Vendredi 14 décembre 2012 5 14 /12 /Déc /2012 10:05

           Le complexe de castration, expression beaucoup utilisée en psychanalyse, est défini classiquement un complexe centré sur le fantasme de castration, celui-ci venant apporter une réponse à l'énigme que pose à l'enfant la différence anatomique des sexes (présence ou absence de pénis) : cette différence est attribuée à un retranchement du pénis chez la fille. La structure et les effets du complexe de castration sont différents chez le garçon et chez la fille. Le garçon redoute la castration comme réalisation d'une menace paternelle en réponse à ses activités sexuelles ; il en résulte pour lui une intense angoisse de castration. Chez la fille, l'absence du pénis est ressentie comme un préjudice subi qu'elle cherche à nier, compenser ou réparer. (LAPLANCHE et PONTALIS).

 

        Sigmund FREUD découvre ce complexe par l'analyse du petit Hans (L'interprétation des rêves, 1900). En 1908, ce complexe est décrit pour la première fois, rapporté à la "Théorie sexuelle infantile". Cette théorie attribue un pénis à tous les êtres humains et n'explique que par la castration la différence anatomique des sexes. L'universalité du complexe est admise de façon implicite sans être théorisée. Le complexe de castration est rattaché au primat du pénis dans les deux sexes et sa signification narcissique est préfigurée : "le pénis est déjà dans l'enfance la zone érogène directrice, l'objet sexuel auto-érotique le plus important, et sa valorisation se reflète logiquement dans l'impossibilité de se représenter une personne semblable au moi sans cette partie constituante essentielle". 

      Si, à partir de là, le complexe de castration est retrouvé à partir de divers symboles et est repéré sous diverses modalités dans l'ensemble des structures psychopathologiques, ce n'est que tardivement que ce complexe se voit attribuer une place fondamentale dans l'évolution de la sexualité infantile pour les deux sexes, que son articulation avec le complexe d'Oedipe est nettement formulée et son universalisme affirmé. Cette théorisation (1923) est corrélative du dégagement d'une phase phallique : à ce "stade de l'organisation génitale infantile il y a bien un masculin, mais pas de féminin ; l'alternative est - organe génital mâle ou châtré". L'unité du complexe de castration dans les deux sexes n'est concevable que par ce fondement commun : l'objet de la castration - le phallus - revêt une importance égale à ce stade pour la petite fille et le garçon ; la question posée est la même : avoir ou non le phallus. Le complexe de castration se retrouve invariablement dans toute analyse. Il n'est pas nécessaire généralement de préciser que phallus recouvre une fonction symbolique remplie par le pénis, la relation entre la réalité physique (du pénis) et la représentation mentale (le phallus) étant surdéterminée par des représentations sociales, l'usage progressivement  différencié de ces deux termes dans la littérature psychanalytique contemporaine relevant de la prise de conscience de cette surdétermination. Toute une partie du mouvement féminisme attaque la psychanalyse sous cet angle, faisant fondamentalement de cette discipline un outil de la suprématie des mâles. 

     Une seconde caractéristique théorie du complexe de castration est son point d'impact dans le narcissisme : le phallus est considéré par l'enfant comme une partie essentielle de l'image du moi ; la menace qui ne concerne met en péril, de façon radicale, cette image ; elle tire son efficacité de la conjonction entre ces deux éléments : prévalence du phallus, belssure narcissique.

      On peut chercher à situer l'angoisse de castration dans une série d'expériences traumatisantes où intervient également un élément de perte, de séparation d'avec un objet : perte du sein dans le rythme de l'allaitement, sevrage, défécation. Dans un texte de 1917, publié plus tard, Sigmund FREUD écrit des lignes suggestives sur l'équivalence pénis-fèces-enfant, aux avatars du désir qu'elle permet, à ses relations avec le complexe de castration et la revendication narcissique (Sur les transformations des pulsions, particulièrement dans l'érotisme anale, Revue Française de Psychanalyse, 1928, 2, n°4) : "Le pénis est reconnu avec les fèces qui furent le premier morceau de l'être corporel auquel on dut renoncer". 

