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10 février 2012 5 10 /02 /février /2012 09:26

             Même si l'essentiel de la littérature musulmane est tournée vers l'exégète ou plutôt la paraphrase de versets du Coran et des commentaires de la Hadith, il existe depuis les origines, un ensemble de réflexions, toujours dans la sensibilité religieuse, qui relève d'une pensée rationnelle, critique, distante des textes, en prise directe avec les conditions mêmes de l'émergence de l'Islam. Gardons à l'esprit que si le polythéisme domine largement son berceau, des communautés grecques, chrétiennes et juives y sont établies depuis longtemps et influencent l'essence même de la religion musulmane. Avant le bridage par les pouvoirs en place de la réflexion ouverte vers le XIIIème siècle, une grande partie de cette réflexion tourne autour du jadal, comme celle d'AL-BAJI (Kitab al-Minhaj fi Tartib al-Hijaj).

Ce dernier explique dans son traité, paru au XIème siècle, que convaincre par le jadal est l'arme la plus efficace qu'ai employée le Prophète pour prêcher et accroître le nombre de ses fidèles. Cet art du jadal, mais en parallèle avec le jihad dont il lui est supérieur, opère en se fondant sur l'hypothèse que le cerveau humain fonctionne rationnellement et qu'une fois que vous avez convaincu quelqu'un en le menant, via une cascade d'arguments stratégiquement ordonné, à adopter votre opinion, vous l'avez gagné à votre cause. Fatema MERNISSI écrit que "au cours des siècles les plus brillants de la civilisation islamique, l'art du jadal a doté les musulmans d'une riche littérature dite du nazar (contemplation) et des khilafiayat (opinion discordantes, représentée par des auteurs tels que AL-GHAZALI (mort en 1111), IBN AL-QASSAR (mort en 1007) et IBN AL-SA'ATI (mort en 1295). Un autre genre que l'on relie souvent à la littérature du jadal, est constitué par les Adad al-Baht, "manuels pratiques de conversation polie", qui explorent les détails du langage corporel et des astuces théâtrales permettant à chacun, dans une optique de pouvoir, d'améliorer ses dons communicationnels. On peut mentionner, parmi les "stars" du genre, IBN'AQIL (mort en 1119) et SAMARQUANDI (mort en 1657). 

 

         Si cette pensée rationnelle, après avoir influencé l'Occident, alors très en retard sur le plan technique, s'étiole progressivement pour quasiment disparaître pendant de longs siècles, c'est que le monde musulman, en proie à d'incessants conflits politiques, se laisse gagner par plusieurs peurs, la peur de l'étrange Occident, la peur de l'imam, la peur de la liberté de pensée, la peur de la démocratie, la peur de l'individualisme... (Fatema MERNISSI).

Le choc avec l'Occident chrétien, les Croisades... ont contribué à colorer l'Islam au jihad plutôt qu'au jadal. L'Islam est "probablement la seule religion monothéiste dont l'exploration scientifique est systématiquement découragée, pour ne pas dire interdite, car un Islam rationnellement analysé est difficile à mettre au service des despotes.

En tout cas, l'histoire musulmane dont nous disposons est celle commandée par les vizirs pour les besoins des palais des khalifes." Pourtant, la tradition rationaliste a eu ses défenseurs et ses martyrs, le courant le plus connu étant celui des Mu'tazila qui posent le problème du qadar, le destin, celui de la responsabilité de l'homme pour ses actes. Ils furent combattus par les détenteurs du pouvoir qui les condamnèrent en tant que falasifa (philosophes) qui "polluaient" l'Islam en y introduisant le patrimoine humaniste grec.

"Les Mu'tazila ont été fustigés, décriés dès les premiers siècles comme étant au service de l'étranger et propagateurs des idées de l'ennemi. En tant que tels, ils ont été reniés comme mulhid (athées) qui pervertissaient la foi. Cette chasse à l'esprit humaniste qui a commencé avec les Mu'tazila, sous le prétexte qu'ils importaient des idées étrangères, s'est poursuivie à travers les siècles, et elle continue encore aujourd'hui. Si ce n'est que les Grecs ont étendu leur aire d'influence et que c'est l'Occident dans sa globalité qui est condamné, comme terrain d'emprunts, d'échanges et d'enrichissement culturel. Le principe reste pourtant le même : depuis quinze siècles, les politiques censurent les intellectuels qui font la synthèse des traditions humanistes en les accusant d'amputer l'Islam de ses emprunts universels et en qualifiant de polluant ce qui crée la dynamique même de toute civilisation, sa capacité à assimiler et à utiliser les idées et les acquis nouveaux de l'esprit humain." Fatema MERNISSI distingue dans les oppositions à cette sorte d'obscurantisme, une tradition frondeuse représentée par les Kharedjites et une tradition rationaliste représentée par ces Mu'tazila et la revendication du Ra'y.

