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3 juillet 2013 3 03 /07 /juillet /2013 12:30

     La géopolitique de l'énergie ne traite, au vu des manuels et des traités quand ils la mentionnent et l'analysent, ce qui n'est pas le cas partout, encore que de géopolitique des énergies fossiles, surtout du pétrole et du gaz naturel, et à propos de la production, de la circulation et de la distribution de l'électricité, surtout de l'énergie nucléaire. Or la production d'énergie, à partir du XIXe siècle, n'est pas du tout la même que celle des siècles antérieurs et, sans doute, faut-il l'espérer, la même que dans le courant du IIIe millénaire. Analyser une géopolitique de l'énergie revient donc, suivant l'énergie en question - animale, humaine, mécanique, électrique, combustible (du feu au pétrole) - à étudier certaines composantes qui apparaissent dans tous les cas ou dans les cas les plus fréquents, à travers les siècles.

   Parmi ces invariants,  nous pouvons énoncer :

- une présence massive des sources d'énergie sur des espaces restreints ;

- une utilisation d'énergie pour l'extraction même de ces énergies ;

- une circulation (transport) de ces énergies ;

- une demande de cette énergie inégale également suivant les territoires ;

- une présence de "maîtres de l'énergie", fraction ou partie des populations productrices ou contribuant à leur distribution voire contrôlant les circuits de consommation, qui en tire un pouvoir, suivant les civilisations, principalement religieux, politique, économique et/ou social. Ces parties de la la pupolation participent à la structure du pouvoir dans leurs sociétés respectives et influent sur l'ensemble de la géopolitique, y compris celle qui ne concernent pas directement l'énergie.

   Nous sommes tellement centrés sur les difficultés d'approvisionnement contemporaine en énergie que nous en oublions tout le reste, dans le temps et dans l'espace.

Alors même que les types d'énergie eux-mêmes - en concurrence ou en complémentarité - influent sur la géopolitique globale. Pour prendre un exemple, au XIXe siècles, coexistent dans des conflits permanents, plusieurs formes d'énergie, parfois très distantes les unes des autres, par les pratiques sociales mises en oeuvre. En Europe émerge une véritable économie du charbon de terre alors qu'en Inde domine encore largement l'utilisation de l'énergie animale et humaine, et cela dans de nombreux secteurs d'activités...

 

     Une géopolitique de l'énergie, très différente d'une période de dominance énergétique à une autre, doit tenir compte de caractéristiques propres à l'énergie. Il existe en effet une différence entre énergie primaire et énergie secondaire dont nous devons tenir compte.

On parle d'énergie primaire pour désigner l'énergie directement issue de l'exploitation d'une ressource disponible dans la nature : bois, charbon, pétrole, gaz naturel, vent, rayonnement solaire, énergie hydraulique ou géothermique. On peut considérer, avant le XIXe siècle, en outre, l'énergie humaine et l'énergie animale comme des énergies primaires. Néanmoins, certaines énergies ne sont pas toujours directement utilisables : il faut d'abord les transformer (raffinage du pétrole pour obtenir de l'essence).

L'énergie secondaire est le résultat d'une transformation d'une énergie primaire au moyen d'un système de conversion : l'électricité (énergie secondaire) est par exmeple produite à partir de l'exploitation du charbon (énergie primaire) ou de gaz (énergie primaire) dans une centrale thermique, d'uranium (énergie primaire) dans une centrale nucléaire.

le passage d'une énergie primaire à une énergie secondaire se fait avec des pertes de transformation ou de conversion. 

    Dans l'Antiquité, et auparavant, les seules ressources sont la force humaine (à partir du travail des esclaves notamment), la traction animale (pour le transport) et la biomasse, en particulier le bois pour la cuisson, le chauffage et l'éclairage. Toutefois, dans l'Antiquité existe déjà de l'énergie mécanique, notamment à partir de l'utilisation de l'eau. Au Moyen Age européen, viennent d'Orient les moulins à vent qui fournissent une énergie plus efficace, en particulier pour l'industrie alimentaire et l'industrie textile. Le moulin à eau, plus puissant, redécouvert parfois, permet le développement des moulins à papier et des moulins à battre le fer.    

