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1 octobre 2013 2 01 /10 /octobre /2013 14:03

    Information, renseignement et espionnage constituent bien des éléments souvent mêlés de multiples conflits à l'intérieur des Etats comme à l'extérieur, à l'intérieur des entreprises comme entre entreprises...  D'une manière générale, il n'y a pas de stratégie sans ces trois-là... Si l'espionnage est connoté de manière péjorative (définit comme la collecte clandestine d'informations secrètes et privées, et comme l'action punissable lorsqu'il est exercé par l'ennemi sur son territoire...), le renseignement est une information estimée pour sa valeur et sa pertinence (sans être le fait ou l'opinion elle-même, car quand il est rapporté, il ne l'est jamais d'une manière brute et parfois mal contextualisé...), est le fait de l'ensemble d'organismes officiels tout-à-fait légaux (pas forcément à l'existence connue ou transparents, ce qui d'ailleurs constituerait là un gros défaut...) se distinguant officiellement (mais en fait très souvent faussement) par le respect de la légalité (nationale et/ou internationale) et parfaitement légitime, avec des méthodes de recherche "honorables" (en fait de même nature que l'espionnage si décrié). 

 

     Ecartons d'abord une source de confusion : se renseigner, pour un possesseur de souveraineté, est un devoir orienté non seulement vers les ennemis déclarés, mais également vers les alliés et les amis, non seulement vers des puissances extérieures, mais également vers sa propre polulation. Impossible de collecter les bons impôts, d'édicter de bonnes lois, d'effectuer "d'utiles répressions" sans un réseau d'informateurs, informateurs qui peuvent aussi bien des professionnels que des amateurs, des hommes et des femmes conscientes de ce qu'ils (elles) font, mais également des sujets qui ne savent même pas qu'ils informent. D'une manière générale, les secrets d'Etats sont moins des secrets pour les Etats voisins que pour leurs populations respectives. De la même manière que l'on pose les questions premières en matière de défense : qui se défend, contre qui, pourquoi, avec qui et que défend-t-on? ces questions se posent en matière de renseignement de façon constante, avec une "qualité" en plus, c'est que le renseigné, le renseigneur et celui sur qui on se renseigne... peuvent à un moment donné, ne plus savoir pourquoi ils combattent et surtout ce qu'ils combattents réellement. Car une des bases du renseignement, c'est d'être contré par de fausses informations... En temps de "paix", les pistes sont déjà brouillées, mais en temps de "guerre", c'est bien pire... Et cela vaut pour le renseignement de n'importe quelle nature, qu'il soit fiscal, sociétal, économique, militaire, stratégique... Et cela s'effectue à l'aide de tous les canaux d'informations imaginables...

 

   Le cycle du renseignement, en partant de la définition donnée par le Sénat des Etats-Unis en 1976, passe des questions posées (il faut d'abord poser les bonnes questions!, ce qui est loin, très loin d'être toujours le cas...), à la collecte d'informations (plus ou moins valables), à leur analyse (dont la qualité va du médiocre à l'excellent...), à la diffusion de cette analyse dans l'organisation à la recherche d'informations, laquelle diffusion entraine de nouvelles questions, précisant ou rendant encore plus floues les questions posées... Dans le monde de l'entreprise, on comprend généralement 5 étapes, et à chacune d'entre elle, ce qui importe, c'est la qualité de l'information et non sa quantité (plus il y a d'informations à traiter, moins on a de chance de répondre à la question initialement posée...) :

- l'expression du besoin de renseignement par le client qui s'exprime souvent par l'établissement d'un plan de recherche qui définit ce qu'il faut surveiller.

- la collecte méthodique des informations qui commence d'abord par la recherche des sources pertinentes, documentaires, humaines, techniques...

- le traitement des informations brutes qui consiste à les évaluer, les regroupêr, à les recouper avec des éléments déjà connus, surtout pour en établir la véracité. A noter qu'à ce stade, quasiment tous les secrets militaires de la Seconde guerre mondiale sont passés par de nombreux services, y compris ennemis, mais s'y mêlaient de fausses informations, parfois plus "véridiques" que les vraies...

