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30 août 2014 6 30 /08 /août /2014 13:57

    Dans ce livre copieux mais néanmoins agréable à lire, le professeur émérite de droit public et de science politique à l'Université Paris-Didero, se livre à une exercice malheureusement peu prisés par les élites intellectuelles à l'heure actuelle, une tentative de dessiner les contours de ce que pourrait être un "fédéralisme" (même si elle déconseille d'utiliser le terme) à l'échelle du monde. S'appuyant de manière critique notamment sur l'expérience de l'Organisation des Nations Unies et de l'Union Européenne, Monique CHEMILLER-GENDREAU estime que la souveraine et l'Etat puisse être utiles à la solution des nombreux problèmes mondiaux et à l'établissement de la paix.

 "A l'échelle internationale, les relations sont intenses, qu'il s'agisse des relations entre Etats, des relations de marché ou d'autres relations directes entre les humains. Toutefois, la société mondiale ne forme pas une communauté politique.Elle ne connait pas de mécanismes permettant d'exposer les conflits et de dégager un agir politique à ce nouveau. Le droit international y est dévalorisé par son échec à garantir la paix en régulant les violence et par la quasi-inexistence de mécanismes de responsabilité. Les limites prétendument apportées à la violence par les droits de l'homme et par le droit humanitaire en cas de conflit armé rstent essentiellement incantatoires. le droit étant la double du politique, il n'y a pas à s'étonner que le droit international (régissant les rapports entre les Etats) soit réduit à des effets de tribune et privé d'inefficacité, et que le droit international (celui qui régit les relations économiques et commerciales) soit négocié dans des cabinets d'avocats d'affaires où la transaction prévaut sur les principes. 

Dans ce contexte, la paix est pensée comme une suspension, une limitation de la guerre, et non comme un principe politique à l'échelle universelle. (...)".

  Il s'agit de trouver une nouvelle forme de communauté où la capacité politique d'agir est restaurée à tous les niveaux, locaux, régionaux et internationaux. 

 

   Son livre est diviés en deux grandes parties : la critique des institutions actuelles, une critique économique et sociale (peu de liberté et très peu justice) et une critique juridique puis un ensemble de propositions concrètes pour avance vers cette communauté mondiale. L'auteur, dans la première partie, de son aveu la plus facile, reprend un ensemble d'analyses déjà bien présentées ailleurs sur les limites de l'Etat (devenu complètement poreux) de la souveraineté (obsolète dans un monde aux interrelations infinies), avec la constation en forme d'état des lieux de ce que le capitalisme laisse dans pratiquement toutes les sociétés, une crise constante, un délabrement accéléré des services publics et des infrastructures de santé, de transports, d'éducation...  Il estime en fin de compte que démocratie et capitalisme demeurent irréconciliables.

  Après avoir exposé pourquoi il y une irréductibilité semblable entre souveraineté de l'Etat d'une part et paix et démocratie d'autre part, Monique CHEMILLIER-GENDREAU fait dans la deuxième partie un ensemble de propositions concrètes : il s'agit de renouveler le pacte politique, pour un autre commencement.

 

 Il s'agit de renouveler à la fois le rapport entre les hommes et la relation entre eux et la nature. Dans les deux domaines, le politique et le juridique qui lui est lié doit prendre en compte le changement global en cours, l'entrée dans une ère "anthropocène". A défaut d'une pensée théorique et globale à construire, il est nécessaire d'xaminer la place des micro-tentatives qui se définissent elles-mêmes comme des projets pour changer le monde, à savoir les multiples oppositions alter-mondialistes, les mises en place de micro-crédit, la montée en puissance des énergies renouvelables, l'agriculture biologique, les budgets participatifs, les unines ou les plantations autogéres, le covoiturage, les banques solidaires, les filières courtes pour les produits frais, la couverture maladie universalle, la mixité scolaire, ect... Un consensus commence à se dessiner chez les penseurs, notamment de la mondialisation, sur le fait que le modèle à l'oeuvre est dans une impasse et qu'un nouveau monde est possible. Il faut affronter la difficulté de la nouveauté radicale à un double niveau.

"Au premier niveau, l'exigence, l'exigence de valeurs proprement humaines requiert des modalités de contrôle incessant du pouvoir politique par le peuple. c'est la démocratie "insurgeante", celle qui ne se confond jamais avec un ordre établi, celle qui se manifeste lorsque le peuple, compris comme communauté du multiple, se dresse contre l'expression de la dominante, à savoir l'Etat. Mais ce peuple n'est pas assimilable à une société civile réconciliée et l'insurrection est l'état d'alerte du peuple lorsqu'il n'accepte ni l'Etat tel qu'il s'est construit, ni l'Ett tel qu'il cherche à se moderniser, ni le compromis de l'Etat démocratique qui conduit le peuple multiple à entrer en sommeil". A cet égard, l'auteur estime que tout le système électoral actuel, basé sur des consultations à intervalles courts et déléguant simplement les responsabilités, mène à des politiques à courte vue où dominent la perspective de la réélection.

Il s'agit de prendre en compte les multiples appartenances des individus aux multiples communautés. il s'agit de prendre un compte la nouvelle altérité qui émerge de l'évolution même du monde, dans la mise en relation à de multiples niveaux de multiples communautés. Et ceci à l'aide d'un droit, d'un appareil juridique qui ne fige pas la société dans un ordre un monde, ce qui est une gageure, surtout exprimée par un juriste.

"A un second niveau, celle des échelles, il s'agit de réinventer le cosmopolitisme comme rapport politique au monde. Dans cette conception du politique, le monde est commun parce qu'il est divisé. Il y a là une nouvelle synthèse du singulier et de l'universel, sans appropriation de l'universel par l'une des singularités, aucune singularité ne se fondant dans une autre. Approche très ancienne des rapports politiques entre les hommes, le cosmopolitisme a deux sens complémentaires. Il est la doctrine politique de ceux pour qui l'humanité est une, pour qui le souverain de la terre est le genre humain. Dès lors, la citoyenneté cosmopolitique consiste en des manières d'être sopi et d'être au monde. On rejoint alors la cosmopolis stoïcienne. Puis le cosmopolitisme a fini par désigner la doctrine de ceux qui prétendent à un droit de citoyenneté universelle et s'opposent donc aux clôtures et autres obstacles aui leur interdiraient d'être chez eux en tout point de la terre."  

"L'altérité élargie à l'universel évacue la notion d'ennmi. Là est le plus radicalement nouveau et le plus difficile  de ce que nous avons à penser. Cette rupture est celle qui permettra d'ouvrir enfin la voie à la production d'une norme universelle du juste, élaborée contradictoirement, réélaborée en permanence et conditionnant les évaluations du juste émise par la diversité des groupes."

C'est entre autres par ces considérations que l'auteur effectuent des propositions, notamment sur le plan du droit. IL y a tout un droit international, notamment, à élaborer pour tenir compte de l'évolution de la planète. "Repenser le politique requiert de repenser le droit. Les sources et le fondement du droit, le rôle des juges, la question de la rsponsabilité nécessitent une approche renouvelée, non pas en fournissant une sorte de modèle "clef en main", mais en reprenant le débat sur le droit à la lumière de l'exigence d'émancipations."

 

Monique CHEMILLIER-GENDREAU, de la guerre à la communauté universelle. Entre droit et politique, Fayard, 2013, 390 pages.

 

 

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