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9 mai 2011 1 09 /05 /mai /2011 08:12

       C'est véritablement avec l'action des communistes chinois, MAO ZEDONG en tête, que la guérilla, tactique militaire visant à harceler un adversaire plus puissant, se transforme en guerre révolutionnaire. Une fois la révolution russe achevée et la guerre civile gagnée sur le territoire de l'Union Soviétique, on passe plus ou moins directement de ses tactiques de guérilla à un type d'organisation armée classique, quitte à y revenir si les circonstances l'exigent. Par contre, l'originalité de l'action du Parti Communiste chinois est de se greffer très vite sur le mécontentement puis le mouvement de paysans, en tant que parti de masse et avant-garde politique, pour organiser et entraîner le prolétariat à mobiliser et encadrer la paysannerie. Celui-ci entend porter, après avoir lutter contre un Parti nationaliste pratiquant une lutte armée plus classique, le nationalisme que l'agression et l'occupation japonaises rendent particulièrement vivace dans une paysannerie jusque-là isolée dans son régionalisme. Ce modèle est repris avec succès ensuite par le Viet-minh, qui profite de l'occupation japonaise pour s'organiser, encadrer la paysannerie vietnamienne en mobilisant celle-ci contre le colonialisme français. (Gérard CHALIAND). 

 

        Cette guerre révolutionnaire est une guerre prolongée, une guerre flexible également, capable de s'en prendre, du moins en théorie, aussi bien à un pouvoir honni ou à un occupant détesté qu'à l'échelle globale du monde capitaliste, noyauté, rompu, victime de contradictions exacerbées, soumis à une subversion généralisée. Cette guerre est par essence populaire, menée par le peuple, pour le peuple, puisqu'elle vise moins à écraser l'adversaire qu'à lui enlever son magistère, le priver de ses assises, le vider de sa substance, en dressant contre lui ses propres administrés. Rationalisée, par exemple dans les Ecrits militaires de MAO ZEDONG, la guerre révolutionnaire s'article autour de quelques points forts, l'organisation, l'idéologie et la propagande, enfin le peuple en armes, auxquels s'ajoutent d'autres facteurs, parfois décisifs, comme l'aide matérielle extérieure, et plus largement, le soutien international. De même, joue de manière importante, même si elle apparaît un peu trop magnifiée par la propagande officielle surtout après la prise du pouvoir, la qualité des dirigeants, par exemple celle de MAO ZEDONG ou CHOU ENLAI. 

Pierre DABEZIES résume cette conception et cette pratique : "Le "Parti" maître de la doctrine, de la mobilisation et de l'action est évidemment au centre du dispositif, mais il se démultiplie en donnant naissance, tout d'abord, à une organisation politico-militaire et politico-administrative, qui, à chaque échelon, encadre la lutte : implantation, sûreté, liaison campagnes-villes, surveillance et noyautage de l'ennemi, renseignement, justice... Ces tâches sont par ailleurs, considérablement facilitées par une autre organisation, celle des populations, à la fois géographique (maillage des villes) et sociologique (hiérarchies parallèles) où les individus sont d'office regroupés selon leur sexe, leur âge, leurs appartenances diverses, religieuses, ethniques, professionnelles, cette sorte de comptabilité en partie double accroissant à l'extrême l'efficacité du système. Efficacité de l'endoctrinement et de la propagande, bien plus fondées sur les solidarités profondes et les aspirations populaires que sur l'idéologie - fût-elle marxiste - encore que celle-ci concoure, parfois, à créer un véritable esprit de croisade. Efficacité opérationnelle : "En Chine, dit Mao Zedong, c'est le peuple armé qui se dresse conte l'adversaire (...) sa puissance est comparable à celle des ventes en furie (...) sans l'appui de la population, l'armée est un guerrier manchot." La masse assure le renseignement. La masse le ravitaillement. La masse c'est l'armée elle-même : guérilla de base, au niveau local, vouée à l'autodéfense, à l'alerte et aux embuscades, unités régionales menant le combat contre les postes et les convois à un niveau plus élevé, enfin armée régulière, chargée de la guerre de mouvement. Milicien, partisan, régulier... il n'y a de l'un à l'autre qu'une différence de degré. Chacun tient à son tour la première place dans cette stratégie ondoyante qui, telle la marée, submerge le rocher, l'attaque furieusement à la tête puis le sape lorsque le flot s'est retiré."

