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29 août 2013 4 29 /08 /août /2013 14:05

             La prise en compte des changements climatiques dans les stratégies de défense des principaux Etats s'effectue déjà à partir des années 1980, avec une certaine avance, suivant les pays, mais surtout aux Etats-Unis, par rapport à une certaine défiance, au niveau politique comme au niveau des opinions publiques sur les présentations de différentes instances scientifiques des conséquences du réchauffement de la planète. Cette prise en compte s'échelonne aujourd'hui de la simple alerte dans les milieux militaires - encore au niveau de la prospective "prudente", à un bouleversement, pas très médiatisé d'ailleurs, de la stratégie de défense. C'est aux Etats-Unis que ce changement stratégique se fait le plus sensible ; la France, pour ne prendre que ce pays, commence tout juste à intégrer la menace climatique dans ses plans de défense. On peut cependant dire, qu'en règle générale, les milieux militaires se sont montrés, avant l'opinion publique et les élites politiques au pouvoir, bien plus tôt sensibles qu'eux à cette question.

 

        Jean-Michel VALANTIN, à partir d'une étude de l'évolution des différents think tanks influents dans les milieux de la défense, des années 1980 à nos jours, décrit cette véritable révolution. Depuis le début du XXIe siècle, "alors même que tout l'appareil de sécurité nationale se mobilise dans la war on terror, que l'Afghanistan et l'Irak deviennent le théâtre de guerres longues et douloureuses, ce même appareils militaire, qui a su se faire redouter pour son inébranlable capacité de destruction, est en train de s'approprier les questions liées aux grands changements de l'écosystème planétaire, ainsi que les questionnements, les principes, méthodes et démarches, propres au développement durable. 

Cette notion, formalisée en 1987 par le fameux "Rapport brundtland" intitulé Notre avenir à tous (Our common future) le définit comme un "... développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre à leurs propres besoins. Deux concepts sont inhérents à cette notion :

- le concept de "besoins", et plus particulièrement des besoins essentiels des plus démunis, à qui il convient d'accorder la plus grande priorité.

- l'idée des limitations que l'état de nos techniques et de notre organisation sociale impose sur la capacité de l'envieonnement à répondre aux besoins actuels et à venir.""

Le déréglement, continue le docteur en études stratégiques et sociologie de la défense, "de ce rapport intégral (entre besoins et ressources), c'est-à-dire la désarticulation des relations entre les différentes dimensions de l'environnement, les formes d'organisation sociétale, l'économie et les décisions politiques (au sens le plus fondamental du terme) est fatal s'il n'est pas corrigé. Le "développement durable" vise à restaurer les équilibres dynamiques fondamentaux nécessaires aux sociétés contemporaines, à s'assurer qu'elles entretiennent et cultuvent ces différents types de supports, qui leur sont essentiels et donc elles dépendent pour être pérennes. En d'autres termes, s'approprier le développement durable revient à affirmer la continuité, voire l'unicité entre une société, ses conditions de vie, les autres sociétés et la planète.

Or les militaires américains étant, comme la grande majorité de leurs collègues de par le monde, des empiristes pragmatiques en charge de la Défense nationale, activité vitale s'il en est pour une société et un Etat, ils identifient les changements globaux, rapides et violents dus à la multiplication des catastrophes et des déséquilibres socioenvironnementaux comme autant de menaces. Ils sont alors amenés à s'interroger sur la façon dont leurs missions vont en être affectées, car risquent de se multiplier les guerres pour l'eau, pour le pétrole, (alors qu'ils sont engagés dans une "longue épreuve" en Irak) pour les ressources minérales ou alimentaires... Ils commencent aussi à réaliser que si l'humanité entre dans une nouvelle ère, celle non seulement de la grande crise socioenvironnementale, mais aussi dans celle de la raréfaction des ressources, le développement durable peut être la meilleure façon de s'y adapter. Ainsi le 6 août 2012, jour anniversaire au Japon du bombardement d'Hiroshima, le ministère américain de la Défense et le ministère de l'Intérieur publient un communiqué de presse, annonçant la signature d'un protocole d'accord entre les deux ministères portant sur leur soutien coordonné à la multiplication des projets portant sur les énergies renouvelables. L'US Army, la Navy, l'Air Force s'engagent chacun à produire pour plus d'un giga-watt d'électricité grâce aux énergies renouvelables, tant sur leurs bases sur le sol américain que sur les bases outre-mer, d'ici à 2025.

