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30 octobre 2009 5 30 /10 /octobre /2009 15:52
                    Sans remonter aux bouleversements introduits par l'introduction de la roue hydraulique (au Xème siècle, qui favorise le remplacement de l'énergie humaine par l'énergie artificielle, (mécanique, éolienne...), une succession de techniques utilisées en Occident, forment autant de révolutions qui ne se traduisent que bien plus tard dans les mentalités. Il en est de même pour d'autres inventions techniques comme les instruments optiques de précision,  l'horloge mécanique, l'imprimerie et la poudre. La poliorcétique, c'est-à-dire l'art des fortifications au bois, à la pierre et au ciment, continue d'être utilisée bien après que les boulets de canons aient rendus inopérants la majeure partie des remparts ; il en est de même de l'arbalète, encore présente dans certains régiments du XVIIe siècle, alors qu'elle fut défaite depuis longtemps par la concurrence de l'arc à longue portée.
       
        Ces révolutions techniques sont autant d'étapes géopolitiques dans l'histoire du monde et les résultats de l'introduction de l'armement nucléaire en 1945 obéit à la même logique.
          Lucien POIRIER rappelle qu'un siècle "passe entre (les) premiers balbutiements (de l'arme à feu), au cours de la guerre de Cent Ans en Europe, et la manifestation de son caractère révolutionnaire lors des incursions des Valois en Italie. Deux autres siècles avant que la puissance de feu soit consacrée par la théorie comme le facteur décisif sur le champ de bataille. Encore ne s'agit-il là que de tactique et de stratégie : la philosophie politique tarda aussi longtemps à reconnaître que cet armement n'était à la mesure que des puissances financièrement assez riches, économiquement assez fortes, et politiquement assez organisées pour s'équiper d'arsenaux capables de fondre le bronze et de réaliser une artillerie efficace."
        André CORVISER  et Jean-Marie GOANAGA rappellent de leur côté que les tacticiens militaires ont une tendance assez régulière à prendre la technique découverte et à tenter de la rendre opérationnelle dans le cadre des anciennes tactiques. Il faut attendre un certain temps avant de trouver les "coups de main" nécessaires pour rendre une nouvelle arme efficace, et l'on a d'abord la tentation de l'utiliser à la manière d'armes anciennes. Le fer eut du mal à s'imposer face au bronze sur les champs de bataille pour les mêmes raisons. "Avant le fait nucléaire l'histoire de l'armement est marquée par des innovations que l'on qualifie de révolutions alors que le terme d'évolutions serait plus approprié par suite de la lenteur de prise en compte du fait nouveau".
       
         L'apparition de l'arme atomique, malgré sa nouveauté et le caractère terrorisant de sa puissance de feu, de souffle (avant que l'on prenne conscience de sa radioactivité et d'autres phénomènes "secondaires"), s'effectue dans la continuité de cette évolution de l'armement.
       Lucien POIRIER écrit que "l'une des constantes de l'histoire allait (encore) se vérifier : des années, des décennies parfois séparent l'apparition d'un nouveau matériel et la constitution d'une théorie cohérente éclairant la perturbation qu'il provoque dans la pensée et l'action de guerre. C'est qu'il faut, en effet, échapper aux illusions du savoir immédiat ou à la tentation de rapporter le nouveau au référentiel théorique antérieur ; passer par le préalable d'une scrupuleuse problématique doublée d'une critique des instruments d'observation et d'analyse. Cela quand l'histoire ne s'interrompt pas, qui accumule les événements ; quand les armées improvisent sous la pression de nécessités qui ne permettent que l'invention "sur le tas". Les recettes et les maximes simplificatrices procèdent d'observations parcellaires et imprécises autorisant des leçons contradictoires."
Et même longtemps après, malgré le caractère évidemment réellement révolutionnaire de l'arme nucléaire, des théoriciens, des ingénieurs et des politiques s'ingénient à rendre opérationnel une arme qui dans son essence ne peut être qu'une arme de dissuasion. C'est ainsi que l'on a vu apparaitre tout un arsenal d'armements nucléaires à employer sur un champ de bataille, conjointement avec d'autres armes, conventionnelles, dans le cadre de manoeuvres aéro-terrestres, dans les années 1980, en Europe.

