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27 mai 2009 3 27 /05 /mai /2009 14:30

           Jurgen HABERMAS, La paix perpétuelle
 

             A l'occasion du "bicentenaire d'une idée kantienne", le philosophe Jurgens HABERMAS (né en 1929), fait le point sur le projet de paix perpétuelle d'Emmanuel KANT, ou plutôt sur son actualité dans le monde d'aujourd'hui.
             "Appelée de ses voeux par l'abbé Saint-Pierre, la paix perpétuelle est pour Kant un idéal par lequel on peut rendre l'idée d'un état cosmopolitique à la fois attractive et concrète. Kant apporte ainsi à la théorie du droit une troisième dimension : au droit étatique et au droit des gens va s'ajouter - telle est son innovation qui aura de multiples conséquences - le droit des citoyens du monde." C'est ainsi qu'il commence son étude critique (dans le vrai sens du terme) de cette idée qui, "nous le savons aujourd'hui (pose) des problèmes conceptuels" et qui "en outre n'est plus guère conciliable avec les connaissances historiques qui sont les nôtres".
     Jurgens HABERMAS rappelle le contexte historique dans lequel écrit le philosophe idéaliste allemand, celui d'un monde aux conflits limités, inter-étatiques et même inter-princiers. Le problème conceptuel d'Emmanuel KANT est de préciser la "différence qui existe entre le droit cosmopolitique et le droit international classique". Voulant conserver la souveraineté des partenaires, ne songeant qu'à un contrat entre puissances, il "ne peut pas penser à une obligation juridique". Bien conscient de la difficulté d'amener vers la paix perpétuelle ces puissances, il fait appel à la raison. Et il évoque trois tendances naturelles qui, pour lui, sont favorables à la raison. Ce sont ces trois tendances que le philosophe allemand moderne examine dans les détails :
- Le caractère pacifique des républiques ;
- La force socialisante du commerce international ;
- La fonction de l'espace public politique.
      La supposition optimiste que chaque citoyen d'une république hésite à donner son assentiment à une guerre a été réfutée par la violence des confrontations militaires du XXème siècle. Mais, toutefois, l'idée "que la démocratie à l'intérieur induit un comportement pacifique de l'État vis-à-vis de l'extérieur n'est pas tout à fait fausse. (...) les États démocratiques (...) ont dans leurs relations réciproques un comportement moins belliqueux." "L'emploi de la force militaire n'est plus exclusivement déterminé par une raison d'État essentiellement particulariste, mais également par le désir de favoriser l'expansion internationale de formes d'État et de gouvernement de type non autoritaire."
      Dans l'immédiat, sur l'effet apaisant du développement du commerce international, "Kant" n'a pas prévu que les tensions sociales, d'abord renforcées à la suite d'une industrialisation capitaliste accélérée, pèseraient sur la politique intérieure en déclenchant des guerres civiles, et orienteraient la politique extérieure vers un impérialisme belliqueux". Il a fallu deux guerres mondiales avant que le développement de l'État-providence "réussisse à pacifier l'antagonisme de classe et change la situation intérieure des sociétés développées, à tel point que (...) l'enchevêtrement économique réciproque des économies nationales puisse réaliser le type d'"économisation de la politique internationale" dont Kant attendait un effet pacificateur".
      Sur l'existence d'un espace public international, qui détiendrait une fonction de contrôle, "Kant comptait évidemment encore sur la transparence d'un espace public circonscrit, à caractère littéraire et sensible à argumentation, porté par le public d'une couche relativement réduite de citoyens cultivés. Il n'a pas pu prévoir le changement de structure de l'espace public des citoyens, qui a transformé celui-ci en un espace public dominé par les mass-media électroniques, dégénéré au niveau sémantique, occupé par des images et des réalités virtuelles ; il n'a pas pu pressentir le détournement que subirait la "parole" comme moyen des Lumières, à la fois dans le sens de l'endoctrinement muet et dans le sens de l'usage trompeur du langage.". Toutefois, après la guerre du Viet-Nam et les guerres du Golfe, les conférences sur la pauvreté, la démographie, et surtout le climat - on pourrait ajouter les grandes manifestations contre la course aux armements - ressemblent à des tentatives de constitution d'un espace public, d'une opinion publique mondiale, qui connait un début d'institutionnalisation (dans le cadre de l'ONU, ou par l'instauration de tribunaux pénaux internationaux).
     Compte tenu de cela, Jurgens HABERMAS propose la révision de concepts fondamentaux, qui concernent :
- la souveraineté extérieure des États et la transformation des relations entre Etats ;
- la souveraineté intérieure des États et les limitations normatives de la politique de puissance classique ;
- la stratification de la société mondiale ainsi que la globalisation des risques qui appelle un nouveau concept de paix.
         Il s'agit ni plus ni moins de poursuivre cette idée de société cosmopolitique et cet objectif de paix perpétuelle, en donnant à la planète de nouvelles structures juridiques où les individus prennent toute leur place, en lieu et place des États. Dans son livre, Jurgens HABERMAS défend l'idée des droits de l'homme, comme catégorie juridique et non pas comme catégorie morale, contre l'argumentation de Carl SCHMITT (1888-1985).
 
Jurgens HABERMAS, La paix perpétuelle, Le bicentenaire d'une idée kantienne, Editions du Cerf, collection Humanités, 1996.
 
Relu le 8 mars 2019

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