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17 janvier 2013 4 17 /01 /janvier /2013 12:09

      Aymeric CHAUPRADE et François THUAL partent de la notion d'Impérialisme pour parvenir à celle d'Empire. Parce que l'Empire est d'abord une construction idéologique, l'Impérialisme, une "construction politico-territoriale, qui trouve son origine dans l'impulsion soutenue par un Etat donné à une époque donnée, et non seulement la définition de nature économique faite par les auteurs marxistes pour rendre compte du comportement géopolitique des pays capitalistes à un stade donné de leur développement économique." 

 

       L'Impérialisme "concerne une construction territoriale dominante qui obéit à la seule logique d'extension territoriale et ce, quels que soient les peuples habitant sur les territoires concernés. Il procède par agrégation et annexion des territoires à partir de l'Etat centre de l'empire. Une administration souvent décentralisé mais toujours au service du centre impérial est chargée d'organiser l'allégeance politique et l'exploitation économique des territoires conquis. 

En termes géographiques, l'empire réponde souvent à une vision continentale. Le postulat de l'unité d'un continent, ou d'un sous-continent, la croyance en son homogénéité nécessaire et dans la force politique qui découlerait de son unité spatiale, ont fondé et continuent de fonder nombre de visions impériales."

   Nos deux auteurs précisent que "les empires se sont succédés tout au long de l'histoire et les derniers à disposer d'une unité territoriale construite et plus ou moins continue, ont disparu dans les dernières décennies du XXe siècle." Ils font référence, après des considérations sur les empires coloniaux du XIXe et du XXe siècle, à la disparition de l'Union Soviétique comme dernier empire, mais rien ne dit qu'il n'en existera pas d'autres dans le futur. Par ailleurs, si aucun pouvoir politique ne revendique un Empire, il peut très bien en exister sans le nom. Des ensembles politiques vastes existent encore et le plus conséquent, la Chine, suscite encore bien des commentaires. D'ailleurs, prenant la gestion de l'empire russe qui ne se dénomme pas officiellement de cette manière, le terme empire s'étant très dévalorisé, ils indiquent que l'empire est par essence source de conflictualité : "car il est de nature expansif et hégémonique".

ils opposent les Etats-nations aux Empires : "Contrairement à l'Etat-nation qui vise à inscrire un peuple sur un territoire, l'empire tend à communautariser. Autour d'un centre, il produit une logique de vassalisation des communautés en compétition entre elles. Nombre d'analyses ont montré la cohabitation systématique des logiques d'empire et des logiques tribales. Face à la domination du centre, très vite, le problème des nationalités ou des différences confessionnelles tend à ressurgir. la conflictualité interne d'un empire émerge des revendications communautaires et nationales et celles-ci ouvrent le chemin de la dissolution. Il n'existe pas d'exemples d'empire qui aient perduré ; en revanche nombreux sont les Etats-nations qui sont anciens voire très anciens." Les auteurs écrivent que "le concept d'empire reste utilisable pour décrire nombre de situations géopolitiques de l'histoire". Ils se montrent finalement prudents : "il serait imprudent de le ranger définitivement dans le musée de la géopolitique."

 

     Aymeric CHAUPRADE, dans l'étude de relations entre clan, ethnie, nation et territoire explique que "par opposition à la nation, l'empire est un Etat dirigé par une dynastie et une administration mono-ethnique ou pluri-ethnique qui exercent leur pouvoir sur un territoire comprenant d'autres clans, ethnies, nations ou communautés religieuses se trouvant dans un rang inférieur."

Il se pose la question d'où vient "cette opposition entre la nation et l'empire?" Il la situe historiquement dès le IIIe millénaire avant JC, quand apparurent des empires édifiés par l'Egypte, Babylone, l'Assyrie. Mais l'expression impériale la plus achevée fut celle des Achéménides : un empire pluri-ethnique posant un Etat au-dessus des ethnies. A un tel prototype d'Empire qu'est l'Iran s'oppose, à l'époque des Guerres Médiques, l'idée nationale défendue pas les Grecs. "L'une des conséquences tragiques de la conception impériale, à l'échelle de l'histoire, est que les réalités ethniques peuvent être balayées, déportées, selon les intérêt de la logique impériale. L'iran, de l'antiquité jusqu'à nos jours n'a cessé de pratiquer le déplacement de populations, c'est-à-dire la déportation  (X de PLANTHOL, Les Nations du Prophète, Manuel géographique de politique musulmane - Fayard, 1993 ; L DELAPORTE, "Les anciens peuples de l'Orient, dans Histoire universelle des pays et des peuples - Librairie Aristide Quillet, 1913). Les souverains sassanides déportèrent des populations de l'intérieur de l'Empire vers les frontières et cette politique est restée ne caractéristique du mode de gouvernement iranien (J P DIGARD, Le fait ethnique en Iran et en Afghanistan, 1988). Les Kurdes et les Azéris habitant les frontières occidentales de l'Iran furent déplacées aux XVIIe et XVIIIe siècles vers le Khorassan afin de défendre la frontière orientale des attaques ouzbeks."

