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11 décembre 2010 6 11 /12 /décembre /2010 10:21

                  Le désarmement, qui au sens propre, semble assez simple à comprendre - enlever des armes à quelqu'un ou à soi-même, s'agissant d'individus ou d'Etats - relève de conceptions bien différentes dans le temps et dans l'espace. Si désarmer fut longtemps l'activité du vainqueur après une bataille où l'armée adverse se rend, si dans les temps les plus reculés, le désarmement est associé à la volonté de paix... il semble d'après plusieurs auteurs que le désarmement ne soit une notion dûment raisonnée que dans le contexte d'une industrialisation de la guerre. C'est avec l'évènement des armées de masse que les différents mouvements pacifistes en font leur revendication, et récemment le désarmement est fortement lié au développement, ou à une autre conception de la défense, ou encore constitue une condition d'une paix durable dans les diverses parties du monde.

 

                    Jean François GUILHAUDIS tente de délimiter les différentes résonances : "la définition même du désarmement est moins simple qu'il n'y parait. Dans une acception étroite, qui serait la plus rigoureuse, il vise les mesures tendant à restreindre volontairement, voire à éliminer totalement les armements et les forces armées existants, dans le but de prévenir les conflits. Dans une acception plus large, et plus généralement reçue, il comprend également l'ensemble des méthodes et moyens permettant d'empêcher ou de limiter la fabrication ou l'emploi d'armes, ainsi que la constitution ou le développement de forces armées. On pourra alors parler de limitation des armements, et la pratique associe souvent les deux termes. Le désarmement met en cause des considérations de nature diverses et virtuellement contradictoires."

Le spécialiste en matières d'armement et de désarmement cite plusieurs exemples :

- Des exigences morales : le désarmement général et complet est l'aspiration traditionnelle du pacifisme humanitaire. De façon plus limitée, l'interdiction de certaines armes ou de certains procédés de combat est une exigence constante des combattants eux-mêmes, attachés à des formes classiques ou honorables de guerre. On vise dans le premier cas à rendre les conflits impossibles, dans le second cas à les régulariser, à les maintenir dans un certain cadre, et l'équivoque des objectifs comme des méthodes apparaît clairement. Il s'agit dans ce dernier cas de rendre plus souple le recours à la guerre, sans la crainte que l'adversaire n'utilise des moyens immoraux ou radicaux...

- Un impératif de sécurité : cet impératif est primordial pour les Etats. Ils peuvent concevoir la sécurité de façon purement individuelle, ou considérer qu'elle est liée à celle des autres. Le désarmement doit alors être apprécié en tant qu'élément de la sécurité, individuelle ou commune, des Etats, et analysé dans le cadre des systèmes de sécurité que pratique la société internationale - ainsi l'équilibre, la sécurité collective, la dissuasion nucléaire. Dans ce cadre le thème du désarmement peut aussi entrer dans la stratégie proprement dite ; il peut être instrumentalisé de diverses façons (affaiblissement des adversaires potentiels, "démoralisation" de certaines opinions publiques, valorisation des Etats qui proposent le désarmement....)

- Un souci d'indépendance : les Etats ne vont-ils pas, dans un même mouvement, exiger et refuser les mesures de contrôle d'un désarmement effectif, qui conditionne son efficacité mais les atteint dans un des éléments fondamentaux de leur souveraineté, la défense nationale? Dans cette perspective, le contrôle des armements effectué par des instances internationales constitue - stricto sensu - une mise en cause de cette souveraineté, surtout celle d'une conception absolue héritée par exemple de Thomas HOBBES.

- Une volonté d'égalité : les armements sont un facteur de l'équilibre entre les puissances, que leur disparition générale ne pourrait que remettre en cause. Faut-il le conserver par une réduction proportionnelle ou l'adapter par une progressivité des sacrifices?

- Des préoccupations d'intérêt, qui se sont développées avec l'expansion considérable des industries d'armement. Sur le plan interne, les dépenses publiques pourraient s'orienter vers des activités plus rentables ou plus judicieuses, mais la production militaire est également source d'emplois et d'exportations. Sur le plan international, il est tentant de lier une diminution des budgets militaires et une assistance accrue au développement.

