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6 décembre 2010 1 06 /12 /décembre /2010 14:17

                        L'idée de reconversion est apparue au moment du boom économique des années 1950-1960 et se plaçait dans la perspective d'une plus grande efficacité du système économique, mais sans bouleversements structurels. sachant que la reconversion était techniquement possible - elle avait été expérimentée amplement pour l'industrie automobile après la première guerre mondiale - et conscientes des problèmes posés par l'existence des complexes militaro-industriels, des économistes comme Seymour MELMAN (University of Colombia) avaient avancé le principe de l'economic conversion. Pour l'école d'économistes libéraux comme l'auteur de L'économie de guerre permanente, le militarisme est malsain dans le système capitaliste, car il détourne des ressources énormes à des fins non productives. Aberration économique, facteur "anti-économique" par essence selon eux, le militarisme devait être évacué du capitalisme, moyennant l'adaptation de celui-ci.

Malgré ses limites, cette conception permit de franchir plusieurs pas importants aux Etats-Unis, notamment avec la création de l'OEA, les propositions de loi du sénateur Mc Govern en faveur de la reconversion, les prises de positions de certains syndicats, dont la puissante United automobile and Aerospace Workers et l'International Association of Machinistes.

            Pourtant, cette position parait difficile à soutenir, selon plusieurs auteurs radicaux, sans une critique radicale du système capitaliste. Elle reposerait sur une sorte de rêve : le capitalisme serait disposé à accepter une transformation radicale d'un outil industriel source d'énormes profits, qui lui permet, selon eux, en même temps de défendre les sources d'approvisionnement en énergie de par la monde, dont il tire une partie considérable de sa puissance et d'autres profits tout aussi considérables. D'ailleurs, une résistance farouche d'entreprises du complexe militaro-industriel américain montre que plutôt que d'opérer une reconversion pour percevoir "les dividendes de la paix", il met en avant la nécessaire disposition d'un potentiel prêt à fonctionner en cas de nouvelle guerre. C'est d'ailleurs ce qui s'est passé dans les années 1970, lors du processus de préparation à la guerre du VietNam

              L'idée de "Peace Reconversion" apparut dans les années 1970 et fut développée principalement par Paula GEISE, un militante du "New American Movement". Il ne s'agit plus de réorienter l'économie de guerre permanente - pour reprendre la phraséologie des mouvements pacifistes ou de paix - vers une économie civile, de transférer les capacités de production militaire vers des objectifs civils, mais d'opérer un transfert de pouvoir des élites dirigeantes vers les travailleurs. L'idée de transférer le pouvoir a été également développée en France par les recherches théoriques d'André GORZ, écrivain d'inspiration marxiste, qui insiste sur les finalités de la production. (Nos armes, la crise et le mal-développement).

                 Par la suite, de nombreuses institutions nationales et internationales ont repris à leur compte la notion de reconversion, suivant des fortunes assez diverses. Par exemple, juste après la guerre froide, le ministère de la défense français augmenta ses efforts dans le sens de la reconversion, suite aux baisses programmées du budget militaire, surtout sous l'angle du retour à la vie civile de professionnels de l'armement et de l'armée, à cause des dégonflements importants des effectifs. L'UNIDIR, organe de l'ONU multiplia les études et les propositions, appuyant de nombreux programmes de reconversion (Russie, Europe de l'Ouest). Tous ces efforts semblent marquer le pas depuis le début des années 2000, où l'on assiste au contraire à un accroissement de dépenses militaires et du commerce des armements.(UNIDIR, 2001).

 

                             On peut définir la reconversion, en reprenant les propos d'un syndicaliste français de l'armement (Jo DJEVELEKIAN), comme "la transformation des activités industrielles touchant aux armement en des activités civiles." Il constate tout d'abord que le transfert à l'inverse "s'effectue presque "naturellement" lorsqu'un pays entre en guerre : c'est la mobilisation industrielle". "Ce transfert industriel du civil vers le militaire s'effectue sous la pression des événements ; le peuple et les travailleurs ne trouvent rien à redire. Mais lorsque l'on examine la question du transfert du militaire vers le civil, le problème est bien évidemment différent. On se place dans une situation de non-guerre, dans un contexte socio-économique classique. Il faut examiner les conséquences sur l'emploi, quantitativement (compression des effectifs) et qualitativement (déqualification, sous-traitance, production accrue, etc)." Les syndicats français (CFDT, CGT), vu l'importance du complexe militaro-industriel dans leur pays, font preuve d'une grande prudence lorsqu'ils abordent la question de la reconversion, les uns préférant discuter de diversification des activités (réorientation de certaines capacités vers l'économie civile), les autres plus offensifs sans doute, mettent l'accent sur la faisabilité de la reconversion de pans entiers de l'économie militaire. Dans les deux cas, il importe que les travailleurs ne soient pas les perdants d'une restructuration économique, comme ils l'ont été avec les industries sidérurgiques. Toute reconversion qui s'effectue sans les travailleurs se réalise en fait contre eux.

                                         Cette prudence n'est pas du tout partagée par les composante du Peace Movement, comme Bruce BIRCHARD qui entendent placer le processus de reconversion sous une planification concertée et non pas aux mains des mêmes gouvernements et corps constitués qui gèrent l'économie de guerre. 

                                              A un niveau plus global, les institutions internationales comme l'ONU placent toute perspective de reconversion dans le cadre d'une réorientation du développement au niveau mondial. La lutte contre les dépenses militaires et les proliférations d'armements passent par la mise en place, au niveau gouvernemental et au niveau régional, de véritables plans de conversion à moyen et long terme. 

 

                             Richard PETRIE, faisant le point au début des années 1990 sur les reconversions, note 6 réponses des entreprises confrontées à la réduction des budgets militaires :

- le développement des exportations d'armes, même si c'est au prix d'un accroissement considérable de l'offre, à des prix très bas ;

- la restructuration, qui implique de réduire le volume de la production par la mise à pied des salariés, la vente ou la fermeture d'usines ;

- la spécialisation, qui conduit à resserrer l'éventail des produits fabriqués, à identifier des niches à l'abri des coupures budgétaires ou des créneaux à forts potentiel de profits. Cette démarche, utilisés par les petites et moyennes entreprises, ne va pas sans licenciement et fermetures de sites ;

- le développement de technologie génériques, susceptibles de donner lieu à des applications civiles. Il suppose la recherche d'une "dualité" civile des produits militaires, notamment en termes de coûts et de marché ;

- la diversification. Multiple (militaire-civil, militaire-militaire), cette approche a souvent abouti à des échecs. Elle n'en conserve pas moins un intérêt certain à moyen et long terme ;

- la conversion fondée sur le transfert d'activités du militaire vers le civil. Elle pose de nombreux problèmes culturels et économiques. En effet, ni le management, ni la recherche-développement, nu même les infrastructures ne correspondent aux impératifs commerciaux et technologique des produits civiles.

  Les deux processus qui nous intéressent ici, la diversification et la conversion, s'opèrent avec de grandes difficultés et de manière plus ou moins bien planifiée suivant les régions et les secteurs concernés.

 

     Richard PETRIE, la conversion des industries d'armement, Les Amis d'une école de paix à Grenoble, 1993 ; Bruce BIRCHARD, Qu'est-ce que la reconversion? dans Le droit au travail utile, Concertation Paix et Développement, 1980 ; Jo DJEVELEKIAN, Les travailleurs et la reconversion, dans Alternatives non violentes n°41, Eté 1981 ; Gilbert GIRONDEAU et Jean-Louis MAISONNEUVE, Nos armes, la crise et le mal-développement, 1985.

 

 

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