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15 février 2014 6 15 /02 /février /2014 16:15

  Nous suivons toujours David GRAEBER dans l'étude historique de la dette, quitte à y revenir plus tard avec d'autres auteurs. Il faut dire que dans le domaine qui nous occupent - le conflit - les hypothèses et les analyses du docteur en anthropologie, intellectuel les plus en vue du moment où le doute s'installe sérieusement sur les bien-fondés du fonctionnement du capitalisme financier actuel sont particulièrement riches. 

   Reprenant complètement la perspective d'ensemble de l'histoire depuis pratiquement 5 000 ans, il effectue une périodisation qui prend pour centre d'influence, l'évolution même de la dette. Partant beaucoup d'études sur l'esclavage (dont il effectue la liaison avec le péonage, le servage et le salariat). Dans l'histoire mondiale, un événement domine selon lui tous les autres : l'invention des pièces de monnaie. "Il s'avère qu'elles sont apparues indépendamment en trois lieux différents, presque simultanément : dans la greande plaine de Chine du Nord, dans la vallée du gange au nords-est de l'Inde et autour de la mer Égée - dans les trois cas entre 600 et 500 av JC approximativement. la raison n'était nullement une soudaine innovation technologique : les techniques utilisées pour fabriquer les premières pièces ont été entièrement différentes d'un ca à l'autre (SCHAPS, 2006). C'&tait une transformation sociale. Pourquoi cela s'est-il passé précisément de cette façon? C'est un mystère historique. Mais voici ce que nous savons : pour une raison indéterminée, en Lydie, en Inde et en Chine, des monarques locaux ont jugé que les anciens systèmes de crédit en vigueur dans leur royaume n'étaient plus adéquats, et ils ont commencé à mettre en circulation de minuscules fragments de métaux précieux - métaux jusque-là essentiellement utilisés pour le commerce international, sous forme de lingots - et à encourager leurs sijets à s'en servir dans leurs transactions quotidiennes.

A partir de là, l'innovation fait tache d'huile. Pendant plus d'un millénaire, les Etats du monde entier se sont mis à battre monnaie. ¨Puis vers 600 ap JC, à peu près à l'époque où l'esclavage disparait, la tendance s'est soudainement inversée. Les liquidités se sont taries. Partout il y a eu retour au crédit."

Notre auteur voit dans les 5 000 dernières années un "vaste mouvement d'alternance entre des périodes dominées par la monnaie de crédit et d'autres où l'or et l'argent prédominent (...)." Et la facteur provoquant ce vaste mouvement est la guerre. pourquoi? Parce que "les pièces d'or et d'argent se distinguent des accords de crédit par une caractéristique spectaculaire : on peut les voler. Une dette est, par définition, un document archivé, et une relation de confiance. En revanche, celui qui accepte de l'or ou de l'argent en échange d'une marchandise n'a besoin de faire confiance qu'à l'exactitude de la balance, à la qualité dyu métal et à la probabilité qu'un autre sera prêt à l'accepter. Dans un monde où la guerre et la menace de la violence existent partout (...) simplifier ses transactions a des avantages évidents. C'est encore plus vrai quand on les mène avec des soldats. D'une part, ceux-ci ont accès à de nombreux butins, qui sont souvent en or et en argent, et ils chercheront toujours à les échanger contre les bonnes choses de la vie. De l'autre, un soldat itinérant lourdement armé est l'incarnation même du mauvais "risque de crédit". (...). Donc pendant une grande partie de l'histoire de l'humanité, le lingot d'or ou d'argent, estampilé ou non, a joué le même rôle que la valise pleine de billets non marqués du dealer d'aujourdh'ui : celui d'un objet qui n'a pas d'histoire, précieux parce que chacun sait qu'on l'acceptera à peu près partout et sans poser de questions en échange d'autres biens. Bref, si les systèmes de crédit l'emportent, en général, dans les périodes de relative paix sociale, ou au sein de réseaux de confiance (créés par des Etats ou, comme ce fut le cas à la plupart des époques, par des institutions transnationales, telles les corporations de marchands ou les communautés confessionnelles), dans les périodes caractérisées par la guerre et le pillage généralisé, ils sont souvent remplacés par les métaux précieux. De plus, si le crédit prédateur a continué dans tous les périodes de l'histoire de l'humanité, il est clair que c'est dans celles où les fonds étaient le plus aisément convertibles en liquidités que ses "crises de la dette" ont fait le plus de dégâts."