 

            Julien FREUND considère que "on ne saurait rien comprendre au phénomène du désarmement en dehors d'(un) rapport de forces. Malheureusement, on néglige trop souvent aujourd'hui l'analyse d'un concept parce qu'elle conduit à considérer ses éléments constitutifs, que le verbiage et la confusion actuelle balayent comme n'étant que du simplisme élémentaire." Pour le professeur honoraire à l'Université de Strasbourg, "jusqu'au XVIIIème siècle on n'a guère élaboré de théories sur le désarmement, et pourtant on le pratiquait à l'issue de toutes les guerres : le vainqueur l'imposait avec plus ou moins de succès au vaincu. Le désarmement passait aux yeux du vainqueur pour une garantie de pouvoir exploiter la victoire et ses conséquences, sans avoir à craindre une riposte, du moins à court terme. Cependant, malgré la prudence et les précautions du vainqueur, le désarmement fut rarement total, sauf dans les cas d'un génocide qui exterminait la population ennemie et supprimait définitivement toute possibilité de résistance. En général, une fois qu'on avait vaincu et désarmé un peuple, l'ennemi reparaissait sous la figure d'un ancien allié, ou bien d'un peuple voisin poussé par la dynamique d'une expansion, ou bien encore d'un peuple pratiquement inconnu qui surgissait brusquement et envahissait les terres lors de chevauchées étonnantes, combinées avec des batailles souvent désordonnées."

Julien FREUND date la naissance de l'idée de paix par désarmement réciproque des éventuels combattants, et non plus par imposition du vainqueur, de manière indécise, à Le nouveau Cynée, paru en 1623, d'Emeric CRUCÉ (1590-1648). Ce roman s'inscrit dans le mouvement des idées de juristes comme Francisco de VITORIA (1483-1546) , Alberico GENTILI (1552-1608), Francisco SUAREZ (1548-1617), Hugo GROTIUS (1563-1645)... qui jettent les bases du droit international, tentant d'établir la paix par le droit. "C'est également à cette époque que la conscience de l'importance possible de l'économie se glisse dans la réflexion de certains esprits : ainsi CRUCÉ pensait que la liberté du commerce, étendue au monde entier, pourrait constituer le nouveau garant de la paix. Au siècle suivant, l'idée est popularisée par les Physiocrates, ainsi que par MONTESQUIEU (1698-1755) ; les projets de "paix perpétuelle", dont le plus connu est celui de l'abbé de SAINT-PIERRE, se multiplient ; le refus de l'enrôlement dans une formation militaire est l'un des principes de base des Quakers. Depuis lors, on a assisté avec continuité à une sorte de connivence entre un type de rigueur religieuse, le développement de la pensée économique et diverses audaces politiques, mais théoriques, dont l'une des plus connues et des plus significatives est le roman de Bertha VON SUTTNER (1843-1914), paru en 1890, Die Waffen nieder, qui n'a pas été étranger à la fondation du prix de la paix par Alfred NOBEL (1833-1896). Très rapidement, ce nouveau courant envahit la politique, tout d'abord sous la forme des conférences de la paix de La Haye, à l'initiative de la diplomatie tsariste, plus tard avec les discussions à la SDN, et enfin, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, avec la résolution du 2 novembre 1959 de l'Assemblée générale des Nations Unies qui proclame que "la question du désarmement général et total est la question la plus importante qui est posée au monde". 

Le professeur FREUND garde une attitude critique vis-à-vis des propositions comme de l'utilisation autour de la problématique du désarmement : "Conformément à la mentalité courante en notre XXème siècle dans la plupart des milieux politiques, la question du désarmement est devenue un thème de la démagogie en matière de politique internationale. Il suffit de relire les discours dans lesquels les orateurs proclamaient que le désarmement était la voie de la paix, y compris à l'époque où HITLER ne dissimulait guère le réarmement de l'Allemagne. Plutôt que de remuer une fois de plus cette période trouble, il convient de comprendre conceptuellement la notion de démagogie. Elle consiste en une flatterie qui joue avec les utopies, au sens où ce type de tableau de pensée est coupé des repères que sont l'espace et le temps, ou bien avec des espoirs qui ne correspondent pas aux conditins positives de l'expérience historique vécue. Or l'évolution de la politique sous l'effet du développement de la technique et de la science, à la suite de l'apparition de l'arme atomique, a paradoxalement bouleversé cette démagogie en lui substituant une réflexion sur les possibilités d'une paix relative que l'utopisme des bons sentiments n'a pas été en mesure de prévoir." Il pense que, de toute manière, que l'efficacité d'un désarmement ne dépend pas "primordialement" des insitutions internationales, mais de la volonté politique agressive ou avisée des hommes au pouvoir.