    Les premières réflexions face aux deux explosions nucléaires sur le Japon sont du côté d'une artillerie massive, ou plus exactement du bombardement aérien massif. Directement dans la foulée de l'action des  bombardiers de la Deuxième Guerre Mondiale, (dont l'emploi, théorisé par l'italien Giulio DOUHET, dès 1921 dans son livre Domino dell'Aria, avait été modélisé stratégiquement dès 1943 par l'état-major américain), pourtant critiquée pour sa demi-inefficacité, l'arme nucléaire constitue le complément indispensable pour une offensive massive victorieuse.
 "En 1945-1946, les experts militaires voient seulement que l'arme de destruction massive permet enfin d'incarner économiquement Douhet (car l'inefficacité mentionnée un peu avant provenait... de l'insuffisance du nombre de bombardiers disponibles pour faire vraiment un bon "tapis de bombes"). Triomphe de la guerre dans la troisième dimension (l'air, par rapport à la terre et à la mer) rejetant les opérations de surface au musée de l'histoire". (Lucien POIRIER) .
Le Général ARNOLD, Commandant de l'USAF (L'armée de l'air des États-Unis) écrit avec enthousiasme en 1947 : "Dans la guerre future, l'aviation sera la première à attaquer. Si ces attaques ont lieu suffisamment tôt, on peut envisager une limitation considérable des opérations au sol... et une diminution notable du rôle que les armées et les flottes pourraient avoir à y jouer... Sans une aviation moderne, autonome et très entrainée... il ne peut y avoir de sécurité pour la nation... Contre les armes atomiques, la seule sécurité est de prendre l'offensive immédiatement avec des forces considérables."
   Lucien POIRIER rapporte que "les militaires adoptent l'arme nucléaire comme l'arme parfaite de la lutte à mort et sans la soupçonner d'être d'une autre espèce ; sans deviner que son emploi priverait la lutte à mort elle-même de son séculaire sens politique." Arme absolue, l'arme nucléaire doit être possédée uniquement par les 2tats-Unis, qui ne se trouveront dans une position de monopole nucléaire que dans un bref temps.
   Déjà, tout au début des années 1950, se pose la question de la prolifération et de la dissémination atomiques, qui ne cesse de se poser aujourd'hui.
  
      Dans un contexte de course aux armements nucléaires se déploient toute une variété d'armements nucléaires. Elle se fait dans un double mouvement : augmenter la capacité de dissuasion des armements à forte puissance et pouvant être lancés à de très grandes distances, augmenter la miniaturisation de certaines d'entre elles, en dessous en quelque sorte d'un seuil de dissuasion entre puissances atomiques, pour leur utilisation sur des théâtres d'opérations.
Il n'est pas certain, même après la disparition de l'Union Soviétique, que ce double volet de la course aux armements nucléaires ait disparu. André FONTAINE avait déjà rappelé que la rivalité russo-américaine datait de bien avant l'arrivée des "communistes" au pouvoir, et il semble bien, avec une Russie qui a restauré une partie de sa crédibilité militaire aujourd'hui, qu'elle continue.

Sous la direction d'Aymeric CHAUPRADE, Constantes et changements dans l'histoire, Ellipses, 2003. André CORVISIER et Jean-Marie GOANAGA, article Armements dans Dictionnaire d'art et d'histoire militaires, PUF, 1988. Lucien POIRIER, Des stratégies nucléaires, Editions Complexe, collection Historiques, 1988.

                                                                     ARMUS
 
Relu le 30 mai 2019
    
        

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