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26 juin 2009 5 26 /06 /juin /2009 12:24
              Les continuateurs d'une vision freudienne des pulsions s'efforcent de restituer ce que Sigmund FREUD veut vraiment dire sur les pulsions dans son oeuvre, se gardant ainsi de s'orienter vers la psychanalyse de Mélanie KLEIN et n'entrant pas dans les considérations d'Anna FREUD. Parmi eux, Jean LAPLANCHE (notamment à travers le Vocabulaire de la psychanalyse que nous utilisons beaucoup parce qu'il est particulièrement clair) et Daniel LAGACHE, qui, lui-même à travers son oeuvre, tente de concilier les meilleurs apports de la Psychanalyse et de la Psychologie.

            Jean LAPLANCHE relève la nouveauté de la théorie freudienne sur la pulsion de mort par rapport à la construction psychanalytique originelle et souligne qu'elle provient d'une réflexion à la fois clinique et dialectique sur la genèse du sado-masochisme. Il suggère que la théorie de l'étayage soit utilisée comme schéma directeur pour comprendre ce problème du sado-masochisme.
 "D'une part, en effet, l'étayage implique que la sexualité, la pulsion, apparaît à partir des activités non sexuelles, instinctuelles - le plaisir d'organe à partir du plaisir de fonction. Toute activité, toute modification de l'organisme, tout ébranlement est susceptible d'être la source d'un effet marginal qui est précisément l'excitation sexuelle au point où se produit cet ébranlement. L'étayage est donc cet appui de la sexualité naissante sur des activités non sexuelles, mais le surgissement effectif de la sexualité n'est pas encore là. Celle-ci n'apparaît, comme pulsion isolable et repérable, qu'au moment où l'activité non sexuelle, la fonction vitale, se détache de son objet naturel ou le perd. Pour la sexualité, c'est le moment réfléchi qui est constitutif, moment de retournement sur soi, "auto-érotisme" où l'objet a été remplacé par un fantasme, par un objet réfléchi dans le sujet." "Les historiens de la pensée freudienne, et Freud lui-même, admettent que, après 1920, ce qui est considéré comme le temps premier est le temps réfléchi, masochiste : se faire souffrir ou se détruire soi-même. C'est de ce masochisme primaire que dériverait aussi bien, par retournement, le sadisme que le masochisme pervers : trouver un autre susceptible de me faire souffrir." Au contraire, avant 1920, et notamment dans Pulsions et destins des pulsions, ce serait l'activité tournée vers un objet extérieur qui serait première (détruire l'autre, le faire souffrir, l'agresser...), donc le sadisme, tandis que le masochisme ne serait que le retournement de cette première attitude, un retournement d'ailleurs aisément compréhensible en fonction des obstacles rencontrés à l'extérieur et surtout de la culpabilité qu'entraîne l'agression."
    C'est toute cette problématique de retournement, forme active-forme réfléchie-forme active qui implique cette fameuse pulsion de mort. Agression et contre-agression alternent dans la psychologie du sujet et Jean LAPLANCHE ne peut que constater - à l'intérieur toujours de cette théorie, en examinant la fameuse étude On bat un enfant (1919) sur la genèse d'un fantasme sado-masochiste - cette malléabilité de l'énergie pulsionnelle. "...la sexualité néo-formée semble pouvoir prendre comme point de départ n'importe quoi : bien sûr les fonctions vitales, mais aussi, à la limite, la relation "oedipienne" elle-même dans son ensemble, prise comme relation naturelle ayant une fonction de préservation et de survie".
  
         Daniel LAGACHE, dans Situation de l'agressivité (1960), court texte qui constitue une référence dans les études de psychanalyse sur l'agressivité, estime que "les difficultés d'une théorie psychanalytique de l'agressivité tiennent pour une large part aux hypothèses - pour ne pas dire hypothèques de la métapsychologie classique. Posant la sexualité et l'agressivité comme des entités distinctes, initialement investies sur le corps isolé, c'est en les faisant jouer l'une avec l'autre que Freud rend compte de leur investissement objectal. L'évidence de leur indifférenciation dans la sexualité est attribuée à leur "intrication". L'hypothèse de l'intrication, devant le sadisme et le masochisme, entraîne celle de la désintrication. Enfin, l'interprétation ne parvenant pas à montrer de toute activité qu'elle est sexuelle ou agressive, Freud suppose une troisième forme d'énergie, l'énergie neutralisée, procédant pour lui de la libido désexualisée et sublimée, pour certains de ses successeurs de la sexualité et de l'agressivité, et pouvant faire retour à l'une ou à l'autre. Bien que ces vues se laissent en partie tout au moins, transposer en relations, le langage dans lequel elles sont exprimées fait penser aux "entités métaphysiques" dans le sens qu'Auguste Comte donne à ce terme."
   Pour réellement entrer dans la compréhension du sadisme, du masochisme, du sado-masochisme et partant de l'agressivité, Daniel LAGACHE tient à faire une distinction claire entre plusieurs niveaux de compréhension, qui entremêlés, et ils le sont hélas parfois un peu trop dans l'oeuvre de Sigmund FREUD, entraînent plutôt la confusion.
  Tour à tour, il faut distinguer et tenter de ne pas trop relier directement, car l'expérience clinique psychanalytique et les connaissances biologiques ne le permettent pas, trois éléments :
- la tendance au passage de l'organique à l'anorganique (l'inorganique pour prendre un terme plus utilisé de nos jours) est ce qu'il y a le plus de spéculatif dans l'argumentation. C'est à un niveau purement descriptif qu'il faut situer cet élément, pour désigner une sorte de réification du sujet (viscosité ou inertie psychique) dans laquelle la routine et la sclérose se sont substituées durablement ou définitivement au renouvellement et à la création ;
- la tendance à la "réduction des tensions", notion acceptable si on ne la pousse pas à l'absurde, la réduction de toute tension ;
 - le masochisme primaire assimilée à la passivité et à la dépendance.
 
     La nature humaine est suffisamment complexe pour que l'on ne relie pas immédiatement à tout bout de champ les dynamismes biologiques les plus simples à l'oeuvre dans le cerveau ou dans le corps entier aux divers types de relations avec les autres. Il y a bien sûr toute une chaîne dynamique, largement en feedback, multiples pour prendre un terme de thermodynamique, entre les différents types d'attitude, notamment liée à l'agression et à l'auto-agression, entre les comportements et l'état de l'organisme. Mais pour l'instant encore, la compréhension de ce dynamisme reste du ressort d'une métapsychologie.
   Pulsions de vie et pulsions de mort constituent des hypothèses largement utilisées par diverses écoles psychanalytiques, des notions globalement refusées en psychologie, en tout cas dans les acceptions freudiennes. C'est parce que, de manière sous-jacentes ou affirmées, ces hypothèses ou ces notions sont partie intégrantes de maintes théories de l'agressivité, et partant des phénomènes de violence dans les conflits inter-personnels notamment, mais pas seulement, que l'on ne peut faire l'économie d'une étude des pulsions en elles-mêmes.
    Cela étant dit et posé pour la suite, on ne peut pas non plus dissocier ces théories de l'attitude générale de leurs auteurs sur les questions sociales et politiques, à commencer par celle du fondateur de la psychanalyse.

Jean LAPLANCHE, Vie et mort en psychanalyse, Editions Flammarion, collection Champs, 1970. Daniel LAGACHE, Situation de l'agressivité, dans Oeuvres IV 1956-1962, Agressivité, structure de la personnalité et autres travaux, PUF, collection Bibliothèque de psychanalyse, 1982.

                                                                  PSYCHUS
 
Relu le 29 mars 2019

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