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20 octobre 2009 2 20 /10 /octobre /2009 14:09
     Un des meilleurs spécialistes français des questions militaires et stratégiques, et plus largement de défense, directeur d'étude et fondateur du Groupe de sociologie de défense à l'École des Hautes Études en Sciences Sociales (EHESS), fondateur de l'ARESPA, mais surtout du CIRPES (Centre Interdisciplinaire de Recherches sur la Paix et d'Etudes Stratégiques) qui multiplie depuis 1982 études précises et analyses globales, Alain JOXE est l'auteur de nombreux ouvrages qui font références jusqu'aux cercles de spécialistes et très prisés dans le monde étudiant qui s'intéresse aux affaires militaires autrement que sous l'angle des préoccupations et des objectifs des institutions officielles.
Influencé par Raymond ARON et GRAMSCI, marxisant critique et militant très à gauche, à la culture éclectique, cet auteur est très attentif aux "hearings" de la Commission de la défense du Sénat des Etats-Unis comme aux débats européens. Ce chercheur en sciences sociales est en fait un des plus informés des variations de la doctrine américaine de défense. Promoteur d'une vision de la défense qui englobe l'ensemble des faits et des dynamismes sociaux qui s'y rapportent et d'une politique de distance vis-à-vis des impérialismes de toute provenance, comme d'une recherche active sur les alternatives populaires de défense, Alain JOXE continue d'inspirer de nombreuses réflexions de fond. En règle générale, ses écrits veulent forcer le lecteur-chercheur à aller au fond des choses et aux mouvements à long terme, loin d'une actualité journalistique qui oublie assez vite les problèmes essentiels.

               Le Rempart social (1979) et plus tard Voyage aux sources de la guerre (1991), traitent des fondements de la guerre, de ses fondements politiques, économiques et sociaux.  Il veut relier les phénomènes globaux aux événements issus des batailles.

        Dans l'avant-propos du premier livre, Alain JOXE indique que "nous sommes habitués, par les luttes passées, à penser le fascisme comme un national-socialisme. Aujourd'hui, il faut parler d'impérial-militarisme si on veut désigner l'espace et les moyens du totalitarisme nouveau qui menace de gérer la crise du capitalisme par l'établissement de la coercition à toutes les échelles du tissu social. De même pour le totalitarisme gérant la crise du "socialisme réel". "On critique ici, comme difficilement utilisables, certains concepts marxistes devenus trop "fermés", trop abstraits ou trop économistes, comme celui de mode de production. On propose le concept de formation impériale comme forme générale élémentaire du pouvoir de domination des classes sociales dans l'histoire et ceux de forces, relations et modes de destruction comme lieux d'une définition de la violence comme "facteur économique", proposée succinctement par MARX. La dimension impériale du pouvoir militaire exige que des analyses empiriques portent une attention prioritaire aux contradictions qui traversent non les classes fondamentales, mais les remparts et les casemates sociales qui sont constituées par les classes moyennes, dans la société civile où se déploie le travail hégémonique et dans la société politique où s'organisent les moyens de la coercition. La militarisation relative du rempart social est un bon indicateur du taux de fascisation."
        Économie de la violence, Théorie de l'Empire, Modes de destruction, Menaces de mort, Formation impériale, Militarisation sont déjà les maîtres-mots de ses préoccupations.
          Dans sa conclusion, il écrit qu'"il est nécessaire de montrer que la suspension de la grande guerre qu'on observe depuis 1945, n'est pas due à la nucléarisation mais que c'est plutôt la nucléarisation qui est permise par la suspension de la grande guerre. Depuis qu'on s'oriente (...) vers la nucléarisation des armements et des tactiques de champ de bataille "de pointe", cela signifie que le danger de grande guerre est de nouveau menaçant, mais l'origine de ce danger n'est évidemment pas dans les armements mais dans le développement sur tous les plans de la crise du capitalisme et surtout sur le plan de l'hégémonie, qualitativement érodée par le progrès de la délocalisation et de l'indifférenciation du marché.".
Lors de la rédaction de ce livre, nous sommes en plein débat sur la défense populaire et sur l'autogestion : "Comme l'offensive capitaliste actuelle s'attaque à l'État-nation, la défense populaire peut s'appuyer jusqu'à un certain point sur l'État-nation. Mais elle s'organise aussi dans le cadre des "régions-nations" et de tous les échelons d'organisation définissables géographiquement, dans la mesure où la défense populaire est toujours défense de ce droit vital à la localisation et lutte contre la militarisation du temps qui comprend, aujourd'hui, la destruction et la négation de l'histoire locale. Dans cet espace civil de défense populaire, la bourgeoisie transnationale a déjà placé ses pions et ses moyens d'attaque décentralisés : "l'expérimentation sociale" et centralisée : le contrôle informatique pédagogique et policier des grandes masses. Mais à ces deux niveaux peut déjà s'exercer un contrôle populaire et se préparer une contre-offensive populaire". "Bref, par des cheminements technico-militaires, on voit apparaître dans le développement possible du système militaire contemporain une alternative qu'on peut résumer en : défense populaire ou défense anti-populaire. C'est dire que la défense populaire au sens général a certains atouts dans cette sorte d'affrontement qui met face à face les forces populaires et les armées et dans lequel les forces populaires sans armes n'ont pour s'opposer aux armées que leur capacité indestructible d'être la base de recrutement nécessaire de tout système de défense et de peser dans les débats professionnels des militaires sous la rubrique "moral des troupes"."
         
