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4 août 2010 3 04 /08 /août /2010 09:27

          L'éducation constitue toujours un enjeu de pouvoir dans la mesure même où il s'agit, de manière concomitante à la reproduction biologique des individus, de la reproduction culturelle, au sens large, de la société. Dans les conflits que se livrent les hommes (et les femmes), transmettre les savoirs, les objectifs, les espoirs... aux générations futures est le seul moyen dont disposent des êtres mortels pour que ces connaissances, ces objectifs, ces espoirs... se perpétuent. 

    Longtemps la transmission sociale du savoir (et des habitudes de vie) a été confondue avec la transmission biologique du patrimoine des parents, perpétuant par là les divisions sociales selon des hiérarchies bien établies. Ce n'est que récemment, à partir des  XVIIIème au XXème siècles surtout et surtout en Occident, que les débats sur l'hérédité sociale font place aux débats sur la transmission du savoir indépendamment de questions biologiques. 

 

    Chacun de leur côté, des sociologues comme Mohamed CHERKAOUI et André PETITAT, constatent l'impossibilité de distinguer une cohérence scientifique, une logique cumulative dans le développement de la sociologie de l'éducation. Même en tentant de cerner le domaine de l'éducation, comme centrée sur les phénomènes scolaires, même s'il ne faut pas exclure de son champ d'intérêt l'étude des relations entre l'école et les autres institutions, la place de la  famille, les aspects politiques et économiques, il est difficile d'avoir une vue d'ensemble. Sans doute est-ce là précisément le résultat de l'existence de conflits intenses autour de l'éducation, la question de la place du religion n'étant qu'un aspect des plus virulents. 

   André PETITAT porte son choix de l'analyse de la sociologie de l'éducation sur quatre aspects, fortement occidentaux, puisque marqué à la fois par la sécularisation et la remise en cause des traditions (la transmission "mot pour mot", valeur pour valeur du patrimoine culturel) : 

- le désenchatement et la rationalisation développe la connaissance scientifique au détriment d'autres types de connaissance ;

- la légitimation transcendante des ordres et des classes rendent plus aigu selon lui le recours à des légitimations biologiques. "La conséquence en est une interrogation toujours renaissante sur les rapports de l'hérédité interne (biologique) et externe (éducative). A chaque crise de la sociologie et de l'éducation, cette ligne de feu congénitale se ravive, le gros des sociologues se défendant contre les empiètements héréditaristes qui menacent leur territoire".

- les sociétés occidentales  (et occidentalisées) se veulent des sociétés en perpétuelle transformation, ce qui donne lieu à la formation de "paradigmes contradictoires", ancrages "des clivages les plus vifs et les plus sensibles en sociologie de l'éducation. Deux pôles dominent. D'un côté une vision évolutionniste de l'histoire fait prévaloir la différenciation de fonctions intégrées ; de l'autre, les transformations procèdent au contraire de tensions et de conflits entre groupes sociaux."

- les sociétés "modernes" ont tendance à se penser "à partir des individus et de leurs rapports". Se forment au sein des milieux éducatifs des tendances "libérales" qui réduisent l'éducation à la formation d'un ensemble de vendeurs et d'acheteurs autonomes et des tendances socialisantes et/ou moralistes qui accordent à la société ou à une classe particulière, une prééminence sur l'individu.

     D'Emile DURKHEIM, avec L'éducation morale à Samuel BOWLES/Herbert GINTIS avec Schooling in Capitalist America, de Pierre BOURDIEU/Jean-Claude PASSERON avec Les héritiers ou La reproduction à bien d'autres, les auteurs se situent dans un champ extrêmement vaste de paradigmes. Il s'agit souvent, à partir de visions très différentes de la nature humaine, de la nature de l'enfant et de la société d'élaborer des critiques, souvent supportées par des enquêtes statistiques, et de proposer des pédagogies qui peuvent  vouloir préparer, très contradictoirement,  à une compétitivité économique ou à une libération sociale...  Une très grosse majorité de sociologues abordent surtout le système scolaire et dans le système sociale, le microcosme social qui existe dans la salle de classe. Le face à face du maître et des élèves, et plus récemment la dynamique entre les élèves est l'objet d'innombrables études, diligentées par les différentes institutions scolaire ou menée par des chercheurs indépendants ou reliés à des mouvements sociaux. L'enjeu de l'échec scolaire, à décortiquer dans le vaste mouvement de "démocratisation" et de "massification" de l'ensemble, ou la question de la violence scolaire mobilisent souvent plus les énergies que les différents conflits qui peuvent exister entre la famille et l'école (thème encore central lorsque l'économie rurale domine), entre les enfants et les parents, entre les différentes institutions qui s'opposent dans le monde de l'éducation. 

