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16 avril 2012 1 16 /04 /avril /2012 08:34

         Une tendance récente de la littérature scientifique veut se distinguer de la pensée des relations entre hommes et femmes sous l'angle de la différence biologique des sexes pour développer des analyses faisant appel plutôt à une différence sociale des genres. Même si dans l'un et l'autre cas, il s'agit bien de comprendre des conflits entre êtres humains différenciés biologiquement et même - notamment dans les études féministes ou d'inspiration féministes -  de proposer d'autres modes de relations. L'anthropologie permet de réaliser que les relations sociales entre hommes et femmes ne proviennent pas directement de leurs différences biologiques, et une grande part de la sociologie actuelle veut délibérément marquer la différence entre ce qui relève de la biologie et ce qui relève du social, même si la plupart des auteurs (comme Françoise HÉRITIER, Masculin/Féminin. La pensée de la différence, Odile Jacob, 1996) admettent que dans la différence anatomique des sexes réside un "butoir ultime de la pensée" fondant l'opposition identique/différence à l'origine des systèmes conceptuels binaires. Indiquons que la psychanalyse, qui met en évidence les conflits entre êtres de sexes différents, jusqu'à faire parfois du conflit sexuel l'archétype de tous les conflits, constitue depuis sa fondation un moteur important des réflexions sur les relations entre hommes et femmes, que ce soit dans le prolongement ou dans sa contestation.

 

      La différence entre sexe et genre, telle qu'elle s'établit dans la plupart des oeuvres récentes (fin XXème, début XXIème siècle) est bien expliquée par Nicole-Claude MATHIEU. "L'humanité, écrit la maître de conférences à l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, fait partie des espèces à reproduction sexuée, elle a donc deux "sexes" anatomo-physiologiques qui ont pour seule fonction sa perpétuation physique : la production de nouveaux individus. Toutefois, sa caractéristique, déjà décelables chez les primates supérieurs, est la perte de l'oestrus (coïncidence chez les femelles animales entre excitation sexuelle et période féconde). D'où, pour les femmes, la possibilité de désir et coït hors risque de grossesse, mais aussi de grossesse hors désir sexuel (le viol, acte social, semble le propre de l'homme). Les sociétés humaines, avec une remarquable monotonie, surdéterminent la différenciation biologique en assignant aux deux sexes des fonctions différentes (divisées, séparées et généralement hiérarchisées) dans le corps social en son entier. Elles leur appliquent une "grammaire" : un genre (un type) "féminin" est imposé culturellement à la femelle pour en faire une femme sociale, et un genre "masculin" au mâle pour en faire un homme social. Le genre s'exerce matériellement dans deux champs fondamentaux : &) la division sociosexuée du travail et des moyens de production ; 2) l'organisation sociale du travail de procréation, où les capacités reproductrices des femmes sont transformées et le plus souvent exacerbées par diverses interventions sociales (Paola TABET, La construction sociale de l'inégalité des sexes. Des outils et des corps,  textes 1979-1985, L'Harmattan, 1998). Les autres aspects du genre - différenciation du vêtement, des comportements et attitudes physiques et psychologiques, inégalité d'accès aux ressources matérielles (TABET, 1979) et mentales (Nicole-Claude MATHIEU, L'anatomie politique. Catégorisations et idéologies du sexe, 1991), etc - sont des marques ou des conséquences de cette différenciation sociale de base. Ainsi l'extension à la quasi-totalité de l'expérience humaine de ce qui n'est qu'une différenciation fonctionnelle dans un domaine amène la majorité des êtres humains à penser en termes de différence des sexes, comme division ontologique irréductible où sexe et genre coïncident, chaque sexe-genre étant exclusif de l'autre. Mais la grammaire du genre, idéelle et factuelle, outrepasse parfois l'"évidence" biologique de la bicatégorisation - elle-même d'ailleurs problématique, comme en témoignent la complexité même des mécanismes de la détermination du sexe (PEYRE et WIELS, 1997) et les états intersexuels. Certaines sociétés autres qu'occidentales modernes et certains phénomènes marginaux de nos sociétés montrent que ni les définitions du sexe et du genre ni les frontières entre sexes et/ou genres ne sont aussi claires."