En même temps, a lieu une militairsation rapide de l'Arctique, le changement climatique bouleversant totalement le statut géopolitique de la région, car le réchauffement commence à y rendre accessible ce qui pourrait être un immense potentiel de ressources minérales et pétrolières qui intéressent autant les Etats-Unis que le Canada, le Danemark, l'Union Européenne, la Chine et, bien sûr, la Russie.

Ces nouveaux enjeux sont entrés dans la Grande stratégie américaine depuis une décennie. Ils induisent une mobilisation toujours plus importnte de l'appreil américain de sécurité nationale, qui prépare le futur tant en absorbant les leçons de la dévastation de la Nouvelle-Orléans comme de l'occupation de l'Irak."

    Le spécialiste de la stratégie américaine et de sécurité environnementale décrit cette "révolution culturelle" qui commence dès 2002/2003, après avoir été préparée en quelque sorte par de nombreux acteurs militaires en poste ou en réserve suivant les travaux du GIEC avec une conviction de plus de plus arrêtée que les changements climatiques vont changer le visage de la planète. 

"(...) durant le premier mandat de Georges Busch Jr, dont l'amdministration était pourtout largement installée dans la tendance dite "climatosceptique"", commence à se succéder rapports, études circonstanciées et recommandations. "Depuis, l'ensemble du système américain de national security - ce gigantesque complexe où se combinent les forces armées, l'administration militaire, la communauté de l'intelligence (en charge du renseignement et de l'influence), l'industrie, le monde scientifique, celui de la prospective et du conseil, de la politique, des médias, de la politique étrangère et de la politique énergétique -, se mobilise par rapport au changement climatique. Malgré son ampleur, ce mouvement est difficilement perçu à l'extérieur du champ de la sécurité nationale. Or, ce processus se développe autour d'une réalité politique fondamentale aux Etats-Unis : l'établissement d'une définition de la menace partagée par les différents acteurs de la sécurité nationale, définition régulièrement renouvelée."