    Ce n'est que il y a peu de temps, vers le XIXe siècle, que est mise en oeuvre une énergie mécanique massive, notamment à partir de l'utilisation du charbon pour faire mouvoir des machines à vapeur.

    La découverte de l'énergie électrique, énergie secondaire par excellence, fabriquée d'abord par détente de vapeur produite par la combustion du charbon, enclenche une révolution de grande ampleur. L'utilisation du pétrole dans les centrales thermiques dynamise l'évolution de la société industrielle. L'invention du moteur à explosion modifie ensuite son visage ; le pétrole devient la source d'énergie la plus importante du point de vue géopolitique. L'éloignement, la rareté de cette source d'énergie des lieux d'utilisation la rend proprement stratégique, au même titre que les minerais de fer, de cuivre,.

  L'utilisation au siècle dernier de l'électricité produite par l'énergie nucléaire et par des centrales à cycle combiné, alimenté au gaz naturel provoque un développement accéléré de la société industrielle.

 

    Ainsi, une géopolitique de l'énergie humaine est envisageable, même si cela est bien sûr anachronique par rapport à l'apparition de la géopolitique dans l'histoire des idées, en considérant des sources géographiquement située d'esclaves, dans la mesure même où l'esclavage pour dettes et l'esclavage par faits de guerre ne suffit plus à alimenter un système esclavagiste comme celui de la civilisation gréco-romaine. Un commerce d'esclave s'organise pour alimenter le système économique romain, le fournir en énergie romaine, ceci d'autant plus que le travail est considéré par les élites comme une activité dégradante et qu'il n'est plus question à partir d'une certaine période d'alimenter les marchés d'esclaves à partir du vivier des populations conquises. De véritables sources d'esclaves, bien délimitées, une circulation d'esclaves, l'activité d'une puissante classe de commerçants d'esclave, des points de concentration de la demande d'esclaves, tout cela peut fournir matière à une géopolitique.

    Il en est de même pour l'eau, les sources où l'eau est suffisamment puissantes pour faire mouvoir des moulins constituent autant de points stratégiques. 

    Dans tous les cas, existent des maîtres de l'énergie, que ce soit du feu dans la préhistoire ou du pétrole dans le monde moderne, qui occupent dans les sociétés en question des places centrales. Et de leur point de vue, s'il n'existe évidemment pas de pensée géopolitique (mais il existe une certaine pensée stratégique en revanche...), il existe des zones à surveiller et à défendre, non seulement contre des forces qui menaceraient l'approvisionnement en énergie, mais également contre les concurrents. La défense des points de concentration en énergie primaire est incluse dans la défense des voies commerciales d'approvisionnement en énergie. Les zones de guerre sont souvent, de ce fait, des zones récurrentes suivant les civilisations, précisément parce qu'elles constituent des points de concentration ou de circulation de l'énergie indispensable à leur fonctionnement. C'est aussi vrai dans l'Antiquité, au Moye-Age... que de nos jours, même s'il faut attendre le surdéveloppement des transports qui rapetissent dans l'imaginaire l'espace global d'activité, pour voir naître une géopolitique qui analyse les constantes et les variables des mouvements sociaux, politiques, économiques, militaires, en fonction des caractéristiques du climat, du relief, de la forme et de la masse des mers et des océans comme des terres, et de leur rapport entre eux; 

 

   De nos jours, qui dit géopolitique de l'énergie dit géopolitique du pétrole. Car le pétrole reste l'énergie de référence, matière première stratégique, seule matière première dont le prix peut être très supérieur au coût de production, matière première également facile à transporter et facile à utiliser. De manière proche, le gaz naturel, également hydrocarbure est englobé dans cette géopolitique-là.

  L'utilisation du pétrole est multiple, dans les transports et dans la production d'électricité, mais également dans la fabrication de biens manufacturés (plastiques...), ce qui en est fait la matière la plus susceptible de provoquer et de faire perdurer les conflits armés dans le monde. Les entreprise pétrolières et les Etats défendent les sources de pétrole avec une férocité qui rappelle celle des Romains pour protéger les voies d'approvisionnement en esclaves. 

 

Jean-Pierre FAVENNEC, Géopolitique de l'énergie, Besoins, ressources, échanges mondiaux, Editions Technip, 2009.

 

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Published by GIL - dans GEOPOLITIQUE
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