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30 juin 2009 2 30 /06 /juin /2009 12:43
              L'inconscient collectif est essentiellement, mais pas uniquement, un concept de la psychologie analytique de Carl Gustav JUNG, développé notamment dans Métamorphoses de l'âme et ses symboles (1950), réécriture de Métamorphose et symbole de la libido (1912) et dans Les racines de la conscience (1953). En 1934, le fondateur de cette forme "dissidente" de la psychanalyse définit l'inconscient collectif comme la partie inconsciente de la psyché collective, les autres parties de cette psyché étant la conscience du monde perceptible et la conscience elle-même. L'inconscient collectif se distingue de l'inconscient personnel et il en est le complément dans la mesure où il constitue une strate de la réalité qui ne découle pas du vécu personnel, n'est pas une acquisition personnelle, mais est inné, universel, plus ou moins le même partout et chez tous les individus.
 
      Selon David TRESAN, "l'idée jungienne de l'inconscient collectif recouvre à la fois celle d'un réceptacle passif où viennent s'inscrire l'histoire de toutes les réactions humaines vis-à-vis du monde et celle d'un substrat actif, fondement d'où émerge toute réalité. Jung a d'abord décrit les éléments constitutifs de l'inconscient collectif comme étant des images archaïques ou primordiales ou ancestrales, puis il a parlé d'archétypes qui se manifestent dans la conscience à travers des images, des affects puissants et des schèmes de comportement. Quand les énergies de l'inconscient collectif font irruption dans la conscience, celle-ci en est altérée et les réactions peuvent aller de la folie à un réagencement complet des attitudes de la base de la personnalité."

         Ce concept se situe en fait au croisement de l'expérience clinique (association libre des idées pendant la cure) et de la philosophie, versant tradition hermétique. Michel CAZENAVE se demande si la dénomination d'inconscient collectif est la mieux choisie. "Cet inconscient n'est effectivement pas une espèce d'inconscient plus ou moins hypostasié qui serait partagé par l'ensemble d'un groupe, mais un ensemble structurel dont les archétypes sont les catégories sans qu'on les pense eux-mêmes comme des réalités purement psychiques. Dans ses textes, toujours selon Michel CAZENAVE, c'est une totalité dynamique de la conscience qui est proposée par Carl JUNG, "dans une perspective paradoxale de conjonction des opposés : étant donné le surgissement de la conscience à partir de l'inconscient, il existe une unité disjonctive de ces deux termes qui impose l'idée que, à rigoureusement parler, il y a une certaine identité de la psyché avec la conscience en même temps que différenciation dans l'horizon de l'"âme entière"".

      Il faut souligner que l'inconscient jungien n'est pas l'inconscient freudien. ce dernier s'insère dans une topique qu'ignore Carl JUNG qui situe l'inconscient comme une catégorie qui fait partie de la recherche sur l'âme depuis plusieurs siècles. Dans Conscience et Inconscient (Chapitre V de Réflexions théoriques sur la nature du psychisme dans Les racines de la conscience) il écrit :
     "L'inconscient n'est pas l'inconnu pur et simple, c'est le psychisme inconnu, c'est-à-dire tout ce dont nous présupposons que, s'il venait à la conscience, il ne se distinguerait en rien des contenus psychiques connus de nous. D'un autre côté, il nous faut aussi y compter le système psychoïde sur composition duquel nous ne pouvons rien dire directement. Cet inconscient ainsi défini décrit un état de fait extraordinairement flou : tout ce que je sais, mais à quoi je ne pense pas momentanément ; tout ce dont je fus conscient autrefois, mais qui est maintenant oublié ; tout ce qui est perçu par mes sens, mais à quoi mon conscient ne fait pas attention ; tout ce que je sens, pense, me rappelle, veux et fais sans dessein et sans attention, c'est-à-dire inconsciemment ; tout ce qui est futur, qui se prépare en moi et ne viendra que plus tard. Ces contenus sont pour ainsi dire tous plus ou moins susceptibles de conscience ou furent du moins conscient autrefois et peuvent le redevenir d'un moment à l'autre."

       Il y a conflit pour Carl JUNG lorsqu'une force antagoniste inconsciente s'oppose au moi, et que celui-ci ne la refoule pas aussitôt. On assiste alors à une "dissociation relative" de la personnalité, caractéristique de la névrose. C'est par le refoulement du conflit lui-même qu'on se forge une illusion, "l'illusion qu'il n'existe pas", et l'on transforme "une souffrance connue" en une souffrance inconnue encore plus torturante. En tenant le conflit conscient - notamment lors de la cure par l'association libre d'idées - et en en faisant l'objet d'un débat interne, le moi peut reconnaître les deux pôles opposés (conscient/inconscient, masculin/féminin, bien/mal...) comme "nécessaires l'un à l'autre et solidaires". Pour le fondateur de la psychologie analytique, le conflit moral est "fondé en dernière analyse, sur l'impossibilité apparente d'acquiescer à la totalité de la nature humaine", et c'est là que joue l'inconscient collectif. Le conflit moral est donc toujours présent dans la confrontation du moi avec l'ombre et le soi, qui engage le sujet dans les aléas et les souffrances du processus d'individuation (ou d'individualisation). Le conflit entre plusieurs devoirs, qui définit celui-ci, ne peut jamais être résolu sur le mode rationaliste ou métaphysique ; il doit être enduré jusqu'à ce qu'un symbole (un troisième terme de nature irrationnelle) rassemble les points de vue contraires en une seule image composite. C'est par un conflit conscient, et la tension qu'il instaure que le moi, s'ouvrant à la réalité complexe du soi, découvre son entièreté paradoxale, consciente et inconsciente. Le soi est un concept limite qui rend compte de l'existence d'un centre archétypique de la personnalité totale, consciente et inconsciente.(Aimé AGNEL)
   La conception du conflit de Carl JUNG est donc très différente de celle de son ami d'une décennie. Il refuse absolument de "restreindre" le conflit psychique autour de la pulsion sexuelle, et l'inconscient ne se centre absolument pas sur la sexualité, même entendue au sens le plus large.

Carl Gustav JUNG, Métamorphoses de l'âme et des symboles, Georg Editeur, 1993 ; Les racines de la conscience, Buchet/Chastel, 2005.
Aimé AGNEL, Michel CAZENAVE, Le vocabulaire de Jung, Ellipses, 2005 ; David TRESAN, article Inconscient collectif dans Dictionnaire international de la psychanalyse, Hachette littératures, 2002.

                                                             PSYCHUS
 
Relu le 26 mars 2019

       

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