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30 août 2009 7 30 /08 /août /2009 13:21
           Si on excepte l'hypothèse de révélation divine de certains textes sacrés (ce que sans doute ne fait pas la moitié de l'humanité actuelle), on doit se poser la question du contexte conflictuel dans lesquels ils furent élaborés.
Aujourd'hui encore, les batailles d'exégètes font rage sur la nature et la datation des premiers textes des premières religions organisées (sans doute les premières religions furent-elles soumises à transmission de traditions orales et nous en avons perdu toute trace). Il faut bien admettre que la plupart des exégèses officielles font partie d'enjeux religieux ou politiques et que c'est sans doute dans le monde universitaire laïc que l'on peut trouver des arguments qui n'en relèvent pas.
Dans le conflit actuel des religions contre ce qu'on appelle communément "les Lumières", les études sur les textes religieux ne sont pas épargnées. Pourtant ces études ont fait d'énormes progrès depuis la fin du XVIIIe siècle et même les positions des exégètes officiels ressemblent à des retraites intellectuelles plus ou moins bien organisées. Même dans les milieux catholiques ou hébraïques, on admet que la Bible est non seulement chargée d'histoire, mais participe à l'histoire des hommes. Et d'une certaine manière, les textes de référence des religions existantes participent, via leurs études et leurs diffusions en diverses variantes concurrentes, aux conflits multiples qui agitent notre planète.

        Dans cette perspective, on ne peut s'attendre, entre les brouillages idéologiques et les lacunes scientifiques, à ne pas voir suffisamment clair sur les contextes conflictuels d'élaboration des textes sacrés. Les recherches ne manquent pas, et ça et là, des chercheurs proposent des méthodes pour y parvenir. C'est vers des comparatistes souvent que l'on peut apercevoir des éléments de compréhension, sans doute parce que cette méthode d'analyse des textes, loin d'avoir les yeux rivés uniquement sur des problèmes de traductions et de correspondances lexicales, permet d'introduire le contexte économique, social, technique et politique de leur élaboration.