 

       En dépit d'une certaine tendance de la mouvance féministe à minorer les avancées de la réflexion et même de la diffusion dans le public des notions de genre, il faut situer des étapes dans la constitution de cette réflexion qui remonte finalement assez loin : ENGELS (1884), Margaret MEAD (1948), Viriginia WOOLF (1929) ou Simone de BEAUVOIR (1949)... contribuent, chacun dans des domaines différents à imposer des nouvelles manière de penser la division entre les sexes. Le mouvement s'est accéléré dans les années 1960, mais, il faut le préciser avec force, seulement dans les pays d'Europe et de l'Amérique du Nord, car les différenciations culturelles d'avec des sociétés dominées par d'autres forces socio-religieuses (Chine, Inde, Pays arabes...), parfois vivement exprimées, indiquent que chez elles, la pensée n'opère pas selon les mêmes chemins. Même si, du fait de l'occidentalisation, même des élites qui dans ces régions-là, bénéficient pourtant encore des fruits d'une ségrégation importante, sont atteintes par les critiques féministes (par des voies détournées souvent) de l'oppression subie par les femmes. Comme l'écrit encore Nicole-Claude MATHIEU, "les critiques féministes s'attaquèrent (dans les années 1980 et 1990), entre autres, à la naturalisation de la catégorie "femme". Face à l'amalgame bio-physio-psychologique qui la définissait et à l'occultation des rapports de pouvoir qui la constituent, il était nécessaire d'introduire des analyses, et donc des termes, montrant clairement le fonctionnement social de la catégorisation par sexe. D'où, en France, les notions de "sexe social" (MATHIEU, 1971) ; de "sexage" (Colette GUILLAUMIN, 1978) pour désigner, en référence à certaines formes d'esclavage et de servage, un système d'appropriation des femmes ("sexisme", plus restreint, référait plutôt à des attitudes) ; et l'expression, rapidement généralisée dans les pays francophones, de "rapports sociaux de sexe" correspondant à l'anglais gender relations (rapports de genre). Aux Etats-Unis, le terme genre, jusqu'alors utilisé dans des études psychologiques sur l'identité personnelle (par exemple, les travaux de John MONEY, et de STOLLER, 1968), prit une acception sociologique (par exemple OAKLEY, 1972). Et l'anthropologue Gayle RUBIN (1975) proposa l'expression sex/gender systems pour souligner l'interdépendance systémique entre les régimes matrimoniaux qui oppriment les femmes (où elles n'ont pas, sur elles-mêmes, les autres femmes et les hommes, les "droits" - privilèges de genre - que ces dernier ont sur elles et leur sexualité) et des processus économiques et politiques globaux."

La même auteure estime que se manifeste plus récemment, "depuis les années 1980", des dérives dans l'utilisation de la notion de genre :

- Le terme isolé de "genre" tend à masquer que le "sexe" fonctionne effectivement comme paramètre dans la variabilité des rapports sociaux concrets et des élaborations symboliques ;

- Même si les analyses féministes indiquent le fonctionnement du genre dans les structures sociologiques comme hiérarchique, le terme continue d'être ressenti comme anodin. Parler de gender studies fait moins trivial que women's studies ou gay and lesbian studies, plus tranquille que feminist studies. Ce qui permet de poursuivre des études sur les aspects symboliques et idéologiques du maculin et du féminin, sans référence à l'oppression du sexe féminin ;

- Les termes gender, sex, suxuality, dans les universités anglo-saxonnes notamment, ont tendance à être utilisés indifféremment ;

- A partir des années 1990, aux Etats-Unis, sur le plan culturel et des spectacles notamment, le mouvement queer tant à regrouper des comportements différents de l'hétérosexualité normative et à considérer que les catégories binaires (hommes/femmes, homos/hétéros) sont dépassées, voire "essentialistes", ce qui brouille les catégories de sexe et de sexualité . On s'intéresse uniquement aux genres en tant que représentations quasi théâtrale de chaque individu, gommant tous les aspects sociaux de la différenciation sexuelle.

Nicole-Claude MATHIEU pointe trois grands débats actuels autour des catégories de genre et de sexe :

- La "féminisation" du langage ;

- La "parité" entre femmes et hommes dans la représentation politique ;

- La contestation de la prééminence de la différence des sexes dans la famille, remettant sur le chantier la question de la filiation et de la parentalité.

