autre part, la prise de conscience, la réintégration des souvenirs inconscients dans le moi, est décrite sur un modèle spatialement figuré, la conscience étant définie comme un "défilé" qui ne laisse passer qu'un souvenir à la fois dans l'"espace du moi"." (LAPLANCHE et PONTALIS).

       Successivement, le fondateur de la psychanalyse élabore deux conceptions topiques de l'appareil psychique.
       Dans le Projet de psychologie scientifique (1895) et surtout dans le chapitre VII de L'interprétation des rêves (1900), la première topique se compose de trois systèmes : Inconscient, Préconscient, Conscient. "Entre chacun de ces systèmes, FREUD situe des censures qui inhibent et contrôlent le passage de l'un à l'autre" (des informations ou représentations).
Suivons toujours les auteurs du Vocabulaire de la psychanalyse : Sigmund FREUD "postule l'existence d'une succession de systèmes mnésiques constitués par des groupes de représentations que caractérisent des lois d'associations distinctes. D'autre part, la différence des systèmes est corrélative d'une certaine ordonnance, telle que le passage de l'énergie d'un point à un autre doive suivre un ordre de succession déterminé : les systèmes peuvent être parcourus dans une direction normale, "progrédiente", ou dans un sens régressif ; ce que FREUD désigne du terme de "régression topique" est illustré par le phénomène du rêve, où les pensées peuvent prendre un caractère visuel allant jusqu'à l'hallucination, régressant ainsi aux types d'images les plus proches de la perception, située à l'origine du parcours de l'excitation."
  Si la référence à des localisations anatomiques  est présente (à travers par exemple des comparaisons avec le système optique), Sigmund FREUD insiste surtout sur le fait que le fonctionnement psychique compliqué ne peut se comprendre qu'en assignant chaque fonction particulière aux diverses parties de l'appareil.
         A partir de 1920, Sigmund FREUD développe une seconde topique qui fait intervenir trois "instances psychiques", le ça, pôle des pulsions de la personnalité, le moi, instance qui se pose en représentant des intérêt de la totalité de la personne et investi d'une libido narcissique et le surmoi, instance juge et critique, constituée par l'intériorisation des exigences et des interdits venant de la société et notamment des parents les plus proches.
"Cette conception ne met pas seulement en jeu les relations entre ces trois instances ; d'une part, elle différencie en elles des formations plus spécifiques (moi idéal, idéal du moi par exemple) et fait intervenir par conséquent, en plus des relations "intersystémiques", des relations "intrasystémiques" ; d'autre part, elle conduit à attacher une importance particulière aux "relations de dépendance" existant entre les divers systèmes, et notamment à retrouver dans le moi, jusque dans ses activités dites adaptatives, la satisfaction de revendications pulsionnelles."

             L'idée de la localisation psychique semble disparaître dans cette seconde conception. Mais dans Abrégé de psychanalyse (publié en 1958), le "père" de la psychanalyse explique comment les "qualités psychiques" fonctionnent (chapitre VII) :
    "Ainsi nous admettons une division topographique de l'appareil psychique en moi et en ça, division à laquelle correspondent les qualités de conscient et d'inconscient. Nous pensons aussi que ces qualités ne sont qu'un indice et non l'essentiel de la différence. Quelle est donc alors la nature véritable de l'état qui se traduit dans le ça par la qualité d'inconscient et dans le moi par la qualité de préconscient et en quoi consiste la distinction entre ces deux états?
  Nous avouons n'en rien savoir et les profondes ténèbres de notre ignorance sont à peine éclairées par une faible lueur. C'est ici que nous approchons de l'énigme véritable, non encore résolue, que présentent les phénomènes psychiques. D'après les données d'autres sciences naturelles, nous admettons qu'une certaine énergie entre en jeu dans la vie psychique, mais toutes les indications qui nous permettraient de comparer cette énergie à d'autres font défaut. Il semble que l'énergie nerveuse ou psychique existe sous deux formes, l'une facilement mobile et l'autre, au contraire, liée. Nous parlons d'investissements et de surinvestissements des contenus psychiques et nous allons même jusqu'à supposer qu'un "surinvestissement" détermine une sorte de synthèse de divers processus au cours de laquelle l'énergie libre se transforme en énergie liée. Notre savoir s'arrête là, mais nous soutenons fermement que la différence entre l'état inconscient et l'état préconscient tient, lui aussi, à de semblables relations dynamiques, ce qui expliquerait pourquoi, spontanément ou grâce à nos efforts, un état peut se muer en l'autre.
  En dépit de toutes ces incertitudes la science analytique a établit un fait nouveau. Elle a montré que les processus qui se jouent dans l'inconscient ou le ça obéissent à d'autres lois que ceux qui se déroulent dans le moi préconscient. Nous appelons l'ensemble de ces lois processus primaire, par opposition au processus secondaire qui régit les phénomènes du préconscient, du moi. Ainsi l'étude des qualités psychiques n'aura finalement pas été tout à fait infructueuse."
  Le lecteur ne doit pas être surpris du ton de cet écrit ; il reflète constamment l'approche de Sigmund FREUD, qui s'exprime presque toujours par hypothèse et par tentatives partielles d'explications. On est très loin du ton parfois sèchement didactique de la plupart des manuels de psychanalyse!

       Ces topiques sont évoquées tout le long de l'oeuvre de nombreux psychanalystes après Sigmund FREUD, et lui-même s'explique abondamment sur l'Inconscient. Comme dans L'inconscient (1915) où il détaille sa vision de sa multivocité. Si l'on insiste ici dessus, c'est que la dynamique du refoulement, origine de nombreux conflits psychiques, ne peut se comprendre sans la conception de ces topiques.
 
    L'histoire du mouvement psychanalytique, précisent E. ROUDINESCO et M. PLON, a donné au moins deux lectures de la deuxième topique freudienne. L'une consiste à accentuer le moi au détriment du ça et donne naissance à l'Ego Psychology, tandis que l'autre prévilégie plutôt le ça pour repenser le statut du moi et lui ajouter un soi (self) ou un sujet, comme dans le kleinisme, la Self Psychology et le lacanisme. Du côté de LACAN, on désifne le nom de topique une trilogie du symbolique, de l'imaginaire et du réel. Cette topique a connu deux organisations successives : dans la première (1953-1970) la symbolique exerce un primat sur les deux autres instances (SIR), dans la seconde (1970-1978), c'est le réel qui est placé en position dominante (RSI).

Jean LAPLANCHE et J.-B.PONTALIS, sous la direction de Daniel LAGACHE, Vocabulaire de la psychanalyse, PUF, 1967. Élisabeth ROUDINESCO et Michel PION, Dictionnaire de psychanalyse, Fayard, Le livre de poche, 2011.
Sigmund FREUD, Abrégé de psychanalyse, 1958, PUF, collection Bibliothèque de psychanalyse ; L'inconscient, 1915, dans Oeuvres complètes, Psychanalyse, PUF, 1994.
Gérard POMMIER, Comment les neurosciences démontrent la psychanalyse, Flammarion, 2004.
 
PSYCHUS
 
Complété le 9 mars 2019.
 

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