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1 mars 2012 4 01 /03 /mars /2012 14:01

          La sociologie de la famille, branche assez récente de la sociologie qui s'ancre dans les années 1960 en France (de manière très différente que dans les pays anglo-saxons, où elle reste cantonnée dans des rubriques très spécifiques), permet de comprendre un certains nombre de conflits dans la famille, sans se restreindre d'ailleurs aux cadres de la parenté. Elle soulève surtout, par le féminisme qui la fait émerger, la question des relations entre hommes et femmes, s'intéressant plus tardivement à d'autres relations, notamment entre frères et soeurs. Alors qu'auparavant, l'ethnologie et l'anthropologie, via l'étude des systèmes de parenté, monopolisent les études sur la famille, la sociologie tend à prendre le relais, en élargissant les perspectives, et en mêlant considérations sociologiques, problématiques économiques et intervention du droit. Au moment d'une juridiciarisation poussée des rapports sociaux, et en particulier familiaux (traitement des divorces, installation de statuts divers...), cette sociologie est interdisciplinaire presque "par nature", ce qui permet des avancées théoriques à propos de l'arrimage du sujet et du citoyen, du maiillage des questions généalogiques et de la représentation du politique. Une capillarité forte s'opère, et là aussi c'est l'aiguillon du féminisme qui la facilite, entre problématiques familiales et problématiques du travail, puisque l'on assiste depuis la fin des années 1950, mais c'était vrai pour certains secteurs d'activité auparavant (dans les années 1940, par la participation des femmes au travail des usines d'armement, par exemple, et plus largement dans des secteurs d'activité qui employaient les hommes partis au front de la guerre), à une montée continuelle des femmes au salariat. 

 

    La première présentation systématique d'une Sociologie de la famille est faite par Andrée MICHEL en 1972, qui présente les démarches américaines sur la question, notamment les démarches fonctionnalistes (PARSONS) et en fait une critique approfondie. Dans son étude, la famille est étudiée "comme une unité de personnes en interaction, chacune occupant une position à l'intérieur de la famille, définie par un certain nombre de rôles". Cette approche privilégie "le problème du statut et des relations de statit lié à l'autorité et à l'initiative, les processus de communication, de conflit et de solution de conflits, les problèmes du mariage depuis les fréquentations avant le mariage jusqu'au divorce". La famille, unité de personnes qui interagissent le plus souvent entre elles, est ouverte aux influences externes. Au lieu de considérer la famille comme le fait le fonctionnalisme américain (et une certaine idéologie conservatrice) comme un état statique d'harmonie entre personnes exerçant des rôles complémentaires, Andrée MICHEL examine un mouvement entre des forces d'attraction et des forces de répulsion ; les premières ne l'emportant sur les secondes qu'à la suite de négociations, de marchandages, dont la finalité est le maintien d'une réciprocité de droits et de devoirs acceptables au sein du couple. Cette approche prend en compte l'accroissement continu des divorces dans les pays industrialisés. 

Dans cette perspective, très ancrée dans le milieu urbain, André MICHEL, dans Activité professionnelle de la femme et vie conjugale (1974), développe l'hypothèse que "le travail de la femme est un facteur important de restructuration du couple vers plus d'égalité dans la répartition des décisions et des tâches domestiques", ce qui, après plus quarante ans après son étude, porte encore à discussions.

 

     L'approche de Martine SEGALEN (Sociologie de la famille, 1981), qui introduit chaque thème évoqué dans une perspective historique et ethnologique est plus marquée par la sociologie rurale. Elle réfute, comme beaucoup d'autres, la thèse de la famille-objet passif, déterminée de l'extérieur et la considère comme "une institution capable de résister ou d'agir". Elle insiste sur le fait que "les transformations au niveau de l'unité domestique et de l'unité de production doivent être considérées, non pas en séquence, mais simultanément, les deux mouvements procédant des mêmes changements culturels et sociaux".

 

     Agnès PITROU et Michelle PERROT mettent en évidence la traversée de la famille elle-même par les rapports sociaux. L'une fait éclater, dans la société contemporaine, l'association famille du capitalisme avancé et famille nucléaire en mettant en évidence (Vivre sans famille?, 1978), les "réseaux familiaux", ce qui permet une avancée importante dans l'élaboration de la "division du travail" contre le "partage des tâches". L'autre restitue tout son poids politique à la "ménagère populaire rebelle" (dans L'histoire sans qualités, collectif, Galilée, 1979). Car auparavant, l'ensemble de la sociologie et de l'anthropologie considère que le mouvement de la famille élargie à la famille restreinte (voire nucléaire) va de pair avec l'industrialisation des sociétés.

