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5 juillet 2009 7 05 /07 /juillet /2009 12:22
        Le plus simple pour commencer consiste à prendre la définition des dieux et des déesses de Mircea ÉLIADE, même si elle reste à discuter : "êtres surnaturels qui jouent un rôle central dans les religions des peuples dits "primitifs" et dans les religions polythéistes de l'Antiquité, de l'Asie et de l'Amérique Centrale." A côté de ces dieux et de ces déesses existent d'autres figures religieuses, qui "parfois jouissent d'un prestige égal ou même supérieur : les héros civilisateurs, les ancêtres mythiques, les âmes des morts, les esprits de la nature..."  Dans certains cas se produit un amalgame de ces derniers et des dieux et des déesses ; "ou bien ils empruntent les prestiges et les symboles des divinités.
    Même dans les sociétés les plus primitives, le monde n'est pas un chaos, mais un cosmos avec un ordre, une hiérarchie. Cet ordre et cette hiérarchie détermine l'ordre et la hiérarchie chez les hommes, ces derniers n'étant que le reflet de ces premiers-là. Toujours suivant Mircea ÉLIADE, le cosmos, oeuvre des dieux, garde toujours une transparence ; elle dévoile spontanément les multiples aspects du sacré. Le ciel révèle directement, "naturellement", la distance infinie, la transcendance du dieu. La Terre, elle aussi, est "transparente" : elle se présente comme mère et nourricière universelle. Les rythmes cosmiques manifestent l'ordre, l'harmonie, la permanence, la fécondité. Dans son ensemble, le cosmos est un organisme à la fois réel, sacré et vivant : il découvre en même temps les modalités de l'être et celles de la sacralité. Ontophanie et hiéraphanie se rejoignent."

         Lorsque nous réfléchissons sur ces dieux et ces déesses, notamment à travers les mythes et les contes colportés oralement puis de façon écrite dans les sociétés, plusieurs questions viennent à l'esprit :
- Quelles relations existe-t-il entre le caractère guerrier ou pacifique des dieux et leurs correspondances dans la société qui les vénèrent?
- Les dieux en général sont-ils considérés comme hostiles ou favorables aux hommes?
- Le passage de la société de cueillette à la société agricole ou pastorale, comme d'ailleurs les relations entre sociétés d'évolution différente se traduisent-ils par une image plus ou moins guerrières des divinités.
           Quand nous parlons du caractère guerrier ou pacifique, nous incluons dans une même dynamique, certains diraient dans une même dialectique, les relations sociales internes et les relations des sociétés entre elles.

              Si nous observons l'ensemble des civilisations dans le temps et dans l'espace, la règle semble bien être le polythéisme, malgré la domination actuelle des monothéismes rapportée à leur influence. Sans doute faut-il poser parfois la question de la "pureté" d'un tel monothéisme, notamment dans l'imagerie populaire, lorsque l'on voit la quantité - un peu invraisemblable d'ailleurs - d'anges et de démons vénérés ou craints jusque dans les régions les plus christianisées.
         Comprendre la religion passe donc par la compréhension de la fonction du panthéon avant d'examiner la nouveauté radicale introduite par la croyance en un Dieu unique.
        Profitons de ce moment pour entamer une longue parenthèse : la mode est de faire porter sur le monothéisme le poids de quantités d'atrocités, d'exploitations, de destructions, de dominations socio-politiques ou même économiques ; mais c'est oublier un peu vite que des siècles durant, les guerres plus ou moins sacrées ou sacralisées se font sous la houlette d'un polythéisme foisonnant. Tant de savoirs ont été détruits, tant de vies ont été sacrifiés sur l'autel des dieux multiples... avant de l'être sur l'autel d'un Dieu unique...

