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31 mars 2014 1 31 /03 /mars /2014 10:46

  Système politique à influence très réduite dans le temps et l'espace de l'Antiquité, oublié pendant bien vingt siècles au moins (le système politique grec qui porte ce nom remonte au Ve siècle avant JC), la démocratie antique fait l'objet depuis le XIXe siècle d'études considérables. Reprenant les textes (souvent défavorables à celle-ci) des auteurs antiques (surtout PLATON et ARISTOTE, mais aussi XENOPHON et HERODOTE, ISOCRATE,  THUCYDIDE, POLYBE...), analysant la pensée grecque dans son ensemble (travaux de J-P VERNANT, de C MEIER, de C CASTORIADIS...), un ensemble d'études sur la démocratie, vivfié déjà par les essais des Lumières du XVIIIe siècle constitue encore de nos jours le corpus commun de nombreux acteurs de la vie politique.

 

   Jean-François KERVÉGAN résume bien ce que nous en savons de cette démocratie antique et ce que nous en retenons pour notre expérience propre : "La démocratie, c'est-à-dire le "régne du peuple" au double sens que le terme demos semble avoir comporté très tôt (la communauté politique entière, mais aussi le petit peuple), s'est développée en Grèce à partir de la fin du VIe siècle av JC et s'est imposé dans le courant du Ve ; elle fut la réponse à une crise de l'ordre traditionnel, aristocratique et tribal. A Arhènes, cité "qui grandit en même temps que la démocratie" (ARISTOTE, Constitution d'Athènes), les réformes de Solon, vers 595 av JC ouvrirent la voie à la "démocratie traditionnelle" que les auteurs du IVe siècle opposent volontiers aux formes plus radicales qui sont ensuite apparues. (...). Ces réformes, en aménageant les institutions traditionnelles et en introduisant un Conseil des quatre cents membres aux pouvoirs étendus, visaient à définir un régime acceptable à la fois par l'aristocratie, jusqu'alors entièrement maitresse du destin collectif, et par ce nouvel acteur politique que devenait le "peuple", alors formé principalement de petits agriculteurs (artisans et ouvriers demeurant exclus de la vie politique).

Mais elles préparèrent une inflexion autrement profonde, qui, si les s'imposa grâce à l'action des grands politiciens démocrates du Ve siècle, dont le plus illustre est Périclès, vit son cadre institutionnel fixé par les réforme de Clisthène (507 av.JC). celles)ci remplacèrent l'idéal aristocratique d'eunomie par celui d'isonomie, impliquant l'égalité non seulement civile mais surtout politique de tous les ciyoyens. En substituant aux structures gentilices jusqu'alors prédominantes une répartition des citoyens en unités géographiquement définies (...), Cliethène introduisit une nouvelle vision de l'être politique. Non seulement sa réforme élargissait le droit de cité à tous les autochtones ayant satisfait aux formalités requises, mais elle instaurait un espace public doté d'une consistance et de règles propres ; l'Agora, devenu le centre de la vie politique en lieu et place des édifices religieux et de l'Aéropage aristocratique, en est la matérialisation (...) . Désormais, le pouvoir est exercé par l'Assemblée du peuple (Ecclesia) dont le Conseil, héritage solonien, n'est qu'une large commission permanene, et par laquelle sont choisis les magistrats. La participation des citoyens aux institutions, Assemblée, tribunaux, magistratures, est massive et active. Pour la première fois dans l'histoire, l'identité personnelle et collective se constitue dans l'espace public, et ne dépend plus essentiellement des appartenances familiales ou tribales : la naissance de la démocratie est celle d'un nouveau mode du vivre ensemble, elle accompagne l'"invention de la politique (C Meier, Introduction à l'anthropologie politique de la Grèce antique, Editions de la MSH, 1986). Certes, la démocratie demeure une option partisane, ponstuée d'épisodes tyranniques et toujours contestée par les partisans de l'oligarchie (...). Mais dans son substrat, l'autonomie et la suprématie du champ politique, théâtre de la parole et de l'action (...) s'est imposée même à ses adversaires. La démocratie révèle l'essence de la polis, et il n'est pas fortuit que ce qu'Aristote nomme politiea, c'est-à-dire "gouvernement constitutionnel", mais aussi "constitution" tout court, ne soit rien d'autre qu'une "démocratie de bonne qualité, épurée des traits partisans qui font d'elle le règne d'une faction, un régime comme les autres.

