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11 avril 2014 5 11 /04 /avril /2014 13:03

          Après une période florissante relativement courte dans l'Antiquité grecque, la démocratie est reléguée dans le domaine théorique pendant que s'étiole à Athènes même sa pratique après l'invasion macédonienne, le régime politique dérivant de plus en plus vers une oligarchie et une aristocratie, et même en définitive une royauté qui n'a plus rien avoir avec le système politique originel né au Ve siècle av JC. On discute encore dans les écoles philosophiques (Lycée, Académie, Portique, Jardin...) des oeuvres de Platon et d'Aristote, mais avec une attitude de plus en plus hostile envers la démocratie.

 

     C'est pourquoi, loin de ce que la démocratie soit au coeur de la philosophie politique de l'Antiquité comme l'écrit  Jean-François KERZÉGAN, sans doute victime d'une lecture trop retrospective à partir de notre époque, (A Rome par exemple, elle est décriée et finalement oubliée) la réflexion sur la démocratie revêt une importance très faible dans la pensée moderne jusqu'à la fin du XVIIIe siècle. Si le début perspective n'est pas très bonne, l'auteur nous donne des indications précieuses, que l'on peut compléter par les informations précieuses données par Claude MOSSÉ, sur l'évolution de la pensée sur le système démocratique.

 

      Notre auteur écrit dans ce Dictionnaire de philosophie politique, que "la cause en est (de cette faiblesse), au premier chef, que la question n'est pas actuelle à l'heure de l'absolutisme monarchique." C'est manifeste chez MONTESQUIEU et dans l'Encyclopédie (de Diderot et d'Alembert), et aussi dans une  certaine mesure chez HOBBES et ROUSSEAU.

"Certes, l'examen comparatif des différents régimes demeure un passage obligé ; mais c'était le cas dans la philosophie médiévale (Thomas d'Aqui, Somme théologique ; Marsile de Padoue, Defensor Pacis), les arguments semblent repris d'Aristote, et la question d'avance tranchée en faveur soit de la monarchie (Hobbes, Pufendorf), soit de l'aristocratie (Rousseau, Lettre de la Montagne), soit d'un régime mixte. Spinoza fait fugure d'exception, qui considère qu'en démocratie "l'absurde est moins à craindre" et qu'elle est l'Etat "le moins éloigné de la liberté que la nature reconnait à chacun" (Traité théologico-politique) ; mais il en nuance ce propos en soulignant son instabilité (Traité politique).

L'impression de répétition est cependant trompeuse. Même lorsque le propos des penseurs modernes parait reproduire à l'identique les arguments classiques, la problématique dans laquelle il les inscrit leur confère une signification toute différente. Dans l'Antiquité, la question du meilleur régime est décisive (voir l'étude de Léo Strauss, Qu'est-ce que la philosophie antique?) en raison de la priorité absolue qui est reconnue à la communauté politique, réalité "naturelle" en ce qu'elle est la présupposition et la fin d'agir de chacun ; l'excellence individuelle (la "vertu") dépend étroitement de l'organisation de la cité, l'éthique trouve dans la politique sa condition d'effectivité. Au contraire, pour la philosophie moderne, l'individu est la prémisse en même temps que son bonheur est la fin de l'ordre politique. Celui-ci doit être conçu comme un artefact (Hobbes, Léviathan) et commeun moyen au service des fins que leur nature prescrit aux individus. En conséquence, la politique présuppose une anthropologie à partir de laquelle elle peut être constituée sur le modèle non finaliste de la science de la nature. Le changement de sens du concept de liberté, source de malentendus (Léviathan), traduit cette mutation : alors qu'elle concernait surtout le destin de la cité, elle désigne maintenant la part de l'existence individuelle qui est soustrainte au politique. Entre l'héroïsme de la citoyenneté des Anciens et l'"hédonisme politique" (Léo Strauss) des modernes, qui aboutira aux doctrines utilitaristes, la rupture parait totale. Il en résulte que le propos sur la démocratie change de sens.

