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1 avril 2011 5 01 /04 /avril /2011 09:25

               Les critiques de la psychanalyse, depuis ses origines, se présentent sous deux formes, l'une, théorique, comme connaissance du psychisme, centrée sur le déterminisme psychique inconscient, et l'autre, pratique, en liaison directe avec la théorie comme thérapie ou clinique, ce dernier aspect souvent en lien avec une certaine institutionnalisation.

La très longue liste des oeuvres critiques de la psychanalyse est poursuivie récemment par ces deux livres, Le livre noir de la psychanalyse, sous la direction de Catherine MEYER, livre à une quarantaine d'auteurs, de 2005 et Le crépuscule d'une idole, l'affabulation freudienne, du philosophe Michel ONFRAY, de 2010.

Alors que le premier se veut une réfutation de la théorie et de la pratique psychanalytique, le second se concentre plus sur son fondateur, Sigmund FREUD. Très dissemblables de par leurs motivations, ces deux ouvrages interviennent dans une période de relatif déclin de la psychanalyse en tant que telle, nonobstant tous les emprunts faits à celle-ci par de nombreuses disciplines connexes. 

Avant d'entamer une recension de ces deux livres, ayons en regard les diverses formes de critiques de la psychanalyse :

- soit sur le moment fondateur (contexte historique, épistémologique, scientifique, culturel) posant la question du statut des découvertes freudiennes (science, art, philosophie, élément de la socialité...), qui recouvre surtout le personnage même de Sigmund FREUD,

- soit sur les inflexions ultérieures de la psychanalyse (et là la critique peut être aussi bien interne qu'externe), sur le noyau conceptuel commun à l'ensemble des courants psychanalytiques et singulièrement sur deux éléments : l'importance primordiale de la sexualité et l'existence d'un inconscient moteur, sur les modes de formation des psychanalystes (valeur d'une analyse didactique, réglementation de la profession, institutions) ou

- soit encore sur la construction idéologique de la légende Freud, à partir d'écrits hagiographiques manipulant les sources et travestissant les résultats scientifiques.

   Toutes ces formes de critiques interviennent toujours dans un contexte socio-politique et économique précis et il faudrait faire une étude de différents conflits, dans le monde médical notamment, pour cerner les phases de leurs interventions (tant en quantité qu'en nature).

Vu que la psychanalyse ne se positionne pas seulement en technique de traitements des maladies mentales ou du mal-être de manière générale, mais qu'elle recouvre de manière ouverte des considération d'ordre philosophique, sociologique et politique, il est naturel qu'elle soit l'objet d'attaques de tous ordres.

 

                   Le livre noir de la psychanalyse constitue une attaque en règle contre la psychanalyse, lui déniant toute validité scientifique et toute pertinence clinique. Il est constitué d'une quarantaine de textes, relativement courts et assez surprenant parfois dans leur simplisme, provenant d'autant d'auteurs de dix nationalités. Il s'agit d'abord d'un projet éditorial de Catherine MEYER, appuyé par Mikkel BORCH-JACOBSEN, philosophe danois-français-américain, auteur déjà de sept livres traitant de psychanalyse et d'histoire sur la "mystification freudienne", Jean COTTRAUX, psychiatre des hôpitaux, qui dirige le service de traitement de l'anxiété au CHU de Lyon, Didier PLEUX, docteur en psychologie du développement et psychologue clinicien,  et Jacques Van RILLAER, professeur de psychologie à l'Université de Louvains-la-Neuve en Belgique, qui ont ensuite effectué un assemblage d'articles, parfois hétéroclite, sollicités un peu partout. 