      A la suite de ces théories, d'autres auteurs recherchent ces premières expériences traumatiques : A STÄRCKE (The castration complex, 1921) met l'accent sur l'expérience de l'allaitement et du retrait du sein. RANK fonde ce complexe dans un traumatisme de la naissance, FREUD lui-même restant très nuancé. Il n'entend pas accepter la thèse qui conduit à rechercher toujours plus tôt dans l'histoire de l'enfant une expérience-prototype. Il met en avant le fait que le fantasme de castration, pour exister, doit être le résultat d'une élaboration symbolique que l'organisme doit être capable de faire et de perdurer. L'angoisse de castration, ne survenant qu'à la phase phallique, est loin d'être première dans la série des expérience anxiogène. La castration est une des faces du complexe des relations interpersonnelles où s'origine, se structure et se spécifie le désir sexuel de l'être humain. C'est que le rôle que la psychanalyse fait jouer au complexe de castration ne se comprend pas sans être rapporté à la thèse fondamentale - et sans cesse affirmée par Sigmund FREUD - du caractère nucléaire et structurant de l'Oedipe.

 

    Jean COURNUT explique qu'en psychanalyse, l'expression castration est associé à d'autres termes qui le précisent et qu'il précise : angoisse, menace, symbolique, terreur, déni... et surtout complexe. La mise en place ddu complexe de castration est relativement tardive dans l'oeuvre de FREUD et s'échelonne de L'interprétation des rêves (1900) à L'analyse avec fin et l'analyse sans fin (1937). Il affirme de plus en plus le caractère structurant du complexe de castration. 

    Dans le dernier ouvrage cité, FREUD vise ce qui est pour lui l'énigme et le scandale antianalytique : les hommes ne comprennent pas que la soumission passive à un maître n'est pas l'équivalent d'une castration et les femmes n'admettent pas qu'elles sont dépourvues de pénis et que c'est leur nature. En somme, la peur de la castration chez les hommes et l'envie de pénis chez les femmes traduisent dans les deux sexes un refus du féminin (c'est-à-dire de la castration) qui est inscrit dans le "roc" du biologique. La castration sous toutes ses formes où elle parait dans la vie psychique est omniprésente, en rapport direct avec le complexe d'Oedipe, achoppant quelque peu à propos de la sexualité féminine, mais ancrée dans la différence des sexes et celle des générations. Elle n'est pas seulement un fantasme d'enfant menacé ; ce fantamse, inclus dans un complexe et dans la situation oedipienne, se montre non seulement organisateur de la vie psychique de l'individu, mais aussi prototypique de la "coupure" qui, à l'encontre de la fusion, permet l'individualisation et les processus secondaires (temporalité, succès, langage, élaboration psychique, pensée...).

Dans cette perspective, Jacques LACAN insiste sur la castration symbolique, reconnaissant au phallus sa valeur organisatrice de la différence, donc de la coupure, donc de l'ordre symbolique, tout en gardant à celui-ci son aura sexuelle spécifique de la condition humaine. Dans son sillage, Françoise DOLTO accorde une grande place au complexe de castration. Dans un de ses nombreux ouvrages où elle s'efforce de mettre à disposition de tous une connaissance de l'inconscient, prenant soin d'expliciter un vocabulaire qui peut prêter à confusion, cette dernière écrit: "Toute ma recherche concernant les troubles précoces de l'être humain s'applique à décoder les conditions nécessaires pour que les castrations données à l'enfant au cours de son développement lui permettent l'accès aux sublimations et à l'ordre symbolique de la Loi humaine. C'est cet ordre symbolique qui promeut tel specimen humain, né d'homme et de femme, doué d'un corps masculin ou féminin, à devenir sujet responsable dans une ethnie donnée, en même temps que témoin de sa culture et acteur du développement de cette culture en un lieu et un temps donnés. Tout au long de l'évolution d'un être humain, la fonction symbolique, la castration et l'image du corps sont étroitement liés. La fonction symbolique, dont tout être humain à sa naissance est doué, désirant et prénommé d'un représentant anonyme de l'espèce humaine (à quoi pourtant il se réduit dans le sommeil profond, au moment où le sujet du désir n'est pas en relation à un objet dans la réalité). C'est grâce à la castration que la communication subtile, à distance des corps, devient créatrice, de sujet à sujet, par la communication, à travers l'image du corps actuel et le langage, au cours de chaque stade évolutif de la libido."