      Délimiter le religieux, le définir, conduit souvent à des impasses, lorsqu'on veut le faire très globalement. Aucune langue des peuples primitifs, aucune des civilisations antiques ne possèdent un terme correspondant au concept de religieux. Le mot latin relegere ou religare, prit souvent comme origine étymologique de religion, ne signifiait qu'un ensemble d'observances, de mises en garde, de règles, d'interdictions, sans se référer à l'adoration des divinités ni d'ailleurs aux mythes, ni même aux célébrations considérées par nous comme religieuses. En fait, départager un sacré et un profane n'a de sens que pour des sociétés qui commencent à mettre en doute la réalité de Dieu ou des dieux. Au sein même des sociétés occidentales, un espace de pensée et de vécu se détache de la sphère globale religieuse, et cela prend un certain nombre de siècles avant de parvenir à la coupure radicale de la laïcité. Imaginer un monde sans dieux ou sans Dieu provient de nous-même. Pour des millions d'hommes et de femmes qui nous ont précédé dans l'histoire, cette question ne se pose pas. Chaque instant et tout le temps, à chaque endroit parfois, les dieux et les déesses sont présents. C'est pourquoi, même dans les actions guerrières, il est impensable même pour les plus fins stratèges antiques de ne pas faire appel à la connaissance qu'on peut avoir du désir de ces dieux avant de mener une bataille. Nous avons l'habitude (enfin pas tout le monde...) de nous moquer des oracles. Dans ces sociétés anciennes, les oracles sont nécessaires, incontournables, naturels.
  Aussi, lorsque nous réfléchissons sur le rôle de la religion dans les violences prises globalement dans les temps anciens, disons pour être très large jusqu'au XVIIIe siècle, nous devons penser qu'elle en a forcément un et un grand, puisque dans ces temps-là, la religion imprègne tout et tous. De la même manière, si une évolution se fait jour dans le sens d'une pacification des relations sociales et des relations entre sociétés, la religion ne peut qu'être très présente. Et sans doute, c'est ce que nous avons parfois du mal à admettre, lorsque nous sommes, comme l'auteur de ces lignes, d'un agnosticisme proche de l'athéisme. On ne peut comprendre comment on en arrive à penser la paix dans la société et entre les sociétés, qu'en passant au moins au début par des logiques qui peuvent sembler irrationnelles, en ce sens qu'elles font appel à des choses qui ne sont pas connues mais en lesquelles une foi demeure.

       Olivier HERRENSCHMIDT indique que le discours religieux s'apparente à un discours historique et à un discours philosophique plus qu'au discours scientifique. il est aliéné au sens hégélien, car situe le lieu du sens du discours hors de l'homme. L'homme est à la recherche de la vérité, conçue en dehors de lui, sans lui. (et, selon nous, pas forcément pour lui. Il distingue deux systèmes très différents.
     Dans l'un, "il y a prévalence de l'ordre du monde sur les dieux et des dieux sur les hommes : nous avons affaire aux religions du cosmos, du toa, du dharma, etc, à un polythéisme fonctionnel, à temporalité cyclique. Dans ces religions, le sacrifice en tant qu'activité formelle chargée d'efficace, occupe une place fondamentale : à partir d'une appropriation symbolique du monde par le moyen d'une pratique, il permet aux hommes de dépasser l'humaine condition et d'établir une relation immanente aux dieux.
   "Dans le second système, c'est un Dieu unique - Dieu - qui crée l'ordre du monde, auquel est asservi l'humanité. Nous sommes dans les religions du Livre. L'univers de l'Ancien Testament naît d'un projet de Dieu ; il n'y a d'ordre universel et nécessaire que pour autant que Dieu s'en porte garant envers l'homme, sur fond d'une contingence du monde qui n'est autre que l'expression de la puissance divine : le monde aurait pu être autre, comme le dit le Coran, et d'ailleurs le déluge biblique est remplacement d'un ordre par un autre. La pérennité de l'ordre du monde est garantie à l'homme par Dieu pour prix de son obéissance : tel est l'enjeu de "l'alliance", au fondement du judéo-christianisme, forme exemplaire de monothéisme, auquel est associée une conception linéaire du développement temporel."
     Il y a bien une césure entre le monde polythéiste et le monde monothéiste et cette césure nous rappelle sans doute que le rôle de la religion dans la guerre change, se transforme. Les mentalités des hommes dans des sociétés qui changent de dimension ne sont plus les mêmes, notamment dans leur rapport avec la nature.

       Ce que nous attendons ici de l'anthropologie comme d'autres sciences de l'évolution, comme de la sociologie, c'est un éclairage sur ces changements. Si l'homme reste sapiens, s'il s'agit de la même espèce, il ne s'agit plus du même cerveau, dirait-on dans un raccourci. Si elle garde les mêmes besoins naturels, l'espèce évolue car les hommes n'ont plus les mêmes représentations de l'univers. Dans le temps de vie très court des hommes d'autrefois, la violence et la guerre occupaient une immense place. La religion fut, et sans doute demeure aujourd'hui, un élément majeur des changements  de leurs représentations de celles-ci.
   Pour des questions de méthode, nous examinerons d'abord les éléments communs aux religions (en ce qui concerne la guerre et la paix) pour ensuite, très longuement, nous attarder sur chacun d'entre elles.

Olivier HERRENSCHMIDT, article Religion du Dictionnaire de l'ethnologie et de l'anthropologie, PUF, collection Quadrige, 2002. Mircea ÉLIADE, article Dieux et Déesses de l'Encyclopedia Universalis, 2004. Sous la direction d'Henri-Charles PUECH, Histoire des religions, Gallimard, 2003.

                                                                             RELIGIUS
 
 
Relu le 21 avril 2019



       

     
 

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