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3 juin 2009 3 03 /06 /juin /2009 13:09
                  Variations sur les pulsions

       Quand on a écarté au moins en psychanalyse la confusion entre Pulsion et Instinct, malgré un certain usage encore intensif du mot Instinct, il reste à constater comme le fait André GREEN que "l'évolution de la biologie et de l'éthologie tend de plus en plus à contester l'autonomie de l'instinct et à prendre en considération le jeu des influences multiples dont il peut être l'objet soit par des régulations endocriniennes et nerveuses, soit par l'influence des afférences perceptives, voire des facteurs d'apprentissage."
       
      Dans Vocabulaire de la psychanalyse, Pulsion est définie comme "Processus dynamique consistant dans une poussée (charge énergétique, facteur de motricité) qui fait tendre l'organisme vers un but. Selon Freud, une pulsion a sa source dans une excitation corporelle (état de tension) ; son but est de supprimer l'état de tension qui règne à la source pulsionnelle ; c'est dans l'objet ou grâce à lui que la pulsion peut atteindre son but."
La forme la plus achevée de la notion de Pulsion est donnée par Sigmund FREUD dans Pulsions et destins des pulsions (1915) où sont regroupés les quatre éléments qui la constitue : poussée, source, objet, but.
   "Par poussée d'une pulsion, on entend le facteur moteur de celle-ci, la somme de force ou la mesure d'exigence de travail qu'elle représente. Le caractère de ce qui est poussant est une propriété générale des pulsions, et même l'essence de celles-ci. Toute pulsion est un morceau d'activités ; quand on parle, d'une façon relâchée, de pulsions passives, on ne peut rien vouloir dire d'autre que des pulsions à but passif.
Le but d'une pulsion est toujours la satisfaction, qui ne peut être atteinte que par la suppression de l'état-de-stimulus à la source pulsionnelle. Mais, quoique ce but final reste non modifiable pour chaque pulsion, diverses voies peuvent cependant mener au même but final, en sorte que peuvent s'offrir pour une pulsion des buts variés, prochains ou intermédiaires, qui peuvent être combinés les uns avec les autres ou échangés les uns contre les autres. L'expérience nous autorise aussi à parler de pulsions "inhibées quant au but", pour des processus qui sont tolérés pour un bout de chemin en direction de la satisfaction pulsionnelle, mais qui subissent ensuite une inhibition ou une dérivation. Il faut admettre qu'à ces processus, eux aussi, se relie une satisfaction partielle.
L'objet de la pulsion est celui-là même dans lequel et par lequel la pulsion peut atteindre son but. Il est ce qu'il y a de plus variable dans la pulsion, il ne lui est pas originellement connecté, au contraire il ne lui est adjoint qu'en raison de son aptitude à rendre possible la satisfaction. Il n'est pas nécessairement un objet étranger, mais il est tout aussi bien une partie du corps propre. Il peut en être changé aussi souvent qu'on veut dans le cours des destinées de la pulsion ; c'est à ce déplacement de la pulsion qu'échoient les rôles les plus significatifs. Le cas peut se produire que le même objet serve simultanément à la satisfaction de plusieurs pulsions (...). Une liaison particulièrement intime de la pulsion à l'objet est mise en relief comme fixation de celle-ci. Elle s'effectue souvent dans les toutes premières périodes du développement pulsionnel et met fin à la mobilité de la pulsion en s'opposant intensément à son détachement.
Par source de la pulsion, on entend ce processus somatique dans un organe ou une partie du corps, dont le stimulus dans la vie d'âme se trouve représenté par la pulsion. On ignore si ce processus est régulièrement de nature chimique ou s'il peut correspondre à la déliaison d'autres forces, mécaniques, par exemple. L'étude des sources pulsionnelles n'appartient plus à la psychologie ; bien que sa provenance à partir de la source somatique soit ce qui est purement et simplement décisif pour la pulsion, celle-ci ne nous est pas connue dans la vie d'âme autrement que par ses buts. La connaissance plus exacte des sources pulsionnelles n'est pas rigoureusement nécessaire aux fins de la recherche psychologique. Remonter des buts de la pulsion à ses sources est parfois assuré par conclusion récurrente."
   Si on a pris la peine ici de reproduire ce passage du livre de Sigmund FREUD, c'est surtout pour éviter de tomber dans certaines erreurs de paraphrase qui rigidifie le sens et qui efface le caractère toujours chercheur de sa démarche, malgré sa propension vers la fin de sa vie à tout théoriser systématiquement (surtout pour assurer l'avenir de l'école psychanalytique).