Plusieurs auteurs sont cités par Marie-Blanche TAHON et Geneviève de PESLOÜAN, qui développent autant de perspectives plus ou moins proches dans la problématique Famille et rapports sociaux :

- Philippes ARIÈS (1971 - Histoire des populations françaises et leurs attitudes devant la vie depuis le XVIIIème siècle, 1973 - L'enfant et la vie familiale sous l'Ancien Régime) et Michel FOUCAULT (1975 - Surveiller et punir, 1976 - La volonté de savoir) qui fournissent un plan général de l'évocation des moeurs ;

- Christian BOLTANSKI (Prime éducation et morale de classe, 1969) s'intéresse à des pratiques typiquement féminines (rapports au nourrisson, rapports au corps), en relation avec l'appartenance de classe.

- Deux courants semblent devoir être distingués, à la suite des travaux de Christian BOLTANSKI :

          - le premier centré sur une analyse historique de la fin du XIXème-début du XXème (travaux de Jacques DONZELOT (1977 - La police des familles), Philippe MEYER (1977 - L'enfant et la raison d'Etat), Isaac JOSEPH et Philippe FRITSCH (1977 - Disciplines à domicile. L'édification de la famille, dans Recherches n°28), pour étudier les liens entre famille et contrôle social. Centrés sur l'enfance assistée et les "dispositifs de pouvoir" associés, ils ne font pas toujours preuve à l'égard d'un certain "féminisme promotionnels" que la philanthropie aurait souhaité mettre en place (Danièle RANCIÈRE, Le philanthrope et sa famille, dans Les Révoltes logiques n°8-9,1979). Dans le même courant, Rémi LENOIR (1985 - L'effondrement des bases sociales du familialisme, dans Actes de la recherche en sciences sociales, n°57-58) étudie le travail collectif de gestion matérielle et symbolique de la famille (familialisme), qui, dès la fin du XIXème siècle, prépare l'invention de la politique familiale dans les années 1920 ;

            - le second, présent notamment par le livre Le sens de l'ordinaire (Sous la direction de Philippe FRITSCH, 1983) procède, à partir des analyses d'Erving GOFFMAN (La mise en scène de la vie quotidienne, 1973)  et de Michel de CERTEAU (L'invention du quotidien, 1980), à une sorte de revalorisation des pratiques féminines, par exemple autour de la cuisine.

- Daniel BERTAUX (Destins personnels et structure de classe, 1977) dégage une approche "anthroponomique", par laquelle il tente de renouer avec l'unité de production des biens et celle des êtres. Il élargit la conception de la reproduction en mettant l'accent sur la richesse multiforme de la production de l'énergie humaine. Il popularise les histoires de vie.

- Même s'ils ne sont pas directement liés aux problématiques de la famille, les travaux sur l'école de Pierre BOURDIEU et Jean-Claude PASSERON (1964 - Les héritiers) et 1970 - La reproduction) et de Christian BAUDELOT et Roger ESTABLET (L'école capitaliste en France,1971) indiquent une forte prise en compte du genre et même de la domination masculine (Allez les filles!, 1992). Leurs travaux, ainsi que ceux de François de SINGLY (1987, Fortune et infortune de la femme mariée) mettent en évidence l'importance du "capital symbolique" qui dégage partiellement la responsabilité de la famille et place celle-ci dans l'individu.

   Les différents travaux en France ne se situent pas, sans doute parce que la sociologie de la famille y est née plus tard, dans la perspective largement dominante dans la littérature anglo-saxonne de l'école fonctionnaliste.

 

     Selon Jean KELLERHALS et ROUSSEL (L'année sociologique, La sociologie de la famille (1965-1985), 1987), si la sociologie de la famille occupe une place relativement importante dans la sociologie, c'est parce qu'elle a subit en peu de temps des changements très importants : divortialité, chute de la natalité, entrée des femmes dans le monde du travail, baisse des indices du moment de la nuptialité, hausse de la cohabitation juvénile, hausse du taux de naissance hors mariage.. Qu'en fin de compte, les conflits se sont multiplés en son sein et autour d'elle. De nouveaux modèles familiaux émergent comme en témoigne l'ouvrage de François de SINGLY (Sociologie de la famille contemporaine, 1993).

