Mardi 21 juin 2011 2 21 /06 /Juin /2011 14:03

                       L'activité d'études et de recherches historiques continue de se situer à un bon niveau, ce que témoigne la longue liste des publications consacrées chaque mois à cette période du XVIIIème siècle. Fruit de l'interrogation contemporaine sur les valeurs issues des Lumières et de la Révolution, cette recherche historique met au jour un grand nombre d'écrits publiés durant ce siècle, si prolifique en matière littéraire. Cette mise au jour renouvelle le regard porté sur cette période et on peut écrire sans se tromper que c'est une nouvelle Histoire qui se dessine sous nos yeux. La Société française d'étude du 18ème siècle, présidée par Jacques BERTHOLD, professeur de littérature française à l'Université Paris-Sorbonne et spécialiste de l'oeuvre de Jean-Jacques ROUSSEAU, secondé par Nicole JACQUES-LEFEBVRE et Michel PORRET (pour 2011-2013), elle-même reliée à l'International Society for Eighteenth-Century Studies, fondée à l'initiative de Theodore BESTERMAN, publie depuis 1969 la Revue (annuelle) Dix-huitième siècle ainsi que d'autres documents, un Bulletin trimestriel et un Supplément bibliographique lui aussi annuel.

Elle entend mettre à la disposition du "public cultivé", entendre surtout le milieu universitaire et étudiant, et des spécialistes, des ouvrages du XVIIIème siècle inédits ou actuellement non disponibles. Elle se place à mi-chemin entre les classiques connus, toujours republiés, et les travaux d'érudition conçus exclusivement pour les spécialistes. 

 

                    La revue annuelle propose 700 pages d'études sur un thème spécifique, des articles divers, des textes inédits d'auteurs du XVIIIème siècle, des notes de lecture sur des ouvrages récemment parus (plusieurs centaines par livraison). Elle bénéficie du soutien du CNRS et est devenue une référence indispensable. Un Répertoire International des chercheurs dix-huitièmistes est mis à jour en outre tous les 4 ans, qui recense 7 000 chercheurs du monde entier. Le Bulletin trimestriel annonce la quasi-totalité des colloques et publications importantes et les travaux des centres de recherche.

Cette Revue, après avoir entre 1969 et 1972, présenté des Mélanges, aborde un thème spécifique par an, et cela de manière pratiquement exhaustive. Ainsi les relations entre Lumières et Révolution, le positionnement des Jésuites, la Représentation de la vie sexuelle, l'année 1789, Montesquieu et la Révolution, la physiologie et médecine des Lumières, l'Antiquité ou l'Orient vus par les Lumières, l'Epicurisme... ont-ils fait l'objet d'une publication très fournie. Le numéro de 2009 portait sur individus et communautés et celui de 2010 sur L'Animal des Lumières. A chaque, ce sont des textes traduits en français moderne qui sont présentés et souvent commentés.

Elle est disponible sur le portail Internet Cairn.info.

 

Dans le numéro 38, de 2006, elle abordait la question des Dictionnaires en Europe en se posant la question de leur importance, de leur diffusion à l'époque et de leur contenu, et surtout de leurs influences réciproques. Ces Dictionnaires, qui sont encore des objets neufs au XVIIIème siècle jouent, notamment avec la disparition du latin, un rôle prépondérant dans la normalisation, la fixation et la légitimation des langues nationales. Le Dictionnaire a aussi une fonction de diffusion des savoirs - au risque parfois de la censure - mais aussi de conservation grâce à la collecte des différents parlers populaires. Il n'est pas seulement un objet technique, mais constitue aussi un analyseur politique, économique et linguistique de premier ordre.

 

         Le numéro 10, numéro spécial, de 1978, portait sur la question : "Qu'est-ce que les Lumières?" et proposait un échantillon important de l'analyse différentielles ce qu'il est convenu d'appeler le "siècle des Lumières" : "si l'on n'oublie pas que le "siècle" n'a pas en histoire la durée uniforme de cent ans, mais désigne toute époque remarquable par quelques caractère que ce soit, et pour le même caractère pris en général, de longueur et de datation variables selon le lieu et le temps". L'échantillon proposé prouve déjà :

- "que les mots Enlightenment, Verlichting, Lumières, Aufklärung, Illuminismo, Prosvechtchenie, Illustraction, etc, ne sont pas traduisiblent exactement l'un par l'autre;

- que les mouvements d'idées qu'ils évoquent, de manière plus ou moins vague, varient de dates selon les points de vue : par exemple pour les Province-Unies, on partira d'Erasme (...), ou de 1680 (...) ; en revanche on semble s'accorder sur la deuxième moitié du siècle en ce qui concerne l'Italie (1740), la pologne (1740-1820), le Portugal (1750-1777);

- que l'abstraction est dangereuse : quand elle ne crée pas des entités d'une seule pièce - Orthodoxie, Piétisme, Aufklärung, Europe, etc, - elle reste insensible aux évolutions sémantiques, elle efface les différences ; or, tantôt les "Lumières" s'opposent au "tyran", tantôt elles le servent, le totalitarisme de Pombal impose son Illuminismo, comme à Berlin, Frédéric II sa tolérance; tantôt, c'est la faiblesse des villes et de la bourgeoisie qui les favorise (au Portugal), et tantôt c'est leur force (en Angleterre) ;

- que la religion a une importance majeure et diverse, partout présente : en Flandres il arrive au clergé catholique d'être en avant-garde, et dans les Provinces unies, la tolérance naît de la diversité; au Canada, ce sont les protestants qui attaquent les catholiques, en France ce serait l'inverse.

 Ces premiers résultats devraient orienter la recherche. Ils rendent trop souvent vouée aux grands noms et aux grandes généralités. Il ne s'agit aucunement de leur substituer quelque magasin pittoresque. Il appartient à l'analyse différentielle de préciser l'information et, par delà les traductions, de faire apparaître la diversité de notions aussi communes au premier abord que raison, sensibilité, bonheur, nature, lumière, etc". 

 Nul doute que depuis ce numéro de 1978, l'historiographie a parcouru du chemin. Il reste sans doute à faire entrer dans les manuels d'histoire, toujours simplistes, des nuances et des révisions qui peuvent être surprenantes aux générations passées. A ceux qui veulent avoir au moins une fois des documents de première main, c'est cette Revue qui est particulièrement conseillée.

 

  Le dernier numéro de la revue (N°43, 2011/1, de 884 pages) porte sur Le monde sonore, avec une introduction de Thomas VERNET.

 

       Marcel DORIGNY, Maître de conférence à l'Université Paris VIII et spécialiste des colonies sous l'Ancien Régime, de l'esclavage et de l'abolitionnisme, est le directeur actuel de la Revue. Le Comité de rédaction se compose de jean-Christophe ABRAMOVICI, d'Yves CITTON, de Martine GROULT et de Gérard LAUDIN dont le rôle est surtout de coordonner les très nombreuses contributions et de les collecter chez les chercheurs... La Revue participe à la préparation des différentes manifestations ; par exemple du XIIIème Congrès international d'études du dix-huitième siècle des 25-26 juillet 2011.

 

 

Revue du Dix-huitième siècle, Diffusion Editions La Découverte (auparavant aux PUF, et auparavant encore aux Editions Garnier Frères), 9bis, rue Abel-Hvelacque, 75013 PARIS, Pour toute question : Marcel DORIGNY, Université Paris VIII, département d'histoire moderne, 22 rue de la Liberté, 93526 SAINT-DENIS CEDES 02.

 

Actualisé le 12 mai 2012

Par GIL - Publié dans : REVUES
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