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22 novembre 2010 1 22 /11 /novembre /2010 14:01

                     Les armes chimiques, très anciennes dans l'histoire, d'abord rudimentaires puis très sophistiquées notamment depuis le début de l'ère industrielle, forment un arsenal très diversifié dont la caractéristique commune est d'être constituées justement de produits chimiques toxiques, sans compter les dispositifs utilisés pour les transporter jusqu'à la cible qui ont sont de tout ordre. Ils peuvent tuer, blesser ou entraîner une incapacité temporaire. Le classement de ces substances demeure varié suivant les sources, même si celle des Nations Unies fut choisie pour permettre une vérification du contrôle actuel des armements chimiques avec le maximum d'efficacité. HumanYAAKOUBI en présente une autre, qui a le mérite de couvrir toutes les substances et toutes les gammes d'utilisation de manière plus claire. Ces classifications ne doivent pas faire oublier que les armes biologiques sont souvent envisagées de manière conjointes aux armes chimiques, même si les conditions de production et d'utilisation de ces deux types d'armes sont très différentes. 

    La classification de Human YAAKOUBI distingue :

- les agents létaux ou ceux qui provoquent la mort : les suffocants (sous forme gazeuse, qui attaquent les voies respiratoires - phosgène, chlore,chloropicrine...), les vésicants (liquides huileux qui provoquent des brûlures et peuvent avoir une action endotoxique - gaz moutarde ou ypérite, lewisite...) , les neurotoxiques (composés organochlorés semblables aux insecticides qui bloquent la transmission de l'influx nerveux, les respiratoires comme le tabun, le sarin ou le soman ou les percutanés), les hémotoxiques (acide cyanhydrique et chlorure de cyanogène qui provoquent un empoisonnement du sang) et les toxines inventoriées comme armes chimiques mais d'origine biologique ou chimique très variée. Cette dernière catégorie s'apparente à une arme par destination, car on les trouve absolument partout de manière plus ou moins concentrée ;

- les agents incapacitants destinés à mettre l'ennemi hors de combat pour une durée plus ou moins longue. Ce sont soit des agents qui agissent sur le psychisme (mescaline, LSD, BZ...), soit des agents qui agissent sur le physique, provoquant hypertension artérielle et démangeaisons démentes (urticants notamment) ;

- les agents neutralisants, généralement utilisés pour le "maintien de l'ordre" : lacrymogènes (CN, CS, CR....), sternutatoires (DM) ou urticants ;

- les défoliants, substances chimiques toujours, qui détruisent directement la végétation et qui peuvent avoir des effets mortels (l'agent orange en est le plus célèbre) ;

- de nouveaux composés organisés, inodores, incolores et assez stables, peuvent être intégrés à diverses munitions lancées par air, terre ou mer. Aux missiles à la composition classique peuvent être adjoints ces toxiques, devenant de véritables munitions binaires. Autant dire que l'imagination des laboratoires de chimie est ici sans grandes limites. 

    Le bureau des affaires de désarmement des Nations Unies classe ces produits chimiques toxiques employés à des fins militaires en :

- agents hémotoxiques ;

- agents vésicants ; 

- suffocants ;

- neurotoxiques, qualifiés comme étant les produits chimiques les plus puissants, généralement incolores, inodores et insipides, pouvant être facilement absorbés par les organismes vivants sans la moindre irritation annonciatrice de leurs dégâts.

- incapacitants ;

- neutralisants ;

- toxines.

 

         Toutes ces substances sont plus ou moins coûteuses à fabriquer et certains armements qui en intègrent certaines ont pu être qualifiés d'arme de destruction massive du pauvre. Les agents hémotoxiques et les suffocants peuvent être relativement simples à produire et ne nécessitent pas des installations très complexes ; les agents vésicants sont plus difficiles à produire car ils nécessitent des précautions supplémentaires de manipulation et de transport, mais leurs procédés de fabrication sont bien connus depuis la première guerre mondiale. Les agents neurotoxiques, en revanche, sont nettement plus difficiles à produire et nécessitent un équipement spécialisé, très résistant à la corrosion, donc coûteux. Si les agents toxiques en général peuvent être facilement extraits de très nombreuses substances ou corps vivants, leur production à très grande échelle présente des difficultés techniques (liés à une certaine instabilité).

        En fait, toutes les grandes armées du monde ont mis au point trois types de munitions d'armes chimiques :

- Les munitions explosives brisants pour diffuser la substance chimique sur une cible, pas très efficaces mais très faciles à produire ;

- Les munitions thermiques qui utilisent des moyens pyrotechniques pour diffuser la substance toxique sous forme d'aérosol, qui restent très sensibles à la chaleur et se dégradent assez rapidement, ce qui pose de gros problèmes de sécurité de stockage ;

- Les munitions de pulvérisation qui diffusent le produit chimique sous forme d'aérosol, à utilisation plus facile à contrôler.

         Mais le grande défaut des armes chimiques en général, sauf à les utiliser comme armes de destruction massive, dans le cadre par exemple d'une stratégie de dissuasion ou d'une guerre de destruction totale d'un territoire, est que si elles mettent hors de combat, de manière variable suivant les conditions atmosphériques et le relief, les armées ennemies, toute utilisation ultérieure du territoire de combat devient problématique.