        La notion de pulsion, dans l'oeuvre de Sigmund FREUD est analysée sur le modèle de la sexualité, mais d'emblée dans les théories la pulsion sexuelle se voit opposer d'autres pulsions. Le fondateur de la psychanalyse reste toujours dualiste :
- la première théorie met face à face les pulsions sexuelles et les pulsions du moi (ou d'auto-conservation), le modèle de ces dernières étant pris sur la faim et la fonction d'alimentation ; il faut remarquer, écrit André GREEN, que "le modèle général de la pulsion est construit sur le modèle de la pulsion sexuelle, le groupe des pulsions du moi étant beaucoup plus fixe et beaucoup moins propice aux transformations dont la pulsion sexuelle est l'objet. Dans un deuxième temps, Freud met l'accent sur la libidinisation des pulsions du moi. L'introduction du concept de narcissisme redistribue les pulsions selon leur orientation vers le moi ou vers l'objet, dans une perspective concurrentielle. Il s'agit là d'un temps théorique intermédiaire. Car Freud se rapproche à ce moment-là d'une conception moniste où l'antagonisme entre les groupes pulsionnels n'est pas assez tranchée."
- la deuxième théorie, introduite dans Au-delà du principe du plaisir (1920), oppose pulsions de vie et pulsions de mort et modifie la fonction et la situation des pulsions dans le conflit. Toujours suivant André GREEN, "le conflit entre les groupes pulsionnels prend une forme beaucoup plus radicale en mettant en opposition les pulsions de vie et les pulsions de mort (ou de destruction). Les premières tendent à créer des ensembles toujours plus vastes : leur activité est essentiellement de rassemblement d'unification, de conjonction. Elles marquent autant l'évolution des pulsions sexuelles que celle des pulsions du moi. L'activité des pulsions de mort ou de destruction est essentiellement de séparation, de désagrégation, de disjonction." Sigmund Freud regroupe ces pulsions de vie sous forme d'Éros ; ce ne seront que ses continuateurs qui donneront aux autres le nom de Thanatos.
Il faut toujours se souvenir : "La théorie des pulsions est pour ainsi dire notre mythologie. Les pulsions sont des êtres mythiques, grandioses dans leur indétermination" "Nous donnons le nom de pulsions aux forces que nous postulons à l'arrière-plan des tensions génératrices de besoins du ça" (Sigmund FREUD)....

     Les écoles psychanalytiques diversifient la vision des pulsions en même temps qu'elles se déterminent par rapport aux deux grandes théories des pulsions.
- Ainsi Jacques LACAN développe son propre concept de pulsion, charnière entre corps, jouissance et langage. Il disserte à partir des trois "pas" successifs dans la théorie des pulsions, l'élargissement du concept de la sexualité, l'instauration du narcissisme et l'affirmation du caractère régressif des pulsions. Il introduit la notion de surgissement du sujet de la pulsion.
- Mélanie KLEIN s'attache à approfondir les origines et les conséquences de l'existence des pulsions d'agression, introduites par Alfred ADLER. Elle fait de même avec la pulsion de mort, notion contestée par d'autres écoles psychanalytiques.
    On peut citer d'autres formes de pulsions dont on parlera par la suite : pulsion partielle, pulsion du Moi, pulsion d'angoisse, pulsion d'auto-conservation, pulsion de groupe. Certaines ont été définies par Sigmund FREUD, d'autres voient leur sens changer, d'autres encore sont introduites après lui.
 