Suivant les intentions des auteurs principaux, pas toujours suivis d'ailleurs par les autres auteurs qui se situent eux-mêmes parfois sur des plans très différents, il s'agit de combattre l'institution psychanalytique qui, selon eux, ne reste hégémonique qu'en France et en Argentine. Considérant que la critique de la psychanalyse est encore largement taboue en France (ce qui étonne, vu la longue liste des dissidences et des oeuvres critiques...), ils prétendent présenter une enquête vivante, riche en rebondissements historiques, scientifiques et théoriques, dans une emphase qui rappelle un peu trop un slogan publicitaire. "Penser, vivre et aller mieux sans la psychanalyse" est leur projet : "Il ne s'agit pas seulement de mots, d'idées, de débats en chambre. D'après plusieurs études internationales, les troubles psychiques sont en augmentation constante. Une personne sur deux est ou sera confrontée dans sa vie à la maladie psychique, et une sur cinq présentera une forme grave de trouble psychologique. Mieux connaître ces troubles, mieux les traiter est vital. Ceux qui souffrent ont besoin de savoir la pertinence et l'efficacité des thérapies proposées. A qui faire appel en cas de dépression ou de troubles anxieux? Quels traitements ont fait leurs preuves dans la schizophrénie? Comment faire face à l'anorexie? Nous sommes tous, à un titre ou à un autre, concernés par ces questions. Au-delà, notre espoir en publiant ce livre est également d'aider chaque lecteur à voir plus clair en lui. De quelle manière sommes-nous déterminés par notre passé? Quelle éducation donner à nos enfants? Comment affronter les blessures de la vie et les injustices de la condition humaine? Peut-on vivre, penser et aller mieux sans la psychanalyse? Quelle est la part de science, de philosophie et l'illusion qui préside à cette conception de l'homme? Sigmund Freud a influencé notre manière de vivre, c'est l'évidence. La psychanalyse fait partie de notre passé. Elle façonne notre présent. Il reste à savoir dans quelle mesure elle fera aussi partie de notre avenir." (Catherine MEYER). Vu le caractère vaste des critiques émises, le premier regret que nous pouvons formuler est la forme du livre, unilatérale, alors qu'il aurait été nettement plus intéressant, pour chaque aspect, de lire des articles de débats, voire des articles et des contre-articles portant sur les questions précises soulevées... 

                       Le livre se divise en cinq grosses parties : La face cachée de l'histoire freudienne (Mythes et légendes de la psychanalyse, Les fausses guérisons, La fabrication des données psychanalytiques, L'éthique de la psychanalyse?), de loin la plus radicale et la plus cohérente ; Pourquoi la psychanalyse a-t-elle eu un tel succès (A la conquête du monde, Le pouvoir de séduction de la psychanalyse, L'exception française) ; La psychanalyse et ses impasses (une valeur scientifique?, une psychothérapie? Les clairvoyants, Les mécanismes de défense de la psychanalyse) ; Les victimes de la psychanalyse (Les victimes historiques, Parents et enfants, premières victimes, Le drame de l'autisme, Blessés par la psychanalyse, Un cas exemplaire : la toxicomanie) qui fait écho, car nous sommes dans la même période éditoriale, aux victimes recensées dans le Livre noir du communisme ; Il y a une vie après Freud (La révolution des neurosciences, Et les médicaments?, Les psychothérapies d'aujourd'hui).

La première partie s'attaque au fondateur de la psychanalyse, qualifié de falsificateur, de dissimulateur et décrit comme dénué de toute éthique. C'est cette partie qui a soulevé les plus vives critiques éditoriales, (dans un monde - le monde psychanalytique - où les blessures narcissiques et le narcissisme proprement dit d'ailleurs foisonnent déjà... ), de deux ordres d'ailleurs, d'une part sur le fait qu'il ne s'agit pas réellement de révélations, car de nombreuses études historiques avaient déjà relevés le travestissements des cas types décrits par Sigmund FREUD dans son oeuvre et d'autre part sur la décontextualisation de cette critique, par ailleurs justifiée. Au temps de Sigmund FREUD, qu'avait à offrir la psychiatrie aux malades mentaux? Par ailleurs, un certain amalgame entre la critique scientifique des cas et des théories qui dérivent de leur description et une critique d'ordre moral (que l'on pourrait d'ailleurs étendre à d'autres sommités de l'époque du monde médical...) brouillent leur portée et donnent un sensation de règlement de comptes... 

Outre des éléments de la quatrième partie (sur l'autisme et la toxicomanie où des erreurs réelles ont été faites, dans tous les pays d'ailleurs), c'est finalement la dernière partie qui s'avère la plus intéressante et la plus révélatrice. Il s'agit d'un ensemble d'articles qui mettent en avant, à partir des découvertes biologiques (neurosciences notamment), fait la promotion des thérapies cognitivo-comportementales très en vogue actuellement aux Etats-Unis. Ces thérapies prétendent partir d'une psychologie scientifique pour prescrire un certain nombre de traitements où les médicaments prennent une grande place. Gérard BAYLE, président de la SPP met à juste titre l'accent, surtout vu le contexte de cette édition proprement dite (polémique autour d'un rapport de l'INSERM sur l'évaluation des traitements des affections mentales), sur le développement de certaines conceptions thérapeutiques qui considèrent le malade avant tout comme un patient qu'il convient de traiter, dans un marché de la santé en pleine expansion. 