- la phase d'analyse consiste à transformer ces informations en renseignements exploitables. Or, très souvent, dans les systèmes bureaucratiques, les renseignements qui collent avec les perspectives déjà retenues ont souvent plus de chances d'être retenus que les autres. Connaitre la stratégie de l'adversaire, puis lui présenter des scénarios qui collent à cette stratégie est le moyen le plus couramment utilisé pour le tromper. De plus, comme dans tout système bureaucratique, l'analyste ou même une épuipe d'analyste est rarement isolée. Elle fait partie d'une chaîne hiérarchique et la valorisation des renseignements en sa possession est souvent une tendance constatée, que ce soit dans le domaine civile ou dans le domaine militaire. 

- La diffusion des renseignements au client, avec d'inévitables filtres et de notices d'évaluation, sous la forme de synthèses plus ou moins périodiques, où il faut toujours balancer, encore une fois, entre la précision et la justesse... 

   Jacques BAUD, reprenant une source américaine (Dictionary of Military and Associated Terms, Department of Defese, The Joint Chiefs of Stafs, 1974) distingue 4 phases : 

- Planification et conduite : Détermination des besoins en renseignements, planification de la collection, émission des ordres et des demandes aux services de rechercher et contrôle constant de la productivité des instances de recherche. "Cette phase, explique t-il, comprend l'expression des besoins de renseignements, la planification de la collection, les demandes aux services de recherche, ainsi que le pilotage des organes de renseignements. L'expression des besoins de renseignements par les décideurs est le point de départ du processus. L'attribution de missions aux services de renseignement, qui en découle, est un sujet délicat dont les politiciens se libèrent volontiers  en laissant souvent les services se diriger eux-mêmes. Aux Etats-Unis, par exemple, différentes tentatives des services pour pousser les politiciens à définir leurs besoins de renseignements ont eu des formes diverses (catalogues de suggestions, questions à choix multiples, etc.) et une efficacité limitée. En situation de crise, l'expression des besoins apparait relativement facilement. En revanche, dans une situation de paix relative, déterminer la direction dans laquelle le regard doit se porter est une entreprise délicate. Les objectifs du décideur ("client") sont déterminants car, outre la direction du regard, ils doivent également en déterminer l'acuité et l'éclairage. Le pilotage des organes de renseignements implique une communication permanente entre le "client", l'analyste et les organes de collection. Il s'agit non seulement de formuler et de réajuster en continu des missions pour des organes de collection, mais aussi de suivre l'évolution du produit analytique, afin qu'il "colle" avec les besoins du client."

- Collection : Recherche d'information auprès de sources, en fonction d'une planification, par les services de recherche et diffusion des informations recueillies aux organes d'exploitation de renseignements appropriés. "La collection - ou acquisition - comprend la recherche d'informations au près des sources, en fonction d'une planification, et la remise des informations recueillies aux organes d'exploitation. La collection d'information peut être active (espionnage) ou passive (écoute électronique, presse, etc.). Elle peut être ouverte ou clandestine. Les sources ouvertes représentent 90% de l'acquisition d'information, et couvrent la majeure partie du renseignement stratégique. Les sources classifiées permettent généralement de compléter et de confirmer l'information ouverte. Les sources peuvent être techniques (écoute électronique, imagerie satellitaire, etc.) ou humaines (agents, informateurs, journalistes, etc.)"