L'auteur analyse dans ce sens le Léviathan de Thomas HOBBES, qui "renonce au primat logique de la démocratie, qui contredit sa doctrine de la représentation, l'affirmation du caractère inaliénable de la souveraineté". Ce qui conduit ROUSSEAU (Du contrat social) à le réintroduire. L'analyse du contrat social ne doit pas conclure au rejet du système démocratique. Il est seulement rejeté lorsqu'il s'agit du gouvernement dans lequel le peuple tout entier se charge de l'exécution des lois. Dans sa reconstitution de l'histoire des institutions, ROUSSEAU, le doute subsiste quant à la structure démocratique de la souveraineté. HOBBES comme ROUSSEAU, en effet, opère une réflexion de l'articulation entre l'assentiment-accord-décision du peuple et l'existence d'un Etat capable d'imposer l'obéissance des lois. Si le premier opte en définitive pour la monarchie et même la monarchie autoritaire, le second tente de garder, même dans le régime aristocratique un élément de représentation populaire. Les ambiguïtés parsemées dans leurs oeuvres maitresses ouvrent la voie à d'autres interprétations plus orientées vers le système démocratique, notamment lors des révolutions américaine et française.

"L'idée que le principe représentatif fonde une "nouvelle forme de gouvernement" (Locke, Deuxième traité du gouvernement civil) s'est répaundue au XVIIIe siècle en même temps que la règle no taxation without représentation. Hamilton, un des futurs auteurs du Federalist, est le premier à parler en 1777 de "démocratie représentative" (Papers I, Columbia, University Press, 1962) ; il dénomme ainsi une république qui réalise l'idéal constitutionnaliste d'un "empire des lois et non des hommes" (John Adams, Thoughts on Government, Works IV, Little Brown & Co, 1850). Les constitutions américaines se fondent sur cette conception nouvelle de la république. Celle-ci n'est plus la désignation générale de la "chose publique" ni, comme chez Montesquieu; celle des Etats autres que monarchiques, mais celle d'une manière de gouverner qui reconnait l'intangibilité de certains principes : les droits individuels, la séparation des pouvoirs, la représentation. C'est en poursuivant cette ligne de pensée que Kant, en 1795, juxtapose à la classification traditionnelle des régimes la distinction entre Republique et despotisme ; en ajoutant que la démocratie, qui proscrit la représentation, est par nature despotique (Vers la paix perpétuelle), il en reste toutefois à la définition classique de celle-ci. le projet de "greffer la représentation sur la démocratie" implique en effet, indique Thomas Paine dans sa réponse aux Considérations sur la Révolution française de Burke, une modification radicale de la "simple forme démocratique" que connaissaient les Anciens (Les droits de l'homme, Belin, 1987).

Le cours de événements américains a toutefois conduit le courant dominant à ne pas retenir cette innovation terminologique. A l'encontre des courants radicaux qui se réclamaient de la démocratie, les auteurs du Federalis, fixant en 1787 la doctrine constitutionnelle des Etats-Unis, opposent le gouvernement républicain, "fondé entièrement sur le principe de la représentation", et la démocratie, où "le peuple s'assemble et gouverne par lui-même".

Le terme démocratie demeure peu usité durant la Révolution française, bien que les démocraties antiques soient pour ses acteurs une référence constante ; le jugement de rousseau y a contribué, mais aussi la défiance envers l'orientation "basiste" des sections parisiennes. L'hostilité des Jacobins à l'égard de la représentation conduit Robespierre à proposer d'inscrire dans la Declaration des droits de l'homme que "toute institution qui ne suppose pas le peuple bon et le magistrat corruptible est vicieuse" (discours du 24 avril 1793). Mais la démocratie n'apparait dans son vocabulaire que lorsque le besoin de justifier la dictature révolutionnaire se fait jour ; il assimile dès lors le gouvernement républicain et la démocratie, cet "état où le peuple souverain, guidé par des lois qui sont son ouvrage, fait par lui-même tout ce qu'il peut bien faire, et par ses délégués tout ce qu'il ne peut pas faire lui-même". Le principe de la démocratie est la vertu, c'est-à-dire "l'amour de l'égalité" (Sur les principes de morale politique qui doivent guider la Convention, 5 février 1794, Oeuvres complètes, X). Apparemment, de telles vues sont empruntées à Rousseau et à Montesquieu (Esprit des Lois) ; mais Robespierre déduit de la supériorité du "gouvernement populaire" la légitimité d'un "gouvernement révolutionnaire" exerçant un "despotisme de la liberté" en vue d'y aboutir. Cette idée nouvelle d'une "dictature souveraine" (selon Carl Schmitt) annonce plutôt la dictature du prolétariat que la démocratie représentative. Dans l'ensemble, pourtant, la Révolution française a contribué à promouvoir cette dernière notion. Elle s'esquisse déjà dans le célèbre mémoire publié en 1790 par Sieyès. La distinction entre pouvoir constituant et pouvoir constitué et l'affirmation que la nation, détentrice du premier, ne saurait être "liée par les formalités ou par la constitution auxquelles elle a assujetti ses mandataires" (Qu'est-ce que le Tiers-Etat?, Société d'histoire de la révolution française, 1888) prolongeant la théorie rousseauiste de la souveraineté. Mais Sieyès s'en écarte en affirmant la possibilité d'une représentation de la nation jusque dans l'exercice du pouvoir constituant : "le but de l'assemblée représentative (...) ne peut pas être différent de celui que se proposerait la nation elle-même, si elle pouvait se réunir et conférer dans le même lieu". Ainsi, mais en un tout autre sens que chez Hobbes, la médiation représentative est constitutive de l'ordre politique ; le privilège théorique que la doctrine de la souveraineté populaire semblait conférer à la conception classique de la démocratie peut dès lors être abandonné.