 

     Erika APFELBAUM indique les ressorts de la domination de genre et les relations complexes entre domination et consentement. La domination, notion apparue dans le champ des sciences sociales avec Max WEBER (1921, étude des éléments de sa légitimité), approfondie par les économistes marxistes, est identifiée et dénoncée d'abord au sein des mouvements d'émancipation dans les années 1960. "Au-delà de la diversité des formes que prend la mise en oeuvre de chaque oppression particulière, on observe une analogie structurelle commune : les rapports de domination et les inégalités de statut sont au coeur de toute relation sociale." L'analyse de la domination coloniale, notamment chez Aimé CÉSAIRE, Franz FANON et Albert MEMMI (qui en décrit les mécanismes à travers les figures du Juif, du Noir, de la Femme, du Colonisé, du Prolétaire, du Domestique), les analyses du pouvoir de Michel FOUCAULT (1976) qui en dévoile les effets dans la sexualité, fournissent les éléments d'une problématique de la domination de genre. Ces études convergent avec les approches en anthropologie de MATHIEU (1978), de TABET (1979)..., en sociologie de GUILLAUMIN (1978)..., en psychologie sociale, d'APFELBAUM (1979)..., en psychologie, de WEINSTEIN (1968)...

Maurice GODELIER (1978) fait du consentement des dominés à la vision masculine des rapports entre les sexes, plutôt que de la violence qu'elles subissent, la composante décisive de la domination. Cette position est critiquée parce qu'elle laisse entendre (mais il n'est pas sûr que ce soit l'intention de l'auteur) une relation symétrique entre opprimée et oppresseur. Pierre BOURDIEU (1998) souligne de son côté la complicité, l'adhésion, que le, la dominée) ne peut pas ne pas accorder au dominant dans la mesure où il(elle) ne dispose pas d'autres schèmes de pensée que ceux qu'il(elle) a en commun avec le dominant, qui sont le produit de l'incorporation des modalités de la relation de la domination. La violence symbolique s'institue et s'inscrit de manière durable dans le corps sous forme de dispositions, de sorte que les interdits sociaux sont naturalisés et résistent à la prise de conscience. 

   La psychosociologue, directrice de recherche émérite au CNRS (Genre et rapports sociaux), à l'Université de Paris VIII, estime que l'accent mis sur ces relations entre domination et consentement participe des rapports même de cette domination. "L'entrée des dominés et dominées (dans les sciences sociales) a battu en brèche la fiction d'une science qui traite d'un sujet abstrait, anhistorique, représentant de la totalité de l'humanité, qui admet donc l'identité de tous, et n'analyse par conséquent que des relations symétriques. Cela explique pour une part la réticence persistante de la communauté scientifique à reconnaître aux mécanisme de domination le statut épistémologique qui leur revient dans le champ des sciences sociales."

 

      La notion de genre est soumise à de multiples analyses depuis les années 1980 après avoir été définie depuis les années 1930 comme "sexe social". Ces analyses constituent autant de critiques et de révisions des premières définitions. Comme l'écrivent Laure BÉRINI, Sébastien CHAUVIN, Alexandre JAUNAIT et Anne REVILLARD, l'histoire de la notion du genre, "du concept moderne de genre prend la forme d'une succession d'analyses s'amendant les unes des autres et le sédimentant graduellement, à partir de l'opération initiale qui a consisté à le distinguer du "sexe". Dans les années 1930, l'anthropologie américaine Margaret MEAD est la première à parler de "rôles sexuels". (Moeurs et Sexualité en Océanie) (...) Si la publication du premier tome du Deuxième Sexe par Simone de BEAUVOIR en 1949 portait déjà sur le plan théorique la distinction entre la femelle et la femme (...), ce n'est qu'à la fin des années 1960 que la psychanalyste Robert STOLLER (Sex and Gender. On the Development of Masculinity and Feminity, New Yok, Science House, 1968) introduit la distinction terminologique entre "sexe" et "genre" en séparant clairement dans ses études portant sur la transsexualité, le sexe biologique de l'identification psychologique. Dans les années 1970, les sexologues John MONEY et Anke EHRARDT insistent eux aussi sur la nécessité de différencier  strictement entre le sexe, anatomiquement et physiologiquement déterminé, et le genre, qui renvoie à l'expérience contingente de soi comme homme ou femme. (Ils) considèrent en outre qu'il faut distinguer le "rôle de genre" (gender role) - qui désigne les comportements "publics" d'une personne - et "l'identité de genre" (gender identity) qui renvoie à l'expérience "privée" que celle-ci a d'elle-même (Man and Woman, Boy and Girl, Baltimore, Johns Hopkins university Press, 1972)." Sexe et genre chez les psychanalystes et sexologues sont distingués de manière descriptive, tout-à-fait parallèlement au développement des mouvements féministes. "Avec la sociologue britannique Ann OAKLEY (Sex, Gender and Society, 1972), elle prend une charge résolument critique et s'inscrit cette fois explicitement dans le mouvement féministe. (...). Le "sexe" renvoie à la distinction biologique entre mâles et femelles, tandis que le "genre" renvoie à la distinction culturelle entre les rôles sociaux. (...)".

