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28 mai 2010 5 28 /05 /mai /2010 08:49

            Parmi les genres dominants du cinéma, tous tendant vers la distraction au sens fort du terme, le film noir et le film policier (le thriller et les films à suspense également), se taillent une grande place (majeure surtout entre les années 1930 et 1950, légèrement moins actuellement, mais il faut tenir compte de leur place très grande à la télévision, relais maximisant l'audience des films), tant au niveau du nombre de films qu'au niveau du nombre des spectateurs qui les voient (le fameux box office). Au contraire de la comédie musicale (mise à toute les sauces, du western au fantastique...), ces genres donnent de la société une vision noire et surtout manichéenne (mois aujourd'hui...). Ils donnent une vision de la société positionnant le spectateur en faveur d'une légalité très souvent mise en scène comme se plaçant du côté des victimes et surtout du côté des "bons", les "méchants" étant tout simplement éliminés à la fin des films, comme les problèmes, sans doute, qu'ils ont suscités. Si aujourd'hui, le "happy end" n'est plus vraiment la règle dans les films noirs, elle le reste dans les films policiers (même teintés d'éléments venant des films d'aventure), surtout dans ceux diffusés quasiment en boucle sur les chaînes de télévision (notamment sous forme de séries ou de feuilletons). Dans ces derniers, le spectateur est quasiment invité à chasser le "méchant", ne l'identifiant tout d'abord ou en devinant les mécanismes de sa méchanceté...

 

            Le film noir, selon Michel CIEUTAT, n'est pas un sous-genre. Il s'efforce de montrer les différents paramètres qui le définissent, à côté d'autres genres très voisins : "Il n'est pas facile de rétablir une plus juste définition d'un genre qui, pourtant, a toujours semblé exister de manière autonome, au même titre que tous les autres genres cinématographiques relevant du concept général anglo-saxon de "thriller" ou de criminal story, chacun ayant ses caractéristiques particulières de sujet, de situations et de personnages comme le "film de gangsters" (ces derniers en sont les protagonistes...), le "whodunnit" (film offrant une énigme criminelle à résoudre dans la tradition des romans de Conan Doyle ou d'Agatha Christie...), le film policier (le représentant de l'ordre en est le personnage principal...), le film de hold-up (dont le scénario est entièrement articulé autour d'un braquage de grande envergure...), le film d'espionnage (...) ou encore le film de pur suspense (le faux coupable comme héros) dont Hitchcock est le maître, voire le créateur, toujours incontesté (...)". 

Le maître de Conférences à l'Université Strasbourg 2 (dans les années 1990), spécialiste du cinéma américain, indique quatorze thèmes fondamentaux, huit caractéristiques stylistiques qui semblent définir la singularité du film noir :

Pour les thématiques :

- le crime (un meurtre plus ou moins crapuleux)  ;

- le cadre de la cité, lieu de corruption, de perdition, dans la tradition biblique, et d'une partie de la tradition américaine anti-urbaine ;

- la femme fatale, pourvue d'un unique pouvoir : offrir aux hommes errance et pénitence, surtout errance ;

- la cupidité, obsession de l'argent et de la réussite sociale (les deux étant liés), véritable moteur de l'action humaine ;

- le détective privé, protagoniste numéro un du film noir, véritable professionnel de la théorie du meurtre ;

- le tueur à gages, en qui la société américaine profondément malade fait confiance pour éliminer les méchants en dernier recours, lesquels les emploient bien volontiers ;

- le flic corrompu, emblématique d'une Amérique capable d'imposer sa loi au monde entier, mais incapable de garder de la tentation ses meilleurs fils ;

- une morale ambivalente, contrairement au film policier, plus lisse d'une certaine manière ;

- des perdants masochistes, le personnage principal du film noir faisant figure d'anti-héros ;

- l'apparition du sadisme ;

- le renforcement de l'érotisme ;

- le déterminisme, les personnages étant poussés au mal malgré eux par le concours de mauvaises circonstances ;

- le pessimisme, même si tout rentre dans l'ordre à la dernière image ;

- des fins équivoques, sans happy ni unhappy end ;

Pour les spécificités narratives :

- des intrigues complexes, parfois si complexes que le spectateur, comme les acteurs d'ailleurs ne comprenaient pas grand chose, sauf une seule auxquels ils se raccrochaient : l'identification des vraiment bons et des vraiment méchants personnages (Le grand sommeil est un film emblématique de ce genre de choses...) ;

- des histoires contemporaines, ancrées dans la réalité quasi-quotidienne, renforçant la perception de la réalité de la vie en société comme...fondamentalement noire ;

- importance de la voix off ;

- cynisme expéditif du dialogue ;

- huis clos oppressifs ;

- approfondissement de l'héritage expressionnisme venant du cinéma allemand des années 1930, où la réalité apparaît sous une image volontairement déformée (éclairages, ombres, décors...) ;

- nécessité du noir et blanc (les films en couleur de film noir tentés dans les années 1960-1970 rencontrèrent beaucoup moins de succès) ;

- réalisme et cauchemar, pour permettre l'installation d'une atmosphère d'angoisse, (incertitudes cumulées présentes tant dans le thème que dans la mise en scène et les destins des personnages).

 

           Le film policier, surtout présent dans les filmographies américaine et française. La force selon René PREDAL, du genre policier français est de se renouveler constamment, le polar abordant de plus en plus des années 1960 à nos jours des problèmes contemporains, virant souvent du psychologique au politique. A côté d'un cinéma à demi-contestataire très présent figurent surtout des films à prétention surtout de divertissement, mettant en scènes des icônes nationales. Ces derniers installent confortablement le spectateur dans le "dégommage" des méchants. le renouvellement consiste notamment dans le balancement entre deux générations de flics : le vieux policier plein d'expérience, se fiant à son sens du raisonnement et très soucieux des limites de la légalité, et le jeune policier aussi teigneux que son adversaire qu'il pourchasse sans pitié et dont il adopte les méthodes expéditives... Si le policier français est surtout le personnage officie, fonctionnaire de son état, le policier américain (anglo-saxon de manière générale) peut être aussi le détective privé en concurrence parfois directe avec le personnage officiel...En tout cas, la loi et l'ordre sont leur but commun et le méchant ne s'en sort que très rarement bien à la fin... 

 

            Michel CIEUTAT, René PREDAL, dans Panorama des genres au cinéma, CinémAction n°68, 3ème trimestre 1993.

 

 

                                                                                                                         FILMUS

 

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Published by GIL - dans ART
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