 

     Dimension de plus en plus prise en compte, les rapports sociaux du sexe sont étudiés suivant trois grands axes qui se recoupent ou non suivant les auteurs : Capitalisme, patriarcat et appropriation ; Charge mentale, relation de service et disponibilité permanente ; "Parentalité" :

     Sur les relations entre Capitalisme et Patriarcat, Christine DELPHY (L'ennemi principal, 1970) amorce la réflexion et la poursuit longuement en insistant sur le rapport social qui préside à la famille. A côté du mode de production capitaliste qui préside à la production de la plupart des marchandises sur le monde industriel, il existe un autre mode de production qui préside à la production des services domestiques, de l'élevage des enfants et d'un certain nombre de marchandises sur le mode familial. le premier mode de production donne lieu à l'exploitation capitaliste, le second à l'exploitation patriarcale.

    Colette GUILLAUMIN (1978 - Pratiques de pouvoir et idée de Nature, Questions féministes n°2 ) développe la notion d'Appropriation, qui recouvre le fait que "ce n'est pas la force de travail, distincte de son support/producteur en tant qu'elle peut être mesurée en "quantités" (de temps, d'argent, de tâches) qui est accaparée, mais son origine : la machine-à-force-de-travail". C'est donc "le rapport où c'est l'unité matérielle productrice de force de travail qui est prise en mains, et non la seule force de travail". Ce type de rapport, désigné sous le terme de sexage (par analogie à esclavage), est concentré dans le mariage qui légalise et entérine une relation qui existe avant lui et en dehors de lui. C'est l'appropriation matérielle de la classe des femmes par la classe des hommes. Mais le mariage en même temps limite le sexage puisqu'il restreint l'usage à un seul individu. Se combine le sexage et la relation de travail classique. Des contradictions existent donc, entre appropriation sociale des femmes appropriation uniquement individuelle, entre appropriation sexuée et appropriation capitaliste.

Des critiques se font jour sur cette conception qui dissocie trop le mode de production des dimensions sexuées des rapports de production. Pour un certain nombre d'auteurs, qui se réclament eux aussi du féminisme, il existe un lien fort entre structures familiales et système productif. Regroupés dans l'APRE (Atelier Production/ Reproduction) depuis 1982 (mais leur travail date déjà des années 1970), ces auteurs, qui élabore leurs outils de pensée à partir de la sociologie du travail , lient la production à la reproduction. (le Sexe du travail, 1984)

    En réaction, d'autres auteurs mettent l'accent sur la charge mentale, la relation de service ou la disponibilité permanente. Monique HAICAULT (Sociologie du travail, 1984), par crainte que plane la possibilité de faire du travail domestique un travail de même ordre que le travail salarié, développe la notion de charge mentale. Celle-ci repose sur la prise en considération de la gestion du temps et du rôle médiateur du corps. La notion de charge mentale vise à rendre compte de la superposition du travail salarié et du travail domestique. En fait, par charge mentale, même les auteurs ne sont parfois pas très explicite sur ce sens, il faudrait entendre autant charge affective que charge cognitive (organisation, procédures.. du travail domestique, en tenant compte des emplois du temps des autres membres de la famille). La charge mentale est "lourde d'une tension constante pour ajuster des temporalités et des espaces différents, mais non autonomes, qui interfèrent de manière multiplicative". Monique HAICAULT précise qu'avec cette notion, elle veut "faire émerger quelque chose qui a toujours été occulté, parce que toujours renvoyé à du faire, à des tâches ; faire entendre le fait que les femmes font du travail intellectuel et cela même quand elles ne font que du travail domestique." Elle insiste aussi sur le caractère structurant de cet ensemble de pratiques. Le travail salarié recycle ensuite en permanence les compétences utiles au travail domestique et les dispositions qu'exige son intrication au travail salarié.

Danielle CHABAUD-RICHTER, Dominique FOUGEYROLLAS-SCHWEBEL et Françoise SONTHONNAX avancent la notion de relation de service (1985 - Espace et temps de travail domestique), qui fonctionne avec celle de disponibilité permanente. Le travail domestique n'est pas abordé comme un ensemble de tâches, mais comme un ensemble de pratiques. Chacune de ces pratiques met en oeuvre "des savoir-faire, une histoire, une symbolique spécifique et l'on pourrait étudier séparément la cuisine et le ménage, les soins corporels ou l'éducation. Mais on manquerait alors l'essentiel, car c'est le système des pratiques, la logique de leur agencement, qui révèlent les rapports sociaux qui les fondent (...). Dans le travail domestique, les femmes sont au service de leur mari et de leurs enfants, au service de leur famille : l'expression temporelle de cette relation de service est la disponibilité permanente." 