Alors que les forces armées américaines sont engagées dans deux guerres (Afghanista et Irak), "durant l'automne 2003 est "fuité" (le fuitage, rappelons-le est un procédé qui rend semi-public, de manière plus ou moins clandestine, un document officiel normalement réservé, dans le cadre d'une stratégie déclaratoire pour faire avancer un certains nombre d'idées ou des propositions) le rapport intitulé National security consequences of an abrupt climate change, par l'Office of net assesment, discret et influent  bureau du Pentagone. (...) Ce document met en évidence la façon dont le changement climatique peut altérer les températures et les précipitations, impactant les infrastructures et la sante, mais aussi la production agricole et l'accès à l'eau, autant de facteurs de tensions sociales et politiques de très hautes intensité. Par ailleurs, cela amènerait les Etats-Unis à renforcer leurs alliances ou leurs capacités de contrainte sur les pays et les régions dont les ressources apparaissent nécessaires. Dans le même mouvement, le changement climatique induirait d'immenses processus de dislocation sociale et géopolitique à l'échelle du globe. Aussi le rapports envisage-t-il, en raison d'un refroidissement régional, des mouvements de populations massifs de l'Europe du nord vers le sud, accompagnés de nouvelles tensions et conflits intra-européens, d'autant que les ressources d'Europe du Sud ne cesseraient de s'amoindrir. Selon les analystes du Pentagone et de la CIA, le changement climatique pourrait non seulement stopper la dynamique de la globalisation, mais la renverser en favorisant l'apparition de nouvelles formes de protectionnisme militarisé, plongeant des pans entiers de l'humanité dans une détresse extrême. Que ce rapport soit publiée par l'Office of net assessment lui confère un poids politique particulier dans le champ américain de la national security, cet institut ayant alimenté la pensée politique et stratégique du Departmen of Defense durant près de quarante ans. Ses responsables admettent cependant être en décalage avec les positions de l'administration présidentielle de George Bush Jr, défiant ainsi l'emprise des faucons néoconservateurs soutenus par Donal Rumsfeld, le secrétaire à la Défense, et Paul Wolfowitz, sous-decrétaire d'Etat, véritable tête de pont de ce courant idéologique au Pentagone. (...) En éviquant les risques et conséquences possibles d'un abrupt climate change, l'Office of net assessment se livre implicitement à un commentaire acerbe de la politique de défense américaine, mettant en avant la façon dont la sécurité nationale risque d'être profondément affectée par le changement climatique, au moment même où l'armée américaine tente de contrôler l'Irak, dont les réseerves de pétrole sont parmi les plus importantes au monde, ce qui revient à utiliser l'armée américaine pour renforcer le système fondé sur les énergies fossiles. D'après le rapport, la consommation prolongée de celles-ci aggrave le risque de voir les Etats-Unis et le monde subir les effets massifs du réchauffement global dans un contexte géopolitique global qui aura été dégradé par la multiplication des affrontements armés. Cette posture critique apparait en particulier quand sont évoquées les relations avec les pays producteurs et les "alliés de circonstances", dont certains peuvent être extrêmement critiquables au regard des valeurs américaines." Si pendant la guerre froide, le même Office mettait en musique le thème de la menace soviétique, il semble se mettre en rupture avec sa propre tradition, déplaçant la menace des "ouges", des "terroristes" vers le changement climatique. Un jeu d'acteurs complexe commence au sein du ministère de la Défense américaine, pour faire émerger les risques liés au climat. 

"En 2006, Donald Rumsfled est remplacé par Robert Gates à la tête du Department of Defense, marquat ainsi la fin du règne des néocosservateurs. Ce dernier mandate alors un groupe de très hauts gradés, "jeunes" retraités, pour qu'ils mènent une étude sur les effets stratégique du changement climatique dans un cadre pleinement officiel. Leurs conclucions, rassemblées dans le rapport National Security and the Thraet of climate Change, envisagent explicitement la montée en puissance de très forts risques de déstabilisation partout dans le monde. (...) Ce rapport établi par des militairs déclenche une réaction très particulière à Washington, qui voit l'appareil de sécurité nationale s'emparer du thème du climat comme nouvelle menace stratégique, alors que la Maison Blanche campe sur une position officielle très distancée à l'égard de ces considérations. La très haute hiérarchie militaire assume une position sur le changement climatique que l'équipe de George Bush Jr ne peut endosser pour des raisons politiques et idéologiques. (...)

