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15 juin 2009 1 15 /06 /juin /2009 13:48
      Fondateur d'une Société de Psychologie Individuelle en 1913, après la rupture avec Sigmund FREUD en 1911, suite à une divergence profonde sur la théorie de la libido, Alfred ADLER déplace l'explication des comportements névrosés de la théorie sexuelle à une théorie du sentiment d'infériorité. Intraverti et sobre, voire laborieux dans son écriture, dixit Carl JUNG, à l'opposé de l'extraverti et volontiers exalté, sans compter un charisme sans doute écrasant du fondateur de la psychanalyse, le médecin autrichien laisse une oeuvre dont s'inspire beaucoup la profession des psychologues, notamment en pédopsychologie.

   Alfred ADLER rejette donc l'ensemble de l'approche de Sigmund FREUD, notamment son dualisme, et provoque la première scission importante du mouvement psychanalytique. Il considère l'individu dans sa totalité en y incluant des aspects sociaux et sociologiques. Il part du sentiment d'infériorité du petit enfant, de sa compensation et de la recherche du pouvoir et de la suprématie ainsi que du sentiment d'appartenance à la collectivité, premier sentiment, de l'individu. Il considère le développement psychique comme la formation d'un plan de vie inconscient, voire un style de vie, dès la prime enfance et les symptômes ultérieurs doivent être compris pour lui sous cet angle, dans une conception finaliste. (Helmut GROGER).
   
      Selon Rudolf DREIKURS, la psychologie adlérienne "propose plus qu'une technique de traitement et d'éducation. Son but est de surmonter les défauts d'adaptation sociale chez l'individu et dans les groupes. Adler a insisté sur l'autonomie, sur la nécessité de résoudre les conflits sur la base d'un respect mutuel ; il a affirmé que la "logique de la vie en communauté" exige la reconnaissance de l'égalité des hommes entre eux. C'est pour cela que la psychologie adlérienne est efficace et nécessaire dans la société démocratique." La psychologie d'Alfred ADLER peut être définie aussi comme une téléoanalyse, "car nous considérons la connaissance et la modification des objectifs d'un individu comme la base de nos efforts pour corriger le comportement, que ces efforts soient d'ordre éducatif, pédagogique ou thérapeutique."

      Dans Le tempérament nerveux (1912) comme dans Connaissance de l'homme (1923), Alfred ADLER ne considère pas le symptôme nerveux comme un fait pathologique circonscrit et isolé, mais comme la manifestation inhérente au comportement unifié de la personne. Aussi son analyse tend à s'éloigner du symptôme pour comprendre l'individu dans sa totalité. Comme l'écrit Alfred MEYER, "lorsque les causes organiques ont été éliminées avec certitude, se pose la question de la signification d'un symptôme morbide. (Ce symptôme) ne devient intelligible que lorsque nous saisissons le système de référence de toute la vie de l'individu : la conduite de l'individu est gouvernée, malgré les apparences, non par les événements, d'après l'appréciation que nous pouvons avoir de ceux-ci selon le sens commun, mais par son opinion subjective sur les événements (...). Cette opinion, inhérente à la loi dynamique propre à l'individu, se manifeste d'une manière unifiée dans tout son comportement. Façonnée dans son passé le plus lointain, elle émane des remarques inconscientes au travers desquelles l'individu a précocement édifié son style de vie, sa conception originale du monde, et donné ensuite une forme automatisée à ses relations entre sa conduite actuelle, apparemment non motivée, et sa conduite dans son enfance." "C'est pourquoi, poursuit le même auteur, dans la méthode de travail de la psychologie individuelle d'Adler, les symptômes névropathiques ne sont pas considérés dans une optique causale (au contraire de la méthode courante psychanalytique). L'activité de l'être humain, issue de son inconsciente et permanente préoccupation, est orientée vers l'édification de son avenir. elle n'est pas déterminée, mais fondée sur un but à atteindre (...)"