Les Révolutions française et américaine ont l'une et l'autre contribué à l'émergence de la démocratie représentative, mais leurs arguments en sa faveur sont bien différents. Dans les deux cas, ils convergent vers la dangerosité des factions qui, depuis Platon, a toujours joué un grand rôle dans la critique de la démocratie, supposé les favoriser plus que les autres régimes. Mais alors que, selon Sieyès, les mécanismes représentatifs doivent empêcher leur formation ou les résorber dans l'unité constamment présente de la volonté générale, le Federalist considère que, faute de pouvoir "prévenir les causes des factions", on doit se contenter d'en "corriger les effets" et de "suppler par l'opposition et la rivalité des intérêts à l'absence de sentiments meilleurs" ; telle serait la supériorité décisive du gouvernement représentatif et de sa méthode des cheks and balances sur la démocratie au sens traditionnel, qui entraine l'oppression des minorités. Ains l'adhésion à la démocratie représentative peut recouvrir des visions opposées du politiques."

 

   Pour comprendre la vision qu'ont les auteurs modernes de la démocratie, il faut regarder le genre de littérature, qui, pendant toute la période hellénistique et de l'Empire romain servait de guide pour analyser et juger ce système politique. POLYBE, CICÉRON, PLUTARQUE rédigent dans leur temps des oeuvres, commentaires souvent de celles de PLATON et d'ARISTOTE, qui donnent une vision bien précise de la démocratie athénienne avant de l'oublier tout à fait vers la fin de l'empire romain.

L'historien POLYBE, dans l'Athènes héllenistique, aborde à partir de l'exemple romain le problème du mérite respectif des différentes politeiai. IL ne rejette pas a priori le modèle démocratique, du moment que les moyens restent fidèles à la loi. Mais dans son époque, précisément, les citoyens ne respectent pas, pense t-il, la loi. Le pouvoir glisse de plus en plus entre les mains de mauvais dirigeants soucieux avant tout de plaire aux rois. (Histoire, Gallimard, 2003).

Le juriste CICÉRON, qui fait partie de ces auteurs admiratifs de la culture grecque mais pas de son système politique, vit dans une société aux structures sociales très différentes de celles de l'Athènes de PÉRICLÈS. Les membres du Sénat qui est alors doté de pouvoirs considérables forment une oligarchie héréditaire. Dans Pro FLacco, il consacre un long développement à ce qui lui semble le plus dangereux dans le système athénien, le fait que les décisions étaient entre les mains d'une foule rassemblant des gens sans expérience qui subissent l'influence de faiseurs de trouble. Dans De Republica, Il exprime un jugement très sévère sur la démocratie en général, profondément marqué par la lecture de l'oeuvre de PLATON. Il reprend à son compte, l'analyse développée par le philosophe grec concernant les trois types de pouvoir : le pouvoir d'un seul, le pouvoir des meilleurs, le pouvoir du peuple. Reprenant la forme des dialogues de PLATON (et sans doute de ce qu'il lit d'ARISTOTE), il constate que la civistas poparis est le moins recommandables des trois systèmes politiques, parce que fondé sur une égalité qui ne prend pas en compte les "degrés de dignité". Il considère qu'en fait que le régime d'Athènes ne mérite même pas le nom de démocratie, et qu'il s'agit plutôt d'une "ochlocratie" (le pouvoir aux mains de la foule). 