   Si nous conseillons de lire ce livre, car toute démarche scientifique commande la critique, même si celle-ci parait outrancière et parfois malhonnête. Et de le faire, avec en contre-points d'autres écrits traitant de manière plus équilibrée de la validité et de la pertinence des idées psychanalytiques (par exemple d'Y CARTUYVELS sur précisément le livre noir de la psychanalyse, La libre Belgique, septembre 2005), mais aussi sur les autres thérapies proposées (par exemple le livre de B BRUSSET sur les psychothérapies, de 2005, aux PUF, collection Que sais-je?).

 

   L'éditeur présente ce livre de manière particulièrement racoleuse (première édition) : "La France est - avec l'Argentine - le pays le plus freudien du monde. Cette situation nous aveugle : à l'étranger, la psychanalyse est devenur marginale. Son histoire officielle est mise en cause par des découvertes gênantes. Son efficacité thérapeutique s'avère faible. Sa pertinence en tant que philosophie est contestée. Ses effectifs sont en chute libre. La psychanalyse a été vécue par la génération de Mai 1968 comme un vent de liberté. Mais les insurgés d'hier sont devenus des gardiens du temple, soucieux de leur position dominante à l'Université, à l'hôpital et dans les médias. Pourquoi refuser en France le bilan critique que tant d'autres nations sont dressé avant nous? Le livre noir de la psychanalyse propose une enquête à plusieurs voix, vivante et accessible à tous. Quarante auteurs parmi les meilleurs spécialistes du monde ouvrent un débat nécessaire. Ils sont historiens, philosophes, médecins, chercheurs et même patients. Freud a t-il menti? La psychanalyse guérit-elle? Est-elle la meilleure façon de comprendre ce que nous sommes? Comment éduquer nos enfants hors la peur de "mal faire"? Que penser des autres thérapies? Le livre noire de la psychanalyse dresse le bilan d'un siècle de freudisme. Un ouvrage international de référence pour tous ceux qui s'intéressent à l'humain et au psychisme."

     

 

    

 

     Le crépuscule d'une idole, L'affabulation freudienne, de Michel ONFRAY  s'attache principalement au moment fondateur de la psychanalyse. Lui aussi reprend l'hagiographie freudienne et dénonce une certaine méthode de travail et d'exposition de son travail de Sigmund FREUD. Nous ne discuterons pas ici du style utilisé par l'autre, présent aussi dans ses autres livres dont nous aurons l'occasion de parler, et qui présente des avantages et des inconvénients bien précis, tout simplement parce que, tout compte fait, il est agréable à lire, malgré une présentation de la doctrine de Freud sous forme de cartes postales (à laquelle il répond par ces contre-cartes postales plus loin dans le livre) qui possède le très net aspect négatif de trop simplifier celle-ci et surtout de faire l'impasse sur les multiples réflexions contradictions que le fondateur de la psychanalyse à émises sur plusieurs versants de celle-ci (et encore plus sur le fait que la psychanalyse de Freud n'est pas celle de Lacan par exemple...). Michel ONFRAY, très honnête intellectuellement à son habitude, propose "une histoire nietzschienne de Freud, du freudisme et de la psychanalyse : l'histoire du travestissement freudien de cet inconscient (le mot se trouve sous la plume de Nietzsche...) en doctrine ; la transformation des instincts, les besoins physiologiques d'un homme en doctrine ayant séduit une civilisation ; les mécanismes de l'affabulation ayant permis à Freud de présenter objectivement, scientifiquement, le contenu très subjectif de sa propre autobiographie - en quelques mots, je propose l'esquisse d'une exégèse du corps freudien..." Un critique a présenté ce livre avec un certain humour que là, l'auteur faisait sa propre psychanalyse en entendant faire la psychanalyse de Freud avec les méthodes psychanalytiques de Freud... Ce qui donne un résultat d'ailleurs tout à fait réjouissant et très incitatif intellectuellement ! 

Michel ONFRAY estime que Sigmund FREUD effectue une dénégation de la philosophie, mais élabore lui-même une philosophie (première partie), que la psychanalyse ne relève pas de la science, mais d'une autobiographie philosophique (nourrie entre autres de lectures d'oeuvres de  NIETSZCHE d'ailleurs...), que la psychanalyse n'est pas un continuum scientifique, mais un capharnaüm existentiel, que la technique psychanalytique relève de la pensée magique, et qu'enfin, et sans doute dans cette dernière partie y-a--t-il matière à très grands débats, que la psychanalyse n'est pas libérale, mais conservatrice. 

