Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
1 novembre 2011 2 01 /11 /novembre /2011 13:41

          Étymologiquement , Capital et Capitalisme mettent l'accent sur les acteurs qui utilisent les richesses de manière économique, dans la sphère économique, même si par extension des sociologues comme Pierre BOURDIEU peuvent discuter du capital social ou du capital culturel. En ce sens, l'apparition d'analyses du système économique, centrée sur les activités dirigeantes, a contrario des acteurs qui ne peuvent le faire, est en soi conflictuelle, fait partie de la conflictualité économique. Capital, qui provient du mot latin capitalis - dérivé de caput - qui signifie "la tête", et Capitalisme qui désigne la doctrine de cette "tête", constituent des termes de combat, même s'ils sont utilisés dès la fin du XVIIIème siècle, de manière parcimonieuse d'ailleurs (le dernier par Etienne CLAVIER, 1788 ; David ROCARDO, 1817 (Principles of Political Economy and Taxation), Jean-Baptiste Richard de RADONVILLIERS, 1842, Enrichissement de la langue française ; dictionnaire des mots nouveaux, Louis BLANC, 1850 et Pierre-Joseph PROUDHON, 1861...). Ils sont largement utilisés par Karl MARX et Friedrich ENGELS pour faire la critique d'un système économique d'exploitation de l'homme par l'homme, d'une classe par une autre, notamment dans les Livres du Capital, dont la publication de la première partie intervient en 1867... Même si par la suite, les auteurs d'ouvrage d'économie politique et/ou d'économie tentent d'en faire des dérivés techniques de termes auparavant utilisés (richesses, argent, fonds, biens, avoirs, terres ou propriétés pour le capital...), il reste que les analyses du capitalisme, des capitalismes, en tant que tels, à l'inverse des études dans le sens libéral de l'économie, gardent un aspect critique qu'elles ne risquent pas de perdre avec leurs évolutions récentes.

 

        Faire l'analyse et même effectuer la définition du capitalisme relèvent déjà de la conflictualité socio-économique, du fait même qu'une véritable analyse et d'une véritable définition passent par la prise en compte de l'existence dans ce système d'acteurs aux pouvoirs très inégaux sur le capital. Alors que dans les analyse précédentes des systèmes économiques, les travailleurs non propriétaires n'existent pratiquement pas, ils deviennent partie intégrante des mécanismes économiques.

 

        Guy CAIRE explique que "le capitalisme est tout à la fois un mode de production déterminé et, en cette qualité, un objet théorique relevant de l'analyse et une série de formations économiques et sociales, entités concrètes dont la compréhension, si elle n'est jamais dépourvue de référence à une problématique, relève cependant essentiellement de la description." Comme mode de production, continue-t-il, "il doit être caractérisé par les forces productives qu'il mobilise et à l'essor desquelles il contribue puissamment au moins dans une première phase et par les rapports de production sur lesquels il repose : de ce point de vue, le rapport fondamental qui le constitue est le rapport capital/travail. En tant que formation économique et sociale, c'est-à-dire combinaison concrète et complexe de plusieurs modes de production dont l'un est dominant et les autres dominés, il ne peut être défini qu'en fonction des étapes de développement dans lesquels on se place (et on parlera alors de capitalisme marchand, manufacturier, monopoliste, etc) et des espaces dans lesquels on se place (on évoquera par exemple les capitalismes du centre et ceux de la périphérie, les capitalismes dominants et les capitalismes dépendants, les capitalismes anglais ou français...)."

