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12 mai 2011 4 12 /05 /mai /2011 08:00

                     La dénomination en matière de guerre n'est jamais innocente : guerre insurrectionnelle, guerre révolutionnaire, guerre populaire, guerre irrégulière... Ces termes recouvrent non seulement des analyses mais aussi des jugements.

 

           Pourtant, si nous suivons Pierre DABEZIES, la guerre révolutionnaire "est initialement un simple fait historique : la guerre menée par la Révolution française en Europe durant la dernière décennie du XVIIIème siècle. Guerre de la révolution, disait Jomini, guerre révolutionnaire, écrivait Clausewitz : pour aucun des deux, il ne s'agissait "a priori" d'un nouveau "genre de guerre". Mais, remarque le stratégiste, "la réalité se révèle pourtant, différente. Sans parler même de "l'artillerie Gribeauval" dont les canons, chargés par la culasse, avantagent considérablement les Français, la guerre de la révolution bouleverse à double titre l'art militaire. Par le "nombre" d'abord, par la levée en masse et la proclamation de la patrie en danger, de sorte que le champ de bataille, les évolutions tactiques et les possibilités stratégiques s'en trouvent complètement transformées. Par la "politique" ensuite. Celle-ci, jusque-là, limitait la guerre, réduite, comme le disait le comte de Guibert, à des déploiements lents et solennels, des formations symétriques, des généraux poudrés et des courbettes! Mais voilà qu'elle l'exacerbe désormais!" C'est dire que sans cette Révolution française, la guerre aurait continué d'être une affaire de règlements de compte entre familles royales ou princières. Pour ceux qui perdent de vue l'Histoire et ses leçons, il faut rappeler que sans la philosophie des lumières (pour le meilleur et pour le pire), le peuple ne serait qu'un objet des guerres et non un sujet, et de plus le sujet souvent principal! C'est donc la réalité qui force à comprendre la logique entre cette Révolution-là, bien plus fondatrice à bien des égards que la Révolution anglaise qui la précède, mène tout droit à la possibilité des guerres révolutionnaires, qu'elles soient marxistes ou pas (d'ailleurs, en majorité, elles ne le sont pas!).

plus loin Pierre DABEZIES continue " "Guerre aux châteaux, paix aux chaumières!" Avec le messianisme égalitaire, la guerre dévoile son ressort essentiel que clausewitz traduit ainsi : "Plus la politique est grandiose et puissante, plus la guerre le sera aussi et pourra atteindre les sommets". D'autant que l'idéologie égalitaire se double d'une violence populaire qui ajoute au choc des armes la subversion ambiante, à la "bataille décisive" les actions indirectes, à la force brute, la résistance armée, phénomènes dont l'auteur de Vom Kriege (De la guerre), hobereau traditionnel pourtant, perçoit parfaitement la portée : "Les événements ont montré, écrit-il, quel facteur immense le coeur et le sentiment d'une nation peuvent représenter (...) La participation du peuple fait entrer celle-ci tout entière dans le jeu (...) La violence primitive de la guerre explose alors de toutes ses forces." Nous pouvons évoquer, comme le stratégiste, Bonaparte, Hitler et les "communistes", tout en n'adhérant pas complètement à sa manière de voir les choses (se centrant un peu trop précisément sur les événements politico-militaires et en "oubliant" au passage les causes socio-économiques des guerres), mais il a raison de dire, avec Pierre NAVILLE, que les "bons élèves" de la Révolution française, "seront finalement les "Communistes" qui tireront les leçons des erreurs commises au cours des nombreuses insurrections du XIXème siècle, et notamment par la Commune de Paris : erreur d'analyse consistant à ériger l'émeute en détonateur sans lier suffisamment les agitateurs et le peuple (Che Guevara tombera, lui aussi, dans le piège) ; sous-estimation de la force contre-révolutionnaire de l'armée. Pour Lénine et ses émules (remarquons le terme utilisé...), quel est le problème, en définitive? Afin de renverser par la violence l'ordre social existant, il s'agit de parvenir à cette action de force quasi illimitée, à cette sorte d'absolu que Clausewitz a entrevu. certes, la révolution peut très bien s'en passer, comme la technique du coup d'Etat illustré par Trotski en octobre 1917 l'a montré. il n'en reste pas moins que la guerre peut prolonger la révolution si elle échoue et considérablement la doper. Inversement, l'enracinement et le soutien populaire sont de nature à donner aux combats une ampleur sans pareil. Bref, la "guerre révolutionnaire" c'est l'identification de la guerre et de la révolution, visant, dans une perspective libératrice, la défaite ou la destruction du pouvoir et des forces ennemies par la mobilisation générale des masses et des esprits."