 

       MAO ZEDONG, dans ses Ecrits militaires marque les différences entre guerre, guerre révolutionnaire et guerre révolutionnaire en Chine : "La guerre qui a commencé avec l'apparition de la propriété privée et des classes est la forme suprême de lutte pour résoudre, à une étape déterminée de leur développement, les contradictions entre classes, entre nations, entre Etats ou groupes politiques. Si l'on ne comprend pas les conditions de la guerre, son caractère, ses rapports avec les autres phénomènes, on ignore les lois de la guerre, on ne sait comment la conduire, on est incapable de vaincre. La guerre révolutionnaire, qu'elle soir une guerre révolutionnaire de classe ou une guerre révolutionnaire nationale, outre les conditions et le caractère propres à la guerre en général, a ses conditions non seulement aux lois de la guerre en général, mais également à des lois spécifiques. Si l'on ne comprend pas les conditions et le caractère particuliers de cette guerre, si l'on en ignore les lois spécifiques, on ne peut diriger une guerre révolutionnaire, on ne peut y remporter la victoire. La guerre révolutionnaire en Chine, qu'il s'agisse d'une guerre civile ou d'une guerre nationale, se déroule dans les conditions propres à la Chine et se distingue de la guerre en général ou de la guerre révolutionnaire en général, par ses conditions et caractère particuliers. C'est pourquoi elle a, outre les lois de la guerre en général et les lois de la guerre révolutionnaire en général, des lois qui lui sont propres. Si l'on ne connaît pas toutes ces lois, on ne peut remporter la victoire dans une guerre révolutionnaire en Chine."

L'expérience et la synthèse historique (de la guerre révolutionnaire) qu'ont faite LENINE et STALINE servent de boussole à tous les Partis communistes (...). Néanmoins, cela ne signifie pas que le Parti Communiste Chinois doive appliquer cette expérience mécaniquement. C'est une voie originale qui est donc suivie par les communistes chinois, même si dans une "phase supérieure de développement" de l'Armée rouge, l'esprit du partisan doit face place à une organisation disciplinée et unifiée. "La guerre d'anéantissement (nécessaire à un certain moment pour emporter définitivement la décision) suppose la concentration de forces supérieure et l'adoption de la tactique des encerclements et des mouvements tournants ; elle est impossible sans cela. le soutien de la population, un terrain favorable, un adversaire vulnérable, l'attaque par surprise, etc. sont autant de conditions indispensables pour anéantir l'ennemi. Mettre en déroute l'ennemi ou même lui permettre de s'enfuir n'a de sens que si, dans le combat ou la campagne considéré comme un tout, nos forces principales mènent des opérations d'anéantissement contre une autre partie des forces ennemies; sinon, cela n'a aucun sens. Ici, les pertes sont justifiées par les gains. En créant notre propre industrie de défense, nous devons nous garder d'être dépendants d'elle. Notre politique fondamentale est de nous appuyer sur l'industrie de guerre de l'impérialisme et de notre ennemi à l'intérieur du pays. Nous avons droit à la production des arsenaux de Londres et de Hanyang, et les unités de l'ennemi se chargent du transport. Ce n'est pas une plaisanterie, c'est la vérité."

