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28 août 2014 4 28 /08 /août /2014 15:59

  De son vrai nom Desiderius Erasmus Roterodamus, Érasme de Rotterdam est un chanoine régulier de saint Augustin, philosophe, écrivain latin, humaniste et théologien des Pays-Bas bourguigon (mais en fait de l'Europe chrétienne...), considéré comme l'une des figures majeures de la Renaissance. De notoriété très grande de son vivant et sur plusieurs générations après lui, il est considéré par ses contemporains comme l'âme de la "République des Lettres", qui se met en place au début du XVIe siècle, et en tant que tel, sollicité dans le tout début du conflit qui oppose protestants et catholiques. Martin Luther le sollicite et il est constamment pressé à l'inverse par la hiérarchie écclésistique, notamment à Louvain où il séjourne souvent, de prendre position pour ou contre la Réforme. Il refuse de prendre parti, et tout en se situant dans une droit ligne de la Chrétienté (il est l'auteur d'une traduction du Nouveau Testament qui se diffuse fortement) et de l'éducation du Prince dans les saints principes, critique fortement la tendance de son époque à l'intolérance et au dogmatisme. Il s'élève notamment contre la guerre, tant entre chrétiens que contre les Infidèles. Il le fait dans de très nombreux écrits, où la parodie, la satire, le pamphlet, le dialogue et les correspondances prennent une très grande place.Même s'il écrit surtout dans le latin, véhicule obligatoire de la pensée savante et de la pensée religieuse, il est fortement favorable à la diffusion parmi le peuple par les langues vernaculaires (nationales en formation). ÉRASME n'est pas un bâtisseur de système philosophique, il entend faire oeuvre d'éducation par de multiples maximes, souvent commentées dans ses livres, à travers des oeuvres poétiques.

   Jean-Claude MARGOLIN écrit que c'est "à de véritables travaux d'hercule que s'est attelé cet homme chétif sans qui la Renaissance et l'humanisme auraient eu un autre visage : il a laissé une oeuvre multiforme d'éditeur, de traducteur, de commentateur, de prosateur et de poète, sans parler des milliers de lettres (il converse notamment avec Thomas MORE) qui nous le font connaître ; une oeuvre qui doit surtout à la varité novatrice de ses points d'application l'immense crédit dont elle a jouit auprès de Montaigne, de Descartes, de Leibniz. Mais l'éramisme est aussi un "esprit" qui est devenu en Europe le bien commun de plusieurs générations." Encore aujourd'hui, l'esprit érasmien imprègne ou influence nombre de réflexions chrétiennes sur la guerre et la paix, malgré la nette temporalité (sur la forme, le latin et sur le fond, il écrit dans un univers entièrement chrétien) des écrits.

 

    Influencé notamment par Thomas MORE, John COLET et Jean VITRIER, il fait partie de ces humanistes qui orientent nettement les conceptions chrétiennes vers une critique des pouvoirs et de la guerre, à un moment où la Papauté ne se distingue plus des Princes "temporels" dans leurs pratiques. Ses oeuvres principalement connues aujourd'hui, Eloge de la Folie (1511), Les Adages (édition définitive en 1533), Les Colloques (première version, 1522), Le Manuel du soldat chrétien(1504), Le libre arbitre (1524), forment seulement des éléments de son oeuvre. Parmi ses multiples ouvrages, dont beaucoup ressortent de commentaires ou de traductions des Evangiles, connaissent un fort retentissement également ses ouvrages sur la musique ou la peinture (des jugements sur leur caractère impie (peinture) ou glorificateur (musique)...) et sur l'éducation (des enfants), son Dialogue ciceronianus (1528), Sur l'interdiction de manger de la viande, De l'aimable concorde de l'Eglise, La préparation à la mort, La complainte de la paix, Faut-il ou non faire la guerre aux Turcs?...

