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11 juin 2013 2 11 /06 /juin /2013 13:20

     Outre des sur-révolutionnaires ou anarchistes de gauche se trouveraient, mais pas forcément en face à face, des anarchistes de droite, qui partageraient avec les premiers une critique radicale et un rejet de toute autorité constituée, qu'elle soit politique ou religieuse. Notons qu'il n'existe pas à proprement parler un anarchisme de droite, ensemble de théories ou de positions cohérentes, qui serait le pendant d'un anarchisme de gauche. La critique des anarchistes de droite ne s'arrêtent pas, pour prendre leur propres expressions, à un aspect politique ou idéologique, contre les valeurs issues des Lumières. Elle s'attaque à une autre source du pouvoir démocratique : le conformisme des foules. Le refus des principes de la démocratie, véritable fiasco moral et politique pour eux, se couple avec le haine des intellectuels. Que ce soient des intellectuels de gauche ou de droite, aucun ne trouve grâce à leurs yeux, qu'ils fassent partie du pouvoir journalistique ou du pouvoir politique. La droite la plus bête du monde est une diatribe de Louis PAUWELS, 

Du fait même que les anarchistes de droite font partie surtout d'un mouvement littéraire, plus que philosophique, les contours de l'influence de ceux-ci est difficile à cerner. IL est même parfois difficile de qualifier d'anarchistes de droite des écrivains critiques à l'égard de la classe politique en général, qui ne se situent comme tels que subsidiairement et se classent plus comme écrivains d'extrême droite (la droite nationale ou la droite monarchique), parfois antisémites, parfois simplement polémistes (ni de gauche ni de droite). Les anarchistes de droite semblent proches d'un anarchisme individualiste, mais ne peuvent être confondu avec cette approche.

    Selon François RICHARD (né en 1939), les écrivains Léon BLOY (1846-1917), Edouard DRUMONT (1844-1917), Barbey d'AUREVILLY (1808-1889), Paul LÉAUTAUD (1872-1956), Louis PAUWELS (), Louis-Ferdinand CÉLINE (1894-1961), Lucien REBATET (), Jacques PERRET, Roger MINIER, Marcel AYMÉ, Michel-Goerges MICBERTH (1945-2013), le dialoguiste Michel AUDIARD et l'acteur Jean YANNE donnent force à ce courant qui plonge ses racines dans la pensée baroque et libertine de l'Ancien Régime. Il évoque également parfois Georges BERNANOS (1888-1948), Léon DAUDET (1867-1942), Jean ANOUILH (1910-1987), dans cette mouvance. Il n'est pas sûr que les personnes en question acceptent toutes d'être cataloguées comme anarchistes de droite, et le moins qu'on puisse constater est que leurs oeuvres ne se nourrissent pas toutes (parfois, on en retrouve des traces dans seulement l'une d'entre elles) d'un esprit anarchiste. La légitimation entreprise par François RICHARD ne semble pas très convaincante, et seuls certains d'entre eux peuvent réellement, car ils l'ont écrit noir sur blanc, relever d'une telle sensibilité. 

    Un anarchisme de droite soulève d'ailleurs deux questions liées :

- la révolte contre le pouvoir en tant que tel et le conformisme sont-ils compatibles avec des valeurs traditionnelles et humanistes, ou bien ces dernières les situent-ils à droite - et si oui, quelle droite?

- Ce courant peut-il revendiquer le nom d'anarchisme.

Ces questions restent ouvertes, et si dans ce blog nous étiquetons avec des pincettes à droite et à gauche (ce qui est une litote...), nous constatons qu'une grande partie de la mouvance anarchiste répond non à la seconde. La haine des intellectuels et de la démocratie ne relèvent souvent pas d'une conception très élaborée de la société...

Même en sortant de France, pour prendre les Etats-Unis, les clivages gauche-droite n'ont pas le même sens : on ne saurait qualifier tout le libertarianisme d'anarchisme de droite, même s'il adhère au capitalisme et ne discute pratiquement pas de socialisme.

