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7 septembre 2014 7 07 /09 /septembre /2014 10:23

   Evêque catholique brésilien, archevêque d'Olinda et Recife de 1964 à 1985, figure de la théologie de la libération, Helder Pesson CÂMARA (Dom Helder), prône toute sa vie la défense de opprimé par l'action non-violente.

Défenseur des droits de l'homme au Brésil, il participe en1955 à la cration du Conseil Episcopal d'Amérique Latine (CELAM). proche du cardinal Montini, futur pape Paul VI, il participe activement au concile Vatican II, s'opposant fermement à la tendance conservatrice. Une grande partie de ses écrits est consacrée à ce combat interne. Marginalisé dans l'épiscopat brésilien et opposant à la dictature des généraux (1964-1985), il fait des séries de conférence en Europe et spécialement en France (1970-1980), pendant lesquelles il dénonce la situation de pauvreté du tiers-monde, les ventes d'armes à son pays, la guerre du VietNam et la violence de la dictature brésilienne, contenu de nombreux de ses ouvrages.

Se référant souvent à GANDHI et Martin LUTHER KING, il met en place une pastorale dirigée vers le service des pauvres, qui s'appuie sur le mouvement Action Justice et Paix (voir notamment son livre Spirale de violence, 1970) et sur un séminaire populaire dans lequel les futurs prêtres sont dormés aussi bien à l'action sociale qu'à la théologie. Après 1985, l'ensemble des institutions qu'ils avaient mises en place es balayées en partie par la hiérarchie catholique brésilienne. 

 

    Si l'on se refère à l'AssociationDom Helder Mémoire et Actualité créée en 2000 en France, dix-neuf livres sont représentatifs du parcours et de la lutte de Dom HELDER CÂMARA (577 conférence, 2 750 programmes radiophoniques, 7 547 courtes méditations poétiques, 2 122 "circulaires" ont été recensés... sans compter les multiples correspondances...). La plupart de ces dix-neuf livres qui ont été publiés de son vivant et dont il a assumé la paternité sont composés de textes choisis par des éditeurs parmi ses conférences, ses émissions ou ses méditations. L'évêque ne se sentait pas une vocation d'auteur.

Sur ces livres, 14 ont été publiés en français (version originale ou traduction) :

- Le Tiers monde trahi (Desclée de Brouwer, 1968) ;

- Révolution dans la paix (Le Seuil, 1970) ;

- Spirale de violence (Desclée de Brouwer, 1970) ;

- Pour arriver à temps (Desclée de Brouwer, 1970) ;

- Le Désert est fertile (Desclée de Brouwer, 1971) ;

- Les conversions d'un évêque (Le Seuil, 1977, réédition par L'Harmattan en 2002) ;

- Mille raisons pour vivre (Le Seuil, 1980) ;

- L'Evangile selon Dom Helder (Le Seuil, 1985) ;

- Des questions pour vivre (Le Seuil, 1985) ;

- A force d'amour (Nouvelle Cité, 1987) ;

- Prières à Marie (Nouvelle Cité, 1988) ;

- Croire, c'est simple (Le livre ouvert, 1992) ;

- Le Rosaire de Dom Helder (Desclée de Brouwer, 1997) ;

- Lettres conciliaires (2 tomes, Le Cerf, 2006).

  Il faut citer aussi Une journée avec Dom Helder Camara (Desclée de Brouwer, 1970) ainsi que Regards sur la vie (Médiaspaul, 2010.

      Tout un travail de traduction et de publication est entrepris actuellement par l'IDHeC sur des écrits inédiats : les Circulaires.

Les 290 premières ont été écrites à Rome, pendant les quatre sessions du Concile Vatican II (1962-1965). Elles constituent trois tomes en édition brésilienne (2004-2009). Les éditions du Cerfont publié ces Lettres conciliaires en deux tomes en 2006. Une autre série de 250 Circulaire sa été publiée à Recife en 2009, en trois tomes, sous le titre Lettres interconciliaires, écrites en 1964 et 1965, pendant les intersessions du Concile, soit pendant les premiers mois de la dictature militaires, les premiers mois de vie commune d'un évêque avec son diocèse.

Ces publications constituent un événement littéraire, culturel, écclésial, mondial, selon le Père COMBLIN. Elles interviennent précisément à un moment où la réaction conservatrice à Vatican II s'épuise et où l'Eglise catholique semble prendre un nouveau tournant, notamment avec le pape François (Le processus de sa béatification est d'ailleurs en cours).