Commandité par Robert Gates, le CNA publie le rapport The Age of consequences : The National Security and Foreign Policy Implications of Climat Change, soutenu par d'anciens responsables opérationnels du plus haut niveau, comme Anthony Zini, ancien commandant en chef du Marine Corps et du Central command (le commandement opérationnel en charge de la région Moyen-Orient-Asie centrale) ou des organismes comme le Center for Strategic and international Studies (CSIS), en partenariat avec le Center for a new American security (CNAS). Cette étude porte sur les conséquences politiques, diplomatiques et stratégiques, du changement climatique sur les dix, vingt et trente années à venir. Ce document propose que le gouvernement fédéral traite de façon radicalement neuve les enjeux du climat. Il dénonce en même temps avec la plus grande vigueur la façon plus que laxiste (laggard) dont cette question est traités par les différentes autorités américaines dans les Etats ou au niveau fédéral. (...) Il ne s'agit pas là d'une "simple" étude, même de très bon niveau, mais d'une déclaration politique émise par les échelons les plus élevés de l'establishment lié à la politique de défense et à la diplomatie de Washington. (...) la publication de (ce document) est un succès et ses auteurs (sont) auditionnés fin 2007 par le National Intelligence Council, organe de coordination des seize grandes agences de renseignements. (...) Dans cette dynamique, le directeur (de cette instance) commande à son tour un rapport interagences, intitulé lors de sa parution au printemps 2008, National Intelligence Assessment on the National Security Implications of Global Climate Change to 2030 (voir l'ouvrage traduit en français, Le monde en 2030 vu par la CIA, Préface de Flore VASSEUR, Editions des Equateurs, 2013). présenté en juin 2008 à la commission du renseignement du Congrès. (...)  La version du rapport rendue publique indique que les parties demeurant confidentielles concernent les régions du monde qui pourraient être déstabilisées par les effets du changement climatique." Au moment où les Etats-Unis sont impliqués dans deux guerres, s'enfoncent dans la crise financière des subprimes, et où la campagne présidentielle de 2008 monopolise toutes les attentions, "émerge un axe nouveau de la stratégie américaine". Toute cette prise en compte, largement inspirée des études du GIEC, est d'ailleurs accélérée depuis le choc de l'ouragan Katrina sur la Nouvelle-Orléans en août 2005, où les forces de sécurité, les troupes régulières mobilisées dans ces deux guerres ont fait singulièrement défaut dans l'organisation des secours. "Katrina a amené les militaires à s'interroger sur leur propre légitimité, sur le sens de leur missions, à savoir la défense, la guerre et la sécurité, activités dont dépendent tant la vie de la Cité, de la polis, que la légitimité de l'autorité en place."

En 2008, le Pentagone publie le Joint Operation environnement 2008 (JOE), rédigé à l'initiative du Joint Chief of Staff, l'organisme de coordination  de l'Army, de la Navy, de l'Air Force, des Marines et des dix commandements opérationnels. "Le JOE 2008 reconnait explicitement le risque pour les forces armées américaines, entre 2012 et 2015, de devoir faire face aux effets d'un repli de l'offre pétrolière en regard de la demande, déclenchant une crise énergétique de grande ampleur, sans doute  "inévitable". Enfin, le système de fuite massive de documents officiels sur lequel repose le site Internet Wikileaks révèle l'inquiétude des diplomates américains face à l'état des réserves pétrolières saoudiennes, qui ne semblent plus en mesure de réguler le marché international par d'importantes capacités d'augmentation de la production. Or, cette considération renvoie le Pentagone à deux interrogations" :

- le danger d'une compétition globale pour les hydrocarbures, qui pourrait déclencher des interventions américaines ou mettre en danger les forces des Etst-Unis, tout en risquant de déclencher de grandes crises énergétiques ;

- la nature même de la doctrine militaire pose question. Elle est en effet fondée sur la notion de "projection de force" et s'appuie sur la capacité d'emport de troupes d'armes, de matériel et de puissance de feu des navires, des avions, des hélicoptères, des véhicules blindés et de l'ensemble des véhicules de l'armée américaine, soit une consommation globale de carburants par jour équivalente à la consommation quotidienne de la Suède.

Le Center for new american security (CNAS), think tank créé en 2007 pour contrer directement des arguments des néo-conservateurs, prend une place de premier plan au changement de présidence. "Les parcours intellectuels des membres du Board of directors, comme celle du Board advisors indiquent clairement que le CNAS correspond à une offensive sociétale et intellectuelle des élites de la côte Est, qui reconstituent ainsi la fameuse alliance entre le Council for foreign affairs de Chicago, les grandes universités de boston que sont Harward et le Massachusetts Institute of Technology (MIT), les financiers et les responsables médiatiques de New Yrok, les politiques, les militaires, les journalistes et hommes d'influence de Washington, issus des traditions des ailes modérées des partis démocrate et républicain. La création de ce think tank traduit une volonté commune de reconstituer le consensus bipartisan, socle de la vie politique américaine au niveau fédéral et international depuis le début des années trente", à l'inverse précisémment de la rupture de ce consensus entamée depuis les années 1980 et agissante pendant les présidence des deux Bush. Les rapports du CNAS se singularisent "par la façon dont ils s'adressent avant tout aux militaires, plus qu'à la communauté de la National security dans son ensemble", ce qui explique la rapidité avec laquelle est adoptée l'ensemble des nouveaux éléments de la sécurité américaine, rassemblé sous le concept de natural security.