Ces notions de charge mentale et de relation de service à laquelle sont associées celle de disponibilité permanente se recoupent à maints égards, et singulièrement dans la prise en compte des nombreux conflits qui peuvent survenir dans le couple.

   D'autres sociologues, regroupés également dans l'APRE orientent leurs travaux vers des questions plus infrafamiliales. Ainsi Anne-Marie DAUME-RICHARD (1984 - Travail professionnel et Travail domestique), qui étudient la circulation des relations entre femmes d'une même famille ou entre femmes et filles d'un même couple. Anne-Marie DEVREUX et Michèle FERRAND (1986 - Paternité et pouvoir des femmes, dans Maternité en mouvement) tentent d'établir les caractéristiques d'une "parentalité" changeante : la maternité et la paternité, deux aspects d'un même fait social, la production d'enfants et la reproduction sociale des producteurs d'enfants, subissent des transformations rapides. L'observation de ces transformations fait s'interroger sur la définition sexuelle des rôles et disqualifie l'approche biologique et non sociologique de la maternité. Cette interrogation traverse de nos jours tout un champ des sciences sociales, jusqu'à mettre en oeuvre une véritable sociologie du genre. 

 

    La montée de l'individualisme familial, qui fractionne les familles en couples distincts des autres couples, pour de multiples raisons, tend à augmenter la fréquence et l'intensité des relations binaires (père-mère, père-fils, mère-fils, père-fille, mère-fille, soeur-frère, frère-frère, soeur-soeur) entre personnes qui voient se restreindre les possibilités des rencontres intergénérationnelles propres à des familles bien plus étendues. Un grand nombre d'études sont consacrées à ces relations, poussé par la montée des divorces, la judiciarisation des conflits familiaux, la place centrale de ou des enfants (Irène THÈRY, 1986). Le phénomène des familles recomposées devient tel que les couples qui durent peuvent devenir minoritaires... Familles recomposées (Marie-Thérèse MEULDERS-KLEIN et Irène THÈRY, 1993), monoparentalités  (Nadine LEFAUCHEUR, 1993) et surtout instabilité familiale, enjeux politiques majeurs (Francis GODARD, La famille, affaire de générations, 1992), constituent aujourd'hui les thèmes principaux d'une sociologie de la famille. Marie Blanche TAHON et Geneviève de PESLOUAN constatent au bout de leur présentation que finalement, c'est le père qui reste peu étudié dans cette sociologie. 

 

    Que ce soit Jean-Hugues DÉCHAUD ou par François de SINGLY, de nombreux auteurs étudient les transformations de la morphologie familiales, les nouveaux visages du couple en partant du même constat de la fin de la "famille traditionnelle". La diffusion de la cohabitation hors mariage, la banalisation du divorce et des unions successives, la multiplication des familles monoparentales et recomposées sont autant de sources de nouveaux conflits qui ne sont pas de même nature que ceux étudiés depuis plus de deux siècles par l'anthropologie ou l'ethnologie.

  Jean-Hugues DÉCHAUX étudie les nouveaux systèmes de relations sociales de solidarité et d'entraide qui se mettent en place, par delà le couple, sous la forme d'une parentèle, organisée en cercles concentriques où entrent en jeu grands-parents, oncles et tantes, voire les voisins, bien plus que les parents eux-mêmes...

  François de SINGLY, après le constat d'une redéfinition engagée mais non réellement claire de la famille, met en évidence plusieurs formes de tension, cinq formes qu'il agence de la manière suivante :

- tension entre personnalisation et socialisation (repli de la famille sur elle-même, critique de la conjugalisation, fin des stratégies matrimoniales explicites...) ;

- tension entre privatisation et normalisation (dissociation entre amour et mariage, fin du monopole du mariage en tant que sanction de vie commune, rôle de l'Etat...) ;

- tension entre fragilité et ancrage (dévalorisation de la pérennité, mesure du coût de la séparation, maintien d'un ancrage familial dans l'identité personnelle...) ;

- tension entre reproduction sociale et construction de l'identité personnelle (scolarisation, processus de reconnaissance parentale) ;

- tension entre construction d'un monde commun et processus d'individualisation (revendication de l'indépendance et en même construction d'un monde commun conjugal, processus d'individualisation de la femme et construction d'un monde commun). 