 

    Toutefois, dans la littérature contemporaine, nous pouvons retrouver cette sensibilité - plus sentimentale que politique à proprement parler - chez un certain nombre d'écrivains :

- Jules Barbey d'AUREVILLY, écrivain français contribue à animer la littérature française de la seconde moitié du XIXe siècle. A la fois romancier, nouvelliste, essayiste, poète, critique littéraire, journaliste, dandy et polémiste à propos de presque tout, il exerce une profonde influence, par sa vision du catholicisme, sur l'oeuvre de BERNANOS. Il partage avec Joseph de MAISTRE ses vues contre les Lumières, mais il fait surtout figure de défenseur du dandysme, dont il se proclame le théoricien. Son dandysme précisément se rapproche il est vrai d'un anarchisme individualiste. Son oeuvre est surtout romanesque et poétique, mais de nombreux essais critiques, comme Les Prophètes du passé (1951) et Goethe et Diderot (1913), le placent sur plutôt une trajectoire d'opposant catholique à la République.

- Léon BLOY, connu surtout pour son roman Le Désespéré, est un polémiste célèbre à son époque et il entretient des amitiés intellectuelles avec le précédent auteur.

- Georges DARIEN se classe réellement comme écrivain français de tendance anarchique. Pamphlétaire le plus virulent de la fin du XIXe siècle, il collabore à plusieurs revues anarchistes, L'Escarmouche, L'ennemi du peuple, L'En dehors... Par ailleurs, il attaque violemment Edouard DRUMONT et les antisémites. Il s'essaie au combat électoral (élections législatives de 1906 et 1912) en tant que "candidat de l'Impôt Unique". A noter son écrit Biribi, discipline militaire, de 1890. 

- Michel-Georges MICBERTH est avec François RICHARD l'un des plus actifs intellectuels de l'après-deuxième guerre mondiale. Volontiers provocateurs, tout ou presque l'échiquier politique (y compris la droite et l'extrême droite) constitue sa cible. Aventurier, il mène surtout une vie d'éditeur (pas moins de 5 000 titres...) sur l'histoire locale de la France.

   Beaucoup d'autres auteurs ou presque sont difficilement classables comme anarchiste de droite, certains se ralliant même au régime hitlérien ou au régime de Vichy pendant la seconde guerre mondiale (Lucien REBATET, Léon DAUDET, Jacques LAURENT, Louis-Ferdinand CÉLINE...)... ce qui n'est pas la preuve d'un très solide esprit anarchiste... Quant à ceux agissant dans la vie culturelle, il s'agit surtout d'une sensibilité politico-philosophique, qui n'apporte pas grand chose à la crédibilité de l'étiquette "anarchiste de droite"... et relève souvent d'un appel à la réflexion individuelle contre les mondes médiatiques...

 

 

     Plus affirmé est le carrefour sorélien, à la suite de Georges SOREL (1847-1922) comme élément important de l'anarchisme. Ce courant se distingue particulièrement dans le courant anarchiste, et loin de se réclamer d'un apolitisme comme bon nombre d'anarchistes de droite ou de se réclamer d'un antimarxiste comme certains classés à gauche. 

Pascal ORY estime que "l'originalité de la pensée sorélienne tient en partie à celle d'une biographie. Sorel est en effet l'un des rares théoriciens politiques modernes qui ne soit de par sa formation ni un écrivain de métier (...), ni un tribun professionnel (...). Sur ce plan, comme sur à peu près tous les autres, il s'oppose nettement à la figure de Jean Jaurès. Vocation tardive de la doctrine (L'avenir socialiste des syndicats date de 1898) (...) il a sans doute beaucoup écrit pendant les 25 dernières années de sa vie ; mais ses études et sa profession furent celle d'un ingénieur, ancien élève de Polytechnique. (...) (Il croise le mouvement ouvrier dans sa phase la plus autonomiste). Et tout le sens de son travail (Introduire en France la pensée marxiste, rappelons-nous) sera de donner au prolétariat un corps de doctrine, distinct sans doute de l'idéologie libérale-démocratique dominante, qui affirme répondre à la "question sociale" par la méritocratie scolaire et la laïcité généralisée, mais aussi du socialisme "officiel" qui accepte l'intégration au système capitaliste en jouant le jeu de la démocratie parlementaire. 