     Élisabeth ROUDINESCO et Michel PLON précisent que "malgré les objections et l'opposition, Freud ne se laissera jamais impressionner. Parfaitement conscient, ainsi qu'il le déclare en 1926 dans l'article encyclopédique "Psycho-Analysis", que "la doctrine des pulsions est un domaine obscur même pour la psychanalyse", il revendique cette opacité comme une caractéristique de la pulsion. "La théorie des pulsions est pour ainsi dire notre mythologie, affirme-t-il en 1933. Les pulsions sont des êtres mythiques, formidables dans leur imprécision". On comprend alors que le critiques, qui arguaient notamment de l'absence de preuves empiriques pour valider l'existence d'une pulsion de mort, lui soient apparues inconsistantes et l'aient conduit à affirmer, dans Le Malaise dans la culture : "Je ne comprends plus que nous puissions rester aveugles à l'ubiquité de l'agression et de la destruction non érotisées et négliger de leur accorder la place qu'elles méritent dans l'interprétation des phénomènes de vie". En 1937, il réaffirmait encore, dans "L'analyse avec fin et l'analyse sans fin" que la seule évocation du masochisme, des résistances thérapeutiques ou de la culpabilité névrotique suffit à soutenir "l'existence dans la vie de l'âme d'une puissance, qui d'après ses buts nous appelons pulsions d'agression ou de destruction, et que nous dérivons de l'originaire pulsion de mort de la matière animée".
La descendance freudienne, poursuivent nos auteurs, n'est pas unanime dans ce rejet de la dernière élaboration de la théorie des pulsions. Ainsi Mélanie Klein opère-t-elle un renversement complet du second dualisme pulsionnel en considérant que les pulsions de mort participent de l'origine de la vie aussi bien sur le versant de la relation d'objet que sur celui de l'organisme. pour l'organisme, les pulsions de mort contribuent, par le biais de l'angoisse, à installer le sujet dans cette position dépressive faite de crainte et de destruction."
ROUDINESCO et PLON se centrent ensuite sur l'apport de Jacques LACAN. "Dans son séminaire de 1964, Jacques Lacan considère la pulsion comme l'un des quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse. Guidé par une lecture exigeante du texte freudien de 1915, qu'il réintitule "Les pulsions et leurs vissicitudes", Lacan dégage la démarche freudienne de ses assises biologiques et insiste sur le caractère constant du mouvement de la pulsion, mouvement arythmique, qui la distingue de toutes les conceptions fonctionnelles. L'approche lacanienne de la pulsion s'inscrit dans une approche de l'inconscient en termes de manifestation du masque et du non-accompli. A ce titre, la pulsion est envisagée sous la catégorie du réel. Rappelant ce que dit Freud de l'indépendance de l'objet vis-à-vis de la pulsion et du fait que n'importe quel objet peut être amené à remplir la fonction d'un autre pour la pulsion, Lacan souligne que l'objet de la pulsion ne peut être assimilé à aucun objet concret. Pour saisir l'essence du fonctionnement pulsionnel, il fait concevoir l'objet comme étant de l'ordre d'un creux, d'un vide, désigné de façon abstraite et non représentable : l'objet (petit) a".
Pour Lacan, la pulsion est donc un montage caractérisé par une discontinuité et une absence de logique rationnelle au moyen duquel la sexualité participe de la vie psychique en se conformant à la "béance" de l'inconscient.
Lacan développe en fait l'idée que la pulsion est toujours partielle. le terme est ici à entendre en un sens plus général que celui retenu par Freud. En adoptant le terme d'objet partiel, issu de Karl Abraham et des kleiniens, il introduit deux nouveaux objets pulsionnels en plus des fèces et du sein : la voix et le regard. Il mes nomme : objets du désir."

André GREEN, Article Pulsion de l'Encyclopedia Universalis, 2004. Jean LAPLANCHE et Jean-Bertrand PONTALIS, Vocabulaire de la psychanalyse, PUF, 1976. Michèle PORTE, Article Pulsion du Dictionnaire international de la psychanalyse, Editions Hachette Littératures, collection Grand Pluriel, 2002. Sigmund FREUD, Pulsions et destins des pulsions, 1915, dans Oeuvres complètes Psychanalyse, tome XIII, PUF, 1994. Élisabeth ROUDINESCO et Michel PLON, Dictionnaire de la psychanalyse, Le livre de poche, Fayard, 2011.

                                                                                   PSYCHUS
 
Relu et complété le 18 avril 2019

                              

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