"Ce concept, explicitement adopté en 2009, est présent dès les premiers travaux du CNAS (...) et les différents domaines des relations "environnement/énergie/ressources" et sécurité sont réunis en 2010 pour composer l'ensemble des problématiques de la natural security. Ce concept est mis au point au moment où est lancé la Quadrenial Defense Review, exercice qui mobilise toute la communauté de sécurité nationale autour des responsables du Congrès, afin de définir pour quatre ans les grands axes à mettre en oeuvre dans la politique de défense. La précédente a eu lien en 2006, pendant la présidence de George Bush Jr, et a été largement orientée autour de la question de la guerre contre le terrorisme. Pour les nouveaux responsables politiques, issus du Parti démocrate et des élites de la côte Est (...) il est fondamental de préparer l'armée aux véritables enjeux du XXIe siècle."

L'approche d'une entrée de l'Amérique dans une nouvelle séquence de "l'histoire de la frontière" sur laquelle est construite l'histoire américaine (après la conquête de l'Ouest, la conquête de l'espace, la préservation d'un modèle de vie, le combat sur une nouvelle frontière plus inquiétante) où il s'agit de "sécuriser la nature". Cette nouvelle réflexion fait partie d'un renouvellement profond de la doctrine de "Grande stratégie" coordonnée par la Maison Blanche.

Le président Barak OBAMA, dans son discours sur la défense, "impose un nouveau questionnement à la politique américaine : comment rétablir les équilibres fondamentaux entre la société, son économie et son rapport au monde, dans le contexte d'une planète aux ressources finies." Il propose un gigantesque programme de refonte des bases de la puissance américaine, en fonction des impératifs du XXIe siècle. La nouvelle National security stratgy of the United States de 2010 (NSS 2010) s'écarte résolument du schéma antérieur, défini dès 2002, fondée sur la notion de premptive strike, possibilité aux autorités politiques de déclencher des frappes contre un adversaire donné avant que celui-ci n'emploie ses propres armes, contre notamment les pays membres de "l'axe du mal" (Irak, Corée du nord). Ce document de 51 pages redéfinit les fondamentaux de la sécurité nationale américaine, en termes d'usage des armes mais surtout, en termes de reprise de discussion avec tous les Etats, même ceux qui ne sont pas des alliés, et avec les institutions internationales, dont celle dédiées àla coopération et aux politiques de développement. Ces enjeux vont du "terrorisme international et à la diffusion de technologies mortellement dangereuses" aux "soulèvements d'origine économique et au changement climatique". La réponse apportée à ces enjeux est la volonté de "contrer l'extrémisme violent et les guerillas (qui s'en prennent à nos soldats) ; stopper la diffusion d'armes nucléaires et mettre en sûreté les matériaux nucléaires ; combattre le changement climatique et soutenir la croissance ; aider les pays qui en ont besoin à se nourrir et à prendre soin de leurs malades ; résoudre et prévenir les conflits, tout en aidant à en guérir les blessures" tout en rappelant que "le rejet de l'agression et de l'injustice et notre soutien aux droits universels sont à la fois fondamentaux pour le leadership américain et sont la source de notre force dans le monde."