Lecteur de Proudhon, Sorel est loin d'ignorer ou de mépriser Marx (Mous ne savons si l'auteur fait de la litote quand on sait le rôle qu'il joue dans la diffusion du marxisme en France...). Vers 1895, il collabore, voire anime (il anime, en fait...), les premières revues marxistes fançaises, L'Ere nouvelle, Le devenir social. Mais, comme à la même époque, un Edouard Nernstein ou un Antonio Labriola (le théoricien italien), il entend "réviser" la nouvelle orthodoxie. Il lui reproche un catastrophisme économique schématique et invérifié, une conception "blanquiste" de l'action politique et, surtout une définition des classes sociales insuffisamment soucieuse du rôle des "facteurs moraux" : "Le vrai marxisme considère toutes les questions contemporaines dans leurs rapports avec le développement de la conscience dans le prolétariat."

La lecture de l'historien italien Vico, attentif à la dimension psychologique du devenir humain, la découverte des travaux de son contemporain le "psychologue des foules" Gustave Le Bon mais aussi, et de plus en plus vers 1900 l'entretien de relations suivies avec des dirigeants de la CGT lui font porter tous ses espoirs sur non seulement l'autonomisme syndical mais "l'instinctif", le créatif et le poétique" mis en oeuvre au sein du prolétariat organisé par lui-même, sans l'aide des "intellectuels", sa bête noire. A l'utopie alinéante proposée par ces derniers, Sorel oppose le "mythe", qui ressortit au domaine de l'intuition, de la spontanéité. La violence révolutionnaire, culminant dans la grève générale, doit ainsi devenir la méthode vivante par laquelle la classe ouvrières échappera à l'absorption dans la démocraties (petite)-bourgeoise.

La richesse et l'ambiguïté de la synthèse sorélienne se perçoivent dans l'apparente sinuosité de ses dernières oscillations politiques, qui, selon qu'il espère ou désespère de la classe messianique, le rapprochent de l'extrême droite (le Cercle Proudhon, créé par l'Action française) ou de l'extrême gauche (il salue, à la veille de sa mort, la révolution "soviétique", qu'il traduit comme donnant pleins pouvoirs aux conseils ouvriers). Elles s'illustrent aussi dans l'étendue des relations intellectuelles qu'il entretient avec tout ce qui comptera dans la philosophie politique italienne, de Benedetto Croce à Vilfredo Pareto en passant par Robert Michels, et dans la revendication explicite que le fascisme fera de Sorel, après sa mort, par le biais d'une acception étroite du rôle positif du mythe et de la violence accoucheuse de l'histoire. La position finale de Sorel, qui est bien de retour à l'optimisme ouvriériste des grandes heures de la CGT, est, en tous les cas, très éloignée de cette combinaison d'un certain nationalisme et d'un certain syndicalisme antidémocratique qui est à l'origine des seconds Faisceaux, oeuvre de Mussolini. En France, à supposer même qu'il y ait d'autres "soréliens" que Sorel, l'analyse du destin du syndicalisme révolutionnaire montre à l'évidence que sa direction principale fut vers l'extrême, voire l'ultra-gauche, et que ses principaux apports théoriques (le thème de l'"autogestion" en particulier, à partir des années 1960, par exemple au sein de la CFDT) n'ont touché que cette famille politique." 

La postérité de sa pensée, pourtant,  dépasse bien largement celle d'une mouvance syndicale ou anarchiste. Son oeuvre influence en effet tant des syndicalistes révolutionnaires (Hubert LAGARDELLE, Edouard Berth, Arturo LABRIOLA, Agostino LANZILLO...), des gens d'Action française (Pierre LASSERRE...), des catholiques (René JOHANNET...), des libéraux (Piero GOBETTI...), des socialistes (Ervin SZABO...), des communistes (Antonio GRAMSCI, George LUKACS...), des marxistes indépendants (Maximilien RUBEL...), des écrivains anticonformistes (Curzio MALAPARTE...), des sociologues (Walter BENJAMIN, jules MONNEROT, Michel MAFFESOLI...), des théoriciens politiques (Carl SCHMITT...), des économistes (François PERROUX...). Sans compter sa lointaine postérité intellectuel dans le Tiers-Monde.

 

Pascal ORY, Nouvelle Histoire des idées politiques, Hachette, 1987 ; François RICHARD, Les anarchistes de droite, PUF, Que sais-je?, 1991.

 

PHILIUS

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