La tradition frondeuse est "l'une des plus primitives que nos sociétés ont connues. Les Khawaridj ont pose, dès les premières années qui ont suivi la mort du prophète, la question de savoir si on doit obéir à l'iman quand il ne protège pas vos droits. Doit-on obéir aveuglément ou doit-on se fier à son propre jugement? Ils ont répondu endisant qu'on n'est pas obligé d'obéir, on peut "sortir" (kharaja) de l'obéissance. Et sortir est donc le titre qu'ils ont revendiqué et qui est resté collé à tout démarche contestataire : "Toute personne qui sort de l'obéissance de l'iman juste que la communauté a désigné s'appelle Khariji (sortant)" explique SHAHERESTANI (Les dissidences en Islam, Claude Valet, Geuthner, 1984). le slogan des Khawaridjj (ou Kharedjites) était "La Hukma Illa Lillah" (Le pouvoir n'appartient qu'à Dieu) ; il sera utilisé pour la première fois contre le quatrième calife 'ALI et mènera à son assassinat par des terroristes dépêchés par cette secte en l'an 40 de l'hégire (661). C'est ce même slogan qui condamnera des centaines d'imans, de dirigeants musulmans, dont le dernier fut le président SADATE d'Egypte. La contestation politique a démarré en Islam comme la condamnation du chef, et c'est cette tradition frondeuses qui va lier contestation et terrorisme. Ces Khawaridj qui terrifièrent les populations musulmanes des siècles durant furent ainsi les fondateurs du terrorisme comme réponse à l'arbitraire". "Plusieurs sectes kharedjistes prônèrent l'anarchie comme solution : se passer de chef doit être envisageable (Qadi 'ACHMAOUI, L'islamisme contre l'Islam, La Découverte, 1989). C'est ce que la secte des Najadat, une des plus extrémistes prêcha : "Les Najadat étaient d'accord pour dire qu'en fait les gens n'ont vraiment pas besoin d'un iman. Ils n'ont qu'à s'organiser pour assurer la justice entre eux" (...) la condamnation du chef est prononcée au nom de la 'adala (justice) et pour arrêter le munkar (turpitudes, injustices). 'Adala et munkar sont les slogans de la contestation islamique contemporaine qui est condamnée par QADI 'ACHMAOUI, autorité religieuse de nationalité égyptienne et auteur du corrosif Al-Islam as-Siyassi (L'Islam politique), car se réclamant de cette tradition kharedjite. 'ACHMAOUI la condamne comme étant un ossification (tajmid) du conflit qui est ainsi réduit à une affaire de chef et débouche sur l'exclusion des masses. Selon 'Achmaoui, la confusion de la justice avec la subversion violente a évacué de la scène l'essentiel : les masses et leur volonté. Or l'idéal du prophète MOHAMMED, conforme à sa Rissala, le Qoran-message révélé selon 'Achmaoui, est de lutter contre le despote (taghia) et contre la violence, et donc nécessairement de responsabiliser les masses (...)." 