Jean-Michel VALANTIN résume : "Ainsi faisant la présidence américaine se livre à une redéfinition de la sécurité nationale qui rompt avec la logique des huit années précédentes, fondée sur la notion de preemptive strike et la croyance en l'efficacité de la guerre pour résoudre les déséquilibres internationaux. En introduisant l'idée de menaces globales, et donc communs à tous les Etats et à tous les peuples, et en identifiant comme telles la prolifération des armes nucléaires et le changement climatique, Barak Obama fait évoluer la définition politique de la menace. Il introduit le principe de péril planétaire, propre non pas aux seuls Américains, mais à l'ensemble de l'humanité." La NSS 2010 s'achève par la définition des "défis clés globaux" auquels doit répondre l'Amérique sur le plan intérieur, le premier de ces défis est celui de la relation entre énergie et économie, en relançant l'industrie nucléaire, en améliorant les critères de l'efficacité énergétique, en investissant dans les énergies renouvelables et en installant de fortes incitations pour les promouvoir. Le but affiché en est une réduction de "17% des émissions de gaz à effet de serre d'ici à 2020... pour parvenir à 80% d'ici à 2050".  Le texte de la NSS 2010 est chargé de références non seulement aux principes de la démocratie américaine, mais aussi aux orientations stratégiques adoptées par l'Etat américain depuis une vingtaine d'années. Les deux axes de réflexion de la Maison blanche portent sur l'énergie, l'économie et la cohésion sociale, et le rétablissement du leadership global de l'Amérique." 

 

   Pour ce qui est de la France, la réflexion stratégique tarde un peu à se traduire dans les programmes et les mise en place opérationnelle, déjà que, si nous suivons l'opinion des auteurs d'un rapport d'information de février 2012 de la commission des affaires européennes sur l'impact du changement climatique en matière de sécurité et de défense, André SCHNEIDER et Philippe TOURTELIER, cette réflexion même, obérée par la diffusion d'un scepticisme sur les résultats des recherches scientifiques du GIEC, n'atteint pas le niveau des instances américaines homologues. "S'il existe actuellement, résument t-ils, des incertitudes et divergences entre scientifiques quant au rythme de l'accélération du phénomène dans les cinquante à cent prochaines années, cela ne doit pas freiner la prise en considération de l'impact des risques inhérents au changement climatiques." Ils rappellent qu'une évaluation du 5 décembre 2011, portant sur le changement climatique, met en exergue les risques courus en cas d'inaction dans ce domaine et l'urgence de prendre en considération l'ensemble de ces conséquences, en particulier en matière de sécurité. "les conséquences du changement climatique en matière de sécurité et de défense sont un enjeu fondamental, dont les pouvoirs publics doivent se saisir d'urgence. Ainsi aux Etats-Unis, le réchauffement climatique n'est plus simplement qu'une question environnementale, c'est devenu un enjeu stratégique majeur. Cet aspect n'est pas envisagé aussi clairement en Europe. Or, anticiper et planifier le monde de demain relève bien de la responsabilité du politique. En effet, si les conséquences du réchauffement climatique en matière de sécurité sont en premier lieu purement physiques, elles auront également de nombreuses conséquences à caractère socio-politique. La traduction pourrait en être une intensification des conflits liés à l'utilisation foncière et le déclenchement de migrations de nature environnementale, ou encore l'apparition de conflits de type nouveau. En outre, il faut prendre en considération le fait que tous ces facteurs, liés aux changements climatiques et à la géopolitique, demanderont également des efforts d'adaptation importants à la Défense dans les années à venir, aux niveaux national, européen et international, en particulier dans l'approche admise d'un continuum défense/sécurité. La stratégie en matière de défense doit donc également être repensée et adaptée de manière à faire face aux différents effets induits. Dans ce nouveau domaine, la mutualisation des renseignement et des actions est indispensable. L'Union européenne gagnerait à la définition et à la mise en place d'une véritable politique européenne en la matière, traitant à la fois des aspects "sécurité" et "défense" du changement climatique ; elle dispose des outils nécessaires pour cela." 

leur rapport met en avant un "effet multiplicateur" et "intensificateur" des facteurs de tension :

- les compétitions pour les territoires et pour l'accès aux ressources hydriques, énrgétiques et alimentaires (terres cultivables, ressources halieutiques) ;

- les phénomènes migratoires ;

- les risques de prolifération nucléaire, si un nombre croissant de pays se tournent vers le nucléaire civil pour des raisons climatiques et énergétiques ;

- les postures critiques/conflictuelles des pays moins développés à l'égard des système de gouvernance internationale et des pays européens, perçus à la fois comme les principaux responsables du problème climatique et acteurs éminemment intéressés à en tirer des avantages au détriment du "Sud du monde".