 

       David Graeber distingue quatre grandes périodes, plus celle que nous vivons actuellement :

- l'Âge des premiers empires agraires (3 500- 800 av.jc), dominé par la monnaie virtuelle de crédit ;

- l'Äge axial (800 av JC-600 ap JC), caractérisé par le monnayage et par un passage généralisé au lingot métallique ;

- le Moyen-Âge (600-1450), qui a vu un retour à la monnaie virtuelle de crédit ;

- l'Äge des empires capitalistes qui a commencé en 1450 par un retour planétaire massif aux lingots d'or et d'argent et qui a prit fin en 1971, au moment où le dollar des Etats-Unis n'est plus convertible en or.

- Cet événement donne le coup d'envoi d'une nouvelle phase de monnaie virtuelle qui vient juste de commencer et dont les contours ultimes sont nécessairement invisibles et qui ouvre de nouvelles possibilités civilisationnelles...

  Des éléments d'informations subsistent pour la Mésopotamie (3500-800 av JC), pour l'Egypte (2650-716 av JC) et pour la Chine (2200-771 av JC), mais il est difficile à partir d'eux d'élaborer un tableau satisfaisant de la situation à ces époques. Par exemple, les origines du prêt à intérêt demeurent obscures. La seule chose qui semble sûre est que la monnaie sert alors essentiellement, sous des formes diverses et variées essentiellement à faire des comptes et non à changer physiquement de mains, les marchands et commerçants concluant entre eux des accords de crédit de leur cru, avec parfois, suivant les régions la garantie d'Etats ou de compagnies. Mais un "marché" demeure surtout une question d'honneur et rien à l'extérieur de celui-ci en valide l'expression, sauf précisément son inscription sur des tablettes conservées en lieu sûr, comme les temples ou les palais. 

   L'âge axial est bien plus pourvu de sources historiques. Et cela permet à David GRAEBER de dresser un tableau d'ensemble des évolutions qui impliquent à la fois le marché, la guerre et la religion.

"1 - les marchés sont d'abord apparus, au moins au Proche-Orient, en tant qu'effets secondaires des systèmes administratifs d'Etat. Mais, avec le temps, la logique du marché s'est trouvée mêlée aux questions militaires, au point de devenir proesque indistinguable de la logique mercenaire des guerres de l'Âge axial. Après quoi, elle a fini par conquérir l'Etat lui-même ; par définir sa raison d'être.

2 - Résultat : partout où nous voyons émerger le complexe "armée-pièces de monnaie-esclavage", nous voyons naitre aussi des philosophies matérialistes. En fait, elles le sont aux deux sens du terme : elles envisagent un monde fait de forces matérielles, et non de puissances divines ; et elles voient dans l'accumulation de richesses matérielles la fin ultime de l'existence humaine, ravalant les idéaux comme la morale et la justice au statut d'instruments qui servent à satisfaire les masses.

3 - Partout aussi, nous trouvons des philosophes qui réagissent contre cette approche en explorant les idées d'humanité et d'âme afin de tenter de trouver un nouveau fondement à l'éthique et à la morale.

4 - Partout, certains de ces philosophes ont fait bloc avec les mouvements sociaux qui se constituaient inévitablement face aux nouvelles élites, extraordinairement violentes et cyniques. Il en est résulté un phénomène nouveau dans l'histoire de l'humanité : des mouvements populaires qui étaient aussi des mouvements intellectuels, parce qu'on postulait que les adversaires des dispositifs politiques existants devaient agir au nom d'une théorie sur la nature de la réalité.

5 - Partout, ces mouvement ont été d'abord et avant tout des mouvements pacifistes, qui récusaient les idées nouvelles faisant de la violence, et notamment de la guerre d'agression, le fondement de la politique.