Quels sont les caractères de ce régime? Tout d'abord, la souveraineté de l'assemblée des citoyens, de laquelle relèvent toutes les décisions capitales, notamment dans les domaines diplomatique, fiscal et "religieux" au sens large et éminemment politique qu'à ce terme pour la cité grecque. Fait remarquable : le mot demos signifie le peuple, mais aussi l'assemblée et, finalement, le régime démocratique lui-même. Le pouvoir du peuple assemblé n'est pas sans limites : le respect par l'Ecclésia du droit écrit, de cette loi qui recueille la tradition de la cité avant d'exprimer la volonté du peuple ou d'un législateur, distingue, selon Aristote le "gouvernement constitutionnel" de la démocratie extrême où le peuple est "souverain même des lois". Mais les adversaires de la démocratie, tout comme les partisans de ses formes modérées, constatent que ce pouvoir n'a cessé de grandir ; peu à peu, les décrets de l'assemblée, suspects d'arbitraire et de démesure, l'emportent sur la loi et la tradition." (Remarquons ici que l'auteur suit bien exactement les sentiments aristocratiques de PLATON et d'ARISTOTE...). "Il y a là une tendance caractéristique de la démocratie ; consacrant le primat du politique, elle a contribué à son expansion hors des limites qui lui étaient précédemment assignées. Ce phénomène a été favorisé par les dispositions institutionnelles propres à ce régime : le droit pour chaque citoyen d'évoquer devant l'assemblée toute question de son choix (...), le tirage au sort de la plupart des magistrats (...), la durée et le nombre réduits des mandats, la reddition publique des comptes, l'absence ou le bas niveau des conditions censitaires.

Ce dernier point joue un rôle déterminant dans le classement sociologique qu'Aristote propose des varités de la démocratie, diverse dans la mesure où existent "plusieurs espèces du peuple (voir Politique). Tout en condamnant les formes extrêmes qui conduisent à la transgression du droit et l'oppression des minorités, il n'en juge pas moins, comme le faisait déjà Platon (voir République), qu'elles résultent logiquement de ce régime ; idéalement comprise comme celle de l'ensemble des citoyens, la souveraineté populaire tend par elle-même au règne de la masse. De monarque, le (petit) peuple se fait "despote" et engendre son autre apparent, la tyrannie. Tel est le paradoxe de la démocratie : ce régime, qui exprime l'essence même de la polis, peut entrainer le retour à un mode non politique ou prépolitique de domination. 

Un tel dévoiement du gouvernement populaire, lequel en lui-même peut ne pas être défavorablement jugé (...) a sa possibilité, sinon sa nécessité, inscrite dans les deux "axiomes" (Aristote) de la démocratie, la liberté et l'égalité.

La liberté, "fin de la démocratie" désigne l'indépendance juridique et politique. Au contraire de l'esclave, soumis à la nécessité "économique" et à la violence "despotique", l'homme libre est celui qui est sui juris et qui, de ce fait, peut vivre comme il l'entend. Mais il ne faut pas projeter sur cette dernière locution la notion moderne d'un libre arbitre subjectif. Vivre comme on veut signifie plutôt être indépendant de normes éthiques qui feraient l'objet d'une détermination collective ou politique ; c'est le cas lorsque l'éducation, qui est la condition de l'excellence individuelle, n'est pas prise en charge par la cité. Etre libre, en ce sens, c'est disposer à son gré de la part de son existence qui ne ressortit pas à l'espace public. Mais la liberté comporte aussi un aspect politique, consistant à être tour à tour gouvernant et gouverné, donc à accéder aux magistratures et à prendre part à l'exercice de la souveraineté de la collectivité, présente à elle-même, des hommes libres.

Cela conduit au second "axiome" de la démocratie, l'égalité. La liberté , comprise dans une perspective démocratique, est "fondée" sur l'égalité, tant il est vrai qu'"il n'est de liberté qui ne soit égale" (Cicéron). Cette égalité est, elle aussi, extrêmement politique. Elle ne traduit pas une exigence de justice sociale, n'appelle pas à corriger des inégalités qui sont considérées comme ayant un substrat naturel ; mais dans l'espace public et pour ceux qui y appartiennent, ces inégalités sont mises entre paranthèses (Thucydide, Démosthène). L'égalité démocratique, qui confère sa signification politique à la liberté, est donc la réalisation accomplie de l'isonomie, selon laquelle "pauvres et riches ont une justice égale" (Aristote). Il y a là plus que la proclamation de l'égalité devant la loi, et la démocratie antique est autre chose qu'un Etat de droit. L'égalité est réputée traduire la similitude, voire l'identité "naturelle" des citoyens en tant que cityens (...). Cette présupposition confère un sens raisonnable à une institution aussi étrange pour nous que le tirage au sort ; mais elle fixe aussi la limite de l'égalité telle que la comprenaient les Anciens. S'il convient que l'égal soit également traité, il serait anormal que l'inégal (le non-semblable) le soit. La pratique de l'esclavage ne faisait nuellement question dans la démocratie grecque ; elle la favorisait même en permettant aux égaux" de consacrer une grande partie de leur temps à l'activité politique (C'est ce dont débat C Castoriadis)."