"De manière ironique, nous pourrons en appeler trois fois à Freud lui-même pour conclure cet ouvrage. Premièrement : dans L'Avenir d'une illusion, il explique en effet qu'il distingue l'illusion de l'erreur. Une erreur suppose une fausse causalité : par exemple, comme dans la génération spontanée, faire naître la vermine vivante d'un simple tas d'ordures mortes ou bien expliquer une affection neurologique par la débauche sexuelle. Une illusion, quand à elle, renvoie à un souhait intime : lorsque Christophe Colomb croit avoir trouvé une nouvelle voie par mer vers les Indes quand il découvre l'Amérique ; ou bien quand certains nationalistes allemands affirment que seuls les IndoEuropéens seraient capables de culture ; ou bien encore quand les alchimistes croyaient pouvoir transformer le plomb en or. Parce qu'elle s'enracine dans un souhait extrêmement puissant, l'illusion s'apparente à "l'idée délirante en psychiatrie". Parlant des religions, il poursuit : "Elles sont toutes des illusions, indémontrables, nul ne saurait être contraint de les tenir pour vraies, d'y croire. Quelques unes d'entre elles sont tellement vraisemblables, tellement en contradiction avec tout ce que notre expérience nous a péniblement appris de la réalité du monde, que l'on peut - tout en tenant compte des différences psychologiques - les comparer aux idées délirantes. On ne peut pas juger de la valeur de la réalité de la plupart d'entre elles. Tout comme elles sont indémontrables, elles sont irréfutables." Sourions un peu : ajoutons à cela, pour prévenir les critiques et les attaques qui ne manqueront pas de venir le jour venu (...) que Freud écrit aussi : "Lorsqu'il s'agit de questions de religion, les hommes se rendent coupables de toutes les malhonnêtetés, de toutes les inconvenances intellectuelles possibles". Ne pourrait-on reprendre le premier moment de cette analyse freudienne point par point pour l'appliquer à la psychanalyse? Car de fait, le freudisme apparaît bien à celui qui aura fait l'effort d'aller voir dans le texte ce qu'il est, et qui ne se sera pas contenté de la vulgate et des catéchismes édités et diffusés par la corporation, comme une illusion indémontrable construite sur des invraisemblances en contradiction avec les conclusions obtenues par le simple usage d'une intelligence conduite selon l'ordre des raisons. Objet de foi  irréfléchi, d'adhésion vitale, d'assentiment viscéral, nécessité existentielles pour organiser sa vie ou sa survie mentale, la psychanalyse obéit aux mêmes lois que la religion : elle soulage, elle allège comme la croyance dans un arrière monde qu'animent nos désirs les plus insoucieux du réel. Le désir y prend toute la place et la réalité n'a pas droit de cité...(...). Une deuxième référence à Freud m'autorise, pour une fois, à terminer ce livre en lui donnant raison avec ce qu'il écrit en 1937 dans L'Analyse avec fin et l'analyse sans fin : "Est-il possible de liquider durablement et définitivement par thérapie un conflit de la pulsion avec le moi ou une revendication pulsionnelle pathogène à l'égard du moi? Il n'est probablement pas inutile, pour éviter tout malentendu, d'expliciter d'avantage ce que l'on entend par la formule : liquidation durable d'une revendication pulsionnelle. Sûrement pas l'amener à disparaître au point qu'elle ne refasse plus jamais parler d'elle. Car c'est en général impossible et ce ne serait pas non plus du tout souhaitable". Disons-le de manière plus courte et plus directe. Question : la psychanalyse peut-elle guérir? Réponse : non. Ajout : serait-ce même possible que ce ne serait pas souhaitable... Allez savoir pourquoi - bénéfice de la maladie? Probablement... La lecture d'un troisième texte conclura ce livre. Après avoir proposé qu'on puisse penser, selon l'analyse freudienne même, la psychanalyse comme une illusion définie par le triomphe du souhait emballé par le désir malgré, sinon contre, la réalité enseignée par l'expérience ; après avoir souscrit à l'affirmation d'un Freud âgé de quatre-vingt-un an, quelques mois avant de mourir en exil, n'ayant plus à se soucier de réputation, de gloire et d'argent, de prix Nobel, de médailles ou de statues, de plaques commémoratives, mais tout simplement de vérité, reconnaissant que la psychanalyse ne guérit pas, car on n'en finit jamais avec une revendication pulsionnelle, il nous faut, toujours en méditant les réflexions ultimes du vieil homme sachant qu'il va très bientôt mourir, nous attarder sur une réflexion extraite de l'Abrégé de psychanalyse. Freud pose clairement les limites des effets de sa thérapie, il sait qu'elle ne peut pas tout, qu'elle ne guérit pas absolument, qu'elle ne saurait être présentée comme une panacée, qu'elle connaît des échecs, que les résistances à l'analyse sont grandes : "Avouons-le, notre victoire n'est pas certaine, mais nous savons du moins, en général, pourquoi nous n'avons pas gagné. Quiconque ne veut considérer nos recherches que sous l'angle de la thérapeutique nous méprisera peut-être après un tel aveu et se détournera de nous.  En ce qui nous concerne, la thérapeutique ne nous intéresse ici que dans la mesure où elle sert de méthodes psychologiques, et pour le moment elle n'en a pas d'autres. Il se peut que l'avenir nous apprenne à agir directement, à l'aide de certaines substances chimiques, sur les quantités d'énergie et leur répartition dans l'appareil psychique. Peut-être découvrirons-nous d'autres possibilités thérapeutiques encore insoupçonnées. Pour le moment néanmoins que de la technique psychanalytique, c'est pourquoi, en dépit de toutes ses limitations, il convient de ne point la mépriser." " Michel ONFRAY pense que "c'est à cet endroit même, au lieu exact des points de suspension qui matérialisent la phrase inachevée par la mort, qu'il faut penser son oeuvre. La mépriser - pour utiliser son mot? Sûrement pas. Mais la sortir de la légende pour l'inscrire dans l'histoire où elle a tenu une place un siècle durant, en attendant d'autres propositions qui ne manqueront pas de venir et qui, bien sûr, se trouveront un jour caduques. C'est le sens de cette psychobiographie nietzschéenne de Freud."