6 - Partout également, semble-til, il y eut un élan initial pour refonder la morale en utilisant les nouveaux outils intellectuels apportés par les marchés impersonnels, et partout ce effort a échoué. Le moïsme, avec sa notion de profit social, a connu un bref épanouissement, puis s'est écroulé. Il a été remplacé par le confucianisme, qui rejetait totalement ces idées. (...) réimaginer la responsabilité morale en termes de dette - démoarche apparue à la fois en Grèce et en Inde - est une tentative presque inévitable, certes, dans le nouveau contexte économique, mais qui se révèle uniformément insatisfaisante. L'impulsion la plus forte consiste à imaginer un autre monde, où la dette - et avec elle tout ce qui lie au monde profane - peut être totalement anéantie, où les attachements sociaux font figure de formes d'asservissement ; comme le corps est une prison.

7 - L'état d'esprit des monarques a changé au fil du temps. Au début, la plupart semblent avoir opté pour la tolérance amusée à l'égard des nouveaux mouvements philosophiques et religieux, tout en embrassant en privé, sous une forme ou une autre, la Realpolitk la plus cynique. Mais quand les cités et principautés en guerre ont été remplacées par de grands empires, et surtout quand ces empires ont commencé à atteindre les limites de leur expansion, ce qui a mise en crise le complexe "armée-pièces de monnaie, esclavage" -, soudain, tout a changé. En Inde, Ashoka a tenté de refonder son royaume dans le bouddhisme. A Rome, Constantin s'est tourné vers les chrétiens. En Chine, l'empereur Han Wu-Ti (157-187 av JC), confronté à une crise militaire et financière, a fait du confucianisme la philosophie d'Etat. Des trois, seul Han Wu-Ti, en fin de compte, a réussi : sous une forme ou sous une autre, l'Empire chinois a duré deux mille ans, presque toujours avec le confucianisme pour idéologie officielle. Dans le cas de Constantin, l'Empire d'Occident s'est écroulé, mais l'Eglise romaine a duré. Le projet qui a eu le moins de succès, pourrait-on dire, a été celui d'Ashoka . Non seulement son empire s'est morcelé et a été remplacé par une interminable succession de royaumes plus faibles et généralement fragmentés, mais le bouddhisme lui-même a été chassé, pour l'essentiel, de ses anciens territoires, même s'il s'est établi plus solidement (ailleurs).

8 - L'effet ultime a été une sorte de division idéale des sphères d'activité humaine, qui dure jusqu'à nos jours : d'un côté le marché, de l'autre la religion. Pour le dire crûment, si l'on consacre un espace social précis exclusivement à l'acquisition intéressée de biens matériels, il est pratiquement inévitable que, très vite, quelqu'un vienne délimiter un autre espace où il prêchera que, du point de vue des valeurs ultimes, les biens matériels n'ont pas d'importance, que l'intérêt personnel ou même le moi sont des illusions et qu'il vaut mieux donner que recevoir. Même s'il n'y avait rien d'autre à dire, il est déjà sûrement révélateur que toutes les religions de l'Âge axial aient mis l'accent sur la charité, notion qui n'existait pratiquement pas aux époques antérieures. La pure cupidité et la pure générosité sont des concepts complémentaires ; aucun des deux ne serait réellement imaginable sans l'autre ; les deux ne pouvaient apparaitre que dans des contextes institutionnels qui insistaient sur des comportements de ce type, purs et unidimensionnels ; et il semble bien que les deux soient apparus ensemble partout où est également entré en sène la monnaie physique, impersonnelle, fait pour payer comptant."

    Le Moyen âge (600-1450) est celui où l'on dispose d'information en plus foisonnantes, même si une histoire de la dette n'existe pas. Autant sans doute parce que les familles financières sauvegardent leurs secrets de manière particulièrement efficaces, que les comptes sont également des secrets privés ou d'Etats, que l'instabilité règne en grande partie à causes des guerres, des famines, des épidémies dantesques, une clarification des différents circuits commerciaux et militaro-financiers reste encore à faire. Toutefois, malgré de nombreux blancs, Daniel GRAEBER dégagent plusieur pistes fécondes de recherche, dans tous les continents.