Il faut en profiter pour dire que les considérations proprement politiques quant à la liberté et à l'égalité chez les deux grands auteurs de référence, PLATON et ARISTOTE, sont traitées dans des chapitres distincts de ceux ayant trait aux considérations économiques, mais il s'agit là d'une présentation-réarrangement de textes parfois épars, qui se situent dans le fil droit d'une idéologie qui admet l'inégalité naturelle entre les hommes et qui considère qu'importent avant tout la "nature" de l'être, qui ouvre la voie à sa participation politique à la vie de la Cité et non ses conditions économiques d'existence. Or, l'origine même du système démocratique (Les réformes de SOLON) provient précisément d'une crise d'abord économique entre (très) riches et (très) pauvres dont la situation résulte du fonctionnement d'une économie fondée non seulement sur des liens d'appartenance et d'entraide "obligatoire", mais sur une dynamique de l'endettement (collectif et pas seulement individuel...).

"L'attitude réservée, voire franchement hostile, des auteurs classiques à l'égard de la démocratie se fonde d'abord sur une critique de ses prémisses. La liberté démocratique engendre l'anarchie et détruit la communauté politique : la République développe ce thème de façon très polémique. Ne supportant "ni ordre ni contrainte dans sa vie", l'homme démocratique, dans sa quête effrénée d'une vie de plaisir, est condamné à tomber d'un "excès de liberté" dans un "excès de servitude". Cette crainte que la liberté ne compromette la cohésion de la cité se retrouve, atténuée, chez un démocrate aussi incontestable que Demosthène. Quant à l'égalité, la démocratie en vient à oublier qu'elle ne vaut que pour des égaux, et substitue une égalité arithmétique à l'égalité géométrique ou proportionnelle, principe d'une justice authentique ; cette distinction, d'origine pythagoricienne, appuie chez les auteurs classiques la critique de la démocratique, ou du moins de ses formes extrêmes (Platon, Aristote, Isocrate). La démocratie "nait du fait que des gens égaux dans un domaine estiment être égaux absolument", en ignorant qu'à des individus de mérite différent doivent revenir des pouvoirs différents, elle tombe dans une erreur symétrique de celle que commettent les oligarchies.

Cette critique politique de la démocratie n'est cependant par le dernier mot de la philosophie antique : c'est finalement l'exercice même de la raison spéculative qui condamne un régime où règne "le plus grand sphiste", à savoir le peuple. Pour Platon et Aristote, une hiérarchie doit être établie entre la vie de plaisir, manifestement inférieure, la vie pratique (politique) et la vie théorétique (philosophique). Non que viras activa et vitas complativa soient incompatibles ; des thèmes comme la redescente du philosophe dans la caverne (République) ou la vie mixte (Politique) visent à montrer leur complémentarité. Mais la suprématie intrinsèque de la vie philosophique doit être reconnue et affirmée. C'est ce que compromet une valorisation extrême de la pratique politique. L'antangonisme deu philosophe et de la cité, symbolisé par la condamnation de socrate, atteint donc sa plus grande acuité en démocratie. En fin de compte, l'argument majeur contre celle-ci est que "il est impossible que le peuple soit philosophe" (République). il est de ce fait tenté de rendre impossible l'exercice de la philosophie."

  Sans entrer dans une interprétation difficile, vu l'écart des mentalités entre la nôtre et la leur, il importe de prendre ici philosophie dans son acception la plus ample (qui inclut recherche de la connaissance qui conduise à la sagesse dans la vie publique comme dans la vie privée). Et de considérer qu'il y a là une sorte de justification idéologique pour refuser le système démocratique, refus qui d'ailleurs a la fortune que l'on sait.