Ils incitent, à l'exemple du Royaume Unis, le pays le plus avancé sur cette question au sein de l'Union Européenne, à examiner de manière systématique trois éléments déterminant l'impact climatique en matière de sécurité :

- la sécurité alimentaire ;

- la sécurité énergétique ;

- la sécurité liée à l'eau.

Un conseil de sécurité nationale y a été créé après 2007, présidé par le ministre chargé d'analyser les menaces nouvelles. 

 

   On entend le même appel de la part par exemple de l'IRSEM (Institut de Recherche Stratégique de l'Ecole Militaire) ou du CIRED (Centre International de Recherches sur l'Environnement et le Développement), avec des tonalités différentes.

    Plusieurs chercheurs du Laboratoire de l'INSERM s'xpriment en Juillet 2011, dans une Réflexion stratégique sur le changement climatique et les implications pour la défense. Il srappellent que l'Union Européenne a reconnu l'impact du changement climatique sur la sécurité internationale et s'attache entre autres depuis 2007, dans le cadre de son programme de recherche (PCRD), à déterminer quel peut en être l'effet sur la propre sécurité de l'Europe. Différents travaux cartogaphiques sont menés pour identifier les zones qui pourraient être le plus affectées par les risques d'inondatins, de sécheresse, de cyclones ou par plusieurs risques cumulés.

ils examinent les conséquences pour la fonction de défense de ces phénomènes :

- Si l'impact du changement climatique sur les capacités de défense devrait être assez marginal, les acteurs du secteur de la défense devraient être affectés en revanche au même titre que le monde civil par les changements de normes environnementales (participation des conditions d'utilisation des carburants pour réduire l'émission des gaz à effet de serre, changement de types de moteurs et de véhicules utilisés...) ;

- Les conséquences géostratégiques du changement climatique pourraient faire évoluer les missions, les zones d'engagement et donc les besoins capacitaires ;

- L'évolution des normes environnementales, des bonnes pratiques et l'daptation des technologies pourraient être des facteurs d'évolution pour la conception des matériels de défense et la conduite des opérations militaires. 

En matière d'évolution des missions, ils écrivent notamment : "Aujourd'hui, les capacités militaires dont dispose la France ne sont ni vraiment appropriés ni suffisantes pour intervenir de façon véritablement efficace en situation de catastrophe naturelle de grande ampleur. Il est vrai que les armées française ont l'expérience de missions humanitaires et ont souvent été sollicitées dans le cadre de protection des populations. Toutefois, les caractéristiques des zones d'intervention et l'échelle de ce type de catastrophe nécessiteraient un réexamen précis de l'éventail des capacités à détenir pour que les forces armées puissent intervenir avec une réelle efficacité. dans ce type de scénarii, il serait sans doute nécessaire d'adapter les savoir-faire "strictement" militaires, de développer des moyens d'intervention spécifiques adaptés aux zones littorale et de mettre l'effort sur la préparation dans des engagements urbains. Le tsunami survenu en 2004 en Asie du Sud-Est est un cas concret qui a montré combien il était particulièrement difficile :

- d'intervenir sur terre uniquement à partir des airs ou de moyens maritimes ;

- de se déplacer sur des terrains où les voies de communication avaient été coupées ;

- d'achemnier en urgence des moyens sanitaires, d'épuration d'eau ou de fourniture d'électricité.