  Cette étape est commune à la plupart des féministes car "elle correspond à un cheminement liant l'analyse descriptive à la critique politique." La redéfinition théorique des relations entre hommes et femmes se situe à l'intérieur d'un vaste ensemble de conflits divers et variés (du droit de vote au droit de disposer de son corps) et ces conflits obligent l'ensemble du monde intellectuel à repenser théoriquement les relations entre hommes et femmes.

   Dans un second temps, la critique de la division inégale de l'humanité se trouve prise, comme l'écrit Christine DELPHY (L'ennemi principal, tome 2, Penser le genre), cette critique se trouve prise dans une seconde : la question est de savoir si quand on met en correspondance le genre et le sexe, on compare du social à du naturel ; ou est-ce qu'on compare du social avec encore du social. La philosophe Judith BUTLER (Gender Trouble, 1990) reformule l'articulation sexe/genre, en montrant comment l'opération par laquelle le "genre" est arraché à l'idée de nature contribue en retour à reformuler la division mâle/femelle comme réalité naturelle. "En effet, rapportent les mêmes auteurs, poser que le genre est la "part sociale" du sexe risque d'alimenter l'illusion qu'une fois le genre isolé du sexe, il laisse à voir un sexe biologique "vrai", "purement" naturel et donc pré ou non-social. Pour Butler, la première critique sur laquelle le concept de genre s'est construite reste ainsi empêtrée dans l'idéologie biologique : postuler la construction sociale d'un phénomène implique, comme prémisse cachée, qu'il existe une nature stable et antérieure à construire socialement."

Pour Philippe DESCOLA (Par delà nature et culture, Gallimard, 2005), "pour construire la nature en culture, il faut une nature pré-culturelle susceptible de se plier à cette construction, il faut un donné brut envisageable indépendamment des significations ou des lois qui le convertissent en une réalité sociale, il faut une précondition vouée à resurgir avec obstination chaque fois que l'on croyait, en inversant les valeurs du schème dualiste, la réduire à une représentation conventionnelle. Car si la nature était devenue intégralement culturelle, elle n'aurait plus de raison d'exister, ni la culture au moyen de laquelle ce processus est censé s'accomplir, la disparition de l'objet à médiatiser supposant l'inutilité d'un agent médiateur. Qu'elle soit naturante ou naturée, la nature réaffirme ainsi a contrario sa dominance, et la culture sa subordination." Les premières conceptualisations du genre, opposant le sexe (biologique) au genre (social) échouent donc à s'affranchir de la nature.

Thomas LAQUEUR (La fabrique du sexe. Essai sur le corps et le genre en Occident, Gallimard, 1990) va dans le même sens critique. L'historien américain analyse le passage d'un modèle antique et médiéval dans lequel les organes génitaux masculins et féminins sont considérés comme les deux pôles opposés d'un continuum à une seule dimension, à un modèle de la différence des sexes qui ne s'inventent qu'au XVIIIème siècle et dans lequel les organes génitaux des deux sexes sont perçus comme ayant chacun une nature distincte et incommesurable. Il s'agit en fait d'un débat sur la représentation d'une hiérarchisation considérée comme légitime ou illégitime, sur la permanence naturelle ou la relativité culturelle de la différence des statuts sociaux, entre dominants et dominés. Ses travaux ébranlent un pré-supposé majeur, celui d'une nase naturelle et biologique des sexes sur laquelle le genre ne pourrait que venir se surajouter.