Même dans la Grêce antique, pour ne pas parler des autres régions du monde dans cette période historique, la démocratie ne survit pas à la montée des Empires, et d'ailleurs vers la fin de la vie d'Aristote, elle a cessé d'être importante ; le débat politique réel sur les systèmes politiques ne la considère même pas, sauf comme un repoussoir (un danger en quelque sorte de voir les serviles se prendre pour des hommes libres)  chez les puissants du moment.

 

   La naissance et l'existence de la démocratie sont fortement liée à l'écart des conditions de vie et de richesse. Au moins entre membres de la communauté qui se considère peu ou prou de même nature. SOLON (640-558 environ av JC), législateur vénéré de PLATIN et d'ARISTOTE, est souvent considéré comme ayant été le père de la démocratie. Il est en tout cas présenté comme celui qui est à l'origine d'une série de réformes accroissant efficacement le rôle de la "classe populaire" dans la vie politique athénienne. Egalement considéré comme inspirateur d'une vraie constitution dans le monde, il répond à une crise majeure de la Cité. Chef militaire, à la renommée considérable dans son pays, il écrivit des poèmes qui, pour les historiens grecs qui lui sont bien postérieurs, étaient la première source d'informations sur la crise économique et sociale qui traverse alors Athènes.

ARISTOTE, dans un texte intitulé Constitution d'Athènes rédigé vers 330 av JC, écrit : "Comme la Constitution était ainsi organisée, et que la foule était l'esclave de la minorité, le peuple se révolta contre les nobles. Alors que la lutte était violente et que les deux partis étaient depuis longtemps face à face, ils s'accordèrent pour élire Solon comme arbitre et archonte ; et on lui confia le soin d'établir la constitution, quand il eut fait l'élégie qui commence ainsi : Je le sais et, dans ma poitrine, mon coeur est affligé quand je vois assassinée la plus antique terre d'Ionie.".

Cette crise sociale et économique, Athènes la connait comme beaucoup d'autres cités dans l'Antiquité et pas seulement en Grèce. L'explosion du nombre d'esclaves pour dette, distincts de statut des esclaves pour faits de guerre, a lieu aussi bien en egypte qu'en Mésopotamie sur une période d'un millénaire. Et à chaque fois, les sages souverains, souvent fondateurs de dynasties effectuent un effacement solennel des dettes, pour éviter ce qui se passe à chaque fois que l'écart entre riches et pauvres devient insupportable, la sécession d'une grande partie de la population. Ils effectuent souvent la mise au point de lois qui restreignent les possibilités de devenir servle à cause des dettes. Mais la dynamique du commerce, les périodiques mauvaises récoltes rendent toujours vulnérables les agriculteurs et à de nombreuses reprises cet effacement des dettes a lieu. La solution originale qu'effectue alors SOLON, c'est qu'au lien de procéder à un simple effacement de dettes, il change les règles du jeu politique. Prenant acte d'un affaiblissement durable de l'autorité de l'aristocratie, ainsi que de celui - moins évoqué dans la foulée - des autorités religieuses, il instaure un système qui élargit le cercle des décideurs.

Mais la démocratie ne nait pas seulement de cela. Les réformes de CLISTHÈNE, comme l'évoque le philosophe français Jacques RANCIÈRE, constituent une véritable réforme économique de premier plan. "La démocratie, dit-il, est né historiquement comme une limite mise au pouvoir de la propriété. C'est le sens des grandes réformes qui ont institué la démocratie dans la Grèce antique : la réforme de Clisthène qui, au VIe siècle avant notre ère, a institué la communauté politique sur la base d'une redistribution territoiriale abstraite qui cassait le pouvoir local des riches propriétaires ; la réforme de Solon interdisant l'esclavage pour dettes." (cité par David GRAEBER)

   Ce que rappelle Jean-François KERVÉGAN du système démocratique est éclairé par cette mise en perspective socio-économique. Ce que l'on discute autour de la liberté et de l'égalité, parfois en rtermes couverts ou abstraits, constituent tout simplement les conditions d'exercice de la démocratie. Sans propriétaires-agriculteurs (il ne s'agit pas des travailleurs eux-mêmes, ici...) aux moyens suffisamment importants pour dégager du temps ensemble pour discuter des affaires de la Cité, cette manière de vivre ensemble ne peut perdurer.

Ina PIPERAKI et Jean-Michel REYNAUD rappelle que l'effacement des dettes constituent toujours une solution nécessaire face à la dynamique d'un système économique qui creusent l'écart entre riches et pauvres, de ce vivre ensemble, sous peine de devoir certainement replonger dans des systèmes où la démocratie ne constitue plus qu'un vain mot et une façade idéologique.