     Mohamed CHERKAOUI débute son analyse de la sociologie de l'éducation par le contenu du changement social que beaucoup veulent faire partir de l'éducation. "C'est essentiellement dans les périodes politiques critiques que la nécessité de transformer le système éducatif se fait sentir avec force. Ainsi les révolutionnaires de toutes tendances exigent-ils un changement de l'institution scolaire à la mesure de leur ambitieuse volonté de bâtir une nouvelle société sur les ruines de l'ancienne". Que ce soit une société nationale-socialiste, une société socialiste ou une société libérale que l'on veut établir, il s'agir de permettre une socialisation qui ancre des principes moraux et des connaissances techniques. La constatation de difficultés pour imposer des modèles sociaux faite autant par des régimes qui se disent socialistes (la lancinante question de l'inégalité scolaire ou de l'échec scolaire) que par des régimes qui veulent forger des hommes nouveaux (de type fascistes par exemple, mais heureusement leur existence courte ne leur a pas permis d'y remédier...) ou encore par des gouvernements adhérant aux principes de l'économie capitaliste engendrent quantités d'études et de propositions.

  La plupart des études partent précisément de l'intention d'améliorer le système scolaire en prenant souvent plus en compte des données sociologiques (classe sociale parents des enfants, degré de qualification technique, richesse et pauvreté des familles) que des données proprement pédagogiques (attitudes respectives des maîtres et des élèves, types d'apprentissage...). Par exemple, les études de Raymond BOUDON (L'inégalité des chances)  se centrent sur la mise en évidence de structure de dominance et de structure méritocratique, en rapport avec la mobilité sociale.

 Les études les plus intéressantes sur le microcosme scolaire se situent cependant à ce dernier niveau, qui considèrent précisément dans le détail les conflits qui mêlent aspects individuels et aspect de dynamique des groupes. Fort heureusement, une grande tendance des études va dans ce sens : l'efficacité de l'enseignement va souvent de pair avec la prise en compte de nombreux "micro-conflits" à l'intérieur de la classe. 

 

      Une tentative de classification des conflits dans l'éducation peut s'effectuer en prenant en considération des phénomènes sociaux et des phénomènes psychologiques, de manière distincte (car ils font appel à des méthodologies très différentes) et de manière croisée, tout en ayant bien en tête qu'il y a d'abord des objectifs sociaux en jeu :

- conflits de direction idéologique et politique de l'enseignement :

- conflits de pédagogies ;

- conflits entre enfants (du fait même que l'éducation se fait dans un ensemble collectif)  et conflits entre adultes et enfants (conflits d'ordre générationnel).

   Ceux-ci étant à considérer à l'intérieur de conflits plus vastes impliquant surtout les adultes, mais pas toujours exclusivement.

     Enfin, l'enjeu éducatif n'est pas seulement un enjeu scolaire. Dans un monde où les messages audio-visuels encombrent pratiquement l'espace collectif, dans un monde aussi où la transmission des savoirs de tout ordre passe encore par la famille, les influences psychologiques et morales, et même les transmissions techniques, sont extrêmement diversifiées. 

 

     André PETITAT, Sociologie de l'éducation, dans Sociologie contemporaine, sous la direction de Jean-Pierre DURAND et de Robert WEIL, Vigot, 2002 ; Mohamed CHERKAOUI, Socioçlogie de l'éducation, PUF, collection Que sais-je?, 2009. 

 

                                                                                                                                          SOCIUS

 

 

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Published by GIL - dans SOCIOLOGIE
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