 

  Derrière ce débat se prolonge une interrogation sur les valeurs rattachées à l'un ou l'autre sexe. Il amène à s'interroger sur le sens de la masculinité et de la féminité. Si le féminisme matérialiste situe ce débat à l'intérieur de l'ensemble social global, dans une critique de la société capitaliste par exemple et veut lier les questionnements sociaux aux questionnement sur l'identité individuelle, il semble bien qu'à travers l'institutionnalisation universitaire des réflexions, un conflit idéologique persiste sur la problématique la plus importante : problématique des rôles sociaux, problématique de l'identité individuelle. Par reprendre le point de vue de ce féminisme matérialiste, la critique du patriarcat peut être oubliée au profit d'une critique du sens de l'identité individuelle. Les féministes libéraux peuvent sembler trancher dans le sens de l'homogénéisation des droits et des devoirs des hommes et des femmes, en deça et par-delà la question de la forme politico-économique de la société ; les féministes radicaux peuvent placer, notamment à travers les luttes pour le droit des homosexuels (des deux sexes) la question individuelle avant la question sociale, quitte à ne pas se poser du tout la question sociale, il n'en demeure pas moins que le conflit intellectuel sur la définition du genre oblige à redéfinir l'ensemble des relations entre hommes et femmes.

Il ne s'agit pas d'un conflit désincarné des réalités sociales : ce débat n'a pas lieu partout et toujours et prend une tonalité plus ou moins brutale suivant les sociétés.

Il a lieu aussi sous la poussée des découvertes scientifiques et de leurs applications sociales, qui dissocient toujours plus reproduction de l'espèce et relations amoureuses entre individus. Il a lieu aussi parce que l'appareil social est en mesure d'agir directement et très vite sur la nature, qu'elle qu'en a été jusqu'ici ses transformations lentes et séculaires sous l'action humaine... La nature est une construction sociale, mais les soubassements biologiques de la vie existent bel et bien ; ils ont simplement changé aussi par la simple existence d'une humanité qui entend dominer son milieu de vie. Aujourd'hui, cette humanité se sent en mesure de manipuler - mais sans vision globale des conséquences de ses actions - jusqu'à sa propre reproduction...

La nouvelle intersexualité entrevue ne se limite pas à une possible inversion des rapports de force entre les genres.

On reprend ici nos quatre auteurs : 'La distinction entre le sexe et le genre ne saurait rendre simplement compte d'une distinction entre du "physique" et du "social". Le genre peut être défini comme le rapport social divisant l'humanité en deux sexes distincts et hiérarchiquement articulés en dehors desquels il semble que rien ne puisse exister. En vertu de cette définition, le sexe apparait comme le "produit" du genre, comme le résultat d'un système de division qui renforce continuellement sa pertinence en donnant à voir les sexes comme les éléments naturels et pré-sociaux constitutifs du monde dans lequel nous vivons. En contrepoint, on a montré le fonctionnement de cette perception "naturelle" en décrivant comment la biologie elle-même contribue à la naturalisation de ce qu'elle prétend décrire, masquant par là même l'acte d'unification de nombreux marqueurs physiques par lequel le sexe est constitué et rendu pertinent dans nos sociétés. Le genre peut être décrit comme une idéologie, une "fausse conscience" dont la critique amène nécessairement à des positionnements politiques particulier : faut-il abolir le genre? Faut-il le subvertir? Peut-on le transformer? Les questions historiquement posées par les groupes dominés et les minorités sexuelles sont aujourdh'ui des questions posées à l'ensemble de la société et dont le législateur se saisit de plus en plus fréquemment."

 

Laure BERENI, Sébastien CHAUVIN, Alexandre JAUNAIT et Anne REVILLARD, Introduction aux Gender Studies, Manuel des études sur le genre, De boeck, 2008 ; Erika APFELBAUM, article Domination, Nicole-Claude MATHIEU, article Sexe et Genre, dans Dictionnaire critique du féminisme, Sous la direction d'Hélena HIRATA, Françoise LABORIE, Hélène Le Doaré et de Dénaièle SENOTIER, PUF, 2007.

 

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Published by GIL - dans SOCIOLOGIE
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