Laissons à Michel ONFRAY la responsabilité de cette interprétation. Il y en a beaucoup d'autres, mais celle-ci mérite d'être pensée. En tout cas, beaucoup de partagent pas ni cette lecture des trois textes en question, ni cette interprétation... A l'inverse de Le livre noir de la psychanalyse, le lecteur peut à loisir choisir d'autres textes critiques dans l'abondante bibliographie sélective en fin d'ouvrage pour se faire une meilleure idée des débats autour des idées de la psychanalyse.

 

    L'éditeur (en fait l'auteur lui-même) présente ce livre (en quatrième de couverture) de la manière suivante, d'une manière finalement assez racoleuse elle aussi : "Le freudisme et la psychanalyse reposent sur une affabulation de haute volée appuyée sur une série de légendes. Freud méprisait la philosophie et les philosophes, mais il fut bel et bien l'un d'entre eux, auteur subjectif d'une psychologie littéraire... Freud se prétendait scientifique. Faux : il avançait tel un "Conquistador" sans foi ni loi, prenant ses désirs pour la réalité. Freud a extrait sa théorie de sa pratique clinique. Faux : son discours procède d'une autobiographie existentielle qui, sur le mode péremptoire, élargit son tropisme incestueux à la totalité du genre humain. Freud soignait par la psychanalyse. Faux : avec la cocaïne, l'électrothérapie, la balnéothérapie, l'hypnose, l'imposition des mains ou l'usage du monstrueux psychrophore en 1910, ses thérapies constituent une cour des miracles. Freud guérissait. Faux : il a sciemment falsifié des résultats pour dissimuler les échecs de son dispositif analytique, car le divan soigne dans la limite de l'effet placebo. Freud était un libérateur de la sexualité. Faux : son oeuvre légitime l'idéal ascétique, la phallocratie misogyne et l'homophobie. Freud était un libéral en politique. Faux : il se révèle un compagnon de route du césarisme fasciste de son temps. Chamane viennois, guérisseur extrêmement coûteux et sorcier post-moderne, il recourt à une pensée magique dans laquelle son verbe fait la loi. Ce livre se propose de penser la psychanalyse de la même façon que le Traité d'athéologie a considéré les trois monothéismes : comme auteut d'occasions d'hallucinations collectives. Voilà pourquoi il est dédié à Diogène de Sinope..."

 

 

 

Michel ONFRAY, le crépuscule d'une idole, l'affabulation freudienne, Editions Grasset & Fasquelle, 2010, 612 pages.

Sous la direction de Catherine MEYER,  Le livre noir de la psychanalyse, Editions des arènes, 2005, 832 pages. Réédition en 2010 : cette nouvelle édition comporte des ajouts : Le récit de la genèse du Livre noir et de sa sortie mouvementée, des révélations (selon l'éditeur...) sur la double vie de Freud, une analyse du statut de psychothérapeute et de la formation des psychothérapeutes, ainsi que sur le revirement (ce nous demandons à voir, cela semble bien plus complexe que présenté...) à 180 degrés des psychanalystes sur l'autorité parentale.

 

Complété le 25 novembre 2012

 

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