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10 mars 2012 6 10 /03 /mars /2012 18:22

          Les conflits familiaux constituent une grande partie de l'activité du système judiciaire et une source... d'enrichissement assez importante des avocats. Il s'agit soit des procédures de divorce, qui durent souvent pendant de longs mois ou nettement moins souvent des violences internes aux familles, violences conjugales ou violences contre les enfants.

La famille se présente comme un système (tout système étant ici un ensemble d'éléments en interaction régi par des règles, dans lequel une modification d'un des éléments entraîne une modification de tous les autres) institutionnalisé (le mariage constitue un acte civil de premier plan, et les autres formes d'union ont tendance à prendre la même forme, comme le PACS par exemple) relativement stable (car malgré le nombre des divorces, la règle reste encore la pérennité de l'union) qui secrète des règles et des rapports de places préétablis (souvent sur la base biologique en ce qui concerne les relations entre parents et enfants, même après la séparation des membres du couple) et des normes relationnelles (le système tend, même avec des modifications, à garder la même logique juridique). A l'intérieur de ce système et dépendant de lui, le couple et la fratrie forment des sous-systèmes qui ont à gérer des problématiques spécifiques (Dominique PICARD et Edmond MARC). Nous pouvons distinguer, dans la répartition des conflits relationnels entre le système familial, le couple, la relation parent-enfant, qui varie suivant les sexes et la fratrie (les enfants entre eux surtout).

 

       Le système familial peut varier suivant les cultures, mais il secrète  un mode de relation spécifique, plus ou moins autoritaire. Toutes les cultures possèdent leur propre modèle familial. En France au siècle dernier, les familles s'organisent sur un mode patriarcal fondé sur des valeurs de respect, d'obéissance à l'autorité et de solidarité obligatoire entre les membres ainsi que sur la différenciation des sexes et des rôles : autorité dominante du père, fonction nourricière de la mère. A partir de ce modèle culturel, chaque famille élabore ses variantes personnelles. Les familles se structurent toutes aussi autour d'une sorte d'idéologie de référence, un "mythe familial" (identifié par l'école de Palo Alto, condensé de valeurs et de traditions ayant pour fonction essentielle d'orienter les comportements et de cimenter l'appartenance groupale) auquel les membres sont, souvent à leur insu, poussé à se conformer. Comme tout système, la famille présente une tendance à l'homéostasie (la comparaison étant souvent faite avec un système biologique) et cette tendance doit composer avec la nécessité de changement. Ainsi, pour maintenir un contact satisfaisant, avec plus ou moins grande souplesse, avec leurs enfants qui grandissent, les parents adaptent (parfois ils s'adaptent trop lentement...) leur comportement aux besoins de chaque âge, redistribuant les responsabilités et modifiant les marques d'attachement. Souvent, dans une société en mouvement perpétuel et aux aléas économiques multiples, un changement peut provoquer de graves perturbations lorsqu'il atteint les fondements du système et engendrer des conflits importants. Les événements internes à la famille - naissance d'un nouvel enfant, décès, déficience brusque d'un ou des parents, peuvent menacer tout l'édifice familial. Lorsque n'interviennent que peu d'événements dramatiques (économique ou social), c'est surtout l'arrivée d'un nouveau-né qui ravive les conflits (surtout un troisième...) entre les différents membres de la famille qui cela remet en cause toute sorte d'identifications et de construction des rôles, ou dit plus franchement, cela modifie les rapports de force entre les personnes : les alliances relationnelles des membres féminins et des membres masculins, le rapport mère-fils, père-fille...

 