Si on trouve des appréciations plus nuancées chez deux autres auteurs de la période républicaine de Rome, Cornélius NÉPOS et Valère MAXIME, ils mettent en relief l'ingratitude du peuple athénien envers ses dirigeants. De toute façon dans un monde en proie à la guerre civile, la violence populaire est redoutée de tous ces auteurs chéris par l'aristocratie romaine... 

Dans les relations sur l'histoire grecque de la période impériale, par JUSTIN (Histoires philosophiques) ou de son inspirateur Trogne POMPÉE (Histoires politiques), l'image d'Athènes n'est pratiquement plus liée au système politique qu'il avait inventé. Considérée d'abord comme une des capitales culturelles du monde gréco-romain, la ville est encore le lieu où on vient pour étudier les leçons des philosophes des différentes écoles philosophiques (d'ailleurs jusqu'à leur interdiction par l'empereut Constantin, sous la poussée des autorités chrétiennes....). Mais si un auteur comme Aelius ARISTIDE (Panathénaïque) relate les différentes polémiques par lesquelles ces écoles s'affrontent, PLUTARQUE, philosophe politique bien plus qu'historien, dont l'oeuvre a par la suite une importance considérable à travers les siècles, que ce soit dans ses Vies athéniennes (au nombre de dix), son ébauche des Vies parallèles, ou de ses Questions romaines/Questions grecques, transmet une image très négative de la démocratie athénienne. Au delà de son jugement très complexe sur l'ostracisme, il stigmatise l'influence des orateurs sur la vie de l'assemblée. Les prises de décision étaient entre les mains d'une foule ignorante, sensible aux arguments de ceux qui, du haut de la tribune, savaient trouver les mots propres à la séduire. La démocratie dégradée, au point d'accepter la présence à l'assemblée d'esclaves et d'étrangers, ne subsiste que par la présence de dirigeants de grande vertu comme PHOCION, THUCYDIDE, DÉMOSTHÈNE et Périclès, au point qu'ils dont figure de héros. 

C'est ce genre de littérature qui inspirent sans doute les différents auteurs latins chrétiens (les Pères de l'Eglise entre autres...) et à travers eux-mêmes, toute la littérature politique du Moyen Age. Pendant une très longue période, après la "chute" de l'Empire romain d'Occident et les royaumes "barbares", la démocratie athénienne en elle-même est oubliée.

 

   Pour Claude MOSSÉ, dont nous empruntons déjà beaucoup d'éléments dans le paragraphe précédent, les choses changent "avec l'apparition, dans l'Italie du XIVe et du XVe siècle, de ce que l'on appelle le mouvement communal, la naissance de "républiques" autonomes dont les plus célèbres seraient Florence et Venise." Notre auteure repère dans l'histoire de la Renaissance aux Lumières, différentes étapes vers la remise au goût du jour très minoritaire il faut le dire d'études sur la démocratie.

Avant les révolutions américaine et française qui rebattent en fait les cartes de la philosophie politique :

- Leonardi BRUNI (Laudatio Florentina, 1404), nourri de littérature grecque (notamment du Panathénaïque d'Aelius ARISTIDE), présente le système communal de Florence, pourtant plus proche de la République romaine que de la démocratie athénienne, comme un régime populaire. Son oraison funèbre en l'honneur de Nanni degli STROZZI (1524), qui exalte la liberté et l'égalité des citoyens dans un gouvernement exemplaire fondé sur le mérite, est en fait un éloge de l'Athène de PÉRICLÈS telle que la présentait THUCYDIDE. 

- Après la chute de Constantinople en 1543, qui favorise le développement de la connaissance de la langue et de l'histoire grecques en Italie, où se réfugient alors de nombreux lettrés de culture hellénique, l'étude des formes de gouvernement se fait plus fréquente, mais avec une tendance à considérer la démocratie comme plus exposée aux excès que les autres systèmes politiques. MACHIAVEL, dans son Discours sur la première décade de Tite-Live, reprend une histoire de la démocratie, inventée par SOLON, selon l'analyse de PLATON, et débouchant sur la tyrannie de PISISTRATE. Même jugement chez Carlo SIGONIO, Italien de Modène, dans son De Republica Atheniensium. Les auteurs retiennent surtout l'échec final de la démocraite athénienne. Les opinions de PLUTARQUE sont souvent reprises.

