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10 octobre 2012 3 10 /10 /octobre /2012 12:53

          Le sociologue américain, un des héritiers de la tradition de l'Ecole de Chicago, s'inscrit dans le courant de l'interactionnisme symbolique. Menant en parallèle une carrière de pianiste de jazz et de sociologue, il réunit autour de lui plusieurs sociologues hostiles au courant fonctionnaliste pour créer la revue Social Problems (1961). Il est connu surtout pour être l'auteur de deux ouvrages marquants, l'un en matière de sociologie de la délinquance, Outsiders (1963), l'autre en matière de sociologie de l'art, Les mondes de l'art (1982). 

 

       Il est aussi l'auteur d'ouvrages ouvrages, de sociologie générale, Comment parler de la société (La Découverte, 2009), Ecrire les sciences sociales (Economica, 2004), Les ficelles du métier (La Découverte, 2003) ainsi que d'autres ouvrages sur l'art, la musique notamment : Propos sur l'art (L'Harmattan, 1999), Paroles et Musiques (L'Harmattan, 2003)....

 

     Sa méthode privilégie la biographie des acteurs sur le parcours desquels il travaille. Il suit en cela un processus d'accumulation des donnée qui ajoute des éléments à une mosaïque déjà préexistante formée par les travaux de ses collaborateurs ou de ses prédécesseurs. "La biographie, toujours par sa richesse en détail, peut être importante quand et là où la recherche stagne, ayant épuisé l'analyse de quelques variables avec une précision toujours accrue, mais avec un rendement décroissant de la connaissance. Dans ce cas, les chercheurs auraient intérêt à continuer par la collecte de documents personnels qui suggèrent de nouvelles variables, de nouvelles questions, de nouveaux processus ; les données riches, quoique peu systématiques, de la méthode biographique leur serviraient ainsi à opérer la nécessaire réorientation de leur champ d'investigation. Au-là de ces contributions spécifiques que la biographie est susceptible d'apporter, il en est une encore plus fondamentale. Plus que toute autre technique, exceptée peut-être de l'observation participante, que Howard BECKER pratique également, la biographie peut donner un sens à la notion tellement utilisée de "déroulement de processus". Les sociologues aiment parler de fonctionnement, de processus...mais leurs méthodes les empêchent en général, de saisir concrètement les processus dont ils parlent si abondamment." (Howard BECKER, Actes de la recherche en sciences sociales vol 62-63, juin 1986, Biographie et mosaïque scientifique

 

        Outsiders est le résultat d'une étude sur le monde des musiciens du jazz et sur les fumeurs de marijuana dans les années 1950. Il construit, après une observation participative, une théorie interactionniste de la déviance. L'acte déviant, pour lui, loin d'être le simple produit de facteurs sociaux pesant sur l'individu, résulte d'un double processus :

- L'acte doit être défini comme déviant par la société, notamment par ces entrepreneurs de la morale ;

- L'acteur entreprenant une action déviante doit être étiqueté comme tel lors d'une interaction sociale.

La délinquance se construit à travers une carrière, tout comme une profession qualifiée d'honorable.

Son analyse permet de comprendre également la délinquance en col blanc, ou la délinquance financière, non considérée comme telle jusqu'à ce que l'ampleur de ses activités attire l'attention et que se développe une désapprobation sociale de ses comportements.

 

     Dans Les mondes de l'art, Howard BECKER cherche à mettre en évidence comment les protagonistes d'un "monde l'art" donné élaborent et transmettent les symboles créés, interprétés ou reçus. Dans cette approche, ce sont surtout, à propos de la création et de la réception des oeuvres, les relations interpersonnelles et l'organisation des réseaux de coopération qui sont étudiés. Si cette étude n'est pas limitée seulement à la musique, elle fait essentiellement état de ce domaine. 

Le sociologue américain s'oppose à la démarche traditionnelle de la sociologie de l'art qui ne place pas l'artiste et l'oeuvre d'art dans un "réseau de coopération" et qui "considère l'art comme quelque chose de plus spécifique où la créativité affleure, où le caractère essentiel d'une société s'exprime de manière privilégiée à travers les oeuvres de génies". Les postulats sociologiques qui lui permettent d'étudier "les mondes de l'art" sont qu'il a "considéré l'oeuvre comme un travail, en s'intéressant plus aux formes de coopération mises en jeu par ceux qui réalisent les oeuvres qu'aux oeuvres elles-mêmes ou à leurs créateurs au sens traditionnel", ceci à rebours de la présentation de maintes encyclopédie ou dictionnaire de la musique. Un monde l'art désigne "le réseau de tous ceux dont les activités, coordonnées grâce à une connaissance commune des moyens conventionnels de travail, concourent à la production des oeuvres qui font précisément la notoriété du monde de l'art". Il place l'art comme une activité de travail, dans une sociologie qui a essentiellement pour fondement la division du travail artistique. Cette sociologie veut prendre en compte toutes les composantes de cette activité. Un monde de l'art doit s'analyser comme une chaîne complexe dont le créateur, l'interprète et le récepteur font partie. Chaque monde l'art (de la sculpture, de la peinture, de la musique...) peut aussi être analyser par ses relations avec les autres. Ainsi, sa sociologie permet de rendre compte des conflits et coopérations qui produisent les oeuvres d'art, ces conflits et ces coopérations influant en boucle toutes les activités non seulement artistiques, mais aussi les autres... 

Anne Marie GREEN estime que "si l'on comprend à peu près ce que Becker entend par "monde de la musique" ou "monde l'art" (...) il est beaucoup moins évident de comprendre comme il conceptualise les notions d'art ou d'artiste car il renvoie le chercheur à une définition qu'il doit trouver lui-même au sein du monde de l'art qu'il étudie. Ainsi le concept même de "monde de l'art" évite la théorisation sociologique des éléments qui le constituent, à l'exception des concepts qui permettent l'analyse même de ces mondes (conventions, coopération, réseau, etc.). Cette approche théorique et conceptuelle est intimement liées à l'approche méthodologique qui s'appuie sur la démarche empirique. C'est pourquoi lorsque Becker affirme que "c'est en observant la façon dont un monde de l'art opère ces distinctions, et non en essayant de les opérer nous-mêmes que nous commençons à comprendre ce qui se passe dans ce monde-là", il nous montre que l'approche sociologique d'un monde de l'art ne peut se faire sur une construction préétablie des concepts d'art ou d'artiste, et que c'est l'analyse de l'ensemble des interrelations des acteurs des mondes de l'art qui doit être étudiée et non l'un des aspects pris indépendamment. Nous pensons que cette démarche conceptuelle permet, grâce à la construction empirique d'un matériau d'analyse, de comprendre les mondes de l'art ou les mondes de la musique de façon très précise, parce que l'approche met en évidence les liens entre les groupes ou acteurs sociaux qui sont impliqués dans l'activité musicale. Nous regrettons cependant que cette approche ne puisse pas mieux appréhender ce qui, dans le fait musical, suggère, détermine, oriente les conduites musicales spécifiques à une époque et dans une société donnée."

 

 

Samuel BECKER, Les Mondes de l'art, Flammarion, 1988

Anne-Marie GREEN, De la musique en sociologie, L'Harmattan, 2006.

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Published by GIL - dans AUTEURS
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