 

      Plus ambiguë, la présentation d'André CORVISIER, a tendance à trop faire de rapprochements entre guerre populaire et guerre révolutionnaire et de ne pas mettre suffisamment l'accent sur l'aspect... révolutionnaire du sens et des modalités de la guerre promus par la Révolution française. Ainsi, pour lui, "la participation active des populations à la guerre est un fait ancien dont on trouve des témoignages à toutes les époques : habitants des villes assiégées, aide féodale. Il fut systématisé pendant la guerre de Cent ans. L'ordonnance de 1357 faisait obligation aux Français (notons le léger anachronisme...) de contribuer à la défense du royaume contre l'envahisseur anglais et les exemples de résistance armée de manquèrent pas (...). la monarchie d'Ancien Régime répéta souvent ses injonctions aux populations à "courir sus" aux envahisseurs, jusqu'au moment où les progrès du droit des gens et ceux de l'art militaire rendirent ces pratiques plus difficiles à admettre et moins efficaces (en Occident vers la fin du XVIIème siècle). Cependant la Révolution devait proclamer avec la levée en masse la mobilisation de toute la population pour la défense du pays (en fait, il s'agissait, rappelons-le de la défense de la Révolution!). A vrai dire c'est surtout contre des armées françaises que s'exercèrent jusqu'au XIXème siècle ces résistances armées en Europe : Shnapans allemands pendant la guerre de Hollande, et surtout guérilleros pendant la guerre d'Espagne et partisans pendant la guerre de Russie. Naturellement on peut trouver une autre source à la guerre populaire dans les guerres civiles, essentiellement les guerres de religion des XVIème-XVIIèmes en Allemagne, en France et dans les Pays-Bas, guerre des Cévennes puis de Vendée, etc., et dans les soulèvements contre un régime jugé étranger et oppressif : Pays-Bas au XVIème siècle, indépendance des Etats-Unis et d'Amérique Latine, en attendant les guerres de décolonisation."

   L'historien militaire explique l'opposition qui existe entre guerre classique et guerre révolutionnaire. La première confronte des armées constituées au service d'Etats. la seconde confronte à ces armées des groupes, "qui tendent à s'affranchir des lois de la guerre" dixit les nombreuses condamnations des autorités...étatiques ou religieuses. Il note l'usage plus courant aujourd'hui de "guerre révolutionnaire" au détriment du terme "guerre populaire". Quoi qu'il en soit de la terminologie, selon lui, l'étude de E MURAISE (introduction à l'histoire militaire, 1964) "peut guider l'analyse".

Selon cet auteur, peu soupçonné de sympathies... révolutionnaires!, la guerre populaire (révolutionnaire) peut employer les procédés de la guerre directe, mais avec peu de succès. La guerre populaire est plus "naturellement" liée à la guerre indirecte. "Celle-ci a besoin de refuges et l'ultime refuge se trouve dans la complicité des populations. A ce moment il devient impossible de savoir "si le civil est neutre, sympathisant ou adversaire; il n'y a plus que des suspects". Les Espagnols faisaient le vide et pratiquant la guérilla contre les Français ont montré le premier exemple systématique des liens entre la guerre populaire et la guerre indirecte. Il n'y a guère d'exemples de guerre révolutionnaire qui ait réussi par elle-même. la clandestinité obligatoire, la formation de réseaux parallèles devant s'ignorer pour échapper à la répression, amène les combattants à de donner des structures quasi féodales qui parfois émiettent leurs efforts. En outre les succès de la guerre populaire ont souvent été dus en définitive à l'intervention décisive de la guerre directe qu'elle avait préparée." Plaçons ici une petite parenthèse : c'est une peu la description de la transformation de la guérilla en guerre de mouvement faite par les révolutionnaires communistes, qu'ils soient russes, chinois ou vietnamiens... "Or, les forces populaires sont incapables de mener une guerre directe par leurs propres moyens. Pour cela, elles doivent généralement faire appel à une aide étrangère (les insurgés marxistes ou non appelleraient cela la base arrière... ), ce qui risque d'infléchir les buts de la guerre (chose partiellement infirmée dans les cas chinois et vietnamiens... ). Il y a rarement accord entre les résistants de l'intérieur et les résistants réfugiés à l'étranger, encore moins avec les Etats qui les soutiennent et qui poursuivent des buts personnels. L'échec du débarquement de Quiberon en est l'illustration. vendéens et émigrés sont incapables de coordonner leur action et les Anglais rembarquent seuls. Pour souder des éléments aussi disparate,  il faut une foi ou une idéologie d'une force exemplaire (exactement ce que nous pensons, que ce soit une idéologie nationaliste ou une idéologie socialiste...).