Mentionnons la conclusion de son ouvrage sur la famille contemporaine qui porte comme sous-titre "Sollicitude et blessure" : "Les tensions qui traversent les familles contemporaines sont donc multiples. Elles peuvent soit aboutir, comme actuellement, à un équilibre certes instable (perceptible notamment par la fréquence de la séparation) ; soit engendrer de nouvelles versions de la vie privée, caractéristiques d'une troisième modernité. Trois éléments, au moins, sont susceptibles de provoquer de tels bouleversements : toutes les nouvelles demandes pour ouvrir la parenté et la parentalité (V FOURNIER, Le bazar bioéthique, Robert Laffont, 2010) ; l'évidence progressive que la construction de la famille n'est plus réservée à une seule orientation sexuelles (V DESCOUTURES, M DIGOIX, E FASSIN, W RAULT, Mariages et homosexualités dans le monde, Autrement, 2008) et que les normes familiales connaissent un nouveau régime ; la possibilité via internet de rencontres situées entre amour et sexe qui font naître un "art de l'amour ponctuel" (J-C KAUFMAN, Sex@amour, Armand Colin, 2010) avec "garantie de non-engagement". Mais dans le même temps, ces tensions trahissent les limites du processus de l'individualisation, compris comme devant produire un individu "indépendant". Ces limites trahissent une certaine vulnérabilité de la personne et donc le besoin que celle-ci a d'autrui, grâce au soin (P MOLINIER, S LAUGIER, P PATERMAN, Qu'est-ce que le care?, Payot, 2009) et à la validation (P BERGER, H KELLNER, Le mariage et la construction de la réalité, dans La construction sociale de la réalité, Armand Colin, 2006) que ce dernier lui apporte. Cette validation peut être comprise, dans le cadre d'une autre perspective théorique (A HONNETH, la lutte pour la reconnaissance, Cerf, 2000), comme le besoin d'une reconnaissance spécifique. Il s'agit de la "sollicitude personnelle", reconnaissance qui ne relève ni du registre juridique ("considération cognitive"), ni du registre socioculturel ("estime sociale"). C'est dans l'amour et l'affection que se joue cette reconnaissance et son envers, la violence, physique ou symbolique. Un conjoint ressent comme violence le manque de considération de son partenaire (...). Une des formes adoucies de cette violence est l'indifférence qui constitue une plainte fréquente au moment de la séparation. La violence du conjoint envers sa ou son partenaire, ou du parent envers son enfant, constitue un des risques inhérents aux relations de dépendance, associées de plus à la domination masculine. La sociologie de la famille doit à l'avenir intégrer davantage l'analyse des violences afin d'appréhender les différentes formes de mépris familiales."

 

   Si les sociologies francophones et nord-américaines sont proccupées par les changements accélérés qui traversent la famille, il ne faudrait pas oublier d'autres problématiques, qu'elles fassent ou non l'objet de recherches. Ainsi il est intéressant de connaitre les effets d'une confrontation entre la famille de type occidentalo-européen avec celle des sociétés musulmanes, africaines ou asiatiques. De même est intéressante (et nécessaire), toute étude de conflit dans la famille doit s'effectuer dans des contextes bien différents de ceux de nos contrées industrialisées, dans des sociétés qui ne connaissent pas encore l'émiettement ou sa réduction au niveau du couple. Les premières grandes études ethnologiques et anthropologiques portaient sur des systèmes de parenté de contrées relativement isolées du monde occidental. Nous ne manquerons pas de jeter un regard soutenu sur l'étude de la famile japonaise, chinoise, arabe ou indienne, qui sans doute sont soumises à des tensions différentes de la famille européenne ou nord-américaine. Un indice de cette différence se trouve dans les difficultés importantes des femmes qui luttent, à l'instar de leurs soeurs européennes, pour se faire reconnaître les mêmes droits que les hommes. 

 

Marie-Blanche TAHON et Geneviève de PESLOUAN, Sociologie de la famille, dans Sociologie contemporaine, Sous la direction de Jean-Pierre DURAND et de Robert WEIL, Vigot, 2002 ; François de SINGLY, Sociologie de la famille contemporaine, Armand Colin, collection Domaines et Approches, 2010 ; Jean-Hugues DÉCHAUX, Sociologie de la famille, La Découverte, collection Repères, 2009.

 

SOCIUS

 

 

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Published by GIL - dans SOCIOLOGIE
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