D'autres empires eurent de semblables politiques et même à l'intérieur de territoires encore traversés de conflits internes. En France, conçue du point de vue de pouvoirs concentrés autour du Bassin Parisien, comme un empire à établir (avant qu'elle ne transforme la France en nation) l'habitude est prise souvent de faire combattre des révoltes provinciales par des troupes d'autres provinces... 

"Au service d'elle-même, la dynastie construit un empire ; au service d'une ethnie, elle édifie une nation qu'elle stabilise dans un territoire. L'une des permanences frappantes de l'Histoire, est celle du combat pluri-millénaire entre l'empire et la nation, entre les Etats au service des conquêtes avides d'un clan et des Etats au service de la grandeur des peuples. L'histoire fut marquée par deux sortes de dynasties :

- celles qui servirent les autres, construisant alors des nations ;

- et celles qui se servirent des autres, construisant d'éphémères empires."

A l'appui de cette dichotomie, Aymeric CHAUPRADE cite l'Empire d'Alexandre le Grand pour les seconds et la France pour les premiers... Nous y voyons-là plutôt une construction historique a posteriori : il n'est pas sûr que la Provence ait toujours bien voulu se fondre dans une nation française... Entre nation et empire, tout est sans doute question d'évolution dans le temps, ce qu'indique d'ailleurs finalement le dernier élément historique de l'auteur : "... nos prudents Capétiens apparaissent (...) pâles (en comparaison d'Alexandre le Grand...) ; leur grandeur ne fut pas dans leurs exploits (...) mais dans l'oeuvre qu'ils laissèrent : au XVIIIe sicèle, la France était la première puissance mondiale ; elle était plus prospère que ses voisins et le niveau de vie y était le plus élevé d'Europe. C'est d'ailleurs ce qui explique ce faible taux d'expansion, qui causa à la France la perte de l'Amérique et lui posa problème, au siècle suivant, face à l'Angleterre".

Intégration nationale et expansion impériale peuvent être deux mouvements séparés ou simultanés... à la mesure des forces politiques (et économiques) qui dominent le centre de l'Etat et qui se combattent...

 

   Dans ces mouvements-là, le problème de l'hétérogénéité identitaire est finalement le principal des problèmes que rencontrent les constructions territoriales en formation. "L'homogénéité identitaire suppose la continuité identitaire sur le territoire" explique encore Aymeric CHAUPRADE.

"Or, les nationalismes modernes ont parfois eu tendance à considérer l'hétérogénéité ethnico-nationale ou ethnico-religieuse comme une menace et une atteinte à l'unité de l'Etat. Si l'on compare ainsi le modèle de la royauté française à celui de la république jacobine, on constate que le nationalisme du second est plus homogénéisateur que celui du premier, la royauté tolérant mieux la différence régionale à condition que celui-ci ne se transformât pas en féodalité anti-royale. Il y a en effet un pas entre la décentralisation et le respect d'identitaires régionales et le séparatisme pur et simple. Le lien existe ; il n'est cependant pas systématique.

Certains auteurs ont voulu montrer que l'empire, par essence multi-communautaire et pluri-ethnique, supportait mieux le phénomène minoritaire (comme G CORM, L'Europe et l'Orient, de la balkanisation à la libanisation, histoire d'une modernité inaccomplie - La Découverte, 1991). Pourtant, aucun empire dans l'histoire, de l'Empire romain à l'Empire austro-hongrois et plus près de nous, l'Empire soviétique, n'a échappé à une crise violente des nationalités. (voir notamment Y PERRIN, T BAUZOU, de la Cité à l'Empire : Histoire de Rome, Ellipses, 1997 ou M HELLER, Histoire de la Russie et de son empire, Flammarion, 1997). Au contraire, le territoire impérial apparaît toujours comme étant une construction purement artificielle, éphémère, et destinée à affronter, un jour ou l'autre, le réveil des nations. Alors que dans le cadre national, une minorité ne peut guère prétendre à une autonomie absolue du politique, dans le cadre impérial, minorité signifie assez vite nationalité puis émancipation.

Pour rétablir l'homogénéité et la parfaite continuité du territoire de l'Etat-nation, les formes exacerbées du nationalisme moderne peuvent aller jusqu'à mettre en oeuvre des stratégies de "purification ethnique", en procédant soit par extermination, soit par expulsion. (...) D'une manière générale, ce type de crise dramatique se produit lorsqu'une minorité tend démographiquement à se transformer en une majorité et à modifier ainsi lourdement le profil politique de la région considérée." La question du nombre pèse sur les empires, comme le monde l'exemple chinois.

 

Aymeric CHAUPRADE, Géopolitique, Constantes et changements dans l'histoire, Ellipses, 2003 ; Aymeric CHAUPRADE et François THUAL, Dictionnaire de géopolitique, Etat, Concepts, Auteurs, Ellipses, 1999.

 

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Published by GIL - dans GEOPOLITIQUE
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