     Vu du couple, les conflits sont souvent perçus comme des perturbations du lien interpersonnel (J-C KAUFMAN, Agacements : les petites guerres des couples, Armand Colin, 2007). Chacun possède une vision du couple "idéal" remis en question, et d'un point de vue moins fréquemment adopté (les écrits sur et pour l'harmonie du couple sont légion...), nous pouvons voir dans le conflit un reflet de la structure profonde de ce lien interpersonnel, et en même temps un moyen utilisé pour l'entretenir et le renforcer. Ce point de vue s'appuie souvent sur la notion de "jeu" issue de l'analyse transactionnelle. Par ce jeu relationnel, les motivations psychologiques des partenaires peuvent s'articuler dans de multiples situations. Souvent, les couples vivent dans l'illusion d'avoir bâti une culture commune alors que chaque conjoint reste souvent un pur produit de sa culture d'origine, nationale, ethnique ou familiale, ou encore de classe, mais cela se bâti dans la durée précisément par de multiples compromis dans le jeu relationnel, compromis qui peuvent être favorisé par des occupations professionnelles, politiques ou de loisirs (souvent séparément, parfois partagées), qui rendent moins fréquentes et moins prégnantes les occasions de disputes. C'est d'ailleurs au moment de la retraite, où ces occupations disparaissent ou s'atténuent, que les conflits peuvent apparaître plus aigus. Plus l'autorité paternelle ne fait plus office de référence, plus les modalités de ce jeu relationnel deviennent nécessaires pour le maintien du couple. Le passage d'une culture autoritaire à une culture "participationnelle", en comptant sur le fait que les diverses générations n'en ont pas la même habitude, peut se révéler très compliqué, car il s'agit, globalement, tout de même, de l'émergence de la femme comme acteur du couple à part entière.

 

    Vu de la fratrie, les rapports interpersonnels apparaissent essentiellement structurés sur le mode de la rivalité, voire de la jalousie plus ou moins tempérée. Les frères et soeurs, dans la situation de monopolisation "naturelle" de l'attention des parents, pour l'enfant, sont avant tout des concurrents. Pour attirer vers eux l'attention des parents, les enfants peuvent aussi bien jouer la carte du conformisme (en étant le meilleur, l'exemplaire dans l'obéissance aux préceptes parentaux), que celle de la déviance (celui qu'il faut tout le temps surveiller). Ceci dans le cas où l'autorité parentale est réelle, la psychanalyse ayant observé ces comportements dans les familles de tendance patriarcale. Mais en fait, dans une société où le conflit de générations est fort, où les contacts physiques avec les parents s'effilochent, où des substituts médiatiques remplacent des parents absents, pour de multiples raisons, le leadership familial n'est pas l'apanage des seuls parents. Ce qui se vérifie dans le mode de consommation des biens et services de la famille, est parfois le résultat tout simplement d'un déplacement de rapports de force où l'enfant peut jouer, suivant les moments, dans les conflits entre père et mère. Et chaque frère et soeur peut se livrer également, de manière quotidienne, à ce jeu relationnel. 

Le propre de la fratrie (qui commence à deux enfants) est que les enfants n'ont pas le même âge et souvent pas le même sexe, dont pas le même sexe, donc pas la même maturité au même moment. Des différenciations se font donc jour entre "grands" et "petits", provoquant jalousie, clivage et compétition. Alors que traditionnellement, l'aîné pouvait jouer un rôle dynamiseur et modélisateur, le brouillage continuel des rôles, par l'intervention d'acteurs extérieurs à la famille (l'école, les médias, ou simplement d'autres parents ou des amis...) peut multiplier les occasions de frictions, dans le partage des lieux communs de la maison, multipliant les conflits territoriaux. Ce brouillage est l'occasion pour chacun des enfants d'apprendre bien davantage sur les relations sociales qu'auparavant, sauf qu'il peut avoir un effet déstructurant, si l'autorité parentale n'est pas là pour établir des interdits, notamment dans l'utilisation de la violence. Si les parents ne s'entendent pas, cela est presque une banalité de l'écrire, les enfants non plus, non par simple mimétisme, mais tout simplement parce qu'ils ont en face d'eux des comportements qu'ils peuvent juger incohérents ou faciles à contourner... pour continuer des disputes entre frères et soeurs, sans l'oeil des parents... La spirale des conflits familiaux peut mêler des considérations pseudo-adultes et des désirs plus ou moins conscients, dans un méli-mélo vite incontrôlables... L'attention vigilante réclamée de la part des parents par quantité de manuels n'est pas forcément la règle (on peut même penser que les succès littéraires sont directement proportionnels aux difficultés de mettre en oeuvre une attention...).

L'attention vigilante dont se teintent dans les meilleurs cas (ils existent...), les rapports même affectueux entre frères et soeurs conduit également, surtout dans les familles nombreuses, à l'établissement d'alliances et de coalitions ayant pour but d'éliminer un rival ou d'étendre sa propre influence. Il est frappant de constater que les frères et soeurs devenus adultes privilégient encore souvent un frère par rapport à un autre, comportement qui font échos à ces alliances et coalitions.