         Voyage aux sources de la guerre se veut "un guide pour la compréhension du système contemporain du désordre, de la guerre et de la paix, qui soit illustré de quelques références dans l'Histoire. En effet, l'érudition stratégique, les comptabilités de bombes nucléaires, de chars et d'avions, lassent les esprits les plus attentifs par un mélange d'abstraction et de monotonie dans l'horreur de salves imaginaires. La relation entre le formalisme de la stratégie nucléaire et les enjeux et conflits réels devient de plus en plus mince, tandis que, sous nos yeux, le poids de l'histoire toute entière reprend son importance comme matrice des forces morales et des invariants éthiques qui continuent de guider la politique des peuples.".
Arbres des batailles suivant leurs caractéristiques sociales en amont et leurs résultats en aval, Code de conquête, Projection de la bataille sur la société vaincue, Fortification et Désordre, Géométrie de la peur sont les concepts qu'Alain JOXE tente d'expliciter à partir de l'histoire des civilisations.
"Le sens de cette enquête en histoire ancienne est de servir de point d'appui pour une réflexion sur le pouvoir de guerre contemporain et de permettre de fonder une démarche analytique critique visant à modifier ce qui peut être considéré comme pathologique dans le code actuel d'acquisition des armements et dans l'application de la science fondamentale à l'art de la destruction.
Les guerres dépendent aujourd'hui d'armements liés au développement des branches les plus sophistiquées de l'industrie et de la recherche, qui sont toutes sous le contrôle des États. Cependant nous ne sommes pas naïfs au point de croire, comme les anciens, que les conflits éclatent avant tout du fait des tensions internes entre les groupes et les classes et entre les pays et que ces tensions expliquent l'existence d'une "demande d'armes" en forme de marché. Les conflits peuvent aussi éclater par des interventions et des manipulations externes qui ne sont pas des causes suffisantes mais des causes nécessaires à la montée de la violence aux extrêmes de la barbarie. Ces manipulations s'appuient bien sur le champ archaïque des représentations de la communauté ou de la cité ou même de l'Empire, mais elles sont pensées dans un champ transnational d'intérêts qui s'accommode de la montée régionale du désordre dans certaines zones, comme contre-parties d'une organisation particulière de l'ordre mondial."