- Exploitation : Etape au cours de laquelle l'information devient un renseignement à travers une évaluation, une collation, une analyse, une synthèse et une interprétation.  "C'est le centre de gravité du travail de renseignement. Son efficacité dépend essentiellement de deux facteurs : les performances du système analytique, à savoir des processus intellectuels et mécaniques qui doivent permetrre d'arriver à des conclusions pertinentes ; l'acceptation de l'analyse par les décideurs (clients). Le renseignement peut être comparé à un puzzle. Le rôle de l'analyte est d'en assembler les pièces. Il essaie, le plus souvent, sur la base d'indices, de reconstituer une image. Cette reconstitution est d'autant plus facile que l'environnement est linéaire et prévisible. Ainsi, lors de la guerre froide, les principes et doctrines relativement rigides du Pacte de Varsovie permettaient, moyennant une surveillance assidue, de dégager des anomalies de comportement, qui auraient pu constituer des indices pour une offensive en Europe. Les Soviétiques se sont efforcés d'introduire des anomalies dans le cycle normal des activités, afin d'induire en erreur les services occidentaux (principe de la "déception" ou "mesures action"). L'information est plus que jamais disponible, et parfois même pléthorique. (...). Cette gigantesque quantité d'informations doit être triée et stockée. Le premier travail de l'analyste est de distinguer l'information pertinente du bruit de fond qui l'entoure. C'est l'évaluation. Ensuite, il s'agit d'assembler les pièces du puzzle en une image cohérente en éliminant les doublons et en cherchant les éléments d'informations disponibles. C'est la collation. Une fois une image obtenue, il s'agit de l'interpréter et d'estimer dans quelle direction elle pourrait évoluer et élaborer des options possibles pour l'avenir. L'interprétation tien tcompte d'éléments tels que l'histoire, la personnalité des acteurs, la vraisemblance, et les besoins du "client". Par définition, l'analyse de renseignement a le regard tourné vers le futur et, en l'absence d'une boule de cristal, un certain risque est inhérent. Plus un renseignement est précis plus il a de chance d'être faux. Plus il est vague plus il a de chance d'être correct, mais perd souvent de sa substance. L'analyste doit donc rechercher un équilibre raisonnable et subtil entre la précision et la justesse. La crainte de se trompeer pousse parfois l'analyste à diluer ses appréciations, de sorte à pouvoir se dégager plus facilement si son appréciation n'est pas correcte. Durant la guerre du Golfe, le général Norman H Scwarkopf s'est plaint de la mauvaise qualité des produits venant des échelons supérieurs. L'influence de la société, de l'attitude des administrations tend à favoriser les analyses peu engagées et peu compromettantes. Ce phénomène limite la créativité et le risque inhérent à toute analyse prédicitive."

- Diffusion : Acheminement des renseignements sous une forme appropriée, orale, graphique ou écrite, aux organes qui en ont besoin. "Le renseignement doit être adapté au client et à ses besoins en quantité (ne doit être fourni que ce qui est nécessaire) et en qualité (le contenu du renseignement et la terminologie doivent lui être adapté). La réelle nouveauté dans les engagements militaires modernes est l'implosion de facto des notions traditionnelles de tactique, d'opérations et de stratégie dans un seul niveau. La guerre de l'information en est une claire illustration : elle touche san stransition tous les niveaux, chacun ayant une influence sur l'autre. Le renseignement suit cette évolution également. Il devient difficile de distinguer ce qui est significatif à un niveau donné (tactique, opératif, stratégique ou politique). Les satellites d'observation ont été conçus durant la guerre froide pour répondre à des besoins stratégiques spécifiques, à savoir la surveillance du potentiel nucléaire de l'adversaire. Le produit de l'observation satellitaire avait deux caractéristiques essentielles : a) il n'avait pas d'urgence, et b) il s'adressait à un nombre restreint de destinataires. Aujourd'hui, la qualité de l'imagerie, l'évolution des moyens de transmissions et de l'information ont progressivement intégré le renseignement satellitaire dans les décisions tactiques. Ce phénomène a deux conséquences. Premièrement, les systèmes de collection stratégiques, qui autrefois n'approvisionnaient qu'un nombre réduit de "clients", doivent aujourd'hui satisfaire un grand nombre de consommateurs. Ce qui pose le problème de saturation des moyens de transmissions et d'analyse. En second lieu, un renseignement, accessible à tous dans des réseaux de communication, tend à perdre la "valeur ajoutée" apportée par les différents échelons d'analyse et de commandement. Le renseignement est détiné à être connu. Ce qui apparait comme une trivialité constitue un problème majeur. Plus souvent qu'on ne le pense, l'analyse ne sera acceptée que si elle correspond à un cadre défini à l'avance, confirme les idées préexistantes, ou s'intègre dans un processus politique. (...). Un problème lié à la diffusion du renseignement est sa classification. Par exemple, le renseignement doit être une activité discrète, et fréquemment secrète. La classification a pour objectif premier de protéger les courses et les méthodes utilisées, mais doit aussi dissimuleer les lacunes et les forces du renseignement, ainsi que les secteurs d'intérêt du pouvoir politique (ou militaire)."

