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3 octobre 2009 6 03 /10 /octobre /2009 12:05
           Les premiers ethnographes avant la lettre comme Gabriel Soares DE SOUZA (Tratario descriptivo do Brazil - 1587) ou Louis Antoine de BOUGAINVILLE (Voyage autour du monde - 1766) observent les moeurs guerrières des "Indiens". "Explorateurs ou missionnaires, marchands ou voyageurs savants, du XVIème siècle jusqu'à la fin (récente) de la conquête du monde, s'accordent tous sur un point : qu'ils soient américains (de l'Alaska à la Terre de Feu) ou africains, sibériens des steppes ou mélanésiens des îles, nomades des déserts australiens ou agriculteurs sédentaires des jungles de Nouvelle-Guinée, les peuples primitifs sont toujours présentés comme passionnément adonnés à la guerre, c'est leur caractère particulièrement belliqueux qui frappe sans exception les observateurs européens. De l'énorme accumulation documentaire rassemblée dans les chroniques, récits de voyages, rapports de prêtres et pasteurs, de militaires ou de trafiquants, surgit, incontestée, première, l'image la plus évidente des cultures décrites : celle du guerrier. Image assez dominatrice pour induire un constat sociologique : les sociétés primitives sont des sociétés violentes, leur être social est un être-pour-la-guerre." (Pierre CLASTRES).
    Cette apparente prévalence de la guerre dans la vie des peuples primitifs connus retient l'attention des théoriciens de la société qui s'affrontent dans un débat culture/nature. Thomas HOBBES (1588-1679) et Jean-Jacques ROUSSEAU (1712-1778), dans leurs oeuvres respectives, que ce soit Léviathan (1651) ou Le contrat social (1762), élaborent chacun un mythe originel à l'appui de leurs thèses opposées. Le bon sauvage corrompu par la société répond à l'homme naturellement engagé dans une guerre perpétuelle de tous contre tous.

        Lorsque la discipline ethnologique voit le jour dans les années 1860, les chercheurs ne disposent pas d'autres informations que les récits de ces missionnaires et des ces voyageurs.
 James George FRAZER (1854-1941) et d'autres n'écrivent que très peu sur la guerre. De son côté, Ruth Fulton BENEDICT (1887-1948) suggère dans Patterns of Culture (1934) l'existence de deux formes principales de culture : la culture apollinienne, autoritaire et la culture dyonisienne, permissive. Elle inscrit sa réflexion dans le courant culturaliste marqué par l'influence de la psychanalyse américaine. Son ouvrage, étude comparée des Pueblos, de Dobu (Nouvelle-Guinée) et des Kwakiutl (Côte nord-ouest), "demeure un des classiques de l'anthropologie culturelle américaine", malgré son réductionnisme psychologique. L'ethnologue "fait partie des anthropologues qui s'interrogent sur leur propre société et débattent de la possibilité d'une anthropologie appliquée à l'étude des problèmes sociaux contemporains." (Michel IZARD).
        
        Margareth MEAD (1901-1978), dans Coming of Age on Samoa (1927) raconte qu'elle a découvert un société apparemment en harmonie avec elle-même, où les liens de parenté étaient si atténués qu'ils en devenaient pratiquement invisibles, où l'affection de la grande famille se substituait à l'autorité des parents, où il n'y avait pas de préférence entre les enfants et où la violence était à peu près inconnue.
"S'attachant à relier les caractéristiques psychologiques des individus aux conditions et expressions particulières des cultures océaniennes qu'elle a étudiées, à leurs méthodes et à leur cadre d'éducation, elle (...) remet en cause - en même temps que la notion de mentalité prélogique (LEVY-BRUHL) et le rapprochement entre mentalité primitive et mentalité enfantine (FREUD) - l'universalité des troubles qui accompagnent la période de l'adolescence. (...) Dans la perspective de MEAD, les méthodes d'éducation, la structure de la personnalité adulte, les orientations fondamentales de la culture forment un ensemble organisé et indissociable dont l'étude invite à repenser la place de ce qui est de l'ordre du "naturel" au sein de chaque culture." (Scott ATRAN).
         
      Bronislav Kaspar MALINOWSKI (1884-1942) élabore une théorie appelée fonctionnalisme structuraliste, et affirme qu'"en décrivant l'existence de nos ancêtres humains comme une sorte d'âge d'or en situation de paix perpétuelle, l'anthropologie a fait plus de mal que de bien en masquant le problème...".
On lui reconnaît d'avoir élaboré des techniques de recherche "sur le terrain" qui donnent un caractère scientifique aux analyses des chercheurs, dégagés ainsi de toutes les scories intellectuelles faisant appel à des notions morales tirées de la civilisation occidentale chrétienne (une certaine morale dite chrétienne...). L'ethnologue distingue les "besoins élémentaires" (biologiques, universels et préculturels) et les "besoins dérivés", induits par les processus d'adaptation, imposant un type de déterminisme sur les comportements humains  et caractérisant la culture comme milieu secondaire vital. "Dans cette optique, expliquer la fonction d'un fait social c'est montrer en quoi il satisfait à l'un de ces besoins d'une façon impérative pour la survie de la communauté et la perpétuation de la culture. D'un point de vue occidental, cela revient à en dégager la rationalité." "Ce parti pris de tout réduire en termes opérationnels explique la propension de MALINOWSKI à faire de l'économie la base de tout social et à évacuer ce qui, par opposition à la "réalité" des faits, ne relève à son sens  que d'un "idéal"". (Monique JEUDY-BALLINI). Par ses études, fondée surtout sur des recherches en Nouvelle-Guinée, il ouvre la voie sur des aspects alors ignorés : technologie, sexualité, linguistique, droit coutumier, criminalité... Dans un de ses essais, "Le crime et la coutume dans les sociétés primitives" (1927), il tente d'indiquer la teneur des mécanismes en vigueur dans ces sociétés qui maintiennent le lien social.

Scott ATRAIN (article Margaret MEAD), Monique JEUDY-BALLINI (article Brosnav MALINOWSKI), Michel IZARD (article Ruth BENEDICT), Dictionnaire de l'ethnologie et de l'anthropologie, PUF, collection Quadrige, 2002. John KEEGAN, Histoire de la guerre, Editions Dagorno, 1996. Pierre CLASTRES, Archéologie de la violence, L'aube, 1999. Bronislaw MALINOWSKI, Trois essais sur la vie sociale des primitifs, Petite Bibliothèque Payot, 2001.

                                                                                  ANTHROPUS
 
 
Relu le 2 juillet 2019

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