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2 août 2010 1 02 /08 /août /2010 10:05

                      Les pratiquants et les théoriciens de l'Education à la Paix et de l'Education à la Non-violence les définissent différemment mais mettent finalement l'accent sur les mêmes problématiques. Si pour l'Education à la paix, il s'agit plus de pratiquer une coopération constructive faisant appel aux capacités humaines opposée à une conception autoritaire et fondée sur l'obéissance, de pratiquer une éducation pacifique en quelque sorte, pour l'Education à la non-violence, il s'agit plus de pratiquer une éducation gérant les conflits d'une manière non-violente, opposée à une conception coercitive et fondée sur la menace d'utilisation de la violence. Du côté de l'éducation à la paix, il s'agit plus souvent d'une éducation fonde sur des principes pacifiques plus que d'enseignement des conditions de la paix. Du côté de l'éducation à la non-violence, il s'agit plus souvent d'une éducation fondée sur des principes non-violents plus que d'enseignement des aspects de la non-violence. D'une manière générale, les théorisations effectuées des pratiques ou les théories elles-mêmes rejoignent les mêmes préoccupations, créer les conditions d'un monde pacifique. Seulement, et les partisans de l'Education à la Non-violence insistent là-dessus, il est nécessaire de partir d'une analyse des conditions globales de l'existence de la violence dans la société.

 

                    Eduquer de manière non-violente, éduquer à la non-violence, c'est surtout s'efforcer de gérer le conflit. Que ce soit en milieu scolaire ou dans le monde du travail, il ne s'agit pas de faire disparaître ou prétendre faire disparaître le conflit, il s'agit de le transformer en une solution de coopération. A travers des activités communes, dès l'école maternelle, et même en crèche, les enseignants et les éducateurs veulent trouver les moyens de développer les attitudes, les comportements constructifs entre personnes. C'est surtout le conflit inter-personnel qui retient leur attention, même si par ailleurs les mêmes enseignants et éducateurs, ou d'autres, réfléchissent à des modalités de gestion des conflits à une échelle beaucoup plus large, dans les opérations de maintien de la paix via des organisations internationales, pour prendre un exemple très précis. Mettre dans tous les cas hors-jeu la violence dans les relations interindividuelles, c'est l'objectif que l'on retrouve exprimé dans de nombreux ouvrages et de nombreuses brochures diffusées par la mouvance non-violente. Parmi les moyens proposés figurent la médiation, dans de nombreux cadres institutionnels : médiation scolaire ou médiation face aux violences urbaines. 

 

                Dans une contribution à un Colloque sur Violence et Education, Jean-marie MULLER résume bien cette conception : "Pour tuer les germes des idéologies qui légitiment et honorent la violence, il faut s'efforcer d'irriguer toute la société par une "culture de la non-violence" et la culture commence par l'éducation. Celle-ci joue un rôle déterminant dans l'initiation de l'enfant à un citoyenneté responsable. Malheureusement, ce n'est pas la citoyenneté politique qui se trouve à l'horizon de la visée du système éducatif dominant mis en oeuvre, mais la compétitivité économique. Dans la conception même du système éducatif, la connaissance se trouve non seulement supplantée; mais pratiquement évacuée par le savoir technologique. L'objectif recherché est de permettre aux jeunes d'arriver sur le marché du travail avec la qualification technique requise pour avoir les meilleures chances de trouver un emploi. Mais l'éducation ne saurait réduire son rôle à cette fonction, sous peine de trahir sa mission. L'école doit être avant tout une école de civisme. Une véritable éducation civique des enfants doit s'efforcer de favoriser l'autonomie plutôt que la soumission, l'esprit critique plutôt que l'obéissance passive, la responsabilité plutôt que la discipline, la coopération plutôt que la compétition, la solidarité plutôt que la rivalité."  L'auteur pense qu'il s'agit bien, "en définitive, d'éduquer les enfants à la non-violence, mais pour cela, la première condition est que l'éducation s'inspire elle-même des principes, des règles et des méthodes de la non-violence : l'éducation à la non-violence commence par la non-violence de l'éducation. Certes, une éducation non-violente n'implique pas l'effacement de toute autorité de l'adulte. Pour structurer sa personnalité, l'enfant a besoin de se heurter à cette autorité, mais il est dans la nature même de l'autorité du bon pédagogue de s'exercer par la non-violence. (...). Les éducateurs doivent eux-mêmes apprendre à donner des "leçons de choses" à partir des inévitables conflits qui opposent les enfants entre eux, afin de leur faire découvrir que ces moments d'opposition aux autres doivent s'intégrer dans le processus du développement de leur personnalité."

L'auteur reprend le propos d'Eric PRAIRAT, exprimé dans un dossier de Non-violence Actualité de 1988 (Pour une éducation non-violente) : "Si l'on admet que le conflit n'est pas la violence, mais que celle-ci n'est qu'une issue, qu'un épilogue possible, alors, entre les conflits et la violence, se dessine une plage privilégiée pour l'éducateur, non pour mettre en oeuvre une stratégie d'occultation et de dissimulation, cela s'entend, mais pour apprendre aux enfants, ou plutôt avec eux, à vivre et à résoudre de façon positive les inévitables affrontements qui irriguent toute vie sociale."

"Initier les enfants à la citoyenneté, écrit encore Jean-Marie MULLER, c'est leur apprendre le bon usage de la loi en leur faisant comprendre que l'obéissance demandée aux citoyens n'est pas la soumission passive et inconditionnelle à l'ordre d'un supérieur hiérarchique, mais l'adhésion réfléchie et consentie à une règle dont ils reconnaissent eux)mêmes le bien-fondé. Ce doit être une dimension essentielle de la pédagogie de faire participer les enfants à l'établissement des règles communautaires auxquelles ils devront eux-mêmes se conformer, en leur faisant expérimenter qu'elles sont nécessaires pour qu'ils puissent vivre ensemble dans le respect de tous et de chacun. (...) L'école sera le lieu privilégié où l'on détruit les préjugés discriminatoires à l'encontre des "autres", de ceux qui appartiennent à une autre race (sic), à un autre peuple, à une autre religion. C'est donc une exigence essentielle de la pédagogie de désarmer le regard des enfants envers les "autres", et, tout particulièrement, envers ceux dont l'identité sociale est marquée par une différence. Il s'agit d'éduquer leur regard afin qu'ils se départissent de toute hostilité envers les "autres-qui-sont-différents" et qu'ils apprennent à leur égard la bienveillance sans perdre pour autant, la faculté de jugement critique à l'encontre de ce qui peut être critiquable dans leur comportement."

 

          Jean-Marie MULLER, contribution Vers une culture de la non-violence, dans Violence et Education : de la méconnaissance à l'action éclairée, Actes du Colloque de Saint-Denis, ouvrage collectif présenté par Marie-Louise MARTINEZ et José SEKNADJE-ASKENAZI, L'Harmattan, Collection Crise et Anthhrologie de la relation, 2001 ; Jeanne GERBER, Pour une éducation non-violente, Activités pour éduquer les 8/12 ans à la paix et à la transformation des conflits, Chronique Sociale/Evo ; Sous la direction de Bernadette BAYADA, d'Anne-Catherine BIZOT, de Guy BOUBAULT et de Georges GAGNAIRE, Conflit, mettre hors-jeu la violence, Chronique sociale ; Sous la direction de Bernadette BAYADA et de Guy BOUBAULT, Pratiques d'éducation non-violente, Nouveaux apprentissages pour mettre la violence hors-jeu, Charles Leopold-Mayer, Non-violence Actualité.

 

                                                                                                                         PAXUS

 

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