 

     L'évolution qui mène à l'adoption à Athènes et dans de nombreuses cités grecques du système démocratique se situe sans doute à la confluence d'une crise économique menant à une une guerre "civile" et d'une transformation de l'art militaire (révolution hoplitienne). Après 25 années de recherches et avec beaucoup de précautions, Mogeus Herman HANSEN, longtemps professeur à Cambridge, reconstitue cette évolution. Se centrant sur la démocratie athénienne à l'époque de DÉMOSTHÈNE, il retrace ce processus qui se crise en crise aboutit au système exposé - et critiqué - par PLATON et ARISTOTE. Il remonte à la période dite archaïque, vers 750 av JC pour expliquer comment on en arrive à l'établissement du système démocratique qui perdure jusqu'à l'invasion macédonienne en 322 av JC. Si la démocratie est introduite en 507 av JC, c'est qu'auparavant un certain nombre de crises socio-politiques et économiques ont traversé Athènes. Dans le courant de son explication, nous pouvons lire : "Les Eupatrides (les magistrats qui gouvernement à l'origine la cité) étaient, économiquement aussi, la classe dominante. La plupart étaient de grands propriétaires terriens, qui, en plus de leur propre production, recevaient les contributions annuelles d'un nombre important et croissant de petits fermiers (appelé kektèmori, "sizeniers" parce qu'un hectémore devait reverser un sixième de sa production annuelle au propriétaire dont il dépendatt : s'il manquait à cette obligation, il pouvait être vendu comme esclave). L'abîme qui séparait les riches des pauvres allait s'élargissant, peut-être principalement à cause de la croissance démographique : il se pourrait que la population athénienne ait doublé entre 750 et 600 et, à l'inverse des autres cités grecques, Athènes ne s'est pas débarrassée de son surplus démographique en établissant des colonies. Parmi les plus petits propriétaires, le droit de succession a puavoir pour effet de morceler et diminueer encore les lots individuels, si bien que le propriétaire devait demander assistance ou s'endetter auprès du gros propriétaire terrien de son voisinage ; ou bien quelques uns de ses fils devaient quitter le lopin paternel pour aller cultuver une terre infertile ou se faire métayers. Quoi qu'il en soit, la croissance démographique n'est qu'une des explications possibles à la pauvreté qui conduisit des Athéniens à se faire hectéromores et en définitive à s'endetter auprès des aristocrates. Tout ce qu'on sait, c'est qu'un hecémore pouvait finir dans la servitude, soit en Attique, soit en étant vendu dans quelque autre cité. Les petits fermiers paupérisés finirent par se soulever en réclamant l'abolition de la servitude pour dettes, contre l'endettement des hectémores et pour une redistribution des terres. Dans les cent années qui vont environ de 630 à 530, ces tensions économiques et sociales produisirent une série de crises politiques ; des plus importantes, résultèrent le coup d'Etat avorté de Cylon, les lois de Dracon, les réformes de Solon et la tyrannie de Pisistrate." Malgré entre autres les lois de DRACON (en 621, Athènes reçoit son premier code de lois écrit, qui doit s'imposer aux citoyens), les problèmes socio-économiques ne sont pas résolus et "ce n'est qu'en 594 que riches et pauvres se mirent d'accord : ils donnèrent à Solon les pleins pôuvoirs pour imposer un compromis. Solon était lui-même un Eupatride, et n'avait probablement guère plus de trente ans quand il fut investi du pouvoir de réformeer la société. Il commença par une amnistie générale, puis abolit l'esclavage pour dettes, et libéra ceux qui en avaient été victimes, y compris ceux qui avaient été vendus à l'étranger (on ne sait pas bien comment il régla cela). En suite, il libéra les hectémores de la sisaine et affranchit leurs terres de toute redevance ; mais il s'opposa à une réforme agraire. Par la suite, sans interruption, l'archonte qui entrait en charge dut proclamer qu'il serait le défenseur de la répartition des propriétés telle qu'elle existait." Un élément saillant de la réforme de la "fonction publique" fut que l'élection dépendait de la fortune, et non plus de la naissance. Solon crée les conditions d'un changement dans la société athénienne : le passage d'un gouvernement des aristocrates à celui des riches. "Toutefois, le plus important de l'oeuvre constitutionnelle de Slon, si l'on en croit la tradition, fut d'abord d'avoir créé le Conseil de Quatre Cents (à asvoir 100 représentants pour chaque tribus). Sur ses fonctions, on n'a pas la moindre indication avant Plutarque, qui nous dit qu'il avait la charge de préparer l'ordre du jour de l'Assemblée, exactement comme le Conseil des Cinq Cents par la suite ; il est bien dommage que la première trace de ce Conseil solonien, dans nos sources, coïncide avec la révolution de 411, au moment où les Athéniens passaient à un Conseil "oligarchique" des Quatre Cents et abolissaient le Conseil des Cinq Cents. Il n'y a pas de doute que les oligarques de 411 aient pris ce Conseil allégé de Solon pour modèle, mais ceci rend impossible de dire avec certitude si tout cela n'était qu'une invention propagandiste prise ensuite pour une réalité historique, ou s'il a réellement existé." Mais le plus important est l'édifice de lois qui furent pendant des siècles le fondement juridique de la société athénienne. Cela concernait ce que nous rangeons sous le droit privé, le droit criminel et la procédure légale, ce qui est bien entendu considérable en soi. Après bien des luttes politiques qui aboutissent à des changements à la tête de l'Etat (Pisitrate, Hippias, Isagoras) où alternes "tyrannies" et "aristocraties". Au détour de circonstances militaires (entre Sparte et Athènes), Clisthène tente d'édifier en 507 un nouvel ordre social qui se veut unificateur (entre peuple et aristocrates). Il institue un nouvel organe dans l'Etat, le Conseil des Cinq Cents, fondé sur une nouvelle division de l'Attique en dix tribus, trente circonscriptions et 139 dèmes, un nouveau calendrier et une nouvelle association cultuelle fondée sur les dix tribus. Là, HANSEN effectue une comparaison avec les initiatives analogues de la Révolution Française, où le nouveau découpage territorial exerce ensuite une très grande influence, sans compter a tentative de mettre sur pied une religion civile.