        Au lieu de chercher les constituants de la personnalité dans un jeu de conflits internes, le psychologue propose de rechercher la logique des conduites personnelles, même névrotiques, dans la constellation d'abord de la famille de l'enfant, pris dans un complexe d'infériorité lié à sa constitution organique. On perçoit ce qu'il peut y avoir de normatif dans cette approche, ce constat étant accentué à la lecture des "vulgarisations" de sa pensée. Dans l'explication de la psychologie adlérienne par Rudolf DREIKUS, à propos de la névrose, on peut lire :
  "Pour le malade mental et pour le criminel, il n'y a pas de conflit entre vouloir et agir. Tous deux agissent comme ils le veulent, l'un parce qu'il a remplacé les ordres de l'entourage par les fantasmes de sa propre logique privée, l'autre parce qu'il ne reconnait pas les ordres de l'entourage. Un conflit entre vouloir et agir n'est possible que dans les névroses. Le fait que la plupart des gens connaissent une telle contradiction intérieure prouve simplement qu'ils sont névrosés, qu'ils ont besoin de faux-fuyants parce qu'ils ne sont pas disposés à accomplir certaines tâches de la vie."
  Le succès aux États-Unis de la psychologie adlérienne n'est pas étonnant dans un contexte conformiste où cette vision de la psychologie humaine, cohérente en soi, évite de poser les questions sur la sexualité, notamment infantile. Mais l'apport d'Alfred ADLER ne se résume pas à cet évitement. Par une caractérologie fine, basée sur l'analyse de différents affects (la colère, la jalousie, l'avarice...), sur les relations entre membres de la famille (surtout entre frères et soeurs), le psychologue s'efforce d'approcher une connaissance opérationnelle de l'homme.
   Mû par un réel souci de médecin, Alfred ADLER affirme posément, dans Connaissance de l'homme, que "le caractère d'un individu n'est jamais pour nous le motif d'un jugement moral, c'est une connaissance sociale, constatant comment cet individu agit sur le milieu qui l'entoure et quelle est sa solidarité avec ce milieu."
Dans L'enfant difficile (1930), une véritable technique de psychologie individuelle comparée s'élabore, avec exemples tirés de l'expérience à l'appui. Que ce soit à travers l'analyse d'une élève qui redouble sa classe ou celle d'un père qui empêche le développement du sentiment social de son enfant, ou encore celle du benjamin découragé ou de l'enfant détesté, Alfred ADLER communique forces conseils pédagogiques et compréhension de l'enfant. Cette manière d'expliquer le comportement doit amener ceux qui sont en charge de l'éducation à prendre les bons moyens d'accompagner le garçon ou la fille dans son difficile vécu du sentiment d'infériorité.
    
   Notamment dans Le sens de la vie (1933), Alfred ADLER expose une conception téléologique du devenir humain en général, porté vers le futur et non par le passé. "En insistant sur les fins de la conduite de l'homme, Adler a fait plus que d'ouvrir la voie à une nouvelle orientation de la psychologie qui, depuis, a été confirmée de différents côtés. L'opposition que rencontra cette orientation est caractéristique de la polémique qui concerne, non seulement la nature de l'homme, non seulement la formulation d'une méthode scientifique et la mise au point de mesures pédagogiques et thérapeutiques, mais encore l'ensemble de notre civilisation, qui appelle une nouvelle image de l'homme. Les néo-vitalistes ont bien été les premiers à reconnaître la finalité de l'évolution des espèces et des organes, et surtout de la physiologie. Les symptômes de toutes les maladies ne leur apparaissent pas comme des phénomènes pathologiques ou les suites de quelque influence nuisible, mais comme moyens permettant d'annuler cette influence."(Rudolf DREIKURS).

Alfred ADLER, Connaissance de l'homme, étude de caractérologie individuelle, Petite Bibliothèque Payot, 1968 ; L'enfant difficile, Petite Bibliothèque Payot, 1968. Les éditions Payot ont publiés également Le tempérament nerveux (1948) et Le Sens de la vie (1968).
Rudolf DREIKURS, La psychologie adlérienne, Boud & Gay, 1971. Alfred MEYER, Article Alfred Adler dans Encyclopedia Universalis, 2004. Helmut GRÖGER, Article Alfred Adler dans Dictionnaire international de psychanalyse, Hachette Littératures, collection Grand Pluriel, 2002.

                                                                                      PSYCHUS
 
Revu le 17 octobre 2014. Relu le 11 avril 2019.
 

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