Mardi 9 juin 2009
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Les Lumières
américaines
Le déisme d'Ethen ALLEN (1738-1789), révolutionnaire américain, combat le puritanisme de Jonathan EDWARDS entre autres, et constitue, en religion, une tendance de
fond de la mentalité de la philosophie politique américaine. Dans Reason, the Only Oracle of Man (1784), il écrit notamment :
"Tout en admettant que "personne ne peut en cherchant trouver Dieu ou le Tout-Puissant dans sa perfection", je suis néanmoins persuadé que si les hommes osaient exercer leur raison aussi
librement sur ces sujets divins qu'ils le font dans les affaires de la vie quotidienne, ils se débarrasseraient dans une grande mesure de leur aveuglement et de leurs superstitions,
parviendraient à des idées plus élevées de Dieu et de leurs obligations à son égard et à l'égard de leurs semblables, seraient d'autant plus heureux et plus comblés en s'apercevant des vertus
morales de son règne, deviendraient de meilleurs membres de la société et s'adonneraient, stimulés par des motivations multiples et puissantes, à la pratique de la morale, qui constitue l'ultime
et la plus grande perfection que la nature humaine est susceptible d'atteindre."
Plutôt que de faire appel à l'exaltation des psaumes et aux peurs du châtiment divin, il fait appel aux "preuves naturelles", à la raison. C'est surtout après la Révolution américaine que
cette position d'impose, préparée par la diffusion dans la société américaine des idées de NEWTON et de la nouvelle science et des écrits de philosophes français comme CABANIS, CONDORCET, DIDEROT
ou VOLTAIRE.
Pendant et juste après la révolution américaine (1775-1783), qui aurait pu n'être qu'une rebellion anti-coloniale, plusieurs philosophes et en
même temps hommes politiques et...aventuriers, lui donne la forme d'une révolution sociale. ils participent en même temps au bouillonnement de la révolution française : Benjamin FRANKLIN
(1706-1790), Thomas PAINE (1737-1809), Thomas JEFFERSON (1743-1826) en sont les principaux.
Benjamin FRANKLIN, plus homme d'action que philosophe ne laisse qu'un oeuvre marquante, qu'il s'efforce d'ailleurs de minimiser, la trouvant "mauvaise" (dans le
sens de faible...) : A dissertation on Liberty and Necessity, Pleasure and Pain (1725). Artisan du Traité de Paris (1783) qui garantit l'Indépendance, fervent abolitionniste de l'esclavage, un
des rédacteurs de la Constitution, celui-ci, parfois présenté comme un "philosophe classique" est caractéristique d'une Amérique incarnant l'idéal rationnel du siècle des Lumières.
Avec beaucoup d'autres, il incarne aussi l'idée d'une rupture avec l'histoire et la recréation du monde. Un véritable désir de recommencement du monde anime d'ailleurs à cette époque
l'ensemble des "hommes de pensée", soit dans une version progressiste, soit dans une version conservatrice.
Thomas PAINE, à l'inverse, plus philosophe qu'homme d'action, pris dans la tourmente révolutionnaire en France (emprisonné en 1793) est un théoricien de
la révolution. Par son Common Dense, written by an Englishman (1776), vendu à plus de 300 000 exemplaires (difficile de chiffrer lorsque les éditions "pirates" sont multiples!), il promeut, avec
exaltation d'ailleurs, la rupture avec la Grande Bretagne. Contre Réflexions sur la révolution de France d'Edmond BURKE (1729-1797), il publie The Right of Man (1791-1792). The Age of Raison
(1793) renforce l'argumentation en faveur de la révolution française.
Dans ces Droits de l'Homme, Thomas PAINE explique la différence entre droits naturels et droits civils.
"Les droits naturels sont ceux qui appartiennent à l'homme en raison de son existence. De ce genre sont les droits intellectuels, ou les droits de l'esprit, et également tous les droits
d'agir en tant qu'individu pour son propre bien-être et son propre bonheur qui ne portent pas atteinte aux droits naturels des autres. Les droits civils sont ceux qui appartiennent à l'homme en
raison du fait qu'il est membre de la société. Chaque droit civile a pour fondement un droit naturel pré-existant dans l'individu, mais dont sa puissance individuelle ne lui permet pas de jouir
suffisamment en tous les cas. De ce genre sont les droits qui se rapportent à la sécurité et à la protection."
