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25 octobre 2012 4 25 /10 /octobre /2012 14:46

        Depuis longtemps les sons peuvent être utilisés comme arme, que ce soit sur le camp de bataille ou dans des opérations contre les "troubles publics". Des trompettes de Jéricho aux tambours menaçants, des chants guerriers aux musiques insupportables, les utilisations des sons sont multiples et variées. Si aujourd'hui se développent dans les armées et dans les dispositifs policiers des armes qualifiées de non létales, il n'est pas certain que les effets des armes soniques futures s'y limitent. Les rêves, illustrés par des récits ou des films de science-fiction, sur l'utilisation des vibrations pour détruire ou pour tuer, sont là pour nous montrer que l'imagination dans ce domaine est au pouvoir. La connaissance de la nature des sons, des qualités de vibrations, constitue un enjeu pour les recherches militaires. 

Longtemps utilisées surtout pour ses effets psychologiques sur l'adversaire, le bruit ou/et la musique sont maintenant recherchés pour des effets physiologiques, voire physiques. Et ceci dans le cadre du développement des armements non létaux...

 

    Dans son survol de la panoplie des armes létales, François-Bernard HUYGHE décrit des éléments pouvant agir sur le sens auditif. "L'ouïe peut également être affectée : des dispositifs acoustiques tantôt à longue portée (comme les "canons à sons" dits Long Range Acoustic Device employés en Irak et qui projettent des ondes sonores insupportables), ou les système qui émettent des ultrasons qui contraignent à quitter une zone. le projet Medusa (Mob Excess Deterrent Using Silent Audio) utilise des micro-ondes à haute fréquences pour obtenir des niveaux acoustiques difficiles à supporter par l'oreille humaine. La combinaison son plus lumière forme le principe de certaines grenades, mais cette fois pour un effet de choc de quelques secondes. Significativement, certaines sont appelées Stun grenade (grenade paralysante) ou Flashbang. L'attaque contre les sens vise ici à un effet de pétrification ou de désorientation temporaire qui permettra, par exemple, aux policiers d'intervenir sur un individu dangereux, comme tétanisé quelques secondes. 

Il faut ici faire une place particulière au Mosquito, nommé Beethoven en France ou Swiss-Mosquito en Suisse, qui est à proprement parler un dispositif répulsif : la machine ne sert pas à appréhender ou à assommer quelqu'un mais plutôt à disperser des groupes ou à les convaincre d'aller plus loin. Ce boîtier a la particularité d'émettre des sons très aigus qui frapperaient douloureusement les oreilles des adolescents mais ne seraient pas normalement perçus par les adultes. D'où la réputation d'arme "antijeune" qui a vite accompagné le Mosquito."

 

   Dans un dossier que nous recommandons, Juliette VOLCLER (Article 11 - www.article11.info) fait le tour de l'utilisation du son comme arme. "Considérée d'une point de vue guerrier, l'oreille est une cible vulnérable : on ne peut la fermer, on ne choisit pas ce qu'elle entend, et les sons qui lui arrivent peuvent modifier profondément notre état psychologique ou physique. Les premières recherches militaires et scientifiques sur l'impact du son sur l'organisme remontent à la seconde guerre mondiale, à une époque où les Etats-unis s'inquiètent de l'avance de l'URSS dans le domaine du lavage du cerveau (Suzanne CUSIK, www.sibetrans.com, Music as torture/Music as weapon), et de l'inventivité nazie dans celui de l'armement (peu d'informations sont disponibles sur ce sujet). La CIA, conjointement avec les services secrets canadiens et britanniques, se lance alors dans de savantes expérimentations sur les manipulations sensorielles, notamment auditives (Alfred McCOY - A Question of torture, cité par CUSIK). C'est surtout à partir des années 1960 que la recherche se structure - et dans les années 1970, les russes développent des techniques de "psychocorrection", autrement dit de manipulation mentale, qui s'appuient sur les propriétés de l'audition afin de contrôler les dissidents, de les démoraliser, et de briser les émeutes. Dans les années 1990, les premières armes deviennent publiques, puis certaines d'entre elles, notamment dans les années 2000, trouvent une application dans le domaine civil."

Les propriétés des sons sur les organes auditifs, selon leur fréquence ou/et leur intensité, leur domaine d'audibilité... font l'objet d'études de plus en plus soutenues dans les laboratoires civils ou militaires.

"Même si le développement est aujourd'hui majoritairement orienté vers les armes à très hautes fréquences, c'est le domaine des infrasons et des basses fréquences qui a d'abord intéressé chercheurs et militaires. Et pour cause, : les fréquences infrasoniques sont susceptibles d'entrer en résonance avec les fréquences propres du corps humains (...). Les infrasons sont présents partout dans la nature, à une intensité qui ne nous est pas dangereuse : les vagues de l'océan, les chutes d'eau, les volcans, les tremblements de terre, émettent ainsi des fréquences infrasonique que les oreilles animales perçoivent d'ailleurs mieux que les nôtres (...). L'industrialisation, avec son cortège de machines et de moteurs, a ensuite multiplié le nombre d'infrasons présents dans la vie quotidienne - et les nuisances liées (...) (à) la "pollution sonore"."