 

          Claude DELMAS pense que également que c'est "en fonction de la constante historique qu'est la guerre que doivent être envisagés les efforts menés en faveur de la mise au point de procédures susceptibles de rompre cette continuité, c'est-à-dire les efforts menés en vue du désarmement." Celui-ci peut être juridiquement défini (via le Dictionnaire de la terminologie du droit international) comme le fait d'un ou plusieurs Etats supprimant leurs effectifs, matériels et préparatifs militaires pour ne conserver à leur disposition que des forces de police. Dans les négociations sur cet objet, on a fréquemment englobé dans ce terme la réduction et la limitation des armements. "Le but visé est ainsi désigné tantôt comme le désarmement, tantôt comme la limitation des armements". "Par ailleurs, on peut rapprocher démilitarisation et désarmement, la première étant une mesure de sûreté internationale consistant à interdire, plus ou moins complètement, la présence de forces et d'installations militaires sur un territoire déterminé, éventuellement à y prescrire la destruction des ouvrages militaires existants." De ces différentes définition, écrit de son côté Daniel COLARD, "il résulte que le concept de désarmement englobe à la fois la démilitarisation, la limitation, la réduction, la réglementation et le contrôle des armements. Certains spécialistes y ajoutent même les mesures de neutralisation."

Dans la conclusion de son texte sur Le désarmement, l'auteur écrit en 1979 que "on s'est parfois demandé si la course aux armements était la cause du conflit politique ou si, au contraire, le conflit politique était la cause de la course aux armements. Cette question ne semble pas comporter de réponse catégorique. La course aux armements résulte de la recherche de la sécurité par la force, elle symbolise la dialectique de l'hostilité en temps de paix, elle est la forme non belliqueuse de l'ascension aux extrêmes. Elle est donc susceptible, en certaines circonstances, d'intensifier l'hostilité dont elle est issue, d'aggraver l'insécurité que ressent chacun des rivaux. Chacun arme parce que l'autre arme, et nu l'un ni l'autre ne peut, de lui-même, mettre un terme à la progression : cette situation apparemment absurde pour qui refuse d'entrer dans la logique des acteurs, peut effectivement être créée moins par les soupçons que chacun nourrit à l'égard de l'autre que par les armes que celui-ci acquiert, moins par les intentions que chacun prête à son rival que par les moyens de destruction qu'il lui connaît. Telle est peut-être la conjoncture actuelle. Celle-ci n'est évidemment pas sans danger. La limitation quantitative des armements n'exclut pas la course à l'amélioration continuelle de leur qualité, et chaque effort de stabilisation se trouve ainsi dépassé par l'évolution technologique. Sans doute peut-on espérer une meilleure stabilisation de la dissuasion, mais on voit mal dans quelles conditions psychologiques et politiques, et par le jeu de quelles procédures, les diplomates ne parvenant pas à imposer leur volonté à la logique aveugle des techniques, et aucune organisation internationale n'étant en mesure d'imposer sa volonté aux Etats. Dans de telles conditions, et faute de pouvoir réaliser un véritable désarmement, même partiel, les SALT, synthèse des politiques d'armement et de désarmement, représentent peut-être la seule solution concevable, entre les illusions du désarmement et les dangers du surarmement. Cette situation n'est certes pas satisfaisante, mais il serait utopique de prétendre édifier un système fondé sur la confiance dans un monde dominé par la méfiance, de rechercher le désarmement total dans un monde, où aucune institution ne peut imposer la loi à la force. La précarité de l'arms control et des SALT n'est, en fin de compte, qu'une expression de l'instabilité du monde issu de la seconde guerre mondiale."

 

       Jean-Pierre COT et Pascal BONIFACE, alors que les notions de désarmement et de maitrise des armements "sont souvent utilisées indifféremment", indiquent qu'elles recouvrent des réalités ou des propositions différentes. "Ce sont deux concepts différents. Le désarmement peut se définir comme un processus résultant de toute mesure prise en vertu d'une obligation juridique entrainant une réduction  du niveau d'armement existant. Cela peut donc aller de la réduction d'un type d'armes déterminé à la destruction totale des arsenaux des Etats en passant par l'ensemble des étapes intermédiaires? Le désarmement peut être général ou complet, mais aussi partiel/et ou régional. L'arms control est une notion plus récente, conceptualisée au début des années 60 aux Etats-Unis d'Amérique. La maitrise des armements n'a pas pour seul but de limiter un niveau et une croissance d'un niveau d'armes, mais de maitriser la gestion des armes existantes."

"Contrairement au désarmement proprement dit, la maîtrise des armements n'est pas incompatible avec la continuation de la course aux armements. Elle suppose seulement une concertation international visant à contrôler cette course dans le sens d'un équilibre entre les puissances", précisent N Quoc DINH, A PELLET et P DAILLIER.

"il y a en fait deux façons de concevoir la maîtrise des armements. Elle peut être vue comme un pis-aller, un moindre mal : le désarmement véritable s'avérant impossible dans l'immédiat, autant limiter de la plus stricte façon possible la course aux armements. Mais la maîtrise des armements peut également être choisie pour ses mérites propres. Elle repose alors sur un postulat en vertu duquel, à l'âge nucléaire, l'opposition armement/désarmement est dépassée. L'arms control tend par des mesures partielles, portant sur différents aspects de l'armement, à diminuer les risques de conflits sans pour autant mettre en cause la contribution des armements à la sécurité de l'Etat.