      C'est par exemple la démarche de Sarwat Anis AL-ASSIOUTY, archéologue copte, même si parfois ses études sont utilisées dans le contexte d'une réhabilitation du rôle de l'Afrique dans l'histoire, non sans afriquocentrisme, notamment de populations noires (ce qui tranche de façon heureuse avec une imagerie excessivement européocentriste des hommes de la Bible, qui oublie le rôle éminent de l'Égypte dans toute l'Antiquité).
Dans ses études, il examine notamment six peuples historiques, "encore à l'état de peuplades tribales, incomplètement organisées", trois peuplades d'éleveurs et trois peuplades d'agriculteurs.
Les trois peuplade d'éleveurs sont :
- les Hébreux (vers 1800-1000 av.JC) ;
- les tribus germaniques (premiers siècles avant et après JC)
- les arabes préislamiques du Hijaz, dans la steppe semi-désertique du nord de l'Arabie (premiers siècles de notre ère).
Les trois peuplades d'agriculteurs sont :
- les aryens de l'Inde (XV-VIIe siècles av JC) ;
- les grecs homériques (XII-VIIIe siècles av JC);
- les romains de l'époque dite royale (VIII-Ve siècles av JC).
       L'auteur prend la précaution, avant d'examiner la religion de ces peuplades, vu les écarts d'époques, de décrire les conditions économiques, sociales et politiques de celles-ci. Il entend montrer comment se sont constitués les livres sacrés, et quels ont été leurs rôles respectifs dans l'évolution de ces sociétés. Il s'agit là des traditions initiales de la Thora (Hébreux), des Védas (Indiens), de l'Iliade et de l'Odyssée (Grecs), des anciennes coutumes des Romains, des coutumes germaniques rapportés par CÉSAR et TACITE et de la poésie préislamique recueillie par les grands compilateurs musulmans. Dans une étude érudite (longue...) et précise de ces éléments écrits, Sarwat AL-ASSIOUTY, après avoir montré, malgré l'écart des siècles pendant lesquels sont constitués ces textes, que ces sociétés étaient entrées dans une évolution sociale analogue. Il pense pouvoir indiquer le rôle également analogue de ceux-ci.
       On reprend ici ces conclusions, qui ne font pas bien entendu consensus au sein de la communauté scientifique :
- Lorsque ces textes apparaissent, dans chaque de ces sociétés, c'est l'ère de l'aristocratie militaire : "aristocratie, parce que le pouvoir réel est exercé par une classe sociale privilégiée, généralement héréditaire ; militaire, parce que cette aristocratie vise à l'organisation des forces armées de la société, afin de provoquer des guerres ayant pour but la rapine." ;
- "La production normative et littéraire des premières étapes de la période transitoire, entre la société tribale et le pouvoir gouvernemental (la constitution des royautés), se révèle un ensemble de coutumes, de mythes, de légendes et sagas conservées dans la mémoire des hommes et transmis par voie orale. Alors que les dernières étapes de la même période transitoire se caractérisent par la promulgation de lois, mises en exécution par la force du pouvoir gouvernemental." "Les peuplades tribales, au début de leur développement social, ne disposent pas des éléments nécessaires pour fixer par écrit leurs coutumes ou leurs productions littéraires. La fixation par écrit n'intervient que beaucoup plus tard, en général après la clôture de la période transitoire et la formation du pouvoir gouvernemental." ;
- "Les Livres sacrés ont un rôle précis, ils sont formulés pour apposer le cachet de la religion sur les besoins des classes supérieures au pouvoir, afin d'être à même de mieux exploiter les classes subjuguées. Cela ressort clairement par l'examen des règles juridiques que comprennent les Livres sacrés et les intérêts protégés par ces règles, qui sont les intérêts des classes possédantes au pouvoir, au détriment de la masse du peuple et des esclaves. L'injustice humaine est imputée à la justice divine." La religion approuve et encourage la guerre agressive, les prêtres de chaque tribu portent en guerre l'arche de Yahvé ou les idoles des dieux, afin d'assurer la victoire. L'appât du butin active les guerres atroces d'extermination et de capture, le prêtre-roi, ses chefs et ses religieux obtiennent la meilleure part du butin : or et trésors, chevaux de race, belles femmes.
Le brigandage, organisé dans les Livres sacrés, devient l'institution dominante de la civilisation."
      

       Si l'on reproduit ici sans commentaires ces conclusions, c'est parce qu'elles sont représentatives d'une grande partie de l'orientation marxiste d'importantes études sur les religions. Les études d'AL-ASSIOUTY, avec leur somme d'érudition (le nombre des références de chacun de ses ouvrages est vraiment impressionnant...) et la reprise de nombreuses de ses considérations, jusqu'aux cercles religieux qui tentent d'examiner ces textes sacrés avec objectivité, sur leur rôle historique, constituent des éléments incontournables dans la compréhension du conflit et de la religion elle-même.
Tant les conflits entre groupes humains depuis la formation des religions organisées (avec leurs écrits, leurs dogmes et leur clergé) sont à connotation, à présentation, à justification religieuse, même lorsque le fondement de ces conflits sont principalement économiques, sociaux ou politiques. Ce que l'on oublie souvent, c'est que le contenu de ces textes est le résultat de nombre de ces conflits. L'histoire est souvent écrite par les vainqueurs, le contenu des textes sacrés également. Ce n'est que grâce au fait que leur compilation a pris des siècles, que leur contenu nous suggère de tels conflits, et parfois nous en livre des détails corroborés par ailleurs par les découvertes archéologiques.

Sarwat Anis AL-ASSIOUTY, Civilisations de répression et forgeurs de livres sacrés, Editions Letouzey et Ané, 1995.

                                                              RELIGIUS
 
P.S. : Pour la personne qui demandait où l'on peut trouver les ouvrages d'AL-ASSIOUTY, et dont le mail apparemment ne fonctionne pas... Librairie LETOUZEY et ANÉ, 87 Bd Raspail, 75006. mais l'entrée se trouve de l'autre côté, rue de Vaugirard, au 87... 
 
Relu le 23 avril 2019

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