Thomas PAINE pense la puissance comme une sorte de capital "constitué de la réunion des droits naturels de l'homme dont la puissance est imparfaite dans l'individu.". Les hommes mettent en
commun leur droit à être juges de leur propre cause et établissent un gouvernement pour passer jugement entre leurs revendications opposées. Mais la puissance du gouvernement est seulement la
puissance collective des individus et elle ne peut être utilisée pour violer les droits naturels qu'ils conservent. Car les droits naturels sont les droits que dieu a octroyés à l'homme en tant
qu'homme lors de la création : ils sont par conséquents inviolables et imprescriptibles.
Concrètement, ce qui est essentiel, c'est un gouvernement républicain fondé sur une représentation large et égale. Pour Thomas PAINE, les deux grands sont la guerre et la pauvreté. Sous un
tel gouvernement, les hommes se gouverneraient eux-mêmes dans leur propre intérêt. Comme le peuple de la nation ne serait pas de lui-même enclin à la guerre, les impôts levés par le gouvernement
ne serait pas dissipés dans des affrontements armés avec d'autres peuples. "L'homme n'est l'ennemi de l'homme qu'à cause d'un faux système de gouvernement". Le vrai système de gouvernement
agirait donc pour réduire et pour abolir (la guerre) et la pauvreté due à des impôts trop lourds et à l'exploitation. L'économie réalisée (par l'absence de guerre) fournit un surplus que l'on
pourrait utiliser pour abolir les impôts des pauvres, pour aider les familles les plus pauvres, sous forme d'allocations. Un impôt progressif sur le revenu des Etats, visant à redistribuer la
propriété en poussant les familles à répartir la propriété familiale au lieu de la conserver dans son intégrité par la loi de primogéniture (droit d'aînesse) accompagnerait un programme de
sécurité sociale. (Léo STRAUSS, paraphrasant Thomas PAINE).
Thomas JEFFERSON, maitre d'oeuvre de la révolution américaine, l'oriente nettement vers une révolution sociale. Ses nombreux écrits politiques sur la
Virginie, la promotion de la liberté religieuse (Statut de Virginie pour la liberté religieuse) "en fait l'apôtre de la liberté et de la démocratie, du droit individuel à ne pas être d'accord, au
droit des peuples de disposer d'eux-mêmes" (Gérard DELEDALLE).
Le philosophe et homme d'Etat inscrit le dogme de la souveraineté populaire dans la Constitution américaine. Convaincu que la démocratie ne peut s'épanouir si la majorité de la
population reste pauvre, il rêve d'une société de petits propriétaires libres et égaux.
Nous sommes toujours, il faut sans doute le rappeler dans le cadre d'une société de planteurs très riches, familles aristocratiques aspirant à la démocratie, surtout entre eux, car bien
entendu, et cela rappelle les belles envolées en faveur de la démocratie athénienne dans l'Antiquité, sont exclues de cette société civile, les femmes, les enfants, les esclaves et les étrangers
qui ne jurent pas fidélité au drapeau américain...). Finalement, ses écrits ne sont pas originaux, mais c'est en partie sur eux (et sur la Constitution américaine) qui s'appuient les minorités
successives aux Etats-Unis pour obtenir la reconnaissance de leurs droits civils.
Son oeuvre qui s'inspire de multiples influences, des Pères de l'Eglise comme de Henry HOME (1696-1782), Charles de MONTESQUIEU (1689-1755), Césare BECCARIA (1738-1794), Thomas
HOBBES (1568-1676) et d'Henri Saint Jean de BOLINGBROKE (1678-1783), sans compter John LOCKE (1743-1794), Jean le Rond d'Alembert (1717-1783) ou Nicolas de CONDORCET (1743-1794) compte rassembler
ce qu'il lui semble de meilleur dans le sens de la formation d'une société juste et libre. Elle est considérée comme l'expression de l'esprit américain par beaucoup d'auteurs.
"Américaine, la philossophie politique de Jefferson ne l'est pas seulement parce qu'elle est expérimentale, mais parce qu'elle est morale. Les "vérités évidentes par elles-mêmes" que tous
les hommes sont égaux et qu'ils ont des "droits inaliénables" n'avaient pas d'abord pour Jefferson une signification juridique, mais une signification morale liée à sa conception de Dieu et de la
Nature que partageaient ses contemporains et que partagent aujourd'hui encore les Américains, même s'ils n'en ont pas toujours explicitement conscience." (Gérard DELEDALLE).
Gérard DELEDALLE, La philosophie américaine, Editions De Boeck Université, collection Le point philosophique, 1998 ; Léo STRAUSS et joseph CROPSEY, Histoire de la
philosophie politique, PUF, collection Quadrige, 1994 ; Elise MARIENSTRAS, Les mythes fondateurs de la nation américaine, Editions Complexe, 1992.
PHILIUS