Toujours selon Jean CORNUT, la plupart des auteurs anglo-saxons méconnaissent cette dimension anthropologique. Pour Mélanie KLEIN, le fantasme de castration reste prévalent, quoique tardif, dans l'évolution de la psychosexualité infantile, même si elle parle d'un Oedipe précoce. 

Dans les années 1920, Sandor FERENCZI et Otto RANK sont critiques par rapport au complexe de castration tandis qu'ensuite sont discutées les options freudiennes reliant la castration et le féminin.

La castration n'apparaît guère dans les préoccupations théorico-cliniques de Donald WINNICOTT, dont l'acception qu'il donne au féminin reste originale, ni dans celles de Wilfred BION, et encore moins dans les travaux de Heinz KOBUT pour qui Oedipe et castration ne sont que des événements tardifs, relatifs et contingents dans la vie psychique. 

    Une grand difficulté conceptuelle intervient dans les rapports du complexe de castration et de la pulsion de mort. Tant dans Au-delà du principe du plaisir (1920) qui ne s'attache guère au complexe de castration et développe le concept de pulsion de mort que dans Inhibition, symptôme et angoisse (1926), axé au contraire sur le complexe de castration et qui ne fait aucune allusion à la pulsion de mort, FREUD n'expose pas ces rapports. Jean COURNUT écrit alors que "En tant qu'organisateur de la vie psychique, le complexe de castration connaît des ratés, soit parce qu'il n'a pas été lui-même suffisamment élaboré pour être efficient, soit parce qu'il apparaît débordé dans son rôle. Le sujet se trouve alors en prise directe sur la désintrication pulsionnelle et soumis au pulsions de destruction. Dans les fonctionnements psychotiques, loin d'être structurante, l'angoisse de castration constitue une terreur dans le même registre que les angoisses archaïques de morcellement. En fait, il s'agit de deux plans différents. Il est indiscutable que, pour Freud, le complexe de castration est fondamentalement organisateur de la vie psychique en tant qu'étape reprenant un après-coup les angoisses et détresses antérieures, y compris les plus précoces, mais étape aussi dans la constitution du Surmoi. C'est à partir du rôle de ce dernier que s'effectueront les éventuels renoncements pulsionnels sous la pression du sentiment inconscient de culpabilité et du besoin de punition. Si ces recouvrements pulsionnels sont souvent dommageables pour l'individu, ils sont en revanche nécessaires au "processus civilisateur", c'est-à-dire à la production de la conscience et de la pensée. Ce processus est soumis, comme le sont les individus, à la dualité pulsionnelle dont on n'oublie pas qu'elle est à la fois antagonisme et une intrication des pulsions de vie et des pulsions de mort (Malaise dans la civilisation, 1930)".

 

 

 

Jean CORNUT, Complexe de castration, dans Dictionnaire international de la psychanalyse, Hachette Littératures, 2005 ; Jean LAPLANCHE et Jean-Bertrand PONTALIS, Vocabulaire de la psychanalyse, PUF, 1976 ; Françoise DOLTO, l'image inconsciente du corps, Seuil, 1992.

 

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Par GIL - Publié dans : PSYCHANALYSE
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