Il signale que plusieurs variantes de ce cycle sont utilisées. La CIA définit le cycle en 5 phses où l'exploitation est divisée en collation et analyse. "Il s'agit bien d'un cycle, puisque le renseignement obtenu d'une part permet d'orienter les besoins nouveaux en renseignement et que, d'autre part, le renseignement lui-même est réévalué en permanence, en fonction de l'évolution de la situation."

 

  La qualité d'un système de renseignements se mesure souvent aux connaissances des analystes des situations. La longévité des équipes constitue également un atout, difficile à obtenir, dans les organisations où les conflits de pouvoirs sont importants. On a beau mutliplier les éléments techniques, les sources d'information, les fonds documentaires, le rensiegnement, s'il n'est pas exploité correctement et dans le bon temps, mène tout droit aux faillites économiques, financières, militaires... et politiques. 

 

   Le renseignement, l'espionnage pour donner à la chose toute sa dimension conflictuelle, est une pratique aussi ancienne que la guerre, sans doute même avant l'Etat... Les guerriers en chasse de l'ennemi envoient toujours des éclaireurs... Il est mentionné (dans toutes ses variantes, de cette simple reconnaissance de terrain à la diffusion de faux renseignements) dans de nombreux ouvrages de stratèges et de stratégistes (L'Art de la guerre - Machiavel - L'Illiade, la Bible...). Cette activité apparait comme non négligeable pour la compréhension de certains événements historiques, mais les recherches en elles-mêmes sont plutôt  rares, surtout pour les époques en cours (où elles ne sont guères encouragées... officiellement...)... En tout cas, il faut un certain recul pour interpréter les événements historiques, car se mêlent aux diverses relations de ces événements, des présupposés partisans, des lacunes d'informations, de fausses pistes sciemment présentées (L'assassinat du Président Kennedy en 1963 en est presque un cas-type)... Dans les analyses des responsables politiques et militaires se mêlent souvent des informations ouvertes (disponibles pour le grande public et même sur-diffusées) et des informations secrètes qu'il ne faut pas divulguer, même (et surtout) aux diverses commissions d'enquêtes officielles, sous peine de nuire aux source d'information ou de révéler des pratiques illégales des représentants de la loi... 

    Avec la multiplication des relations entre pays, et entre entreprises, sans compter une mondialisation tous azimuts, les organismes de renseignement, privés ou publices, civils ou militaires effectuent des opérations de renseignements dont la nature est souvent multiforme. Nous ne devons pas nous étonner si des entreprises collectent des renseignements militaires, si des Etats collectent des renseignements économiques, car les stratégies, des Etats comme des entreprises sont devenues globales, pour ceux et celles bien entendus qui en possèdent les moyens financiers. Avec le développement d'Internet, les services de renseignements engrangent des masses d'informations de plus en plus difficiles à exploiter, même avec l'appui de machines de traintement de ces informations... A un point tel que l'on peut se demander si le bruit (au sens des sciences de l'information) ne parvient pas finalement à couvrir les éléments utiles, et à les rendre invisibles. Il s'agit là de véritables batailles technologiques aux complexités croissantes.

Question subsidiaire, on peut se demander si le partage entre activités de veille (recherche aléatoire, présence dans les lieux de recherche, quel qu'en soit le type) et activités dirigées (recherche précise et ciblée de renseignements) ne s'effectue de nos jours pas dans une dynamique qui donne de plus en plus d'importance à la première, au détriment d'une mobilisation d'équipes rodées sur un sujet précis...

 

 

Jacques F BAUD, article Renseignement, dans Dictionnaire de stratégie, PUF, 2000 ; Encyclopédie du renseignement et des services secrets, Lavauzelle, 1998.

Thierry LENTZ, L'assassinat de John F Kennedy, Histoire d'un mystère d'Etat, nouveau monde éditions, 2013

 

STRATEGUS

 

Complété le 4 octobre 2013

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Published by GIL - dans STRATÉGIE
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