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25 février 2012 6 25 /02 /février /2012 09:15

            Autant la géographie modèle l'histoire des populations qui vivent dans un certain relief, autant l'histoire, l'expérience historiques de ces populations influent sur leur vision de la géographie. Cette banalité n'en est plus une si une discipline scientifique comme la géohistoire permet de prendre conscience des différentes échelles du cadre de vie et si elle permet de comprendre qu'aucun territoire ne peut se considérer comme isolé ou isolable d'autres territoires sur une planète où les moyens de communication et de transport rendent visibles les différentes relations entre eux. Au moment où la mondialisation devient une réalité de plus en plus prégnante, traversant et bousculant toutes les cultures, une approche géohistorique permet de replacer les groupes humains dans le temps et dans l'espace, permet ou doivent permettre à ces groupes humaines de maitriser leur destin. A condition qu'à cette géohistoire corresponde une compréhension de la distribution géographique des différents pouvoirs, y compris idéologiques.

           Le mot géohistoire, inventé par Fernand BRAUDEL en 1949, puis finalement non retenu par lui, recouvre une discipline, entre géographie et histoire, qui s'intéresse aux interrelations entre les espaces et les hommes dans le temps long. C'est bien plus qu'une géographie historique ou une histoire géographique, mais au minimum, il s'agit d'une géographie du temps long qui invite à se méfier de tous les déterminismes historiques et géographiques. Même si Fernand BRAUDEL abandonne cette notion, il entend discuter d'économie-monde (morceau de la planète économiques autonome, capable pour l'essentiel de se suffire à lui-même) et d'économie mondiale (qui s'étend à la terre entière), bien avant que la mode soit aux réflexions sur la mondialisation (Civilisation matérielle, économie et capitalisme).

      Nicolas JACOB-ROUSSEAU, en introduction d'un numéro de la revue Géocarrefour en 2009 sur la Géohistoire, écrit que "les approches géo-historiques caractérisent divers courants de la géographie mais aussi de disciplines connexes qui prennent en considération l'espace : l'archéologie, l'écologie du paysage, l'aménagement. Il est possible de les définir dans un premier temps comme une tentative de restituer à la fois la dynamique et la structuration des milieux ou des territoires sur le temps long. A cet égard, les archives recèlent le principal matériau de travail, familier aux géographes par la formation historique qu'ils reçoivent. Les documents les plus sollicités et dont la production a été de plus en plus abondante et diverse depuis le XVIème siècle vont des estimes aux enquêtes et aux statistiques, des terriers et cadastres aux cartes et aux plans, des gravures aux photographies, ou encore des textes et rapports administratifs aux écrits de la presse. Les chercheurs se saisissent très différemment de ce matériau et, à lui seul, le nombre d'auteurs, qui exposent leurs démarches et leurs méthodes dans deus dossiers successifs de Géocarrefour, montre la vitalité et le foisonnement des angles d'attaque. Si l'exhaustivité n'était pas de mise dans ce cadre resserré, il a paru néanmoins de pouvoir faire le point sur les derniers développements de ce type de réflexions ou des pratiques géographiques. Quelques essais récents nous y incitaient (Grataloup, 2007 ; Chouquer, 2007). D'autres aiguillons ont joué : le constat d'un regain d'intérêt pour les sources anciennes, notamment de la part de disciplines traditionnellement peu familières de ce matériau, comme l'écologie, le nombre croissant de programmes de recherches pluridisciplinaires remettant en contact les spécialistes du passé et ceux de l'environnement (Burnouf et Leveau, 2004) ; puis, plus récemment, l'ouverture de perspectives temporelles dans des courants géographiques longtemps dominés par l'analyse d'interactions et de mécanismes strictement contemporains comme les risques (Bravard, 2004 ; Combe, 2007). Enfin, la large diffusion de la notion de patrimoine - qu'il soit architectural, paysager ou naturel - suscite elle aussi un retour vers les témoins du passé. En d'autres termes : qui collecte et interprète les archives, et avec quels projets de restitution spatio-temporelle?"