 

     Dans Eloge de la folie (Enconium Moriae. Sultitioe laus), fiction burlesque et allégorique, qui doit sans doute à l'oeuvre De triumpho stultitae de l'humaniste italien Faustino Perisauli de Tredozio (près de Forli) (mais à cet époque les droits d'auteurs ne figuraient pas vraiment en tête des soucis des lettrés...), ERASME fait parler la déesse de la folie et lui prête une critique virulente des diverses professions et catégories sociales, notamment les théologiens, les maitres, les moines et haut clergés et les multiples courtisans. Oeuvre dense, elle fait se rencontrer des genres multiples, de l'exercice rhétorique à la scène de théâtre en passant par le jeu carnavalesque et le discours apologétique, également des thèmes infinis, les vues sur l'éducation croisant les appels politique et l'élévation mystique. Le livre représente la questinscence du nouvel esprit humaniste, veut plutôt faire réfléchir que de donner des sermons, dans une véritable entreprise de démystification souvent iconoclaste. 

     Conçu en 1509 et rédigé en latin la même année, dédié en 1510 au juriste anglais Thomas MORE, imprimé pour la première fois à Paris en 1511, puis enrichi dans plusieurs éditions bâloises jusqu'en 1532, ce livre fut l'un des best-sellers (excusez l'anachronisme, car la diffusion n'est pas à cette époque affaire de vente, principalement) européens de la Renaissance. Rapidement traduit, il reste son oeuvre la plus connue. certains y voient le détonateur du mouvement de réforme évangélique qui ébranle l'Europe chrétienne du XVIe siècle. La recherche d'authenticité et d'exactitude philologique, d'abord appliquée par ERASME à l'éhritage littéraire alors en pleine redécouverte de l'antiquité païenne, l'a rapidement entrainé à soumettre les textes bibliques à un pareil examen et à formuler une critique des institutions de l'Eglise romaine qu'il juge peu fidèle au message du Christ. le retour au texte original des Ecritures débouche aussi sur un appel pressant à un renouveau de la foi, qui s'exprime dans l'Eloge de la folie de façon aussi ingénieuse que plaisante. (Jean VIGNES).

 

      "La double fonction qu'Erasme donne à la Folie - être un "je" authentique et qui dénonce sa propre imposture - a l'effet recherché sur la réception du texte : elle provoque l'identifiation de l'auditeur ou du lecteur qui se reconnait soudain dans cette parole folle. Mais comme la Folie se dérobe en tant que référence (là elle dirait le sens de ce défilé des follies humaines), la référence - puisqu'elle n'est pas la parole de Folie - ne peut plus être que la parole du Christ. La dernière partie de l'Eloge le dira explicitement : "Mais le Christ interrompra ces glorifications qui sans cela ne finiraient jamais" ; ce que tout le monde sentait déjà, sans quoi la declamatio serait illisible. Si bien que le masque qu'a revêtu l'auteur, devient la condition d'un nouveau mode de dire la vérité. Autant le masque de la rhétorique cicénonienne - qui fait aussi son oeuvre dans cette declamatio - est obscurcissant, autant ce masque de dérision apparait soudain comme le chemin le plus direct pour accéder à la vérité, car il est, par lui-même, la folie de l'homme pêcheur et en même temps aussi présence de la parole du Christ telle que l'entend chacun, au fond de lui-même, où parle le Deus interior intimo meo de Saint Augustin. Dans l'extraordinaire syncope initiale du Stultitia loquitur, Erasme venait d'inventer la seule voie que pouvait emprunter un laïc pour faire entendre la parole sacerdotale sans le signer en un temps où celle-ci se dérobait parfois à son devoir d'enseignement. Il inventait une manière d'écouter le Christ, loin des hiérarchies dogmatiques et des intermédiaires d'autorité ; une manière somme toute évangélique d'écouter la parole de Dieu, à travers une voix humaine, la voix de chacun, hantée par celle du Christ. C'est déjà le "je" moderne qui se fait entendre du fond de cette oeuvre, un "je" solitaire et mélancolique, fasciné par son identité divisée, s'échappant à soi, et ne saisissant plus, finalement, que dans une tension vers la transcendance qui s'épanouit dans le silence de la contemplation. (...)" (Charles BLUM)

 

 

Eloge de la folie, Adages, Colloques, Réflexions sur l'art, l'éducation, la religion, la guerre, la philosophie, Correspondance, Edition établie par Claude BLUM, Angré GODIN, Jean-Claude MARGOLIN et Daniel MÉNAGER, Robert Laffont, collection Bouquins, 1992.

Jean VIGNES, Eloge de la folie ; Jean-Claude MARGOLIN, Érasme, dans Universalis Encyclopedia, 2014. 

 

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Published by GIL - dans AUTEURS
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