Longtemps, les théories économiques traitent de la valeur en se centrant sur de nombreux aspects "techniques", comme l'équilibre entre offre et demande, circulation de la monnaie, rapports entre la rente et la production... Pour les économistes marxistes, on dispose avec les trois livres du Capital des clés essentielles pour comprendre les relations entre valeur d'usage et valeur d'échange, entre le travail et le capital : Guy CLAIRE rapporte la lettre de Karl MARX à Friedrich ENGELS (1867) à ce propos : "Ce qu'il y a de meilleur dans mon livre c'est 1/ (...) la mise en relief, dès le premier chapitre, du caractère double du travail selon qu'il s'exprime en valeur d'usage ou en valeur d'échange ; 2/ l'analyse de la plus-value, indépendamment de ses formes particulières : profit, intérêt, rente foncière, etc" "Produire de la plus-value, écrit l'auteur dans Dictionnaire Critique du Marxisme, sous ses différentes formes (plus-value absolue, relative ou extra), telle est en effet la loi fondamentale du capitalisme à tous ses stades. cette plus-value, le capitaliste la rapporte à l'ensemble du capital engagé lorsqu'il cherche à évaluer le taux de profit de son affaire. A tort, puisque ce n'est que le capital variable (lequel achète la force de travail créatrice de valeur) qui la produit. Or, au fur et à mesure que l'accumulation, résultant de la transformation de la plus-value en capital se réalise, la composition organique du capital s'élève, provoquant une baisse tendancielle du taux de profit. Par ailleurs, et au moins tant que jouent les mécanismes de la concurrence, les capitaux quittent les branches où le taux de profit tombe au-dessous de la moyenne pour aller vers les branches où il est supérieur à la moyenne, ce mécanisme de péréquation des taux de profit n'est lui aussi qu'une tendance qui se heurte à des obstacles de plus en plus nombreux avec le passage au capitalisme des monopoles. Enfin, si le producteur de marchandises s'approprie le premier la plus-value, il n'en reste pas le dernier possesseur, devant la partager avec d'autres capitalistes qui accomplissent d'autres fonctions dans la production sociale : la plus-value se scindera ainsi en profit industriel, intérêt, gain commercial, rente foncière. Au fil des trois livres du Capital, on passe ainsi de l'analyse de la production des marchandises, qui est production de la plus-value, à l'étude des mécanismes de l'accumulation et de la circulation du capital et à la description de la réalisation des marchandises (qui doivent être vendues si le capitaliste veut récupérer le capital avancé, ce qui suppose l'existence d'une demande sociale solvable et l'existence d'un prix rémunérateur) par laquelle se clôt l'examen du procès d'ensemble de la production capitaliste."

 

     François PERROUX tente, sans y parvenir, de définir la notion de capitalisme de manière aussi acceptable pour un libéral extrême que pour un marxiste intransigeant. Dans sa définition, il examine le capitalisme sous l'angle du progrès économique et de l'accumulation du capital efficient, de l'entreprise, de l'entrepreneur dynamique, de l'économie d'entreprise et du progrès économique. il écrit dans une période où déjà les Etats sont intervenus de manière massive dans le fonctionnement du système économique, ce qui lui permet, dans un climat donc moins conflictuel (la première édition de son petit livre sur Le capitalisme date de 1949) de présenter le capitalisme sans choquer sous un jour plus technique (et dans une appréciation bien entendu plus favorable...). Aujourd'hui, nous ne savons pas si une telle présentation serait acceptable... Il début de la manière suivante sa définition : "Le progrès économique s'exprime en termes de satisfaction et de coût. Soit, à un moment ou en cours d'une période ultérieure, nous pourrons dire qu'il y a progrès si nous constatons une plus grande satisfaction à coût égal, une égale satisfaction à moindre coût, ou une plus grande satisfaction à moindre coût. Ces propositions sont exactes pour un individu et pour un groupe d'individus ; elles le sont, que les satisfactions et les coûts soient exprimés en termes réels ou en termes monétaires. (...) Pour un groupe quelconque, pour une nation, par exemple, le progrès économique se manifeste par une plus grande quantité de biens et de services obtenus à coût de travail égal ou par une quantité égale de biens et de services obtenus à moindre coût de travail, ou par une plus grande quantité de biens et de services à coût de travail moindre.  (...) Tout progrès économique est lié à l'accumulation et à l'emploi efficient de biens de capital tels que l'équipement fixe, les matières premières et semi-produits, le fonds de subsistance des travailleurs. Ces biens de capital élèvent le rendement physique et en valeur de travail humain. Pour un groupe, pour une nation, on constate une corrélation entre l'accumulation et l'emploi efficients des biens du capital d'une part, l'élévation de la productivité réelle par homme et par heure de travail et l'élévation du revenu réel moyen d'autre part. Quant à l'individu, sans recourir aux raisonnements abstraits tristement célèbres sous le nom de "robinsonnades", il peut constater, par réflexion personnelle et en se référant à son expérience professionnelle, que l'élévation de son rendement est largement dépendante de la détention et de l'emploi ingénieux de biens de capital. On observera en passant que l'économiste contemporain n'a aucun souci, comme certains de ses prédécesseurs (BÖHM-BAWERK), de dresser l'acte de naissance du premier capital  qui ait fait son apparition sur la terre. Il sait que nos connaissances historiques, si loin qu'elles remontent en amont, rencontrent l'homme armé d'outils et non l'homme aux mains vides lâché dans la nature. Il n'insistera donc pas sur la distinction des facteurs originaires (nature, travail) et des facteurs dits produits (capital) ; il se préoccupera d'analyser le rôle des biens de capital et du capital dans l'économie et de déterminer comment se forment opportunément les paris ou les calcules économiques relatifs au capital et au flux de services ou de biens de consommation qui en découlent (...)." C'est bien, dans cette vision du capitalisme, l'entreprise et l'entrepreneur dynamique qui constituent l'unité de base de toute l'activité économique. 