Derrière la notion de Géohistoire se profile en définitive bien des acceptions un peu différentes. C'est ce que cet auteur nomme la "porosité des acceptions" : "On considère généralement que l'insertion du temps dans les problématiques géographiques s'étire entre deux pôles : la tentative de mettre en ordre un récit des dynamiques de l'espace sur le temps long, conformément au voeu de F Braudel, et des approches marquées par des analyses sectorielles cherchant à préciser les rapports entre des sociétés du passé et leur territoire. C Grataloup (2005) établit à ce titre une claire distinction entre la géohistoire et la géographie historique. A la première revient de montrer les permanences, l'inertie ou les trajectoires imposées par des configurations spatiales, d'en faire un récit, bref, d'en montrer le sens dont le temps actuel est le terme. On note une prédilection pour une petite échelle d'analyse (région, territoires nationaux, civilisation). La seconde applique ses méthodes géographiques à des époques révolues. La situation apparaît plus complexe, cependant, car la pratique scientifique rend ses frontières poreuses : nombre de géographes-historiens adoptent des questionnements géohistoriques, notamment au contact de l'écologie ou de la biogéographie car la connaissance des états antérieurs d'un système permet d'en définir les trajectoires évolutives et de mettre en évidence des effets d'héritages. Rien d'étonnant, dans ces conditions, si le terme de géohistoire conserve une acception large et que persistent certains flottements dans les contours de ce type de démarche, ce qui a été assumé ou souligné par plusieurs auteurs (Droulers, 2001 ; Chouquer, 2007). Enfin, on assiste depuis quelques années à une diffusion des termes géohistoire et géohistorique, désignant désormais une exploitation de documents anciens qui n'est pas nécessairement sous-tendue par un porjet historique ou de mise en récit des faits. Cette géohistoire consiste alors en une valorisation géoréférenciée d'informations datées, démarche de plus en plus fréquente dans l'aménagement, l'hydraulique, la paléohydrologie ou la climatologie historique par exemple. A notre sens, l'évolution récente ajoute un peu plus d'indécision aux termes. Il serait sans doute préférable d'utiliser géo-histoire ou géo-historique si l'on souhaite désigner sans plus de précision une démarche qui exploite l'information historique en la replaçant dans l'espace. Derrière cette gamme terminologique, les pratiques et les champs disciplinaires apparaissent très divers (...)".

        Comme pour toute discipline scientifique nouvelle, en devenir sans que l'on sache si elle va perdurer, en un temps où la globalisation des problèmes à l'échelle planétaire devient la règle, la terminologie et les contours restent à définir.

 

     Sans doute, une de ces possibilités d'évolution de cette nouvelle discipline, dans la perspective qui est la nôtre, est approchée par les contributions de Christian GRATALOUP, sur la Géohistoire de la mondialisation, tout en sachant que ce n'est pas forcément celle-là qui va constituer son principal apport.  Dans sa Géohistoire de la mondialisation, sur le long temps du monde, il détaille l'historicité du monde en rappelant qu'en tant que tel "le monde fut longtemps inexistant". Il rappelle que cette historicité est effectuée par une partie bien précise de l'Europe. Et que d'autre part, le handicap de cette Europe-là, réduite à certains schémas politico-culturels, à l'origine des frénésies coloniales où elle se fera soufflé le premier rôle par les Eats-unis et le Japon, produit longtemps après une mondialisation qui produit elle-même sans doute ses propres "antidotes", pour ses effets les plus pervers : idéologies, religions qui, dans un constant rappel à l'identité, ramènent aux réalités crues. On rappelle tout de même que son Essai, alors que cette discipline est vraiment encore très très jeune, constitue.. . un Essai! Qui n'a d'autre but que nous obliger à réfléchir aux ressorts et aux perspectives d'une mondialisation qui s'annonce comme irréversible;

 

     A parcourir les contributions des différents auteurs sur la géohistoire, le champ et les perspectives sont encore vastes...et floues!

 

Fernand BRAUDEL, Civilisation matérielle, économie et capitalisme, 3 tomes, Armand Colin, Le livre de poche, 1979 ; Christian GRATALOU, Une géohistoire de la mondialisation. Le temps long du monde, Armand Colin, 2007 ; Sous la direction de BOULANGER P et TROCHET J-R, Où en est la géographie historique? entre économie et culture, L'Harmattan, 2005 ; CHOUQUER G, Quels scénarios pour l'histoire du paysage. Orientations de recherche pour l'archéogéographie, Coimbra - Porton, CEAUCP, 2007 ; BURNOUF et J, LEVEAU P, Fleuves et marais, une histoire au croisement de la nature et de la culture. Sociétés préinsdustrielles et milieux fluviaux, lacustres et palustres : pratiques sociales et hydrosystèmes, CTHS, 2004 ;  DROULERS M., Brésil, une géohistoire, PUF, 2001 ; COMBE C, La vile endormie.? Le risque d'inondation à Lyon, Approche géohistorique et systémique du risque crue en milieu urbain et périurbain, Thèse de doctorat de géographie, aménagement et urbanisme, Université Lumière - Lyon II, 2007 ; BRAV ARD J-P, le risque d'inondation dans le bassin du Haut Rhône : quelques concepts revisités dans une perspective géohistorique, dans BURNOUF et LEVEAU, titre précédent ; LE ROY LADURIE E, Histoire du climat depuis l'an Mil, Flammarion, 1996.

 

 

 

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Published by GIL - dans GEOPOLITIQUE
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