Il est également nécessaire à un moment ou à un autre d'établir une collaboration étroite entre guerre populaire et guerre directe. E MURAISE, par l'exemple de la guerre révolutionnaire espagnole aidée par l'Angleterre contre les forces impériales françaises, montre que l'occupant se trouve souvent devant un dilemme : soit se concentrer contre l'Etat aidant les insurgés et abandonner le pays à la guérilla, soit quadriller le pays contre la guérilla et se livrer aux forces de l'Etat en question. Cette aide étrangère se manifeste souvent par la constitution de 'sanctuaires" où les clandestins peuvent s'entraîner à l'abri en territoire étranger et refaire leurs forces. "Quoiqu'il en soit, l'enjeu de la guerre populaire est de conquérir le peuple pour conquérir ou libérer le pays. Si le support populaire n'existe pas ou vient à manquer, les résistants doivent vivre d'exaction et tenter par la terreur d'équilibrer le poids des autorités en place. Ainsi la guerre populaire ou révolutionnaire comporte de part et d'autre deux aspects : militaire et politico-administratif. Dans la lutte contre la guerre populaire, il faut distinguer deux aspect ou deux phases : la conquête et la reconquête ou la pacification. Dans le premier cas la population est traitée en ennemie. dans le second, il convient de la diviser par des emsures sévères à l'égard des hommes pris les armes à la main ou clémentes à l'égard de ceux qui se rallient."

André CORVISIER fait la conclusion que "la dimension essentielle de la guerre populaire est le temps d'usure morale autant que physique. il rapporte que E MURAISE croit pouvoir affirmer que la guerre révolutionnaire ne peut durer plus de sept à huit ans. "Acculés au désespoir, il arrive que les partisans tentent une opération directe suicidaire, à moins que leur adversaire se soit fatigué et ait accepté de négocier. cela explique que, dans le cas de succès insuffisant, les états-majors de la guerre révolutionnaire préfèrent abandonner telle région et ouvrir un front ailleurs, ce qui retarde la décision. On en voit des exemples dans des aires géographiques vastes comme en offre les pays du tiers-Monde. Une dernière constatation : la guerre populaire ou révolutionnaire se révèle plus prodigue en vies humaines que la guerre classique." Devant cette affirmation, nous ne pouvons que rappeler les hécatombes des séries de guerres classiques que représentent les deux dernières guerres mondiales... Bien entendu, si nous nous plaçons dans la trame historique prise en compte dans les exemples choisis par E MURAISE et André CORVISIER (guerres avant ou pendant les premères années du XIXème siècle) où le coût en vie humaine des guerres a crû énormément depuis, cette argument se défend.