  Toutes les techniques de harcèlement de l'ennemi doivent être utilisées, en utilisant pour cela d'indispensables bases d'appui, à l'arrière en quelque sorte. Le moment crucial, après une guerre des partisans qui a usé l'ennemi, c'est de passer à une guerre de mouvement, afin au bout de la guerre révolutionnaire de parvenir à une victoire définitive. Le choix de ce moment, après une guerre prolongée est le moment non seulement militaire mais surtout politique, est décisif, pour rendre victorieuse la révolution sur tous les plans. Le fait est que cette guerre des partisans a duré fort longtemps en Chine, depuis les années 1920, pour ne s'achever que vers la fin des années 1940, avant de se transformer en guerre "classique" (Tout Etat en définitive pour exister a besoin d'une stabilité et d'une paix relative), selon un modèle occidental de la guerre, que les leaders communistes connaissent très bien.

 

    Dans les années 1970, les deux principes militaires de la Chine communiste sont complètement associés au nom de MAO : ce sont la doctrine officielle pour la défense du territoire continental de la chine et la doctrine de la lutte révolutionnaire de la Chine communiste. Avant que la première prenne le dessus sur la seconde, surtout à partir des années 1980, la doctrine maoiste de la guerre révolutionnaire est valorisée intérieurement pour conforté le nationalisme et la position chinoise dans sa rivalité avec l'Union Soviétique, mais utilisée extérieurement avec modération, surtout passée la guerre du Viet-nam. 

Ralph POWELL estime qu'au delà de la propagande, "en réalité, dans les principes, la stratégie ou la tactique de doctrine militaire maoïste, il a peu de choses originales. Mao fut profondément influencé par la littérature héroïque et les classiques militaires de la vieille Chine. Il doit beaucoup à la tradition marxiste-léniniste militaire et spécialement aux écrits de Lénine. Mais les conceptions militaires de Mao ont surtout subi la forte influence de la longue expérience militaire de son propre Parti communiste. La contribution majeure de Mao a sans doute été le développement éclectique d'une doctrine systématique et globale de la guerre insurrectionnelle prolongée, pouvant être utilisée avec une efficacité considérable contre une puissance coloniale, un envahisseur étranger ou un gouvernement nationaliste indépendant. Quoique les principaux ouvrages militaire de Mao aient été écrits dans les années 1930 ou 1940, ils sont régulièrement cités et réédités car ses fidèles affirment que ses concepts militaires sont "scientifiques", éternels et de large application. En réalité, les récentes éditions (l'article est écrit en 1972) des oeuvres de Mao ont fait l'objet de retouches pour leur donner une plus grande apparence d'infaillibilité, pour les mettre en accord avec le ligne présente du Parti et les rendre applicables à la situation mondiale actuelle. Cependant, pour l'essentiel, la plupart des principes militaires de Mao et de ses conceptions politico-militaires sont restées inchangées pendant ces trente dernières années." 

"Mao et ses fidèles ont longtemps soutenu que quatre éléments de base sont nécessaires à la victoire dans "une guerre du peuple". Le premier est l'organisation d'un parti léniniste. Par parti léniniste, les communistes veulent dire un parti de révolutionnaires fortement organisés, endoctrinés et disciplinés, parti qui doit assumer le rôle principal dans la révolution. Le second élément essentiel du succès est le soutien des masses et un front commun. Le soutien des masses doit venir, à l'origine, des paysans les plus pauvres, qui sont gagnés par des promesses et des encouragements matériels. La doctrine entend aussi unifier, ou du moins neutraliser d'autres classes ou groupes qui, quoique importants, sont moins nombreux, et dont le soutien est recherché au moyen de fronts communs et d'appels adaptés à chaque groupe. Les alliances entre classes différentes et fronts communs jouent un rôle essentiel dans le prototype de la révolution chinoise. Un troisième élément fondamental de la victoire est l'armée du parti. L'armée est organisée par la Parti : elle doit être loyale au Parti, résolue à combattre ses compatriotes dans une guerre civile, et professionnellement capable de remporter la victoire finale pour le Parti. Le dernier élément essentiel est la création de zones de bases rurales révolutionnaires ou de bases stratégiques d'opérations. Ces bases devraient être suffisamment en état de vivre sur elle-mêmes pour entretenir la population locale et pour soutenir le Parti et l'armée du Parti. Elles devraient être des "retraites sûres". L'idéal est d'installer ces bases dans des zones accidentées d'accès difficile ; elles se trouvent fréquemment dans des régions frontalières isolées, à cheval sur différentes juridictions. Elles doivent procurer abri et cachette. Il est préférable que la limite d'une base soit mitoyenne d'un Etat communiste qui peut alors servir de source de ravitaillement et d'asile. On utile ces bases révolutionnaires rurales pour investir, et plus tard, s'emparer des villes fortement tenues."

