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22 novembre 2009 7 22 /11 /novembre /2009 09:34
     Pour se convaincre des dégâts parfois irréversibles que causent les activités guerrières à l'environnement, donc aux hommes en conséquence, il faut lire ce livre de 2005 très documenté du journaliste Claude-Marie VADROT, président de l'association des journalistes-écrivains pour la nature et l'écologie (JNE).
Panorama parfois systématique des paysages et des écosystèmes bouleversés, cet ouvrage se veut un bilan provisoire qui dépasse le bilan à court terme parfois dressé en terme de nombre de morts et de blessés ou en termes économiques, pour examiner les répercussions sur le moyen et le long terme. L'auteur rappelle, en prenant les chiffres de la Croix Rouge, qu'entre 1990 et 2000, il y eut de part le monde 118 conflits armés, la plupart ignorés des médias occidentaux. "Les bilans humains, toujours tragiques, des guerres obscures ou médiatiques qui secouent le monde figureront donc en permanence en filigrane de ce voyage au coeur des écosystèmes et des paysages bouleversés par les multiples formes d'affrontements armés que l'espèce humaine améliore chaque année. Sans oublier les 65 millions de mines anti-personnel qui menacent la vie des populations et la vie sauvage dans 56 pays."
La nature ne tourne décidément pas la page et les milieux naturels demeurent durablement marqués. Forêts, savanes, rivières et montagnes portent les traces de guerres depuis longtemps terminées, comme celle de la Première Guerre Mondiale. Avec les progrès technologique de la guerre, la nature reste blessée voire est détruite irrémédiablement, comme au VietNam, après l'utilisation massive de défoliants par l'armée américaine.

   C'est à un voyage, déprimant à vrai dire que l'auteur nous convie, même si ça et là des lueurs d'espoir apparaissent - notamment dans les no man's land érigés à certaines frontières - dans tous les continents. La région des Grands Lacs, la Somalie, le Soudan et le Tchad, le Liberia et le Sierra Leone, l'Irak, Israël et les Territoires Palestiniens, les Balkans, la Tchétchénie, l'Afghanistan, Haïti, la Colombie sont successivement décrits comme autant de terres dévastées par les guerres. La présentation des caractéristiques géographiques et démographiques de ces contrées permet de bien se faire une idée, sans catastrophisme, de l'ampleur des dégâts. Nous comprenons mieux comment ils sont faits, par les multiples effets collatéraux, destructions d'installation chimiques ou radiologiques et dispersion de matières souvent dangereuses dans le sol ou dans les cours d'eau par exemple, ce qu'on oublie souvent, tellement nous sommes habitués à ne voir que les destructions spectaculaires immédiates.

    Le dernier chapitre aborde la question de la criminalisation de ces dégâts causés à l'environnement, à travers les efforts d'organisations internationales inter-étatiques ou non gouvernementales pour promouvoir l'élaboration d'un véritable code de protection de l'environnement. Depuis la Convention de Genève de 1949 (article 35, alinéas 2 et 3) sur les "moyens de guerre illicites" jusqu'aux dispositions de la Cour pénale internationale créée en 1998, les efforts se heurtent à de puissants intérêts économiques et politiques. Même si depuis 2002, une journée est consacrée dans le monde à "la prévention de l'exploitation de l'environnement en temps de guerre et de conflits armés", défendre l'environnement demeure une tâche particulièrement ardue. Pourtant, la guerre propre n'existe pas et les récents changements climatiques accélérés devraient mieux faire prendre conscience à tous, du citoyen aux États, que l'effet cumulé de ces dégâts pourrait se révéler catastrophique dans les prochaines années.
 
         L'éditeur présente l'ouvrage de la manière suivante :
"118 conflits, 6 millions de morts. Tel est le bilan tragique de la Croix-Rouge internationale pour la seule décennie 1990-2000. Si les guerres, les guérillas, les révolutions marquent les populations, elles touchent aussi durablement les milieux naturels : pollution, destruction de biotopes, extinction d'espèces, maladies accompagnent le cortège funèbre des conséquences d'une guerre. Si, exceptionnellement, la nature sauvage en profite pour reprendre ses droits, la plupart du temps, après la trêve, elle peine à tourner la page... Le crime écologique sévit partout dans le monde. Parce que s'interroger sur les "dégâts collatéraux" qui touchent l'environnement, c'est se préoccuper de l'avenir des hommes, Claude-Marie Vadrot dresse ici un bilan inédit des écosystèmes directement ou indirectement bouleversés par les guerres d'hier et d'aujourd'hui."
 
     Claude-Marie VADROT (né en 1939), journaliste qui se définit sur son blog (http://horreurecologique.blogspot.com) comme "à la fois spécialiste des pays en proie à des conflits et des questions d'environnement et de protection de la nature", est l'auteur d'autres nombreux ouvrages : Déclaration des droits de la nature (Stock, 1973) ; L'écologie, histoire d'une subversion (Syros, 1977) ; Mort de la Méditerranée (Seuil, 1977) ; Le nucléaire en question (avec la collaboration de Pierre SAMUEL, Entente, 1980) ; Guide de la France verte (Syros, 1985) ; Les nouveaux Russes (Seuil, 1989) ; L'URSS : La roulette russe des nationalismes (1991) ; La place de l'environnement dans les médias (Victoire éditions, 1998) ; Le dictionnaire des Pyrénées (Privat, 1999) ; L'horreur écologique (Delachaux et Niestlé, 2007) ; La Grande surveillance (Seuil, 2007) ; Pensez durable : Economisez (Hachette, 2008)...
 
Claude-Marie VADROT, Guerres et environnement, Panorama des paysages et des écosystèmes bouleversés, Delachaux et Niestlé, 2005, 254 pages
 
 
Complété le 14 octobre 2012
Relu le 25 juillet 2019


  

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