"Cliesthène veilla (pour assurer la jeune démocratie contre ses ennemis de l'intérieur comme de l'extérieur) à ce que nombre de non-Athéniens, et même des esclaves libérés, fussent inscrits dans les nouveaux dèmes ; devenant ainsi des citoyens d'Athènes, ils seraient un ferme soutien pour le nouveau régime. Ce redécoupage dut aussi probablement entrepris, pour une part du moins, en pensant à une armée d'un nouveau type, puisque chacune des dix tribus devait fournir un régiment d'hoplites ; et peu après, en 501, fut créé le collège des généraux (les stratèges), élu chaque année par le peuple et composé de dix membres : ils commandaient l'armée (d'abord conjointement avec le polémarque) et furent tout au long du Ve siècle le plus important des corps de magistrats.". Clisthène instaure également la procédure de l'ostracisme pour exclure de la Cité les citoyens s'attribuant trop de pouvoirs ou déméritant du système démocratique. 

Les réformes de Périclès tendirent ensuite à "corriger" une certaine tendance à attribuer trop "facilement" le statut de cityen, réduisant considérablement la population civique, phènomène amplifié du fait des pertes pendant la Guerre du Poléponnèse et par l'épidémie de 430-426. Notre auteur s'attache ensuite à décrire la démocratie athénienne de 403 à 322, c'est-à-dire essentiellement autour de la carrière de Démosthène (355-322), juste avant la chute d'Athènes qui marque la fin définitive de son indépendance. Cette période est "choisie" notammant à cause d'une abondance relative des sources (surtout Les Lois, La République de Platon et La politique d'Aristote, ces textes étant confrontés à d'autres sources) par rapport aux autres périodes. C'est un fonctionnement au IVe siècle assez différent de celui du Ve, ce qui amène d'ailleurs l'auteur à effectuer une typologie des différentes systèmes institués au gré des luttes politiques : entre oligarchie I, II, III et IV et démocratie I, II, III et IV, typologie tirées des deux principaux auteurs antiques, lesquels en tirent des caractérisation comme "justes milieux" ou "extrêmes", caractérisations corroborrées ou non par d'autres sources. 

 

Morgens Herman HANSEN, La démocratie athénienne, A l'époque de Démosthène, Les Belles Lettres, 2003. Ina PIPERAKI et jean-Michel REYNAUD, l'effacement des dettes, une solution à la crise mondiale. L'exemple de Solon dans la Grèce antique, café république/bruno leprince, 2011. David GRAEBER, dETTE, 5000 ans d'histoire, Les Liens qui Libèrent, 2013. Jean-François KERVÉGAN, Démocratie, dans Dictionnaire de philosophie politique, PUF, 2005.

 

PHILIUS

 

 

 

 

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