       Socialisme et Crise nucléaire (1973) et Le cycle de la dissuasion (1990) montrent l'évolution des stratégies et des armements nucléaires.
     Le premier livre, très dense et très précis sur le plan du déroulement des faits, est issu "d'une étude à chaud dès Novembre 1962, pour comprendre rapidement, au-delà des versions stéréotypées et contradictoires fournies par les Soviétiques et les Américains, ce que les deux Grands avaient bien pu négocier en coulisse pendant qu'ils donnaient au monde le spectacle dramatique d'une crise nucléaire. La crise se prêtait aussi à une étude sur l'application pratique par l'équipe kennedienne de certains principes d'action rationnelle, dont la "théorie" avait été ébauchée à l'avance par des auteurs civils comme Thomas SCHELLING et Herman KAHN, au cours des années précédentes." Le mystère de l'équivoque des motivations américaines et soviétiques ne pourra s'éclairer que "par une étude de l'interaction des deux systèmes de décisions ambiguës, sans se limiter au départ à l'examen kremlinologique ou "casablancologique" des comportements." "Tout système d'explication de la crise cubaine qui parviendrait à sa perfection, grâce à l'accès à ces quelques mystères en dissipant les doutes sur l'état des intentions des acteurs à la veille de la crise nous parait strictement dénué d'intérêt. Notre intérêt réside dans la définition de la manière dont la confrontation hégémonique à Cuba comme ensemble historique concret (et non pas hypothétique) et comme système d'interaction concret d'intérêts déterminés, permet  d'ajouter quelque chose à la compréhension du système des relations mondiales dans lequel nous vivions. Pourquoi la crise de 1962 est-elle considérée aujourd'hui encore comme le tournant, l'aube de l'époque où nous vivons, alors que tant de choses ont changé? Pour répondre à cette question, en allant au-delà des stéréotypes, il faut d'une part confronter les conduites aux théories stratégiques en vigueur, que l'action, par hypothèse, est censée pouvoir expérimenter. On doit alors traiter les théories stratégiques comme des mythes logiques chargés  de donner une structure à l'avenir, et considérer leur confrontation dans une crise comme une ordalie."
     Le cycle de la dissuasion, écrit à la fin de la guerre froide par victoire par forfait de l'empire américain, décrit le système et la représentation du monde qui a pesé sur tous les esprits pendant 45 ans. "Il ne s'agit pas seulement d'une nouvelle atmosphère diplomatique, mais de la fin d'un cycle, d'un changement d'époque. L'explication de ce retournement est cachée dans les replis de l'histoire de la dernière phase de la guerre froide, mais il faut remonter plus haut, creuser plus profond. Que s'est-il passé? Quelle est cette formidable capacité de changement politique qui paraissait arrêtée, depuis une génération, et qui parait aujourd'hui se remettre en marche?" "La course aux armements a permis 45 années de domination de l'imagination politique par la stratégie militaire onirique de la "guerre nucléaire éclair" ; cette guerre est réduite, dans la réalité, à des manoeuvres d'acquisition des moyens, qui sont des opérations lentes s'étalant sur dix-quinze ans pour chaque matériel. Il y a plusieurs "temporalités" dans la stratégie nucléaire. Elle organise la coexistence du temps long des représentations politiques, du temps moyen de la réalité industrielle et du temps ultra-court de l'imaginaire "décisionnel" de l'utilisation militaire des armements. C'est pourquoi elle est un fait de civilisation."
Alain JOXE insiste sur le fait que la stratégie nucléaire "n'est qu'un langage, elle n'est pas action." Ce langage unifie les temporalités, parvient à rendre raisonnable le système de croissance des armements (pourtant aberrant du point de vue militaire).
 Avec la fin de ce cycle, Alain JOXE pense que se termine aussi celui de l'hégémonie américaine, ce qui ne veut pas dire la fin de la domination américaine : "Le cycle du pouvoir impérial américain, nucléaire et anticommuniste désormais clos, s'offre à nous un monde fini de 45 années, qu'on peut visiter avec la curiosité d'un anthropologue, pour comprendre les cheminements et les mécanismes logiques et absurdes par où la civilisation industrielle s'est astreinte à accumuler des moyens inutilisables de destruction."
 "Pourquoi cette exploration est-elle nécessaire? Parce que nous ne sommes pas sortis définitivement de l'absurde et nous pouvons y retomber. C'est seulement dans cette période de mutation qu'une prise de conscience politique peut évaluer certains mécanismes et prétendre les maîtriser. C'est un moment fugitif de lucidité critique. Il faut le saisir d'autant plus vivement que les logiques aberrantes de l'organisation de la mort peuvent se remettre en marche autour d'une nouvelle forme de course aux armements, de nouvelles formes de guerre et d'un nouveau système de domination mondial, centré sur cette partie du génie des États-Unis qui tourne le dos aux Lumières et entraîne vers ce que j'appelle "l'empire du désordre".

