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30 décembre 2012 7 30 /12 /décembre /2012 13:19

            Pour Mélanie KLEIN, l'analyse de l'Oedipe constitue une véritable révolution, dont les conséquences ne sont pas encore toutes explorées, même par le père de la psychanalyse. Elle se démarque de FREUD en avançant l'âge de l'Oedipe et en affinant la distinction entre l'oedipe de la fille et l'oedipe du garçon. D'autre part, elle dégage des avancées audacieuses, pas toutes admises par la communauté psychanalytique, sur la sexualité féminine.

 

         Le complexe d'Oedipe est sous-tendu par des processus relationnels précoces. Ces stades initiaux précèdent donc le complexe d'Oedipe décrit classiquement par FREUD survenant à l'âge de trois ans et dont le développement du Surmoi signe le déclin.

         Mélanie KLEIN élabore une technique rigoureuse d'analyse d'enfants (au cours des années 1920) mettant en évidence le fait que les fantasmes oedipiens imprègnent tout le champ d'activité de ces derniers, et découvre les phases du développement trop archaïques pour que l'analyse d'adultes puisse les mettre à jour. Certains manifestations du complexe d'Oedipe apparaissent chez l'enfant bien avant l'âge de trois ans. Deux sortes de preuves en attestent :

- l'analyse de symptômes qui apparaissent au cours de la première années, révélant l'existence concomitante de fantasmes, d'angoisses et de mécanismes de défense ;

- une grande partie de ces fantasmes est sous-tendus par des tendances prégénitales qui signent la présence d'une configuration triangulaire, caractérisée par l'exclusion, la rivalité et le désir de meurtre, qui remonte au stade oral. (Les stades précoces du conflit oedipien, 1927)

  Mélanie KLEIN parvient également à la conclusion que la violence du complexe d'Oedipe entraine un sentiment de culpabilité et que, par conséquent, la formation du Surmoi date des stades les plus précoces du complexe d'Oedipe. Cette découverte permet d'élargir la théorie freudienne du développement du Surmoi et de ses origines (1928).

Les imagos terrifiantes des stades initiaux du complexe d'Oedipe qui imprègnent la scène primitive sont à l'origine d'inhibitions graves du développement intellectuel (inhibition à l'égard du jeu, inhibitions épistémophiliques, 1930). Ces fantasmes primitifs sont très différents de ceux qui caractérisent les stades ultérieurs du complexe d'Oedipe. Dans ces phases initiales, les objets oedipiens, "bons" ou "mauvais", sont empreints d'archaïsme tout comme l'immense variété des relations qu'ils entretiennent les uns avec les autres. Cette conception du couple oedipien est si particulière que Mélanie KLEIN invente le terme de "figure des parents combinés" pour la désigner.

  En 1935, elle décrit la "position dépressive" qui émane d'une phase décisive dans le développement où, pour la première fois, les mauvais et les bons aspects de l'objet sont reconnus en tant qu'ils appartiennent dans la réalité à une seule et même figure. Les distorsions subies par le couple oedipien à ce stade initial sont liées pour la plupart aux images combinées primitives des bons et des mauvais aspects de l'objet. La capacité d'accéder à la position dépressive marque le passage des stades précoces du complexe d'Oedipe à un stade ultérieur marqué par une reconnaissance accrue de la réalité des objets extérieurs. La position dépressive et le désir de protéger et de réparer l'objet qui, à ce stade, joue pleinement, apparaissent comme les caractéristiques déterminantes du complexe d'Oedipe arrivé à maturité (Le complexe d'Oedipe éclairé par les angoisses précoces,1945).

  Lorsqu'elle décrit la position schizo-paranoïde (1946), son intérêt pour le complexe d'Oedipe diminue; et, à partir de là, sa recherche s'oriente entièrement vers l'étude des mécanismes de défense primitifs. Ce n'est que dans les années 1980 que l'on assiste à un retour de la parts des analystes kleiniens à une étude sérieuse du complexe d'Oedipe (R BRITTON et ses collaborateurs, 1989).

         La tendance actuelle est dé considérer le complexe d'Oedipe non pas tant en termes d'amour et de haine, mais plutôt en tant que scène primitive d'où le désir d'apprendre et de créer prendrait son origine. L'enfant a la possibilité d'occuper la position de tiers en tant qu'observateur (et investigateur) du coït parental. Du point de vue émotionnel, l'accès à cette position est le fondement de la pensée, du savoir et de la vie intellectuelle.

          La notion de "précurseurs du complexe d'Oedipe" postulée par Otto FÉNICHEL (1931) est une idée apparentée. De nombreux analystes considèrent l'apparition de ces fantasmes primitifs davantage comme l'ébauche de tentatives visant à créer des représentations psychiques de la réalité extérieure que comme des facteurs jouant un rôle essentiel dans le développement. Ces expériences précoces sont également tenues pour être de simples précurseurs du complexe d'Oedipe dont les composantes, pour être encore essentiellement inactifs, n'en sont pas moins présents. (Robert D HINHELWOOD)

 

      La vision kleinienne de l'Oedipe de la petite fille est tantôt ignorée, tantôt contestée, mais est décisive pour des psychanalystes femmes et féministes comme Kanre HORNEY, Helene DEUTSCH, Joan RIVIÈRE... qui lui donnent des développement devenus incontournables. D'emblée, dans le texte de 1928, Mélanie KLEIN affirme, en contradiction avec FREUD, que "dès l'apparition des tendances odipiennes, une connaissance inconsciente du vagin s'éveille, mais aussi des sensations dans cet organe et dans le reste de l'appareil génital". Elle reprend cette idée en 1945 : elle réaffirme "l'hypothèse selon laquelle les deux sexes ont une connaissance innée inconsciente de l'existence du pénis comme de l'existence du vagin". Mais si la petite fille a une connaissance inconsciente que son corps contient des bébés virtuels, cela ne l'empêche pas de douter profondément de sa capacité future à porter des enfants. Alors que le garçons possède le pénis, organe génital visible, la féminité, logée dans des organes internes invisibles, laisse la fille avec un désir insatisfait et incertain de maternité, obligée d'attendre et d'anticiper. L'invisibilité et l'incertitude concernant ses organes internes est la source que ce que Mélanie KLEIN appelle "la situation d'angoisse fondamentale de la fille", due à la crainte que la mauvaise mère vengeresse attaque ses bons objets intérieurs, le pénis parternel et les bébés. Cette angoisse de la fille est analogue à l'angoisse de castration du garçon. 

Le sumoi de la fille, Pour Mélanie KLEIN, à la différence de ce qu'affirme FREUD n'est pas moindre que celui du garçon, car du fait du caractère réceptif de son organe génital les processus d'introjection sont renforcés. Son identification au père s'effectue donc en réalité au pénis paternel intériorisé ; par conséquent, elle se fonde aussi bien sur la position féminine que sur la position masculine. (Simone KORFF-SAUSSE)

 

Mélanie KLEIN, Le complexe d'Oedipe, Petite Bibliothèque Payot, 2006. Ce livre contient, après une préface de de Simone KORFF-SAUSSE, les textes de 1928 (les stades précoces du conflit oedipien) et de 1945 (Le complexe d'Oedipe éclairé par les angoisses précoces).

Robert D HINSHELWOOD, Complexe d'Oedipe précoce, dans Dictionnaire international de la psychanalyse, Hachette Littératures, 2005.

 

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Published by GIL - dans PSYCHANALYSE
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