"Partout, l'époque a commencé par l'effondrement des empires. Finalement, de nouveaux Etat se sont constitués, mais dans ces nouveaux Etats le lien entre guerren, lingots et esclavage était rompu. La conquête et l'acquisition pour elle-même n'étaient plus célébrées comme la finalité de toute vie politique. En même temps, la vie économique, de la conduite du commerce international à l'organisation des marchés locaux, était de plus en plus réglementée par les autorités religieuses. L'un des effets a été un mouvement général pour maitriser, ou même interdire, le crédit prédateur. Une autre a été le retour, dans toute l'Eurasie, à diverses formes de monnaie virutelle de crédit. Certes, ce n'est poas ainsi que nous avons l'habitude de penser le Moyen-Age. Pour la morité d'entre nous "médiéval" reste synonyme de superstittion, d'intolérance ou d'oppression. Mais pour la plupart des habitants de la planète, cette époque ne pouvait apparaitre que comme une amélioration extraordinaire après les terreurs de l'Âge axial." L'auteur va bien à contre-courant d'une certaine idée du Moyen-Âge, après bien d'autres il faut bien le dire, notamment chez de nombreux historiens médiévistes. Cette idée-là était d'ailleurs une interprétation des élites de la pseudo-Renaissance, qui retrouvaient une certaine liberté... d'exploiter ressources matérielles et humaines... Par ailleurs, l'auteur ne perd pas de vue les calamités de cette période en prenant soin de bien faire comprendre que les événements et le quotidien de l'Extrême Occident sont bien particulier par rapport au vécu de l'ensemble de l'Eurasie. 

Parmi les éléments , par zone géographique, qui retiennent l'attention, figurent en bonne place :

- Pour l'Inde médiévale (qui fuit dans la hiérarchie du système des castes) l'avènement des "dotations perpétuelles" ou "trésors inépuisables" qui se concentrent peu à peu dans les monastères. L'alliance de la caste des guerriers avec celle des brahmanes permet aux premiers de prendre le contrôle de l'essentiel des terres des villages antiques. Si nous ne connaissons pas les mécanismes de la concentration des richesses et de la formation d'une énorme caste d'intouchables, l'auteur estime que la dette y a joué un rôle important. La création de milliers de temples hindous a signifié sans doute des millions de prêts à intérêt. Avec l'élaboration d'un système juridiques complexes : les lois de Manou classent soigneusement les esclaves en 7 types, dont les conditions d'émancipation diffèrent...

- Pour la Chine, dont l'unification persistante reste le trait dominant, avec une administration étatique efficace et ramifiée, la théorie monétaire dominante est chartaliste. Limiter les méfaits de l'usurier du vlllage était le souci permanent de l'Etat désireux de canaliser suffisamment de ressources vers les villes pour nourrir la population urbaine tout en évitant le soulèvement armé d'un population rurale notoirement rebelle (avec des échecs et des succès!).  Il s'agit de réguler un marché tout en s'opposant à une évolution capitaliste. C'est d'ailleurs l'ocasion pour l'auteur de rappeler certains principes (marxistes) de base de l'économie capitaliste par rapport au fonctionnement du marché. Malgré la mise en pratique de principes confucéens, les énormes concentrations de capital exclusivement tournées vers le profit se réalisent à partir des compagnies monastique. Les mutiples répressions antibouddhiques trouvent une part de leurs origines dans le souci de briser la puissance économique (et donc politique) ainsi acquise...

- Pour le Proche-orient, l'Islam, pour l'essentiel de la durée du Moyen-Âge le coeur et l'aile marchante (en Asie) de la civilisation occidentale, est perçu pendant longtemps par les populations conquises comme l'expression d'un Etat militaire. Le découplage entre associations commerçantes et Etat a d'immense effets économiques. Le Califat et les empires musulmans ultérieurs peuvent opérer à bien des égards comme les anciens empires de l'Âge axial : créer des armées de métier, mener des guerres de conquête, capturer des esclaves, fondre le butin et le distribuer aux soldats et aux fonctionnaires sous forme de pièces de monnaie, exiger que ces pièces leur soient rendues en tant qu'impôt. Mais le droit islamique s'attaque réellement à l'ensemble des abus les plus notoires des sociétés antérieures : l'esclavage pour dettes est interdit (il y a de toute façon asez d'esclaves venus de l'extérieur...) et l'usure prohibé. Les réseaux de confiance permettent à la reconnaissance de dettes de faire fonctionner des marchés, et de nombreux écrits théorisent et l'idéologie du marchand et la pratique commerciale. Adam SMITH, fait pas très remarqué s'inspire d'ailleurs d'abord d'essais économiques rédigés en Perse au Moyen-Âge. Ghazali (1058-1111) et Tusi (1201-1274) figurent parmi ses inspirateurs. Tusi fait du commerce une affaire de coopération et non de concurrence. La diffusion de l'islam a fait du marché un phénomène mondial qui opère pour l'essentiel, indépendamment des Etats, selon ses propres lois internes.