 

       Claude DELMAS différencie pour commencer son analyse de la guerre révolutionnaire, celle-ci de la guérilla. "Bien que toute conception tactique doive tenir compte des sentiments de la population qu'elle utilise ou qu'elle vise, l'élément psychologique permet de marquer le lien entre la guérilla et la guerre révolutionnaire. Les moyens sont à peu près les mêmes - mais, dans la guerre révolutionnaire, l'élément psychologique est à dominance idéologique."  Il s'agit d'une dialectique des contradictions. "Les conflits modernes ne sont ainsi pas ceux de ce monde "dominé par la technique" que certains décrivent, pour l'exalter ou la condamner. Ils sont ceux d'une monde dominé par les passions, d'un monde auquel une idéologie prétend apporter le bonheur par la révolution.Cette dualité interne des conflits modernes soulève deux séries de problèmes dont on peut, sans exagération, dire qu'ils mettent en jeu l'avenir du monde. Les premiers de ces problèmes concernent le comportement que peuvent adopter les pays démocratiques devant des conflits qui les menacent dans leur existence même puisqu'ils sont, en fait, dirigés contre eux. Ces pays se trouvent dans une situation particulièrement délicate. ils n'ignorent rien des intentions révolutionnaires de ceux des groupements pour qui la référence à l'idéal et aux libertés démocratiques n'est qu'un prétexte à la subversion, mais ils ne peuvent que très difficilement prendre des mesures préventives (...) et ils deviennent ainsi victimes de leur libéralisme, sans pouvoir renoncer à lui. Sauf certaines circonstances, ils doivent attendre le déclenchement des opérations, et lorsque ce déclenchement se produit, ils restent dans un état d'infériorité, d'abord parce qu'il leur est difficile, voire impossible, d'entretenir en temps de paix des formations de partisans préparés à la guerre révolutionnaire, ensuite parce qu'ils ne peuvent riposter efficacement qu'en adoptant certains des procédés de l'adversaire." Contre le soldat-militant, il est difficile de se battre... Nous avons bien entendu reconnu là la présentation de la guerre révolutionnaire de la part d'un stratégiste qui ne possède aucune sympathie pour elle et qui l'assimile purement et simplement à une subversion des valeurs démocratiques... Il a du mal à prendre un certain recul par rapport - c'est vrai qu'il écrit en 1959 - au combat de guerre froide de son époque, et assimile facilement la guerre révolutionnaire de manière générale à une guerre des communistes contre les forces démocratiques...

Toutefois, l'existence même de guérillas et de guerres révolutionnaires non contrôlées par le Komintern (comme celle du Néo-Destour en Tunisie), l'amène à écrire qu' "il y aurait quelque exagération à prétendre que toutes les guerres révolutionnaires sont déclenchées par l'Union Soviétique." même si 'les conditions de réalisation d'une lutte nationale à caractère révolutionnaire, pour la conquête du pouvoir, ont été codifiées par la doctrine marxiste." Il entend donc énoncer les principes de la guerre révolutionnaire en faisant un "compromis" entre la formule de LIDDEL HART et celle des "thèses léninistes", en reprenant les termes du colonel de CREVE-COEUR dans ses Aperçus sur la stratégie du Viet-Minh : "Pour abattre un ennemi, il faut rompre son équilibre en introduisant dans le domaine des opérations un facteur psychologique ou économique, qui le place en position d'infériorité, avant qu'une attaque puisse être lancée contre lui, avec des chances de succès définitif". 

Claude DELMAS analyse la guerre révolutionnaire comme venant des modalités des guerres de religion. Que ce soit dans la justification du combat, dans l'organisation de la terreur, dans la formation du soldat-militant, il retrouve dans les guerres révolutionnaires dont il donne des cas concrets, les ingrédients des sanglantes guerres de religion d'autrefois... Constamment, il y a dans le révolutionnaire, un terroriste - et son discours n'est qu'un discours. Que ce soit en milieu urbain ou en milieu rural, l'existence de ce terrorisme doit inciter l'Occident à trouver une riposte globale. Le livre de Claude DELMAS (la guerre révolutionnaire) a dû sans doute être ressenti plus tard un peu trop franchement comme un livre de combat... contre-révolutionnaire, pour qu'il soit difficile de nos jours d'en trouver une réédition...

 

        Beaucoup plus tard (en 2008) que l'auteur précédent, Gérard CHALIAND, dans son analyse des guerres irrégulières, tire les leçons de la guerre révolutionnaire. Plutôt que de discuter de guerre populaire (trop connoté sans doute) ou de guerre insurrectionnelle (encore plus connoté...), l'auteur cadre le sujet de la guerre révolutionnaire dans l'ensemble plus général des guerres irrégulières, ce qui permet d'aborder dans une continuité spatio-temporelle, à la fois les guérillas, les guerres révolutionnaires et les différents terrorismes. 