 

    Dans la littérature consacrée à la famille, de manière globale, nous pouvons distinguer une sociologie de la famille proprement dite, qui s'intègre dans une sociologie générale (sur le plan universitaire,, notamment) surtout francophone et une sociologie du genre, surtout anglophone (dont les auteurs universitaires se situent dans des départements à part, les gender studies). Les concepts les plus éclairants sur les violences conjugales proviennent pour l'essentiel d'Amérique du Nord, car en France par exemple, la lutte contre celles-ci étant menées par une poignée de militantes de la cause féminine, le monde de la recherche ne s'y intéresse que peu (Nadège SEVERAC) jusqu'aux années 1980 voire 1990. Les problématiques s'articulent autour des sentiments et des faits de violences dans le couple, exercées contre les femmes, et non à partir d'une étude de l'ensemble des conflits familiaux. 

   Les chercheurs nord-américains s'efforcent de théoriser la violence, ses effets, la manière dont elle s'exerce, dont elle s'apprend, et de modéliser la violence conjugale en tant que dynamique interpersonnelle (DOBASH et DOBASH, Violence against wives : a Case against the Patriarchy, New York, Free Press, 1979). L'une des représentations les plus connues consiste en un cercle, au centre duquel est exprimée la véritable nature de la relation conjugale qui est "pouvoir et contrôle". A la circonférence sont indiquées les formes les plus dures de violence, physique et sexuelle, tandis que les rayons du cercle déclinent des formes moins repérables : intimidation, culpabilisation, dévalorisation, isolement... Il s'agit de montrer que c'est en usant d'une multiplicité de violence, sous la forme du continuum, que l'auteur de violences peut établir un contrôle sur les agissements de sa compagne et, au final, asseoir son pouvoir sur elle (E PENCE, M PAYMAR, Education Groups for Men who batter, The Duluth Model, New York, Springer, 1993).

   La psychologue Leonore E WALKER (The Battered Woman, New York, Harper & Row, 1979) modèle le "cycle de la violence" qui montre une dynamique marquée par trois phases successives décrites de nos jours dans de nombreux ouvrages, y compris dans la sphère francophone :

- montée de la tension au fil du quotidien ;

- décharge de la tension lors du passage à l'acte ;

- culpabilité de l'agresseur qui quête le pardon de la victime et lui promet de changer.

La victime le croit le plus souvent, permettant aux conjoints de se retrouver pour une lune de miel et de recommencer... Avec le temps, la violence s'intègre à la vie conjugale et l'auteur ne cherche plus à être excusé : le cycle reprend une forme binaire et tend à se reproduire plus rapidement, impliquant des actes de plus en plus graves, dessinant ainsi une spirale qui risque de se terminer par la mort de la victime. D'autre part, la psychologue américaine remarque que les femmes rencontrées dans ses enquêtes semblent avoir perdu la croyance qu'elles puissent se soustraire à la relation violente, tout en développant des capacités de survie consistant notamment à minimiser et banaliser la violence subie. Elle forge le concept de syndrome de la femme battue, à partir d'une expérimentation de psychologie sociales qui montre que la confrontation répétitive à la violence amène le sujet à intérioriser un sentiment d'impuissance, en même temps qu'à adopter une position permettant de réduire autant que possible le risque de subir à nouveau la violence. Son modèle est massivement adopté par nombre d'intervenants sociaux qui y trouvent une clé de compréhension décisive à la difficulté de faire maintenir par les victimes leurs plaintes, notamment auprès de la police. Ce modèle du harcèlement moral et d'emprise est repris plus tard (vingt ans après...) par des auteurs français comme Marie-France HIRIGOYEN (Le harcèlement moral. La violence perverse au quotidien, Syros-La Découverte, 1998 - Femmes sous emprise. Les ressorts de la violence dans le couple; Oh! Editions, 2005). Ce modèle est d'ailleurs ensuite étendu dans d'autres domaines de la sociologie, notamment de la sociologie du travail.

