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17 décembre 2013 2 17 /12 /décembre /2013 14:39

    Rappelons qu'un aphorisme est une sentence énoncée en peu de mots, voire en une phrase, qui résume un principe ou cherche à caractériser un mot, une situation sous un aspect singulier. Une formule ou prescription résumant un point de science ou de morale. Généralement inverse du lieu commun (mais pas toujours!), polémique, catégorique, ne souffrant pas le débat, tout en l'appelant, l'aphorisme, proche de la maxime, est une expression d'une pensée souvent autoritaire et fermée, voire bornée, mais là encore pas toujours. Par son allure de généralité, l'aphorisme n'est pas orienté contre quelque chose ou quelqu'un en particulier, même si elle vise à couvert à dénoncer un groupe social, une profession, une manière de faire, une habitude, ou encore à prononocer, à l'inverse, une évidence à laquelle tout le monde ne peut que se plier, faisant partie tout simplement de la marche du monde depuis des lustres. 

 

      Tous les genres peuvent être concerné par l'aphorisme et ici, le conflit se prête particulièrement bien à cette forme d'expression. L'aphorisme peut viser tout le monde comme il peut chercher à ridiculiser tel ou tel groupe, telle ou telle profession ou tout simplement énoncer une vérité commune. Il peut être moral, général, poétique ou politique .Il peut être très gentillet à la limite, ou d'une ironie un peu méchante.

Mais il existe des aphorismes tendancieux, qui font mal, sur le comportement de certaines catégories de personnes. Souvent ceux-ci sont si cruels, si outranciers, si "jusqu'au-boutistes" que leur sens se retourne parfois contre l'opinion exprimée...  Ils peuvent se présenter sous des variantes à l'infini, souvent en jouant sur les mots et les contextes. 

Ainsi "Les absent ont toujours tort" peut être dérivé en "Les absents ont toujours tort de revenir", "L'argent ne fait le bonheur" en "L'argent ne fait pas le bonheur des pauvres". "Le travail, c'est la santé", en "Le travail, c'est la santé, ne rien faire c'est la conserver"...

   Tous les grands auteurs s'y sont essayé et il y en a un qui a notre préférence. Il est de VALÉRY : "La guerre, un massacre de gens qui ne se connaissent pas, au profit de gens qui se connaissent mais qui ne se massacrent pas". Généralement, ces manieurs de la langue française - mais les aphorismes existent dans toutes les langues bien sûr - forment des aphorismes polis et châtiés. Rien n'oblige à respecter la convenance, mais elle subsiste toujours dans la formulation. 

   Sans doute, les aphorismes peuvent-ils se partager entre généraux et spécifiques à telle ou telle classe sociale. Les pauvres n'auront en tête pas les mêmes aphorismes que les riches, les chrétiens que musulmans, des occidentaux comme des orientaux, des ruraux comme des citadins. Nul ne s'est encore essayé de catégoriser les aphorismes selon leur provenance historique ou sociale, mais il se peut que quantité d'aphorismes constituent le lot (facilement mémorisé) de "sagesses", populaires ou non. Méchamment, nous pourrions écrire que beaucoup se contentent d'enfiler les aphorismes comme pensée courante sur les gens et sur les choses ; cela évite de réfléchir, cela passant par-dessus sans doute une vocation de l'aphorisme, précisémment, faire réfléchir... Mais cela suppose une distorsion de sens dans l'énonciation de l'aphorisme, entre celui qui le prononce et celui qui l'entend... Or, souvent, l'aphorisme met d'accord deux personnes  - en désaccord sur un sujet - comme pour trouver une cohésion de groupe. Il y aurait sans doute une "science" de l'aphorisme à formuler, au-delà d'une compilation, même ordonnée suivant leur genre...

 

         Pour Véronique KAUBER, auteure d'un article sur l'aphorisme dans l'Encyclopédia Universalis de 2014, c'est "un genre spéculaire par excellence : sa briéveté, la précision du geste vers laquelle tend l'auteur attirent son regard sur le mouvement de sa propre pensée, comme l'éclair s'insinue dans l'oeil. Spéculaire, l'aphorisme l'est aussi par sa situation ambiguë qui fait "réfléchir" (au sens optique et au sens intellectuel du mot). (...) Le critère de la "spécularité" pourrait permettre de distinguer l'aphorisme des autres "formes simples", plus normatives ou davantage orientées vers un but mnémotechnique, comme les préceptes, les maximes, les adages et les brocards. Le caractère réflexif de l'aphorisme est lié à l'introspection, tandis que la visée universelle de la maxime provient de l'observation des autres. Les moralistes français ne s'expriment que rarement en aphorismes. Celui-là en est-il un : "Les vieillards aiment à donner de bons préceptes, pour se consoler de nêtre plus en état de donner de mauvais exemples" (La Rochefaucauld)?

  L'"expansion" et l'"inflation du verbe (Cioran) peuvent être jugulées par la concision, mais contrairement à la maxime qui recherche le vrai, "l'aphorisme ne coïncipe jamais avec la vérité : il est une demi-vérité ou une vérite et demie" (Karl Kraus). Le souci de concision qui rapproche maxime et aphorisme emprunte souvent les mêmes voies rhétoriques, tellement visibles que l'Oulipo en a fait un jeu combinatoire. Mais tandis que la maxime épingle les phénomènes en les isolant, l'"aphorisme (est) le plus pet tout possible" (Musil)"

   Ce qui laisse un peu sur la faim...

 

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