        C'est précisément cet "empire du désordre" que traitent L'Amérique mercenaire (1992) et L'Empire du chaos (2004).
    Ce premier livre revient sur les fondements des conceptions militaires des États-Unis. De la Révolution américaine, de la Guerre de Sécession à nos jours, des ruptures se sont faites d'avec les conceptions des Lumières. L'Amérique impériale se fait voir au grand jour dans ses représentation stratégiques à la veille de la Guerre du Golfe et ses options offensives dans les années 1990 sont analysées tout au début de leur mise en application.
Dans cet essai, nourri de documents issus du Sénat, de la Chambre des Représentants et du Pentagone, Alain JOXE remet en cause l'idée que les États-unis dominent le monde. Dans leurs propres écrits, les responsables américains des questions de défense s'interrogent sur la réalité de la puissance de leur pays. Ils se demandent si leur leadership militaire "ne fait pas d'eux plutôt les simples mercenaires d'un pouvoir mondial dominé économiquement par des pays qui, comme le Japon et l'Allemagne, s'interdisent toute action armée au-dehors."
    Dans l'Empire du chaos, écrit donc après les attentats du 11 septembre 2001, Alain JOXE s'essaie à "un bilan stratégique et politique des douze années écoulées depuis la Guerre du Golfe. J'y reprend notamment certaines réflexions surgies au fil des désastres balkaniques et des analyses plus ciblées sur les petites guerres atroces et les paix en panne qui continuent de surgir au XXIe siècle dans toutes les zones "sud". "On voit que la stratégie américaine d'évitement des responsabilités de protection des sociétés d'États-nations et la stratégie de répression des symptômes de désespoir - plutôt que d'attaquer les causes - mènent tout droit à l'impasse ou à l'avènement d'un régime antidémocratique mondial. C'est ce qui s'est ébauché dans les stratégies globalistes sous Clinton et confirmé sous Busch Jr. L'Empire, à l'offensive économique sous Clinton, s'est donné avec son successeur une forme offensive militaire et expéditionnaire tout à fait nouvelle." "Comme le terrorisme n'est pas un adversaire, mais seulement une forme de violence politique, sa suppression n'est pas un but politique clausewtzien pouvant se terminer par une victoire et une paix. D'autant plus que les actions contre-terroristes sont toujours liées à un terrorisme d'État ou d'Empire, et à des violations des droits de l'homme, mesures qui sont toujours aussi à l'origine des résistances les plus extrêmes et du terrorisme. Sans s'attaquer aux causes, on renforce ce cycle."
     L'auteur distingue notamment deux écoles impériales au moins à l'oeuvre dans le monde, deux tendances qui tentent de maitriser le chaos mondial qui se développe  :
- l'empire par enlargement du libre marché, qui repousse au-delà des États-Unis et de l'Europe les frontières du chaos et agrège de nouveaux espaces à la zone de prédictibilité des acteurs sociaux ; mais l'empire se défend alors par la violence aux échelles "micro" ou "nano" du tissu social, plutôt qu'aux échelles, comme avant, "macro" ou "giga" des "États ou des empires ;
- l'empire par la gestion du choc entre civilisations, qui doit s'efforcer de recréer et de renforcer des nouvelles fermetures quasi biologiques, qui triomphe avec Bush Jr.
   Bien entendu, chacune des deux tendances s'oppose à toute autonomie des entités autres que les États-Unis.
     