   Les débats autour de la violence conjugale n'ont pas seulement (et parfois pas principalement) une dimension intellectuelle (sociologie) mais une tonalité directement politique. Ils partent de sociétés ayant déjà effectués une révision du modèle patriarcal (en droit, mais surtout psychologiquement) et entretiennent de vives batailles idéologiques, notamment parce que, sur un même espace politique, se juxtaposent des familles dont les mentalités ne sont pas les mêmes, et où la tolérance face à l'utilisation de la violence (souvent cachée à l'extérieur) n'est pas non plus la même. De plus, l'évolution des mentalités quant aux rôles de la femme et de l'homme dans le couple, se poursuit, et ce, de manière non linéaire. 

     La violence conjugale constitue une nouvelle entrée pour un débat sur la domination masculine, comme l'écrit Nadège SEVERAC. Les psychologues apportent des contributions décisives (avec des répercussions non négligeables sur le droit) à la connaissance de la violence conjugale qui complètent l'explication féministe. Il ne s'agit pas de dire, pour la majorités des féministes, et des psychologues également, que les victimes le seraient en raison d'un profil type (contre la tentation d'ailleurs de ministères allant vite en besogne répressive contre ces violences) dont les recherches montrent l'inexistence (WARDELL, GILLESPIE, LEFFLER, Science and violence again'st wives, dans The Dark Side of families, Berverly Hills, Sage Publication, 1983) , mais d'améliorer la compréhension et les réponses à apporter à la violence conjugale.

     La figure de l'agresseur est davantage sujette à débat. En France, Les hommes violents (1991), du sociologue Daniel WELZER-LANG constitue une référence, mais la question n'est pas celle de l'existence de caractéristiques psychologiques d'un bourreau, mais celle de l'interprétation du rôle de celles-ci dans la violence conjugale. Deux anthropologie semblent s'opposer :

- la première, privilégiée par les tenants d'une analyse en termes de rapports sociaux de sexe, voit en l'homme violent avant tout un dominant, un homme comme les autres, tous étant des "prédateurs en puissance" (WELTZER-LANG). Comme le fait Pierre BOURDIEU (La domination masculine, Actes de la recherche en sciences sociales, n°84, 1990), elle analyse la virilité en tant que privilège qui se paie de tensions et de contension permanentes, parfois poussées jusqu'à l'absurde et de la peur de déchoir : autrement dit, dominer l'autre requiert avant tout de se maîtriser soi-même, ce qui n'est pas sans sacrifice. 

- La seconde appréhende l'homme violent comme un homme souffrant. L'analyse de nombreux psychologues s'attache à comprendre le lien entre ses comportements et ses représentations internes, son ressenti, marqués par une estime de soi très négative, de dévalorisation et d'impuissance. Les éléments d'explication mettent en évidence l'existence d'un syndrome de stress post-traumatique, de dépression et de troubles anxieux, fréquemment associés à des expériences adverses auxquelles certains sujets ont été confrontés dans leur premie enfance. De nombreuses études se penchent sur ces cas de parents ayant été soumis dans leur enfance à des maltraitances (WALKER, 1979 ; ROSENBAUM, O'LEARY, Children, the inattended victmes of marital violence, American Journal of Orthopsychiatry, n°51,1981 ; TELCH, LINDQUIST, Violent versus, nonviolent couples : a comparison of patterns, Psychotherapy n°21,1984 ; DUTTON, De la violence dans le couple, Bayard,1996). Les chercheurs soulignent le caractère complexe de la violence conjugale. Les recherches dont l'objet est l'évaluation de l'efficacité des programmes de prise en charge d'auteurs de violence peinent à mettre en évidence les leviers d'efficacité, les populations où s'expriment les comportements violents étant très hétérogènes ; seuls sont mis en évidence l'importance de la précocité de l'intervention, de la coordination entre acteurs sociaux et judiciaires et de la durée, souvent trop brève des programmes (EDLESSON, 2008).

Les débats sont vifs entre les psychologues qui mettent l'accent sur ces parcours d'hommes violents et certains féministes qui estiment, qui conférant un statut déterminant aux logiques de pouvoir et d'exploitation de la femme, excluant d'autres approches pertinentes.