Les découvertes du potentiel nocif des infrasons sont dues souvent au hasard (par le docteur Vladimir GAVREAU, au Laboratoire d'électro-acoustique de Maseille, en 1967 ou par les chercheurs britanniques de l'Université de Coventry, comme Vic TANDY et Tony R LAWRENCE, en 1998). Les expériences diverses sont ensuite rassemblées, grâce à la veille scientifique militaire entre autres, dans des rapports comme celui du DEFRA britannique (équivalent du Ministère de l'environnement français) en 2003. Ce rapport sur les basses fréquences mentionne parmi les effets sur le corps humains : le vertige, le déséquilibre, un sentiment de gêne extrême, la désorientation, l'incapacité d'agir, la nausée, les spasmes gastriques, la vibration de l'abdomen ou du coeur, plusieurs effets sur les systèmes cardiovasculaire et respiratoire...

"Les infrasons, poursuit, Juliette VOLCLER, sont actuellement utilisés par les militaires comme outils de détection, mais comme armes à proprement parler, ils ne sont pas forcément pratiques, pour plusieurs raisons : les ondes infrasoniques sont logues, peu directionnelles, demandent beaucoup d'énergie pour avoir une certaine intensité et elles traversent les matériaux (...). Comme armes anti-matériel, les infrasons peuvent être efficaces, puisqu'ils ont la capacité, à forte intensité, de détruire un bâtiment  en revanche, ils ne sont pour l'instant pas utilisés (du moins publiquement) comme armes anti-personnel (...)." Ce qui n'entame pas l'enthousiasme de certaines chercheurs, au vu de certains brevets déposés aux Etats-Unis (voir le site du Department of defense). 

Les hautes fréquences, utilisées dans des dispositifs appelés LRAD (Long Range Acoustic Device) pour émettre par haut parleur de la musique ou une voix grave, les très hautes fréquences utilisées dans ces mêmes dispositifs constituent une voie de recherche actuellement privilégiée. Elles furent utilisées en Somalie et en Irak. Le LRAD est utilisable également en hyperfréquence, comme arme "pré-létale" (Rapport sur l'activité de la 361e Unité d'Opérations Psychologiques en Irak sur le site www.psywarrior.com). Selon Jürgen ALTMANN (Acoustic weapons - A Prospective Assessment : Sources, Propagation and Effects of Strong Song, Cornelle University Peace Studies program, 1999 : voir le site www.princeton.edu), dans les très hautes fréquences, c'est surtout l'intensité du son qui joue :  des perturbations de l'équilibre voire des étourdissements ont pu être relevés, même avec une protection, des pertes d'audition, ainsi que des nausées ou des maux de tête, mais ces effets restent mal documentés pour l'instant. 

     Le LRAD portable serait maintenant couramment utilisé pour briser les "rassemblements illégaux" lors des sommets mondiaux, comme au sommet  G20 de Pittsburg en 2009, selon Paul Joseph WATSON (Prison Planet.com, septembre 2012) : "Le LRAD est cent fois résistant aux intempéries, peut être clairement entendu à une distance de 600 mètres, et de 20 à 30 décibels plus fortement qu'un mégaphone standard. (...) Le Department of Homeland Security a acheté plus de 1,4 milliards de munitions au cours des derniers six mois seulement."....

    De multiples utilisations, relevées dans la presse, constituent un bon stade d'expérimentation pour de futurs développements ultérieurs. Même si les effets constatés restent parcellaires, cela n'empêche pas un certain commerce de déjà se développer. Ainsi une version moins puissante, de "moyenne portée", est commercialisée en Grande Bretagne sous le nom de MRAD (Medium Range Acoustic Device). Les hautes fréquences sont utilisées également dans le MOSQUITO, commercialisé par la société britannique Compound Security Systems (CSS), en direction spécifiquement orientée vers les adolescents qui "encombrent" certains lieux publics ou sensibles (comme les entrées d'établissements bancaires)...

 

     Les applications de ces nouvelles armes soniques dans la vie quotidienne ou sur les champs de bataille, caractérisent, selon Georges-Henri Bricet des VALLONS, une "dualité civile-militaire qui siège au coeur du concept de non-létalité". Dans son article L'arme létale dans la stratégie militaire des Etats-Unis : imaginaire stratégique et genèse de l'armement (http://conflits.revues.org), il évoque l'apparition de ce concept dans les années 1960 et 1970 aux Etats-Unis, "dans un contexte marqué par l'émergence des masses contestataires et des mouvements de défense des droits civiques". Reprenant l'histoire de l'apparition de ces armes, il évoque cette plasticité d'usage qui ne demande qu'à se développer. Sous couvert d'une présentation qui les rendent acceptables, ces armes non létales, à la non-létalité sans doute relative, étant donné la multiplication des insuffisances respiratoires et cardiovasculaires dues entre autres à des pollutions de différents ordres, peuvent dans l'avenir devenir le pivot de l'équipement des forces de "maintien de l'ordre".  En même temps, vu le développement de conflits armés multiformes qui ne confrontent pas face à face des armées organisées, la tentation est grande de placer des armements soniques entre les mains des combattants. Les diverses utilisations, notamment en milieu urbain, déjà constatées vont dans ce sens. Même si leurs effets ne sont pas encore complètement probants, les efforts commerciaux des firmes fabricantes peuvent certainement aider à leur dissémination... 

 

Juliette VOLCLER, Le son comme arme, www.article11.info, 2011 ; François-Bernard HUYGHE, Les armes non létales, PUF, collection Que sais-je?, 2009.

 

ARMUS

 

 

 

 

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Published by GIL - dans ARMEMENT
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