- Pour l'Extrême-Occident, entré tard dans le Moyen-Âge est régi par les lois religieuses contre l'usure, assimilée chez saint Ambroise par exemple à un vol avec violence et même un meurtre. La dette se "dissout" dans une pure hiérarchie reconduite de générations en générations, l'essentiel du commerce étant effectué par des étrangers. Les princes chrétiens exploitent de manière extensive l'antisémitisme des populations. Mais malgré le rôle central des Juifs dans le crédit, la montée de l'usure dans les campagnes révèle la croissance d'une paysannerie libre couplée à un artisanat fortement organisé. Un vif débat intellectuel traverse les Universités, et au sein même de l'Eglise, notamment entre franciscains et dominicains (au XIIIe siècle) sur l'usure, pendant que des institutions - ordres religieux - amassent des richesses considérables et constituent de véritables centres de crédit, qui concurrencent fortement des autorités politiques en recherche d'instruments durables de pouvoir.

Les lois sur l'usure évoluent dans des directions opposées, entre résurrection du droit romain (favorable à l'usure) et répressions féroces des remises en cause de la propriété. 

    L'âge des grands empires capitalistes (1450-1971) voir ressurgir toutes les composantes de l'Âge axial, mais agencées différemment. Il s'ouvre sur des catastrophes économiques dévastatrices (peste noire, effondrement du tissu urbain, cessation du règlement des emprunts). David GRAEBER pense que si l'on veut comprendre les origines de l'économie mondiale moderne, il faut regardé non l'Extrême-Occident, mais la Chine. Laquelle abandonne l'usage du papier-monnaie. Il raconte comment le cycle cupidité-terrorisme-indignation-dette se met en place, avec les colonisations pour donner naissance au capitalisme tel que nous le connaissons. Une des clefs de compréhension se situe au niveau de la vraie circulation de l'or et de l'argent du Nouveau Monde qui, par le commerce Occident-Asie, échoue dans les temples en Inde et en Chine, là où précisément la circulation monétaire recommence à devenir la norme.

La mise en pratique et la théorisation de la monnaie se rejoignent pour créer un système où le crédit est devenu découplé des relations de confiance réelles entre personnes, par le biais notamment des liens entre la guerre, le lingot et les nouveaux instruments de crédit.

Le capitalisme est d'abord une entreprise militaro-commerciale, les main-d'oeuvres utilisées n'ayant jamais été libres, mais constituées d'abord d'esclaves puis de salariés étroitement contrôlés.

L'oeuvre d'Adam SMITH a là une importance de premier plan car elle couvre ces pratiques réelles par le conte utopique d'un monde imaginaire presque complètement affranchi de la dette et du crédit, libéré de la culpabilité et du péché, où les hommes et les femmes sont libres de calculer simplement leur intérêt en sachant parfaitement que tout a été arrangé d'avance par Dieu pour que cela serve l'intérêt général. En évacuant le rôle de l'Etat et de la guerre, elle est responsable de la diffusion d'une véritable mythologie du marché, qui a peu à voir avec son fonctionnement réel. Plus tard Karl MARX tente, notamment à travers ses réflexions sur le fétichisme, une démystification, tout en poursuivant sur la même lancée intellectuelle. Autant Adam SMITH faisait penser le capitalisme comme affaire de commerce, de production et de consommation, autant Karl MARX effectue une analyse du capital productif comme si il n'y avait pas, à son époque, bien plus de petits métiers que de grosses industries, bien plus de soldats en activité ou en désoeuvrement que d'ouvriers installés dans les grandes fabriques. Ce qui fait fonctionner le capitalisme relèverait alors bien plus de rapports de force violents que de mécanismes strictement économiques et relativement paisibles... Et au centre de bien de rapports de force violents se trouve des face à face entre débiteurs et créanciers...

 

David GRAEBER, Dette, 5000 ans d'histoire, Les Liens Qui Libèrent, 2013

 

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Published by GIL - dans ECONOMIE
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