       A la suite de l'Empire du chaos où il évoque l'antiterrorisme global issu de l'hégémonie américaine après le 11 septembre 2001 comme un nouvel état du monde source d'inquiétudes liées à un retournement de tendance dans la représentation du "progrès", Les guerres de l'Empire global (2012) aborde la situation mondiale dix ans plus tard. "le système global, écrit-il dans l'Introduction, est entré en crise ouverte, aussi profonde que celle de 1929. Cette crise est celle d'une nouvelle forme d'impérialisme, qui ne repose plus sur aucun empire national. Ce pouvoir n'est plus un empire américain ; il ne peut porter ce nom, car il ne repose pas sur une conquête militaire du monde par les États-Unis et doit accepter de la part de la Chine des remarques critiques insolentes convenant à son statut de "rival de rang égal" (...). Le centre de ce pouvoir financier est partout, et sa configuration sans tête, l'irresponsabilité politique des "marchés" et les désordres de la spéculation augmentent la probabilité d'une catastrophe économique mondiale".
Dans ce livre, Alain JOXE analyse à la fois l'économie et la guerre, dans ce qu'elles ont de semblable par leur mode opératoire : toutes deux se sont informatisées et le court terme domine toute perspective stratégique. "Le monde capitaliste, informatisé et global, cherche à l'emporter par la spéculation, en usant de la violence et du dol - tromperie volontaire sur la nature des contrats -, visant ainsi à dégrader tous les autres types de souveraineté, d'autonomie ou d'économie. Parler encore d'Empire est simplement une façon de dire que ce système de pouvoir mondial est, comme les empires d'hier, à la fois guerrier et financier. 
Qu'il soit un réseau plat plutôt qu'une pyramide ne facilite pas le retour à un contrôle politique démocratique de ce nouveau système, fondé sur une gouvernance "insécuritaire" ; une insécurité qui renvoie au fait qu'un vaste groupe d'entreprises privées, à l'échelle globale, cherche à assurer en tous lieux la prédation et l'accumulation de profits, sans se sentir obligé de maintenir, par prudence sociale, un investissement local ni une redistribution des profits dans tel ou tel compartiment national. Cette délocalisation des intérêts et de la nationalité des actionnariats rend la politique sociale impossible, ou plutôt rend la politique antisociale incontrôlable. C'est là un vieux rêve oligarchique, donc antidémocratique : rendre la politique insaisissable, se débarrasser du contrôle rationnel du peuple en le privant de l'information stratégique sur les flux de profits et l'assiette réelle de l'impôt, la redistribution des ressources dans la collectivité localisée des citoyens. C'est en effet devenu (partiellement) possible aujourd'hui, grâce à la capacité de délocalisation "en temps réel" des entreprises et à la dénationalisation de l'actionnariat."
Le stratégiste centre son propos sur la spéculation financière en tant que mode impérialiste de gestion du monde, et se pose la question de la possibilité d'une guerre "dont le nouvel Hitler ne sera pas visible", faisant référence aux analyses d'Elias CANETI (1981, "Hilter nach Speer", dans Das Gewissen der Worte, Fischer Taschenbuch Verlag, Francfort). Il veut montrer comment est née, en moins de trente ans une société insécuritaire globale, comment s'insèrent dans (et alimentent) cette nouvelle société les stratégies militaires et policières et leur globalisation sous le leadership des États-Unis, et pourquoi, dans le désordre créé par la financiarisation de l'économie et l'informatisation des spéculations et des actions de guerre, le soulèvement éthique et l'indignation qui exigent le retour à la démocratie comme but et moyen de la paix deviennent un nouveau réalisme à l'échelle globale.
Mutations économiques, militaires et technologiques se combinent dans une accélération des décisions qui efface le temps long du politique et fabrique un système incapable de réguler ni la finance ni la violence. Pour en finir avec la dictature des marchés, une mobilisation éthique commence en faveur de la conversion de l'Europe en union fédérale solidaire, qui seule, selon lui, pourra restaurer la démocratie sociale à bonne échelle en maîtrisant la crise économique. 

      D'un pessimisme mesuré et combatif, Alain JOXE demande que l'on conserve l'espérance, tout de même plus loin des possibilités de "changer le monde" que dans ses premiers ouvrages. Il se situe plus dans une logique de résistance au chaos néo-libéral que dans une perspective de changement social plus ou moins socialiste. On note bien qu'au delà du stratégiste et de l'expert en sociologie de défense travaille toujours le militant toujours très près du combat mené par les forces "progressistes" actuelles.

    
Alain JOXE, Socialisme et Crise nucléaire, L'Herne, collection Théorie et stratégie, 1973 ; Le rempart social, essai sur l'impérial-militarisme, Editions Galilée, 1979 ; Le cycle de la dissuasion (1945-1990), essai de stratégie théorique, Editions La Découverte/Fondation pour le études de défense nationale, collection Textes à l'appui, 1990 ; Voyage aux sources de la guerre, Presses Universitaires de France, collection Pratiques Théoriques, 1991 ; L'Amérique mercenaire, Editions Stock, collection Au vif, 1992 ; L'Empire du chaos, Les Républiques face à la domination américaine dans l'après-guerre froide, Editions La Découverte/poche, 2004 ; les guerres de l'Empire global, Spéculations financières, guerres robotiques, résistance démocratique, La Découverte, Cahiers libres, 2012.
 
Actualisé le 17 mai 2012
Révisé le 20 mars 2015
Relu le 9 juin 2019

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