La tradition rationaliste, avec les Mu'tazila, transpose le problème au niveau philosophique : quel est le but de l'existence sur terre et à quoi sert la raison? "Si Dieu nous a créé si intelligents, c'est pour servir un dessein. L'opposition rationaliste remplace le meurtre de l'iman par le triomphe de la raison comme barrage contre le despotisme. Pour arriver à l'idéal de la communauté bien dirigée, il faut mobiliser tous les fidèles en tant que dépositaires de la chose la plus précieuse par laquelle Dieu manifeste sa puissance, le 'aql, la raison, la capacité qu'à l'individu d'analyser et de cogiter. En introduisant la raison sur le théâtre politique, les Mu'tazila ont forcé l'Islam et sa réflexion politique à imaginer de nouveaux rapports gouvernants-gouvernés : c'est tout le peuple de fidèles qui est introduit comme composante active, à côté du palais. On n'assiste plus au duel kharedjite entre deux acteurs, l'iman et le chef de la révolte. Une troisième composante entre en scène : tous ceux qui ont un 'aql (...)" Comme les Kharedjites, les Mu'tazali philosophes existent tôt dans l'Islam et continuent à agir, sous des noms différents à des époques différentes. "Ils partageaient pourtant une idée de base : l'iman doit être modeste et ne doit en aucun cas verser dans le despotisme. C'est au niveau des remèdes proposés pour réaliser cet idéal d'imanat que les deux divergent. (...) La tradition rationaliste des Mu'tazila a triomphé et réussit à enterrer une dynastie corrompue (les Omeyyades) à cause de cette insistance sur le 'aql." Les Abbassides arrivèrent au pouvoir, grâce à eux, mais très vite, ils "sombrèrent à leur tour dans le despotisme". Les Mu'tazila devinrent des parias et le monde musulman "roula vers le précipice de la médiocrité où il végète maintenant (...)" "la voie de la contestation fut (...) dès le départ, grande ouverte en Islam, mais comme l'opposition intellectuelle fut muselée et combattue, seule la fronde politicienne et le terrorisme purent s'imposer, comme on le voit si bien aujourd'hui, face au despotisme. Seule la violence du subversif peut dialoguer avec la violence du khalife. Ce schéma qui travers notre histoire musulmane explique notre réalité actuelle, où seule la contestation religieuse qui prône la violence comme langage politique est capable d'occuper crédiblement la scène. Les intellectuels Mu'tazila furent des philosophes, des mathématiciens, des astronomes, mais aussi des sufis qui recherchaient dans les textes religieux tout ce qui pouvait étayer l'idée d'un individu pensant et responsable. D'ailleurs, beaucoup d'intellectuels étaient à la fois des savants (ingénieurs, médecins, mathématiciens, ect.) et des sufis." Comme dans d'autres contrées, la réflexion mystique est nécessairement liée à une investigation scientifique, l'exemple de la génalogie lointaine de la chimie à partir de l'alchimie, mêlée à l'atomisme - elle même reliée à une réflexion sur l'âme -, le montre aisément en Occident. "Une tendance des Mu'tazila, qui firent leurs préoccupations (du problème de la liberté), fut appelée qadiria et ses adeptes "les Qadirites", les partisans du libre destin, qui pensaient que l'être humain est libre de créer ses actes (...° et donc responsable de tout ce qu'il fait, en bien comme en mal. Ils étoffaient cet argument en disant que si l'on suppose que Dieu a fixé la destinée des hommes, on le rend du coup responsable du mal qui existe sur terre. On a donc le choix entre rendre à l'homme sa liberté ou rendre Dieu responsable du mal, ce qui est impossible (...)". Notons qu'une réflexion semblable s'engage depuis longtemps en Occident, sous la forme des argumentations autour de la notion du libre arbitre...  "Quoique partis de la philosophie, les Mu'tazila se trouvèrent nez à nez avec la politique. Si on est un être raisonnable et responsable, on ne peut obéir qui se certaines conditions sont remplies, notamment le suffrage populaire (...) et donc tout autorité qui ne provient pas du peuple ne lie guère sa volonté (MAS'UDI, Muru ad-Dahab, 1983 ; Les prairies d'or, traduction de Meynard et Coureille, Geuthner-CNRS). L'entrée des Mu'tazila sur la scène politique intellectualisa celle-ci et la transforma, en y amenant des concepts nouveaux, à commencer par leur nom : i'tizal, prendre une position intermédiaire, peser le pour et le contre, réfléchir. La question était d'importance car il s'agissait précisément de la tolérance. Que faire devant un musulman qui commet un péché : le condamner ou adopter une position intermédiaire, de i'tizal, de neutralité. Les Mu'tazila optèrent pour la deuxième position : la neutralité, donc la tolérance. On ne peut pas condamner quelqu'un sans avoir réfléchi mûrement sur sa conduite. Cet i'tizal était le fruit nécessaire du respect de la raison. Le schéma obéissance-révolte des Kharedjites était remplacé par un autre : obéissance-raison." Ce courant rationaliste bouscule le califat, embrase les discussions, provoque un débat populaire qui se répercuterait dans les souks et les échoppes d'artisans. C'est ainsi d'ailleurs qu'ils jouèrent un rôle fondamental en tant que propagandistes dans l'accélération de la chute de la dynastie Omoeyyade et l'accès au pouvoir des Abbassides. L'un des premiers chefs de la lignée des Mu'tazila, Waçi IBN 'ATA' est mort en l'an 141 de l'hégire. Ses idées deviennent la théologie officielle de l'Abbassinisme, qui fut un mouvement de contestation avant de devenir une dynastie, ouvrant une période d'ouverture sur près d'un siècle (IXème siècle). Un mouvement de traduction des oeuvres du patrimoine humaniste grec et d'importation de savoir étrangers se double d'un effort spéculatif et scientifique, mouvement stoppé par les intrigues du palais, même si l'Islam au Xème siècle bénéficie encore de l'influence de cette ouverture. A cette ouverture s'oppose alors toute une tradition, appelée Shari'a, qui bloque encore le processus démocratique, articulant "notre obéissance aveugle au chef à notre respect de la religion". L'Iranien SHAHRESTANI (mort en 547 de l'hégire) fige au XIIème siècle, dans son livre Al'Milal wa Nihal (Les religions révélées et les croyances fabriquées) la mise sous sequestre de la raison. Répété dans de multiples ouvrages par la suite, son argumentation, contient "tous les termes des débats sur le conflit Islam-démocratie qui agite aujourd'hui le monde musulman et qu'on trouve étalés dans la presse, celle de gauche et celle de droite, et qui tourne autour de six mots clefs qui constituent les deux pôles d'une même équation. D'un côté le pôle de l'allégeance au chef, confondue avec la fidélité au divin et qui regroupe et enchaîne comme inséparables trois termes, din (religion), i'tiqad (croyance) et ta'a (obéissance). De l'autre, le seconde pôle de l'équation qui enchaîne trois termes tout aussi stratégiques et qui affirment tous la responsabilité individuelles : ra'y (opinion personnelle), ididath (innovation, modernisation), ibda' (création). Le conflit réside dans le fait que ce deuxième pôle a été, durant des siècles, frappé du signe du négatif, du subversif."

