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29 novembre 2010 1 29 /11 /novembre /2010 12:32

                                  Beaucoup d'observateurs comme Olivier LEPICK estiment que "depuis plusieurs décennies, de nombreux experts prédisaient, sans toutefois être entendus, que des groupes terroristes pourraient avoir recours à des armes chimiques ou biologiques contre des populations civiles" sans être vraiment écoutés. Ils pensent que le 20 mars 1995, jour d'un attentat meurtrier (12 morts et 5 500 blessés) perpétré dans le métro de Tokyo à l'aide d'un gaz neurotoxique par une secte religieuse, qui constitue la première attaque d'envergure contre des populations civiles, marque l'avènement d'une nouvelle ère du terrorisme. Rappelons qu'une des conditions de la réussite d'une attaque terroriste est sa médiatisation, du fait même qu'elle est toujours locale et localisée et il est vrai que depuis cette date, les médias distillent ici ou là, créant un état d'inquiétude ou de peur dans la population, des informations plus ou moins vérifiées sur l'éventualité d'une attaque terroriste à l'arme chimique ou biologique. 

         La même secte avait procédé auparavant à plusieurs essais très infructueux (toxine butolique à proximité du Parlement japonais, bacillus anthraciis...).

       Au cours de l'automne 2001, dans la foulée des attentats du 11 septembre, un groupe de terroriste avait disséminé par voie postale sur la côte Est des Etats-Unis, des spores de la maladie du charbon dans des enveloppes, faisant 5 victimes et provoquant une "psychose" importante au sein des opinions publiques internationales.

      Aussi, malgré le faible nombre de victimes observé à la suite d'attentats biologiques et sans doute un nombre élevé de tentatives avortées, la menace du "bioterrorisme" est considérée comme un risque majeur.

 

       Selon le Rapport de 2006 de la Commission indépendante sur les armes de destruction massive, "les acteurs non étatiques tels que les groupes terroristes disposent d'un grand choix quant à la cible d'un attentat, ainsi qu'au moment où il se produira et à la forme qu'il prendra. En revanche, l'approvisionnement en produits de la pureté requise et en quantité suffisante est techniquement très difficile, de même que le transport et l'utilisation efficace d'armes chimiques contre une cible donnée." La secte Aum Shinrikyo, responsable de l'attentat au métro de Tokyo, "disposait de ressources financières considérables, d'équipements modernes et d'au moins un laboratoire où elle a pu mener des recherches et organiser la production pendant une durée assez longue ; elle possédait également du personnel doté des connaissances et des compétences requises. Pourtant, elle n'a réussi à produire que des quantités modestes d'agents chimiques : leur niveau d'impureté était élevé et ils étaient impropres à un stockage de longue durée. C'est grâce à cela que les attentats ont fait moins de victimes que cela aurait pu être le cas."

En fait, indique la Commission, les attentats terroristes contre l'industrie chimique sont bien plus faciles à entreprendre (provocation de fuites ou de déversements importants...). Plusieurs accidents ont montré (Bhopal, Inde, 1984 par exemple) que leurs effets peuvent être dévastateurs et durables. 

 

       Olivier LEPICK indique les caractéristiques propres qui rendent les agents biologiques particulièrement "attractifs" à des fins terroristes :

- absence de systèmes de détection fiable ;

- impact psychologique lié au caractère invisible des agents après leur dispersion initiale ;

- facilité relative (très relative cependant) avec laquelle il est possible de fabriquer de telles substances, surtout si l'on compare avec le processus de fabrication d'une arme chimique, radiologique ou nucléaire. 

Mais un certain nombre de raisons permettent d'expliquer la faible récurrence de ce type d'attentat :

- caractère finalement peu spectaculaire ;

- conséquences immédiates et à long terme de la dispersion d'un micro-organisme dans l'atmosphère très aléatoires ;

- perte facile du contrôle par le groupe terroriste de son acte, par la difficulté d'évaluer à l'avance ses conséquences, sur la cible ou même sur lui-même ;

- difficultés de manipulation des agents biologiques par des personnes inexpérimentées. 

 

     Les Etats ont axés leurs efforts contre la prolifération des armes chimiques et biologiques, surtout à cause de leur possible utilisation par des acteurs non-étatiques. De nombreuses coopérations bilatérales et multilatérales sont en cours actuellement pour empêcher tout attentat terroriste. En même temps, une certaine instrumentalisation d'une menace de cette nature revient souvent dans les médias, permettant de détourner l'attention de conflits socio-économiques dans une période de tension ou de crise (ou simplement à l'approche d'échéances électorales...). Un certain fantasme à l'attaque chimique et biologique vient remplacer le fantasme de l'apocalypse nucléaire. Ce fantasme peut être alimenté par des "informations" bien précises distillées par des services officiels, répétées et étalées dans le temps. 

         Une analyse précise de ce phénomène psychosocial serait intéressante, non seulement pour évaluer quelle est sa véritable importance, mais aussi pour savoir s'il n'y aurait pas parfois une alliance objective entre terroristes et instances étatiques, pour entretenir dans les esprits la possibilité, la probabilité plus ou moins forte, de tels attentats. Ceci d'autant plus que l'arme de la médiatisation de l'attentat chimique ou biologique est absolument nécessaire, étant donné le caractère peu spectaculaire de leurs effets (Voir par exemple les analyses dans les rapports Ramsès).

Ajoutons aussi qu'il serait parfois difficile de distinguer l'origine de catastrophes chimiques ou biologiques, entre attentats véritables ou accidents industriels dont la fréquence a tendance à augmenter dans le temps.

 

   Ramsès Edition 2000 ; Olivier LEPICK, Armes chimiques et biologiques, Encyclopedia Universalis, 2004 ; Commission sur les armes de destruction massive, Armes de terreur, Débarrasser le monde des armes nucléaires, biologiques et chimiques, L'Harmattan, 2010.

 

                                                                                                                                                                 ARMUS

 

 

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Published by GIL - dans ARMEMENT
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plombier 25/03/2015 18:44

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