De même, les enseignements tirés sur des lieux de catastrophes naturelles, telles les inondations, ont fait état d'autres déficits importants. La coordination des secours et des moyens en provenance de pays étrangers doit impérativement être optimisés (...). Les forces armées peuvent également apporter leurs compétences en matière d'organisation, de coorination et d'emploi des moyens de secours avec différents moyens mis en oeuvre (...). La France dispose d'unités d'instruction et d'intervention de la sécurité civile (UIISC) qui interviennent régulièrement dans de telles circonstances. Cependant ces moyens sont insuffisants et largement sous-dimensionnés pour faire face à des situations de catastrophes naturelles de grande ampleur."

La modification des conditions climatiques influeront sur le fonctionnement de matériels sophistiqués de contrôle et de commandement. Par exemple, le changement d'acidité des océans influent sur la fiabilité des matériels de repérage marins ou sous-marins. Derrière se profilent, même si ce n'est pas abordés par les auteurs de l'étude, les modifications drastiques sur les conditions physiques et techniques dans des zone à environnement dégradé, et sur les nouvelles difficultés de manoeuvre des troupes.

       Dans un document de travail datant de 2005, déjà, le CIRED examine les liens entre changement climatique et enjeux de sécurité. Comment les menaces sur la sécurité alimentaire, sur la disponibilité de l'eau, de la vulnérabilité aux phénomènes extrêmes des territoires insulaires et des régions côtières pèsent sur l'ensemble de la sécurité. Comment de tels risques pour la sécurité humaine, avec une remise en cause des besoins fondamentaux de certaines populations ou une accentuation de leur précarité, peuvent se muer en enjeux de sécurité collective, notamment selon quatre modalités :

- exode rural accompagné d'une paupérisation des populations ;

- sources de conflits localisés pour l'usage des ressources ;

- tensions diplomatiques et conflits internationaux ;

- propagation à des régions initialement épargnées via des flux migratoires.

Les chercheus s'interrogent sur la crédibilité et la réalité de mécanismes de compensation entre "gagnants" et "perdants", dans des changements en matière de distribution et d'accessibilité des ressources. Les outils de solidarité universelle doivent de toute évidence être repensé devant l'ampleur des catastrophes futures.

Ils n'examinent pas la réflexion qui pointent dans certains milieux sur les occasions économiques offertes par ces changements climatiques (demande nouvelle de nouveaux biens et services) ou sur les possibilités d'utiliser à leur avantage le déplacement des zones de conflits, voire de les manipuler d'une manière ou d'une autre.

Ils pointent en revanche le fait que le changement climatique "pourrait être à l'origine d'une redistribution sans précedent de certaines ressources au cours du siècle, redistribution qui le plus souvent aggravera des déséquilibres déjà existents. Cette nouvelle répartition ne manquera pas de créer ou d'amplifier des conflits pour le contrôle des ressources, mettant aux prises victimes et responsables, d'autant plus que, contrairement à d'autres catastrophes naturelles, des pays "responsables" peuvent ici être facilement identifiés, qu'ils sont parmi les plus riches de la planète et qu'ils seront relativement épargnés par les conséquences du changement climatique. Il est donc inconcevable que le climat ne devienne pas un facteur important des enjeux de sécurité au cours des prochaines décennies, justifiant par là une position haute dans les priorités de recherche et les agendas politiques."

 

Philippe AMBROSI et Stéphane HALLEGATTE, Changement climatique et enjeux de sécurité, CIRED, Septembre 2005 (Site www.centre-cired.fr) ; André SCHNEIDER et Philippe TOURTELIER, Rapport d'information déposé par la Commission des Affaires Européennes, sur l'impact du changement climatique en matière de sécurité et de défense, Assemblée Nationale, 28 février 2012 ; Michel ASENCIO et collaborateurs, Réflexion stratégique sur le changement climatique et les implications pour la défense, Laboratoire de l'ISERM 2011, Edition Juillet 2011.

Jean-Michel VALENTIN, Guerre et Nature, L'Amérique se prépare à la guerre du climat, Editions Prisma, 2013.

 

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