- En France, la traduction d'AMYOT des Vies des hommes illustres en 1559, lance une série d'études, dans un environnement politique de raffermissement de la monarchie. Jean BODIN (Méthode pour la compréhension facile de l'histoire, 1566), emprunt beaucoup également à PLUTARQUE. Lu par MONTAIGNE, qui ainsi reprend les visions de PLUTARQUE introduite par Jean BODIN, le philosophe français met l'accens sur l'ingratitude du peuple vis-à-vis des "héros" de la démocratie grecque, et met en accusation lui aussi le pouvoir de la foule. 

- En Angleterre, où l'intérêt pour la langue grecque n'apparait qu'au début du XVIe siècle, BODIN est traduit en anglais et ses opinions sur la démocratie sont reprises tant par Thomas MORE (l'Utopie) que par sir Thomas SMITH (De Republica Anglorum, 1565). On y lit le même mépris à l'encontre du pouvoir populaire, la même exaltation de la monarchie, comme du reste dans la monumentale History of the World de sir Walter RALEIGH. Alors que l'élite lettrée suit ce même mouvement, les partisans des mouvements qui agitent la société anglaire trouvent dans l'Athènes classique des arguments en faveur de l'existence d'une assemblée populaire et de la pratique de l'ostracisme, non sans d'importantes réserves. Cette question connait une nouvelle ampleur lors du conflit entre whigs et tories. 

- Avec le développement à la fin du XVIIe siècle en Angleterre du régime parlementaire, le "modèle" athénien, sans être vraiment recommandé, devient l'objet d'une attention nouvelle. Par contre, en France, sous le règne de Louis XIV, la lecture de PLUTARQUE de la démocratie l'emporte largement. 

C'est dans la contestation de l'absolutisme monarchique, surtout après Louis XIV, que se développe l'intérêt pour les "républiques anciennes". MONTESQUIEU (Considérations sur les causes de la grandeur des Romains et de leur décadence, 1734 ; L'Esprit des Lois, 1748), s'intéresse surtout à Rome. ROUSSEAU, également, admire la Rome républicaine, modèle de la démocratie antique. Mais l'avis de PLUTARQUE reste encore très présent. 

La corruption par le luxe et le goût des plaisirs, l'oppression dont les riches sont victimes de la part des pauvres... constitue chez MONTESQUIEU les meilleures explications de l'échec de la démocratie athénienne, comme pour MABLY (Entretiens de Phocion. Le jugement positifi porté dans les écrits des hommes des Lumières comme VOLTAIRE, DIDEROT ou d'HOLLBACH concerne non les institutions, mais le rayonnement de la cité marchande, tolérante, "moderne". Cette tradition, qui ne s'appelle pas encore libérale, sur Athènes se retrouve dans certains articles de l'Encyclopédie, en particulier l'article "Démocratie" du Chevalier de JAUCOURT. 

C'est dans deux ouvrages vers la fin du XVIIIe siècle que sont exposées des visions plus positives et surtout moins marginales de l'Athènes démocratique. L'abbé Jean-Jacques BARTHÉLÉMY fait publier en 1788 son "roman", le Voyage du jeune Anancharsis en Grèce. Il expose dans l'introduction de son livre, une véritable histoire d'Athènes, avec une grande connaissance des sources, qui ne s'arrête pas à PLUTARQUE, qui conserve une opinion plus favorable aux "héros" de la démocratie qu'à la foule souvent ignorante et envieuse, mais qui, par ses informations précises sur le contexte économique et militaire, donne matière à bien des réflexions. Cornelius DE PAUW fait publier la même année ses Recherches philosophiques sur les Grecs, où le système politique athénien est réellement au centre de son étude, avec des vues bien plus positives. Il livre un regard assez exceptionnel sur la démocratie et ses fondements, et ce livre connait une diffusion très importante jusque pendant la Révolution française. 

 

Claude MOSSÉ, Regards sur la démocratie athénienne, Perrin, 2013. Jean-François KERZÉGAN, article Démocratie dans Dictionnaire de philosophie politique, PUF, 1996.

 

PHILIUS

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