   "Les leçons qu'on peut dégager du dernier demi-siècle en en matière de guerre révolutionnaire se ramènent, en définitive, à deux points fondamentaux :

- Les conditions de l'insurrection doivent être aussi mûres que possible; la situation la plus favorable étant la domination ou l'agression étrangère qui permet de mobiliser les couches les plus larges auteur d'un objectif à la fois national et social. dans tous les autres cas, les couches dirigeantes doivent être en crise politique aigüe et le mécontentement vif et profond.

- Le plus important dans une guérilla, c'est son infrastructure politique clandestine au sein de la population, relayée par des cadres moyens. D'où vient la possibilité de se développer; c'est là que résident le recrutement, les renseignements, la logistique intérieure. Enfin, l'existence d'un sanctuaire est très importante.

Certes plusieurs mouvements armés ne doivent pas grand-chose au léninisme, l'OEKA du général Grivas à Chypre, les Mau Mau du Kenya, le FLN algérien. Mais ce serait confondre idéologie et organisation que de ne tenir pour léninistes que les mouvements communistes. Au contraire, très peu de mouvements nationalistes modernes, au cours des trente dernières années, ont pu faire autrement que d'user de l'appareil organisationnel léniniste : organisation politique mobilisatrice, fonction de la propagande dans la lutte, accent porté sur la cohésion à l'échelle nationale, rôle unificateur de l'idéologie, qu'elle soit nationaliste à connotation populiste ou plus radicalement révolutionnaire. Destin imprévu d'une technique forgée pour l'avènement de révolutions prolétariennes internationalistes. En revanche, l'idéologie issue du marxisme révolutionnaire et véhiculée par le léninisme, la lutte des classes, sera rejetée par de nombreux mouvements de libération nationale où cette lutte parait difficilement acceptable dans le cadre d'un combat commun contre un occupant étranger; les élites n'étant pas toutes, il s'en faut, collaborationnistes. De surcroît, hors d'Extrême-orient - où les vietnamiens surent créer des fronts dominés par les communistes -, les tenants du "marxisme-léninisme" comme les mouvements communistes du Moyen-Orient, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, dans le cadre de la guerre froide sont apparues comme des appendices de l'Union Soviétique."

    C'est ce qui amène le stratégiste à dresser une typologie relativement diversifiée des mouvements armés qui se targuent souvent - dans leur propagande extérieure - d'être des guérillas ou des guerres révolutionnaires populaires.

"Sous le terme de guérilla, commode, mais un peu vague, sont rangées une série d'activités armées très différentes :

- guerres populaires pouvant déboucher sur une victoire populaires;

- luttes armées de libération nationale ramifiées à l'échelle nationale, avec de larges zones contrôlées et organisées, et une articulation ville/campagne;

- guérillas embryonnaires, implantées régionalement et isolées, sans moyen de mettre en crise l'autorité; pouvant se transformer, avec le temps, en semi-banditisme;

- actions de commandos, lancés d'une frontière voisine;

- luttes militairement impotentes, réduites pour l'essentiel à des opérations de terrorisme publicitaire.

Ces formes de lutte, aux niveaux d'action largement différenciés, ne sont en principe l'apanage d'aucun mouvement idéologique. Cependant, le modèle vietnamien de la guerre populaire aura fasciné, sans pouvoir être initié hors d'Extrême-orient, sauf en Erythrée et au Sri Lanka, bien des directions au Proche Orient, en Afrique et en Amérique Latine.

Une typologie sommaire des dernières décennies amène à distinguer trois catégories principales :

- les mouvements de libération nationale combattant une puissance coloniale, un agresseur ou un occupant étranger;

- les luttes révolutionnaires en pays indépendant, fondées sur des revendications sociales;

- les luttes de mouvements minoritaires, ethniques, religieux ou ethnico-religieux à caractère sécessionniste de façon procalmée ou potentielle, ou à revendications moins ambitieuses.

Ces trois catégories sont nettement différenciées au moins pour ce qui est de leurs chances de réussite. La première ayant le plus de chances de susciter un large appui populaire à l'intérieure du pays et, internationalement, de recueillir des soutiens."