"La doctrine maoïste du conflit révolutionnaire se fonde sur la conception d'une guerre prolongée : une guerre d'usure et d'anéantissement. A l'origine, la doctrine prévoit que cette guerre d'usure se poursuit à travers trois stades distincts. la conception des stades s'est développés pendant les premières années de la guerre sino-japonaise. On affirmait que le conflit commencerait par une période de défense stratégique et de retraite, suivie par une longue période de stagnation, pendant laquelle les chinois reconstitueraient leurs forces. Finalement, une contre-offensive stratégique aboutirait à la victoire chinoise. Cependant, on n'accorde plus aujourd'hui le même prix à ces trois stades de la guerre d'usure parce que cette conception n'est pas applicable dans toutes les situations révolutionnaires." (...) "La doctrine maoïste de la "guerre du peuple" continue à mettre l'accent sur la mobilisation politique et l'endoctrinement du peuple comme base de la mobilisation militaire. Aussi, la période actuelle est-elle utilisée pour mobiliser la population et pour organiser les forces révolutionnaire armées. Mao Tse-toung a depuis longtemps montré une foi presque mystique dans la puissance des "masses", pourvu qu'on parvienne à les endoctriner complètement et à les doter d'une motivation. Il semble croire que les masses deviennent alors "un bastion imprenable", une force capables d'accomplir des miracles physiques. L'espace - l'utilisation d'un vaste territoire - qui, à l'origine, jouait un rôle majeur dans la doctrine, a diminué d'importance parce que l'on sait maintenant que des guérillas victorieuses peuvent être menées dans de petits pays qui n'ont pas les vastes territoires de la Chine : Cuba, le Vietnam et l'Algérie en sont des exemples. Ceci est un des cas dans lesquels Pékin a admis qu'un élément important de la doctrine maoïste avait été révisé. Comme cette révision semble avantageuse pour la Chine communiste, elles est longtemps expliquée comme ayant été rendue possible par des changements "favorables" dans la situation mondiale."

"Enfin, il y a dans la doctrine insurrectionnelle maoïste (après les offensives tactiques, même dans une période de défense stratégique et l'utilisation de l'intendance de l'ennemi pour son propre transport de subsistances et de matériels militaires) un élément psychologique et propagandiste puissant. Une considération majeure a toujours été le maintien du moral et de la volonté de combat des révolutionnaires. Ceux-ci reçoivent l'assurance que la croissance des forces insurrectionnelles est une "loi universelle" et que la victoire finale de la "guerre du peuple" est inévitable. On affirme que le faible peuvent "toujours" vaincre le puissant et que c'est une "vérité universelle" que des armes primitives "peuvent l'emporter sur les armements modernes"."  

Sur ce dernier point surtout, la doctrine militaire chinoise a considérablement évolué, puisque le primat est donné (parmi à l'origine les fameuse "quatre modernisations") au développement de la technologie militaire tant en quantité qu'en qualité.


 

MAO ZEDONG, Ecrits militaires, Editions en langues étrangères, Pékin, 1964 ; Pierre DABEZIES, article Guerre révolutionnaire, dans Dictionnaire de la stratégie, PUF, 2000 ; Gérard CHALIAND, Guérillas, Du VietNam à l'Irak, Hachette Littératures, collection Pluriel, 2008 ; Mao Tse-toung, L'Herne, Collection Les cahiers de l'Herne, 1972.

 

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Published by GIL - dans STRATÉGIE
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