 

    Les conversions d'un évèque, notamment sans sa réédition de 2002, portent un éclairage très instructif sur le parcours personnel et public de Helder CAMARA. Dans cette série d'entretiens avec José de BROUCKER, l'archevêque évoque sa vie de séminariste, d'homme religieux engagé en politique, puis d'évêque et de missionnaire pour un monde plus juste. Conversions, car il part d'abord de positions extrêmement conservatrices, tout à fait dans la ligne de l'Eglise dominante de l'époque, pour parvenir à une position critique vis-à-vis de l'ensemble de l'Eglise, porte parole de toute une fraction de l'Eglise brésilienne engagée dans une politique d'éducation du peuple pour sa libération culturelle, politique et économique. Tout au long de ce parcours, et depuis l'enfance, sa personnalité est guidée par une lecture non culpabilisatrice des Evangies (à son époque et même encore aujourd'hui en Amérique latine, beaucoup sont à l'affût de tout péché et de toute possibilité de péché, notamment dans le domaine sexuel...) et une volonté constante d'être proche du peuple. C'est d'ailleurs cette proximité effective que même lorsqu'il prêche dans le sillage de la Contre Réforme et contre le communisme ou milite au plus haut niveau dans l'Intégralisme (sorte de mouvement intégriste et fasciste), qui l'amène à se pencher sur les causes profondes de sa misère. Au fil des pages, on saisit à la fois son parcours et l'évolution culturelle et politique de tout le Brésil. Lorsque José de BROUCKER l'interroge sur l'élan d'une partie de la hiérarchie catholique vers une religion populaire, Dom HELDER indique avoir commencé vers 1964 à approfondir les problèmes sociaux et à comprendre que le grand affrontement "ce n'était pas l'affrontement du capitalisme contre le communisme, de l'Est contre l'Ouest. 

"Ce conflit Est-Ouest était abusivement exploité par le capitalisme qui se présentait et se présente encore chez nous, et dans toute l'Amérique latine, comme le sauveut de la civilisation chrétienne. C'est du pharisaïsme, parce que toutes les racines du capitalisme sont matérialistes. Ce n'est pas sérieux de se présenter de cette manière-là. Nous désirions faire face aux grands problèmes humains. Nous voulions faire comprendre qu'au-dedans même du pays, et du continent, il y a le scandale d'un colonialisme interne, et qu'au niveau international, il y a le scandale des pays riches qui maintiennent leur richesse aux dépens de la misère des pays pauvres. Alors, dire ou penseer que ce qui nous a amenés à nous mettre aux côtés de opprimés, avec le peuple, c'était la préoccupation politique de ne pas perdre le peuple, de garder notre influence sur lui, non, non, ce n'est pas possible, parce que ce n'est pas vrai. Absolument pas vrai. Notre grande préoccupation, c'était de ne pas permettre que le peuple continue à être exploité. Nous nous souvenions que nous-mêmes nous avions manoeuvré le peuple, nous l'avions utilisé par la défense d'une certine morale, pour la défense de ce que nous appelions les principes religieux, pour défendre par exemple la  famille contre le divorce, et l'enseignement religieux dans les écoles, ou la présence d'aumôniers dans les armées ou dans les hôpitaux... Nous étions tellement aveuglés par le besoin de maintenir, de soutenir, d'offrir un support à l'autorité et à l'ordre social que nous n'étions pas capable alors de voir les affreuses, les énormes injustices que cette autorité, que cet ordre social permettaient. Mais à partir du moment où la réalité brutale a commencé à nous secouer, où nous l'avons regardé en face, nous ne pouvions plus continuer à penser et à agir ainsi."

Commentant l'échec des révolutions violentes en Amérique Latine (et celle de son ami Camilo TORRÈS), il estime que le peuple n'a pas suivi la faible partie de la jeunesse persuadée de l'efficacité de la violence, tout simplement parce qu'à la racine ce peuple n'a les moyens ni matériels (de s'acheter des armes capables de repousser les armées des dictatures) ni culturels de vouloir s'opposer à des pouvoirs séculaires (avec toute l'expérience maitrise des rebellions que cela comporte) où se mêlent armée, pouvoirs religieux et partis politiques. Dom HELDER ne date pas le moment de son adhésion à la non-violence. Il a recherché longtemps les moyens de s'opposer à tout l'appareil oppressif et répressif et évoquer les deux "armes" conjointes, utilisées par exemple par César CHAVEZ en Californie, de la grève et du boycott. Il a découvert qu'il est difficile de faire bouger les institutions, même celles où les minorités sont très présentes. L'objectif est d'abord de conscientiser le peuple sur les origines de sa misère et sur les moyens de s'en dégager. tant que ce travail de conscientisation des masses populaires (ouvrières et paysannes) n'a pas été réalisé, toutes les révolutions (et il y en a eu en Amérique Latine!) ne feront rien bouger. 

Tout au long de cetouvrage, Dom HELDER fait souvent référence à Saint François d'Assise, qui, comme lui, est allé d'erreur et erreur, avant de parvenir à la vérité.

 

Dom HELDER CÂMARA, Les conversions d'un évêque. Entretiens avec José de BROUCKER, L'Harmattan, collection Chrétiens autrement, 2002. Site de l'Association Dom Helder Mémoire et Actualité, www.heldercamara-actualites.org.

Richard MARIN, Dom Helder Camara, Les puissants et les pauvres, Les Éditions de l'Atelier, 1995.

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Published by GIL - dans AUTEURS
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