        Elles coûtent moins cher généralement que les armes classiques, surtout depuis l'ère industrielle où elles peuvent être tirées directement, suivant quelques aménagement de production, de toute industrie chimique, même moyenne. Elles peuvent être utilisées contre des cibles dispersées ou fortifiées, contre des cibles dont la position exacte est inconnue. Elles interdisent bien entendu l'accès à l'ennemi, mais aussi à soi-même, attaquent les personnes et laissent intacts les équipements et les infrastructures, sous condition bien entendu de procéder à leur décontamination. Elles peuvent servir, notamment les neurotoxiques, à lancer des opérations terroristes ou des attaques surprises. 

         Mais, et c'est une raison pour laquelle elles ont été généralement utilisées en dernier recours dans l'histoire ou pour laquelle la plupart des armées jugent leur utilisation de manière tactique aléatoire, elles nécessitent des capacités opérationnelles complexes, possèdent des effets imprévisibles qui peuvent s'étendre au-delà des zones visées. Sur le champ de bataille, elles peuvent avoir des effets externes négatifs, leur utilisation compliquant la conduite des autres opérations militaires. 

          L'arme chimique se caractérise par sa capacité de destruction, la soudaineté de l'attaque, la possibilité de contamination et surtout par son effet psychologique considérable. Ce dernier effet s'opère non seulement sur les forces ennemies - du soldat au stratège, mais également sur les forces propres, qui en constatent les dégâts, avec une certaine horreur, lorsqu'elles traversent le territoire conquis. C'est d'ailleurs cet effet, finalement, joint à l'effroi ou la désapprobation de l'opinion publique, qui conduit à éviter d'intégrer l'armement chimique aux plans de bataille.

Les courses aux armements chimiques ne sont pas guidées la plupart du temps sur le calcul de l'efficacité, mais sur un effet (mimétique) de crainte de dépassement par l'adversaire. Elles obligent les forces armées non seulement à se doter de l'arsenal le plus divers possible mais également de moyens de protection massifs. Après l'expérience de la première guerre mondiale, où ils furent abondamment utilisés, les armées se dotèrent de matériels de protection de manière si massive que les états-majors les exclurent de leurs plans de guerre, même pour s'opposer à des débarquements stratégiques. Durant la seconde guerre mondiale, c'est surtout l'utilisation de substances chimiques dans les camps de concentration nazis qui retient l'attention.

 

     C'est dans l'emploi à distance que ces armements chimiques continuent d'être préconisés (sous forme de missiles à portées diverses). La dernière utilisation massive, durant la guerre du VietNam se fit à distance, les bombardiers déversant les défoliants sur des territoires à rendre interdits d'accès.  D'autres utilisations massives ont eu lieu pendant la guerre Iran-Irak, dans des conditions différentes qui révèlent des visions différentes des armes chimiques et d'ailleurs de la guerre en général. Ici et là, des rapports et des enquêtes de journalistes font état d'utilisations sporadiques d'armes chimiques. 

 

       Aujourd'hui, l'ensemble des Etats s'efforce de réduire la menace découlant de la prolifération des armes chimiques, surtout depuis la fin de la guerre froide, s'efforçant de mener à bien les programmes de destruction de ces armes de leurs propres arsenaux, conformément à des accords internationaux. Il s'agit d'ailleurs de la catégorie d'armement où les effets de ces programmes sont les plus réels et consistants. Mais les succès de la diplomatie mondiale ne doivent pas cacher l'existence encore de très importants arsenaux, et surtout une vision très différente au Nord et au Sud sur les armements chimiques. C'est dans le détail de ce que nous pouvons connaître des arsenaux et des stratégies des pays possesseurs d'armes chimiques que se mesure réellement l'effort de désarmement chimique presque unanimement affiché.

 

         La menace d'utilisation d'armes chimiques vient, selon les Etats, d'un nouveau terrorisme, nommé justement bio-terrorisme, aux contours très mal définis, entre idéologie, peurs médiatiques, éléments non contrôlés présents sur la planète... et utilisation effective (sarin dans le métro de Tokyo en 1995...)

 

         Enfin, concrètement, dans les pays à fortes densités urbaines, c'est surtout dans les opérations de "maintien de l'ordre" que les armes chimiques sont utilisées de nos jours, avec des vecteurs et des tactiques qui n'ont rien à voir avec celles précédemment évoquées. Il s'agit là de "combats" rapprochés, avec parfois des effets ricochets particulièrement désagréables pour les forces de l'ordre qui les utilisent... Ces effets non maîtrisés sont d'ailleurs directement à l'origine de la recherche d'autres armements, dits non létaux, de nature très différentes.

 

      Bureau des affaires du désarmement des Nations Unies, La science des armes chimiques, 2010 ; Hauman YAAKOUBI, Armes chimiques et biologiques, dans Dictionnaire de stratégie, PUF, 2000.

 

 

                                                                                                                                                          ARMUS

 

 

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Published by GIL - dans ARMEMENT
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