 

         Dominique URVOY, dans son interrogation sur la religion chez les penseurs arabes indépendants, met en évidence l'existence d'une pensée hétérodoxe à l'intérieur même du système de croyances. "Dans la mesure, écrit-il, où elle est située à l'intérieur d'une civilisation dominée par le fait islamique, la réflexion critique sur la religion est (...° non seulement confrontée aux questions générales suscitées par cette dernière (nécessité de la foi, scandale devant le mal...), mais doit tenir compte de tonalités spécifiques et d'accentuation particulières (la soumission religieuse comme facteur d'ordre et le rôle de la violence contre l'"insoumis", l'autorité du prophète, ect.), du point de vue de la raison pratique, mais aussi théorique : la question de la nécessité ou non de disposer d'un texte, de la soumission totale de l'esprit à ce texte, etc. Tout cela conflue, d'une façon générale, dans la question des moyens de réception d'une croyance. Les théologiens ont défendu d'une part la matérialité de leurs textes sacrés respectifs, de l'autre des positions dogmatiques d'école. Les falasifa, eux, se sont efforcés de situer dans une hiérarchie intellectuelle la fonction prophétique, ainsi que les modes de réception de la prophétie soit par les sages de l'élite, soit par la masse inculte, dans un but de rationalité sociale qui prolongeait naturellement leur rationalité scientifique. Tous ont accepté comme un fait indiscutable le contexte, qui était le leur, d'empire structuré par une foi. Les penseurs libres que le professeur d'islamologie à l'université Toulouse Le Mirail envisage "ne sont pas des contestataires d'un ordre social, et certains ont pu éventuellement proposer sur le plan doctrinal des solutions, des modèles interprétatifs. Mais ils ont surtout contribué à souligner les points - pratiques ou théorique - où l'esprit achoppe. Face aux deux premières catégories qui, souvent avec des sommes impressionnantes, bâtissent une architecture mentale, sans cesse fignolée mais fermée sur elle-même, celle qui nous intéresse, à travers des textes souvent brefs, des notations ténues, affirme la liberté de l'esprit."