Ainsi SINGLY (1993) estime que le droit de s'aimer et de s'allier au conjoint de son choix compte parmi les conquêtes constitutives de l'émancipation individuelle moderne, y compris dans une dimension de plus grande égalité entre les sexes. Comprendre ce qui se joue dans la violence conjugale requiert la compréhension des enjeux spécifiques de la relation conjugale contemporaine. Or, aujourd'hui, les conjoints ne s'unissent pas dans une logique d'échange de "services" (comme dans la sphère marchande), mais avec des attentes mutuelles de réalisation de soi (BOZON, Sociologie de la sexualité, Nathan,  2002). Ce qui circule relève du registre du don qui, en exprimant "la force du lien" (GODBOUT, CAILLÉ, L'esprit du don, La Découverte, 1992), produit un type de richesses particulier consistant en estime de soi (SINGLY, 1996). En effet, un conjoint fortement "présent" est perçu comme un conjoint très attaché à son partenaire, ce qui dit quelque chose de la valeur de ce partenaire : être aimé, c'est être estimable.

Si le couple contemporain demeure un lieu à risque à l'égard de la violence, ce que aurions plutôt à formuler autrement : si le couple contemporain connaît toujours des formes de conflits, c'est pour des raisons différentes que par le passé : moins parce que les conjoints ont des statuts inégaux légitimant pouvoir et violence masculine, que parce que les attentes sont extrêmement fortes et les frustrations d'autant plus éprouvantes que c'est le sentiment de sa propre valeur que chacun engage (COUTENCEAU, Amour et violence. Le défi de l'intimité, Odile Jacob, 2006). Par ailleurs, si les études se concentrent sur une sorte d'idéal-type du couple contemporain où la recherche du bonheur mutuel est le motif de l'union, il ne faut pas oublier que perdure d'autres modèles de couples, tant dans les pays occidentaux qu'ailleurs, où la parentèle intervient bien plus dans les mariages. Cela peut créer des confusions dans l'esprit des partenaires quant aux attentes pour le futur. Egalement, le fait que la parentèle intervient de moins en moins dans ces affaires, rendent les enjeux personnels plus vivaces. 

La nouvelle configuration (le couple contemporain) s'assortit de deux caractéristiques :

- la première est que les différences d'investissement peuvent donner lieu à d'intenses conflits (plus intenses que lorsqu'il s'agissait surtout d'intérêts entre familles), au cours desquels hommes et femmes peuvent recourir à la violence, y compris physique, pour amener l'autre là où ils veulent, et/ou pour lui faire payer la souffrance endurée (SÉVERAC, 2003). Cela n'empêche pas que les couples conservent majoritairement un mode de régulation en forme de négociations (KELLERHALS et collaborateurs, 2004 ; KAUFMAN, 1992, 1995 ; MARTUCELLI, Forgé par l'épreuve, Armand Colin, 2006), ce qui implique qu'ils parviennent à effectuer un travail en commun pour parvenir à "désamorcer" ou circonscrire le recours à la violence (SÉVERAC, 2003, 2005). Former un couple dont les membres ne font pas que coexister mais sont en relation constante exige de chacun un travail sur les différences qui doit permettre la compréhension au quotidien (BERGER, KELLMER, Le mariage et la construction de la réalité, Dialogue n°102, 1988), comme la résorption des crises ;

- la seconde est que les ajustements entre conjoints requièrent des ressources complexes, de souplesse psychique et de compétences réflexives et verbales (SINGLY, 2000), bien supérieures aux époques et aux lieux où l'autorité est dévolue (qu'il ait tort ou qu'il ait raison dans ses décisions) uniquement et une fois pour toute au père de famille, avec le soutien de toute la parentèle. Dans ce couple moderne, la victime de situations n'est plus forcément la femme dont le statut d'égalité avec l'homme est de plus en plus souvent reconnu.

 

Nadège SÉVERAC,  article Couple, dans Dictionnaire de la violence, PUF, 2011 ; Dominique PICARD et Edmond MARC, Les conflits relationnels, PUF collection Que sais-je?, 2008.

 

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Published by GIL - dans SOCIOLOGIE
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commentaires

Swiss Life Mutuelle 14/03/2012 12:48

C'est un affaire compliqué

GIL 14/03/2012 13:05



Le fait que ce soit une affaire compliquée ne dispense pas d'essayer de la comprendre... Une mutuelle devrait savoir cela...



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