 

           Hervé COUTEAU-BEGARIE, dans son Traité de stratégie, envisage la sécurité par le désarmement, faisant référence aux grands traités conclus, du Traité de Versailles de 1919 au Traité de Washington de 1987 sur les forces nucléaires intermédiaires. "La sécurité collective naissante s'identifie donc, peu ou prou, au désarmement qui cesse d'être une utopie pour devenir une stratégie (reprenant en cela une analyse de Julien FREUND). Les exigences de la défense s'en trouvent reléguées au seconde plan. C'est oublier que l'édifice reste intrinsèquement fragile, dès lors qu'il se construit sur l'effacement supposé de la puissance centrale (géographiquement), qui va vite revendiquer sa réinsertion dans le concert des nations, puis l'égalité des droits, et que les mécanismes d'arbitrage et de conciliation mis en place ne s'accompagnent pas d'un système automatique de sanctions. Le Pacte BRIAND-KELLOG repose essentiellement sur la force morale des l'opinion publique. Aux Britanniques et aux Américains protégés par leur situation insulaire, qui mettent en avant la paix par le droit ou par le désarmement, les Français répondent par la sécurité par la force, dès lors que seul le Rhin les sépare de la puissance allemande. A la sécurité collective s'oppose donc la sécurité nationale, laquelle met au premier plan les exigences de la défense."

 

            Les nouveaux mouvements de paix, né de la crise des euromissiles des années 1980, partout dans le monde, refusent à la fois la notion de sécurité collective tel que Hervé COUTEAU-BEGARIE la présente et les approches de Etats sur la paix et le désarmement. Contre la course aux armements, ils veulent, dans des modalités variables selon les pays et les sensibilités politiques, mettre en valeur une nouvelle manière d'aborder les questions de sécurité. Jean-Guy VAILLANCOURT et Ronald BABIN présentent en 1984 ces nouveaux mouvements de paix comme articulés entre eux sur au moins deux grandes idées :

- En plus d'être perçus comme un simple courant d'opinion ou une pression politique particulière pour augmenter une influence ou pour obtenir des avantages, les mouvements pour le désarmement et la paix sont vus comme étant l'expression d'une lutte contre la centralisation des pouvoirs renforcés par la menace nucléaire et contre la sclérose de la démocratie, le point extrême de la désapprobation collective.

- Le néo-pacifisme, comme ils l'appellent, est aussi indissociable d'un quotidien qui émerge comme lieu important de résistance. Le mouvement de paix est lié à une redéfinition des modes de vie qui se manifestent actuellement dans la culture occidentale.

Se mêlent dans le mouvement de paix des idées d'écologie politique, de résistance à la militarisation, d'un autre développement, d'autres manières d'envisager la défense.

    Ce qu'il faut sans doute retenir de son activité pour l'évolution du concept de désarmement, est que les acteurs en cause ne sont plus seulement des Etats mais des opinions publiques, ou plus précisément des citoyens qui refusent les logiques habituellement mises en oeuvre non seulement dans la course aux armements mais également dans le désarmement lui-même. Le refus de l'évolution, précisément, du désarmement à la maîtrise des armements, caractérise son "intrusion" dans les débats autrefois réservés aux stratèges et aux juristes. Il ne s'agit plus de penser le désarmement dans le contexte du rapport de forces inter-étatique, mais également d'un autre rapport de forces, entre populations civiles et Etats. Cela dans une évolution où les mass-médias, puis Internet d'une part, et les diverses mondialisations de type économiques d'autre part font concevoir la planète comme un tout. La notion de citoyen du monde avancée au début du XXème siècle par des militants du désarmement intégral et unilatéral se trouve brusquement dépassée, démultipliée par celle de citoyen de la planète entière, vue sous tous ses aspects, et pas seulement sous les aspects juridiques ou des droits de l'homme. Le concept de désarmement, désormais ne peut plus être pensé comme avant.

 

   Revue internationale d'action communautaire, 12/52, Automne 1984, Le mouvement pour le désarmement et la paix ; Hervé COUTEAU-BEGARIE, Traité de stratégie, Economica, 2002 ; Jean-Pierre COT et Pascal BONIFACE, Le contrôle de l'armement et le désarmement, dans Droit international, Bilan et perspectives, Editions A Pedone/UNESCO, 1991 ; Claude DELMAS, Le désarmement, PUF, collection Que sais-je?, 1979 ; Julien FREUND, Le concept de désarmement, dans Stratégique n°47, 1990, Le désarmement ; Jean-François GUILHAUDIS, Désarmement, Encyclopedia Universalis, 2004.

 

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