Parmi les auteurs que Dominique URVOY "envisage", figurent IBN-AL-MUQAFFA (milieu du VIIIème siècle), sage et lettré, autour duquel se pose la question d'une opposition entre le spirituel et le temporel, ainsi que d'une critique religieuse effective, Hunayn IBN ISHÂQ (IXème siècle), auteur d'un manifeste, noyé dans d'abandants écrits, pour une réflexion fondamentale, AL-WARRAQ (IXème siècle) qui expose deux versants du rationalisme (confiance dans les forces propres de la raison et exigence de s'en tenir à une seule démarche sans chercher d'échappatoire dans des références mutliples choisies selon les circonstance), IBN AL-RIWANDI (milieu-fin du IXème siècle), considéré comme le plus célèbre impie de l'histoire de l'Islam, Hayawayh AL-BALHI (IXème siècle), repoussoir du judaïsme classique, Abu Bakr AL-RAZI (fin IXème, début Xème siècle), célèbre praticien du Moyen Age, qui prône une religion philosophique, AL-MA'ARRI (XIème siècle), qui recherche la sincérité de la parole et qui pose la question du sens de l'expression littéraire, question cruciale adressée à la Torah, aux Evangiles et... au Coran. Au XIème, tournant dans l'histoire de l'Islmam qui achève alors de se refermer sur lui-même, se jugeant suffisant à lui-même, les écrits d'AL-GAZÂLI font une sorte de synthèse, qui recherche dans un certain syncrétisme entre les grandes sectes de l'Islam, une explication globale du monde. Mû par l'intention politique d'une unification, il entend lutter à la fois contre les ennemis du dehors par la réfutation et l'apologétique et les ennemis de l'intérieur qui divise l'Islam, en mettant en avant la personne du Prophète et les écrits qui lui sont directement attribués. L'insistance de ce dernier a pour but de rabaisser les divers imans, mais du coup ferme définitivement la porte à la pensée critique, laquelle avait focalisé son interrogation sur le fait du prophétisme et sur les arguments traditionnellement invoqués en sa faveur. Les écrits d'AL-ARFADI, avec de notables différences, entrent dans la même entreprise d'unification. 

Seuls ensuite, des auteurs très marginaux dans le monde arabe, comme le Catalan Ramon LULL (1232-1316) ou le juif bagdagien IBN KAMMUNA (1215-1285) proposent des réflexions vers une approche objective du fait religieux.

        La comparaison souvent faite entre l'époque classique et la "renaissance" du XIXème siècle, et surtout la confrontation du monde arabe- surtout arabe, même cela peut être fait aussi pour d'autres zones musulmanes - avec d'autres cultures plus avancées sur le plan technique dans l'un et l'autre cas, dans le sens de similitudes, dans les principes et les méthodes d'assimilation d'éléments culturels étrangers. "Mais, souligne Dominique URVOY, à côté des points communs, il faut noter des différences dues aux contextes respectifs :

- La communauté musulmane du Moyen Age restait assez cohérente, alors que celle de l'époque moderne est atomisée en de nombreux Etats ;

- Il y avait peu de différences dialectales à l'époque abbasside, alors que l'époque moderne est confrontée à des dialectes fortement implantés et bien différenciés ;

- La langue classique restait assez proche des consciences anciennes, alors que les modernes doivent faire un effort et se placer dans une situation tout à fait artificielle pour la pratiquer ;

- L'arabe ne s'opposait qu'à des langues livresque (grec, pehlevi) alors que notre temps lui oppose des langues de communication internationale (anglais, français) ;

- Les chrétiens syriaques ont joué un rôle important dans le processus de traduction en arabe, sans que cela sucsitât de réelle inquiétude de la part des musulmans, alors que le rôle de pointe joué par les chrétiens arabes modernes est souvent perçu avec irritation."

 

    Les facteurs d'éclatement de la communauté religieuse musulmane l'emportent sans doute aujourd'hui sur les facteurs de rassemblement. L'écart s'est fortement accru entre les différentes formes de l'Islam. Un des éléments d'explication réside dans l'absence de clergé (à part dans le chiisme), mais aussi dans le fait que les conflits politiques en Islam ont pris le pas depuis longtemps sur les conflits proprement religieux, empêchant du coup les rencontres qui permettraient d'aplanir les différences dogmatiques, et même d'approfondir des éléments importants qui résident pourtant dans le Coran même.

 

     Les différences au sein du monde musulman et même au sein du monde arabesont telles qu'il nous faut, à l'exemple des auteurs d'un "Etat des résistances dans le Sud", observer pays par pays les évolutions structurelles des sociétés qui se réclament pourtant toutes d'un "même Islam", pour comprendre ce que l'on appelle, sans recul du temps, un peu vite les "révolutions arabes" récentes.

 

Dominique URVOY, Les penseurs libres dans l'Islam classique, L'interrogation sur la religion chez les penseurs arabes indépendants, Flammarion, collection Champs, 1996 ; Fatema MERNISSI, Islam et démocratie, Albin Michel, collection Espaces libres, 2010 ; Etat des résistance dans le Sud - 2010, Monde arabe, Centre tricontinental, Syllepse, 2009.

 

RELIGIUS

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Published by GIL - dans RELIGION
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commentaires

soussi 16/09/2016 12:03

Je souhaite avoir le rexte enregistré dans téléphone car il est très intéressant.

GIL 26/09/2016 11:17

Nous ne faisons pas de transcription orale de nos textes...

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