 

    Dans l'Introduction de son Histoire du capitalisme, Michel BEAUD décrit certaines conditions de compréhension du capitalisme : "Il m'a été enseigné (et c'est hélas, dirions-nous ce qui a encore cours dans les écoles d'économie), que le capitalisme était un système économique. j'ai assez vite compris qu'on ne pouvait le réduire (et l'auteur se réfère ici aux études de Fernand BRAUDEL) à la seule dimension économique et qu'il fallait prendre en compte les dimensions sociale, idéologique, politique et éthique. Fondamentalement, ce qu'on peut cerner comme "capitalisme" est indissociable de la (ou des ) société(s) et du (ou des) Etat(s) en relation avec qui il se développe. Cela m'a très tôt amené à me méfier de l'analyse en termes de mode de production, à quoi ne peut jamais se réduire l'étude du capitalisme. Hollandais, britannique, américain, japonais, le capitalisme est le plus souvent saisi comme une réalité nationale, ce qui rend mal compte des transformations du monde que son développement a engendrées. A l'inverse, des auteurs contemporains, comme I Wallerstein, l'ont présenté comme une réalité d'emblée mondiale - même si, à ses origines, ce fut "en pointillé". le travail sur l'histoire m'a, dès la première édition de ce livre (en 1981), fait comprendre que ce fut toujours une réalité à base nationale, mais pour les capitalismes puissants et dynamiques, une réalité qui tend à déborder les frontières, jusqu'à contribuer, avec d'autres, à transformer la configuration du monde. Capitalisme marchand, capitalisme manufacturier, capitalisme industriel, capitalisme postindustriel en cours d'émergence (nous pourrions tout de même ajouter capitalisme financier), le "capitalisme a évolué dans l'histoire : il l'a fait par stratification, chaque strate se développant en détruisant partiellement les anciennes, en transformant ce qu'il en reste, et en se transformant lui-même dans un incessant processus. Une des difficultés est que nos lectures du capitalisme sont dominées par les analyses fondées au XIXème siècle et développés dans les deux premiers tiers du XXème ; ces analyses sont donc principalement marquées par les caractères du capitalisme industriel, ce qui risque de nous empêcher de comprendre et d'analyser les évolutions en cours. Une autre difficulté est que l'emploi du mot recèle des pièges : certains parlent du capitalisme comme d'un acteur, ce qu'il n'est pas - les acteurs sont les financiers, les banquiers, les dirigeants des très grands groupes,, mais aussi les petits et moyens entrepreneurs, les salariés, les producteurs indépendants, les épargnants, les consommateurs ; d'autres en parlent comme d'un système ; or outre que l'idée qu'il existerait une panoplie de systèmes entre lesquels on peut choisir me parait fallacieuse, je doute de plus en plus qu'on puise parler d'un système capitaliste en général : ce qui a trop longtemps été fait en prenant la schématisation du capitalisme industriel du XIXème siècle pour "le" système capitaliste. j'en arrive en effet à l'idée que le capitalisme est principalement une logique sociale complexe, porteuse de forces transformatrices et autotransformatrices, qui a émergé d'une manière alors invisible aux XVème-XVIème siècles, s'est imposée au XIXème à travers l'industrialisation et tend aujourd'hui à dominer la plupart des sociétés et le monde."

 

Michel BEAUD, Histoire du capitalisme de 1500 à 2000, Seuil, 2000 ; François PERROUX, Le capitalisme, PUF, collection Que sais-je?, 1969 ; Guy CAIRE, article Capitalisme, dans Dictionnaire critique du marxisme, PUF, collection Quadrige, 1999.

 

ECONOMUS

 

Partager cet article

Published by GIL - dans ECONOMIE
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : LE CONFLIT
  • : Approches du conflit : philosophie, religion, psychologie, sociologie, arts, défense, anthropologie, économie, politique, sciences politiques, sciences naturelles, géopolitique, droit, biologie
  • Contact

Recherche

Liens