Dans la premier catégorie, Gérard CHALIAND place les guerres de libération du Viet-nam jusqu'en 1954, d'Indonésie (1945-1949), de Malaisie, des Mau Mau au Kenya (à direction traditionaliste), de l'Union des populations camerounaises (UPC de 1957 à 1960, de l'EOKA chypriote du général Grivas, de l'Agérie, des anciennes colonies portugaises : Guinée-Bissau, Angola, Mozambique. "Dans un contexte plus particulier, mais où intervient l'occupation/agression étrangère et l'aspect national, on peut ranger : le mouvement sioniste en Palestine (1945-1947), le FNL du Sud Viet-nam à partir de l'américanisation de la guerre, le mouvement national palestinien, les mouvements de libération d'Afrique australe : Rhodésie, Nambie, etc. Enfin le Polisario de l'ex-Sahara espagnol.

Dans la seconde catégorie, il place les luttes d'Amérique Latine, dont les plus importantes ont été : Cuba, Venezuela, Guatemala, Colombie, Uruguay, Salvador, Nicaragua ; en Asie, le Pathet Lao et les Khmers rouges (qui ont suivi des développement liés à la guerre du Viet-Nam)

Dans la dernière catégorie, il range le Biafra (plus proche de la guerre classique que de la guérilla), Kurdes d'Irak 1961-1975, Sud-Soudan depuis 1965, où une minorité non musulmane et noire combat une majorité musulmame et arabe. Ces types de luttes sont aujourdh'ui plus nombreuses (Kurdes de Truquie, Sri Lanka, etc.)."

   Après un survol historique important, Gérard CHALIAND indique que la contre-insurrection et ses techniques se sont largement perfectionnées au cours des trente années qui ont suivi la Seconde Guerre mondiale - notamment grâce aux Britanniques, aux Français et aux Américains.

Il est à noter, que maintenant que la très grande majorité des guérillas ou guerres révolutionnaires n'ont plus pour objectif le renversement d'un système socio-économique en tant que tel et que l'analyse marxiste est très minoritaire, et cela est encore plus patent lorsqu'il traite du terrorisme, l'auteur semble prendre parti pour le développement de cette contre-insurrection, sans pourtant l'affirmer pleinement. Il n'échappe pas à l'ambiance générale, instaurée notamment après les attentats du 11 septembre 2002 aux Etats-Unis. Mais est très loin de se situer dans la même philosophie politique qu'un Claude DELMAS par exemple.

Il dégage les points principaux de ces techniques de contre-insurrection :

- étude de l'organisation des "hiérarchies parallèles" chez l'adversaire; regroupement des populations afin de mieux les contrôler et de les soustraire en tant que bases d'appui des insurgés;

- analyse des données locales et des couches sociales sur lesquelles s'appuyer; constitution de forces spécialisées, mobiles et agressives;

- et surtout, techniques, à travers le renseignement (torture), de démantèlement de l'infrastructure politique clandestine par la liquidation de ce que l'adversaire a de plus précieux et de moins aisément remplaçables : ses cadres.

"Une approche plus fine consisterait à déceler les premiers signes de l'implantation d'une organisation insurrectionnelle alors à son stade le plus fragile. Cela n'est pas le souci, dans de nombreux pays, des couches dirigeantes plus préoccupées de profiter, à court terme, de l'état des choses existant que de préparer l'avenir. En tant que stratégie indirecte et technique du faible contre le fort, les guerres irrégulières - guérillas et terrorismes - joueront, dans l'avenir, un rôle majeur".

 

Gérard CHALIAND, Les guerres irrégulières, XXème-XXIème siècle, Gallimard, folio actuel, 2008 ; Claude DELMAS, La guerre révolutionnaire, PUF, collection Que sais-je?, 1959 ; André CORVISIER, article Guerre populaire, dans Dictionnaire d'art et d'histoire militaires, PUF, 1988 ; Pierre DABEZIES, article Guerre révolutionnaire, dans Dictionnaire de stratégie, sous la direction de Thierry de Montbrial et Jean Klein, PUF, 2000.

 

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